« Samson et Dalila » sont plus connus par le film ou par l'opéra que par la liturgie. En effet, la vie de Samson constitue un bon scénario. Comme un Hercule d’Israël, sans armes, il tue un lion avec sa force surhumaine; avec un os, il combat des milliers d'ennemis; et même les portes de la ville de Gaza n’ont pas pu le retenir prisonnier. Sa seule faiblesse est son attirance pour les femmes philistines. Samson, trahi et humilié, termine sa vie héroïque par une vengeance suicidaire. Le livre des Juges est peuplé de personnages charismatiques et hollywoodiens : le guerrier Gédéon, l’usurpateur Abimélec, la prophétesse Débora, l'homicide Yaël, ou la perfide Dalila.
Avec sa galerie bien ordonnée de portraits de six « grands » et de six « petits » chefs, le livre des Juges continue le récit de l'installation en Canaan commencé avec Josué. La narration procède par cycles enchaînant « péché – punition – conversion – salut – péché » au cours desquels Dieu suscite à la fois les ennemis et les sauveurs de son peuple, c'est-à-dire les « juges ». Les derniers chapitres contiennent nombre d'éléments choquants : viol, meurtre et guerres fratricides (Violence dans la Bible).
Alors que le plus grand ennemi d’Israël s'avère être Israël lui-même, la question complexe de la royauté (Royauté dans l'AT : idéal et applications) émerge comme un moindre mal. La période de la royauté n'a pas encore commencé : « il n’y avait pas de roi en Israël et chacun faisait ce qui lui semblait bon » (Jg 21,25). D'une certaine manière, le livre des Juges raconte « l'adolescence » d'Israël, ses difficultés avec Dieu alors que le peuple devient une société agricole sédentaire.
Dans le Nouveau Testament l'annonce de la naissance de Samson servira de modèle littéraire au récit de l'annonciation à la Vierge Marie. La faible mais victorieuse Yaël servira quant à elle de type à la Vierge Marie qui, elle aussi, porte le salut à son peuple.
Si l’on excepte le cantique de Débora, Jg 5, le texte MASSORÉTIQUE (Texte —, ou : M) est en assez bon état. Les difficultés semblent dues surtout à des négligences de copistes.
L'histoire textuelle de G-Juges est complexe. En ce qui concerne le texte de la Septante, les manuscrits qui nous l’ont conservé présentent de notables divergences, à tel point que certaines éditions donnent parallèlement in extenso les deux textes: de l'Alexandrinus (A) et du Vaticanus (B). La traduction de G suit l'édition de Rahlfs qui présente un texte mixte où le texte de l'A(lexandrinus) est amendé par les leçons hexaplaires d'Origène et du texte antiochien (Lucian). Le texte B (Vaticanus) est le plus souvent proche de M et représenté à part de GA.
Telle pourrait être l'histoire du texte grec :
Il y a douze juges : six « grands » Otniel, Éhud, Baraq (et Déborah), Gédéon, Jephté, Samson, et six « petits » Shamgar (Jg 3,31), Tola (Jg 10,1-2), Yaïr (Jg 10,1-5), Ibçân, Élôn, Abdôn (Jg 12,8-15). Le chiffre douze fait allusion aux douze tribus et ainsi représente tout Israël.
Les Juges renvoient souvent à des périodes de 40 ans (la durée d'une génération), ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20. Ainsi on obtient (selon la chronologie biblique) un total de 480 ans (12 fois 40 ans) entre la sortie d'Égypte et la construction du Temple par Salomon (1R 6,1).
On peut distinguer trois parties dans le livre des Juges :
Ce n'est pas en vain que la tradition juive classe le livre des Juges dans l'ensemble attribué aux Prophètes antérieurs (Josué, Juges, Samuel & Rois): ce livre a pour sujet principal les rapports d'Israël avec YHWH, sa fidélité ou son infidélité envers la parole de Dieu, dont les prophètes sont les organes (notamment Samuel, Gad, Natân, Élie, Élisée, Isaïe, Jérémie).
Tout en se donnant pour un monument d'histoire nationale, l'œuvre est donc une « histoire sainte » : on y observe la succession des événements d'un point de vue religieux, avec une intention éducative rendue évidente par la répétition pédagogique de la leçon narrative {péché-châtiment-pénitence-délivrance}.
Des textes sémitiques attestés à Mari (18e s. av. J.-C.), à Ugarit (13e s.) et chez les Phéniciens, ainsi que des textes puniques de l'époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), montrent que les « juges » (du verbe shâpat, « juger ») ne sont pas seulement impliqués dans la justice mais aussi dans le gouvernement de leur ville ou de leur district. Ce pouvoir est intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique.
La recherche moderne a restreint la période des Juges à environ un siècle et demi, ca. 1200-1050. La victoire sous Débora et Baraq (Jg 4-5) serait à dater vers le milieu du 12e s. (voir la note de synthèse BEST (https://scroll.bibletraditions.org/bible/Jg/1) sur : « Bible et Archéologie VII : Les premiers Israélites»)
Au temps d'Esdras l'œuvre est terminée.
Le livre des Juges en tant que tel a fait partie du Canon dès les premières apparitions de ce dernier : dès Si 46,11s, les Juges sont situés entre Josué (avec Caleb) et 1 Samuel.
Si 46,11-20 et He 11,32ss ; 12,1 louent les Juges. Annonces de naissance
Pour les Pères de l’Église, en revanche, la période des Juges est peu fournie en exemples susceptibles d’édifier la communauté chrétienne. Seuls les exploits de Gédéon et Samson sont cités dans leurs commentaires.
Parmi ces œuvres, se trouvent :
Le livre se focalise sur la relation péché-défaite et fidélité-victoire, invitant ainsi les lecteurs à la vertu. Dans les persécutions les chrétiens sont appelés à garder cette même espérance dans la victoire finale du peuple de Dieu.
ICI COMMENCE LE LIVRE « SOPTHIM »
C'EST-À-DIRE : JUGES
Après la mort de Josué les fils d’Israël consultèrent le Seigneur en disant :
— Qui montera devant nous contre le Cananéen et sera chef de guerre ?
Le Seigneur dit : — Juda montera :
voici que j’ai livré la terre entre ses mains.
Et Juda dit à Siméon son frère :
— Monte avec moi dans mon lot de terre et combats le Cananéen
pour que moi aussi j'aille avec toi dans ton lot.
Et Siméon alla avec lui.
Juda monta et le Seigneur livra entre leurs mains le Cananéen et le Férézien
et ils frappèrent à Bézec dix mille hommes.
Ils trouvèrent Adonibézec à Bézec
et ils le combattirent et frappèrent le Cananéen et le Férézien
mais Adonibézec s'enfuit ;
l'ayant poursuivi, ils le saisirent et lui coupèrent les extrémités des mains et des pieds.
Et Adonibézec dit :
— Soixante-dix rois, les extrémités des pieds et des mains coupées,
glanaient sous ma table les restes de mes plats.
Ce que j’ai fait, Dieu me le rend.
On l’emmena à Jérusalem et il y mourut.
Les fils de Juda attaquèrent Jérusalem et la prirent
ils la frappèrent avec le glaive dévorant et livrèrent toute la cité à l'incendie.
Ensuite les fils de Juda descendirent pour combattre le Cananéen
qui habitait la montagne, vers le midi et dans les plaines.
Juda marcha contre le Cananéen qui habitait à Hébron ;
son nom était autrefois « Cariatharbé »
et il frappa Sisaï, Ahiman et Tholmaï.
Il marcha de là contre les habitants de Dabir
dont le vieux nom était « Cariath-Sépher »
c'est-à-dire « la cité des Lettres ».
Caleb dit :
— À celui qui frappera Cariath-Sépher et qui la dévastera
je donnerai pour femme ma fille Axa.
Et Othoniel fils de Quenez, frère cadet de Caleb, s’en empara
et il lui donna sa fille Axa pour épouse.
Alors qu'elle était en chemin son mari l'incita
à demander à son père un champ.
Elle soupira, assise sur son âne
et Caleb lui dit : — Qu’as-tu ?
Elle lui répondit :
— Donne-moi une bénédiction
car tu m’as donné une terre desséchée
et donne-moi des sources d’eau.
Et Caleb lui donna les sources supérieures et les sources inférieures.
Les fils du Cinéen, parent de Moïse
montèrent de la ville des Palmiers avec les fils de Juda
dans le désert de leur lot, qui est vers le midi d’Arad
et habitèrent avec eux.
Juda se mit en marche avec Siméon, son frère
et ils frappèrent ensemble le Cananéen qui habitait Séphath et le tuèrent
et la ville fut appelée du nom de « Horma » (c'est-à-dire « anathème »).
Et Juda prit Gaza et ses confins
et Ashkelon [Ascalon] ainsi que Accaron et ses frontières.
Le Seigneur fut avec Juda et Juda prit possession de la montagne
mais il ne put supprimer les habitants de la plaine
parce qu’ils abondaient en chars munis de faux.
Ils donnèrent Hébron à Caleb, comme l’avait dit Moïse
et il supprima de celle-ci les trois fils d’Enac.
Les fils de Benjamin ne chassèrent point le Jébuséen qui habitait Jérusalem
et le Jébuséen a habité à Jérusalem avec les fils de Benjamin jusqu’au jour présent.
La maison de Joseph monta elle aussi contre Béthel
et le Seigneur fut avec eux.
En effet, alors qu'ils assiégeaient la ville qui s'appellait auparavant « Luza »
ils virent un homme sortant de la ville
et lui dirent :
— Montre-nous l'entrée de la cité et nous te ferons miséricorde.
Il leur montra par où ils pourraient entrer dans la ville
et ils frappèrent la ville du glaive dévorant
mais ils laissèrent aller cet homme avec toute sa famille.
Une fois renvoyé il alla dans la terre d'Héthéens et y édifia une cité
et il l'appela « Luza »
et elle s'appelle ainsi jusqu'au jour présent.
Et Manassé ne supprima pas Beth-Shéan [Bethsan] ni Thánac, ni leurs villages
ni les habitants de Dor ni de Jéblaam ni de Megiddo [Mageddo], ni leurs villages
et le Cananéen commença à habiter avec eux.
Lorsqu’Israël fut devenu assez fort,
il les fit ses tributaires et ne voulut pas les détruire.
Ephraim ne tua pas le Cananéen qui habitait à Guézèr [Gazer]
mais il habita avec eux.
Zabulon ne chassa pas les habitants de Cétron ni les habitants de Naalon
mais le Cananéen habita au milieu d'eux
et il les rendit tributaires.
Et Aser ne supprima pas les habitants d'Acco [Achcho], de Sidon,
d'Alab, d'Acazib, d'Alba, d'Afec et de Roob.
Et il habita au milieu du Cananéen qui habitait cette terre-là et il ne le tua pas.
Nephtali ne chassa pas les habitants de Beth-Shemesh ni les habitants de Bethanath
et il habita au milieu du Cananéen, habitant de cette terre
et les Bethsamites et les Bethanites lui furent tributaires.
Et l'Amorrhéen contint les fils de Dan dans la montagne
sans leur donner ce lieu par lequel ils eussent pu marcher sur la plaine.
Et ils habitèrent sur la montagne de « Harès » (ce qui veut dire « couleur de brique »)
dans Aïalon [Ahilon] et dans Salabim
et la main de la maison de Joseph s'alourdit
et elle les rendit tributaires.
La frontière de l’Amorrhéen fut
la montée de la Pierre du Scorpion et les lieux supérieurs.
L’ange du Seigneur monta de Galgal au lieu des Pleureurs et dit :
— Je vous ai fait sortir d’Égypte et je vous ai fait entrer dans la terre
que j’ai jurée à vos pères et j'ai promis
que je ne rendrais pas vain mon pacte avec vous pour toujours
à condition du moins que vous ne fassiez pas alliance avec les habitants de cette terre et que vous renversiez leurs autels !
C'est pour cette raison que je n'ai pas voulu les supprimer de devant vous :
pour que vous ayez des ennemis et que leurs dieux soient pour vous un sujet de ruine !
Comme l’ange du Seigneur disait ces paroles à tous les fils d’Israël
ils élevèrent la voix et pleurèrent.
Ce lieu fut appelé du nom de « Lieu des Pleureurs » ou « des Larmes »
et ils y immolèrent des hosties au Seigneur.
Josué renvoya le peuple
et les fils d’Israël s’en allèrent chacun dans sa possession pour l'obtenir.
Ils servirent le Seigneur tous les jours de Josué
et des anciens qui vécurent un long temps après lui
et qui avaient reconnu toutes les œuvres du Seigneur, qu'il avait faites avec Israël.
Aussi il mourut, Josué fils de Nun, esclave du Seigneur, âgé de cent dix ans.
Ils l'ensevelirent aux confins de sa possession à Thamnatsare, sur la montagne d'Éphraïm
au nord de la région du mont Gaas.
Toute cette génération fut réunie auprès de ses pères
et d'autres s'élevèrent qui ne reconnaissaient pas le Seigneur ni les œuvres qu'il avait faites avec Israël.
Or les fils d’Israël firent ce qui est mal sous les yeux du Seigneur
et ils servirent les Baals :
ils laissèrent le Seigneur Dieu de leurs pères
qui les avait fait sortir de la terre d’Égypte
et suivirent des dieux étrangers,
les dieux mêmes des peuples qui habitaient autour d'eux,
et ils les adorèrent
et ils provoquèrent le Seigneur à la colère
en le laissant et en servant Baal et Astharoth.
Le Seigneur en colère contre Israël
les livra aux mains des pillards
qui les saisirent et les vendirent aux ennemis qui habitaient autour
et ils ne purent résister à leurs adversaires.
et ils ne purent plus tenir devant leurs ennemis ;
mais partout, où qu'ils voulussent aller, la main du Seigneur était sur eux pour leur malheur
comme le Seigneur l'avait dit et le leur avait juré
et ils furent violemment affligés.
Et le Seigneur suscita des juges afin qu'ils les libérassent de la main des dévastateurs
mais ils ne voulurent pas les écouter :
forniquant avec des dieux étrangers et les adorant,
vite ils désertèrent la voie par laquelle leurs pères avaient marché
et, alors qu'ils entendaient les commandements du Seigneur, ils firent tout le contraire !
Lorsque le Seigneur suscitait des juges, sa miséricorde se laissait fléchir pendant leurs jours :
il écoutait les gémissements des affligés
et les libérait du massacre des dévastateurs.
Mais après que le juge mourait
ils retombaient et faisaient des choses beaucoup plus graves que celles que firent leurs pères,
suivant des dieux étrangers, les servant et les adorant.
Ils ne laissèrent pas leurs élucubrations
ni la voie d'endurcissement par laquelle ils avaient pris l'habitude de marcher.
Alors la colère du Seigneur s’enflamma contre Israël et il dit :
— Puisque cette nation a rendu vain mon pacte que j'avais conclu avec leurs pères
et a dédaigné d'entendre ma voix
moi, je ne supprimerai plus les nations que Josué a laissées quand il est mort
afin que j'éprouve par elles Israël,
pour voir s’ils gardent la voie du Seigneur et s'ils y marchent,
comme l'ont gardée leurs pères — ou non.
Donc le Seigneur laissa toutes ces nations et il ne voulut pas vite les renverser.
Il ne les livra pas aux mains de Josué.
Telles sont les nations que le Seigneur délaissa
pour qu'il éduquât par elles Israël et tous ceux qui n’avaient pas connu les guerres de Canaan,
et qu'ensuite leurs fils apprissent à lutter contre les ennemis
et à acquérir l'habitude de livrer bataille :
les cinq satrapes des Philistins
tout le Cananéen, le Sidonien et l’Évéen qui habitait la montagne du Liban
depuis la montagne de Baalhermon jusqu’à l’entrée d'Émath.
Et il les envoya pour que par eux Israël fût éprouvé
pour savoir s'il écouterait les commandements du Seigneur qu'il avait prescrits à leurs pères par la main de Moïse — ou non.
Et les fils d’Israël habitèrent au milieu du Cananéen, des Héttéens, des Amorrhéens, des Féréziens, des Évéens et des Jébuséens.
Ils prirent leurs filles pour femmes
et livrèrent à leurs fils leurs propres filles
et ils servirent leurs dieux,
ils firent ce qui est mal sous les yeux du Seigneur et ils oublièrent leur Seigneur
en servant les Baalim et Astharoth.
ils firent ce qui est mal sous les yeux du Seigneur et ils oublièrent leur Seigneur
en servant les Baals et Astharoth.
La colère du Seigneur s’enflamma contre Israël
et il les livra entre les mains de Cusanrasathaim, roi de Mésopotamie
et ils le servirent huit ans.
Ils crièrent vers le Seigneur qui leur suscita un sauveur et les délivra :
Othoniel [Othonihel], fils de Quenez, frère cadet de Caleb.
L’esprit du Seigneur vint sur lui, il jugea Israël
et se mit en route pour le combat. Le Seigneur livra entre ses mains Chusanrasathaim, roi de Syrie, et il l'opprima.
La terre se reposa pendant quarante ans
et Othoniel fils de Quenez mourut.
Les fils d’Israël firent de nouveau ce qui est mal aux yeux du Seigneur
et le Seigneur fortifia Eglon, roi de Moab, contre Israël parce qu’ils faisaient ce qui est mal aux yeux du Seigneur.
Églon s’adjoignit les fils d’Ammon et Amalec
et il partit et frappa Israël et s’empara de la Ville des palmiers.
Les fils d'Israël servirent Eglon roi de Moab pendant dix-huit ans.
Et après cela, ils crièrent vers le Seigneur
qui leur suscita un sauveur du nom de « Éhud », fils de Géra, fils de Jamin
qui utilisait chaque main comme la main droite
et les fils d'Israël envoyèrent par lui des présents à Eglon, roi de Moab.
Il se fit un glaive à deux tranchants qui avait au milieu une garde de la longueur de la paume de la main
et il la ceignit sous ses vêtements à la hanche droite.
Il offrit le présent à Eglon, roi de Moab.
Or, Eglon était un homme très gras.
Lorsqu’il eut achevé d’offrir le présent
il renvoya les compagnons qui étaient venus avec lui
et revenu de Galgal où étaient les idoles, il dit au roi :
— Ô roi, j’ai quelque chose de secret à te dire.
Le roi ordonna le silence
et tous ceux qui étaient auprès de lui sortirent.
Éhud l’aborda
comme il était assis seul dans son appartement d’été
et il dit : — J’ai pour toi une parole de Dieu.
Églon se leva aussitôt de son siège.
Alors Éhud étendit la main gauche
tira l’épée qu'il avait à la hanche droite
et la lui enfonça dans le ventre
tellement fort que la garde suivit le fer dans la blessure
et qu'une graisse bien épaisse l'enserra ;
il ne retira pas le glaive mais le laissa dans le corps là où il avait frappé
et aussitôt, par le secret des voies naturelles, les ordures du ventre déferlèrent.
Ahoth, une fois la porte fermée délicatement et le verrou tiré,
sortit par la porte de derrière.
Les serviteurs du roi une fois rentrés virent les portes de la chambre fermées et dirent :
— Sans doute il se purge le ventre dans la chambre d'été.
Ils attendirent longtemps, jusqu’à en rougir de honte
et voyant que personne n'ouvrait, ils prirent la clef
et ouvrant, ils trouvèrent leur maître gisant à terre, mort.
Quant à Aod, tandis que ceux-ci restaient en proie au trouble, il prit la fuite
dépassa le lieu-des-Idoles d'où il était revenu sur ses pas
et se rendit à Séirath.
Aussitôt arrivé il sonna de la trompette dans la montagne d’Éphraïm.
Les fils d’Israël descendirent avec lui et il se mit à leur tête.
Il leur dit :
— Suivez-moi ! car le Seigneur a livré entre nos mains nos ennemis, les Moabites.
Ils descendirent à sa suite
ils occupèrent la vallée du Jourdain qui passe dans Moab
et ne laissèrent passer personne.
Ils frappèrent Moab en ce temps-là, environ dix mille hommes
tous hommes robustes et vaillants
aucun d'entre eux ne put s'échapper.
Moab fut humilié ce jour-là sous la main d’Israël
et la terre se reposa pendant quatre-vingts ans.
Après lui il y eut Samgar, fils d’Anath
qui frappa six cents hommes des Philistins avec un soc de charrue.
Lui aussi défendit Israël.
Les fils d’Israël firent encore ce qui est mal sous les yeux du Seigneur après la mort d'Éhud
et le Seigneur les livra aux mains de Jabin [Iabin] roi de Canaan qui régnait à Asor.
Le chef de son armée était Sisara
et il habitait à Aroseth des Nations.
Les fils d’Israël crièrent vers le Seigneur
car Jabin avait neuf cents chars à faux
et depuis vingt ans il les opprimait durement.
Et Débora [Debbora], prophétesse, femme de Lapidoth, jugeait le peuple en ce temps-là.
Elle siégeait sous le palmier qui était appelé par son nom
entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Éphraïm
et les fils d’Israël montaient vers elle pour tout jugement.
Et elle envoya et appela Barac, fils d'Abinoëm, de Quédès en Nephtali
et elle lui dit : — Le Seigneur Dieu d'Israël t'a ordonné :
— Va et conduis l'armée au mont Thabor
et prends avec toi dix mille combattants
des fils de Nephtali et des fils de Zabulon.
Je mènerai vers toi, au torrent de Quison,
Sisara, le chef de l’armée de Jabin
avec ses chars et sa multitude
et je les livrerai entre tes mains.
Et Barac lui dit :
— Si tu viens avec moi, j’irai
si tu ne veux pas venir, je ne continuerai pas.
Elle répondit :
— Oui, j’irai avec toi mais dans cette tâche la victoire ne te sera pas attribuée
car entre les mains d'une femme sera livré Sisara.
Et Débora se leva et elle se rendit avec Barac à Quédès.
Et après avoir fait venir Zabulon et Nephtali
il monta avec dix mille combattants
ayant Débora en sa compagnie.
Et Aber le Cinéen s'était détaché jadis des autres Cinéens, ses frères, fils d'Obab, parents de Moïse
et il avait tendu ses tentes jusque dans la vallée qui est appelée Sennim et qui était à côté de Quédès.
On annonça à Sisera que Barac, fils d’Abinoëm, était parti vers le mont Thabor
et Sisara rassembla tous ses chars, neuf cents chars de fer, et tout le peuple qui était avec lui
d'Aroseth des Nations vers le torrent de Quison.
Alors Débora dit à Barac :
— Lève-toi car voici le jour où le Seigneur a livré Sisara entre tes mains.
Voici qu'il est lui-même ton guide.
Et Barac descendit du mont Thabor
et dix mille combattants avec lui.
Le Seigneur épouvanta Sisara et tous ses chars et toute la multitude par le glaive dévorant devant Barac
à tel point que Sisara, descendant de son char, s'enfuit à pied,
que Barac poursuivit les chars qui s'enfuyaient et l’armée jusqu’à Aroseth des Nations
et que toute la multitude des ennemis tomba jusqu'au dernier...
Quant à Sisara, en fuite, il parvint aux tentes de Jahel [Iahel], femme d'Aber le Cinéen
(il y avait, en effet, la paix entre Jabin, roi d'Asor, et la maison d'Aber le Cinéen).
Jahel sortit au-devant de Sisara et lui dit :
— Entre chez moi, mon seigneur, entre, ne crains pas.
Et lui, entré dans sa tente et recouvert par elle d'une couverture
lui dit :
— Donne-moi, je te prie, un peu d’eau car j’ai très soif.
Elle ouvrit l’outre de lait, lui donna à boire et le couvrit.
Et Sisara lui dit :
— Tiens-toi à l’entrée de la tente
et si l’on vient t'interroger en disant :
— Y a-t-il quelqu'un ici ?
tu répondras : — Il n'y a personne.
Aussi Jahel, femme d'Aber, prit-elle le clou de la tente ;
empoignant de même le marteau
et, entrant en cachette et en silence, elle posa sur la tempe de sa tête le clou
et, d'un coup de marteau, l'enfonça dans le cerveau jusque dans la terre ;
et lui, joignant le sommeil à la mort, défaillit et mourut.
Et voici que Barac qui suivait Sisara arriva
et Jahel qui était sortie à sa rencontre lui dit :
— Viens et je te montrerai l'homme que tu cherches !
et lui, comme il était entré chez elle, vit Sisara étendu mort
et le clou enfoncé dans la tempe.
Dieu humilia donc en ce jour Jabin, roi de Canaan, devant les fils d'Israël
qui se renforçaient chaque jour et d'une main forte opprimaient Jabin, roi de Canaan, jusqu'à ce qu'ils l'eurent détruit.
Débora et Barac fils d'Abinoëm chantèrent en ce jour, disant :
— Vous qui, parmi Israël, avez spontanément offert vos âmes au péril : bénissez le Seigneur !
Écoutez, ô rois, prêtez l’oreille, ô princes !
C’est moi, c’est moi qui chanterai pour le Seigneur, je psalmodierai pour le Seigneur Dieu d'Israël !
Seigneur, quand tu sortis de Séir et traversas les campagnes d’Édom
la terre fut remuée, cieux et nuées ruisselèrent leurs eaux.
Les montagnes se liquéfièrent en face du Seigneur et le Sinaï en face du Seigneur Dieu d'Israël.
Aux jours de Samgar fils d’Anath, aux jours de Jahel, les sentiers se reposèrent
et ceux qui y entraient allèrent par des chemins écartés.
Les hommes forts s'arrêtèrent en Israël et ils se reposèrent
jusqu'à ce que se levât Débora, jusqu'à ce que se levât une mère en Israël.
Le Seigneur a choisi de nouvelles guerres et il a renversé lui-même les portes des ennemis...
le bouclier et la lance paraissaient-ils parmi les quarante mille d'Israël ?
Mon cœur aime les princes d’Israël
vous qui avez offert votre propre volonté au moment critique : bénissez le Seigneur !
Vous qui montez de blanches ânesses, qui vous asseyez pour le jugement et allez par la route, parlez !
Là où furent brisés les chars et où, des ennemis, l'armée fut asphyxiée,
que soient exposées les justices du Seigneur et sa clémence envers les hommes forts d'Israël !
Alors, le peuple du Seigneur descendit vers les portes et il obtint la principauté.
Lève-toi, lève-toi, Débora ! Lève-toi, lève-toi, et dis un cantique !
Lève-toi, Barac ! Et prends tes prisonniers, fils d’Abinoëm.
Ils sont sauvés, les restes du peuple. Le Seigneur a lutté dans les hommes forts.
C'est par Éphraïm qu'il les a détruits en Amalec et, après lui, par Benjamin
contre tes peuples, ô Amalec ! De Maquir [Machir] les princes sont descendus
et de Zabulon, ceux qui conduisent l'armée pour guerroyer.
Les chefs d’Issachar ont été avec Débora et ont suivi les traces de Barac,
lui qui, au moment critique, s'abandonne, tel celui qui tombe la tête la première dans l'abîme.
Ruben étant alors divisé contre lui-même, une dispute s'est élevée entre les magnanimes.
Pourquoi habites-tu entre deux frontières, à entendre les sifflements des troupeaux ?
Ruben étant alors divisé contre lui-même, une dispute s'est élevée entre les magnanimes.
Galaad se reposait au-delà du Jourdain et Dan vaquait dans ses bateaux
Aser habitait sur le rivage de la mer et il demeurait dans ses ports.
Mais Zabulon et Nephtali ont offert leurs âmes à la mort, au pays de Mérom.
Les rois sont venus et ils ont combattu
ils ont combattu, les rois de Canaan, à Thánac au bord des eaux de Megiddo
mais sans rien emporter dans leur pillage.
Depuis le ciel on a lutté contre eux.
Les étoiles, demeurant dans leur rang et leur course, ont combattu Sisara.
Le torrent de Quison a roulé leurs cadavres, le torrent de Cadumim, le torrent de Quison.
Piétine-les, ô mon âme, ces hommes robustes !
Les sabots de leurs chevaux ont flanché dans l'impétuosité de leur course, et dans leur hâte se renversaient les plus forts des ennemis.
— Maudissez la terre de Méroz, dit l’ange du Seigneur, maudissez ses habitants !
car ils ne sont pas venus au secours du Seigneur, à l'aide de ses hommes les plus forts.
Elle est bénie parmi les femmes, Jahel, femme d'Aber le Cinéen. Qu'elle soit bénie sous sa tente !
Il demandait de l’eau, elle donna du lait. Dans la coupe d’honneur elle offrit du beurre.
Elle a mis la main gauche au clou et la main droite aux marteaux des ouvriers
elle a frappé Sisara, cherchant sur la tête un endroit fragile et transperçant la tempe avec vigueur.
Entre ses pieds il s'est écroulé, il a défailli et il est mort
aux pieds de celle-ci il se roulait et gisait, sans vie et pitoyable.
Regardant par la fenêtre, sa mère hululait et, postée à l'étage, elle disait :
— Pourquoi son char s'attarde-t-il sur le retour ? Pourquoi les pattes de ses quadriges ont-elles tardé ?
Parmi ses autres femmes, il y en eut une plus sage qui répondit à sa belle-mère en ces termes :
— Peut-être que maintenant il partage les dépouilles et qu'on lui choisit la plus belle des femmes
l'on donne à Sisara des vêtements de diverses couleurs pour butin
et l'on rassemble des bibelots variés pour parer les cous...
Qu’ainsi périssent tous tes ennemis, ô Seigneur !
et que ceux qui t’aiment brillent comme le soleil resplendit quand il se lève !
Et la terre se reposa pendant quarante ans.
Les fils d’Israël firent ce qui est mal sous les yeux du Seigneur
et il les livra à la main de Madian pendant sept ans :
ils furent durement opprimés par eux
et s'aménagèrent antres et cavernes dans les montagnes
et des lieux hautement fortifiés pour résister au combat.
Lorsqu'Israël avait fait les semailles, Madian montait avec Amalec et d'autres tribus orientales :
plantant leurs tentes chez eux, ils dévastaient tout ce qui n'était encore qu'en herbe jusqu'à l'entrée de Gaza
et ne laissaient aucun moyen de subsistance en Israël, ni brebis ni bœufs ni ânes.
Eux-mêmes, en effet, et tous leurs troupeaux venaient avec leurs tentes
et tels des sauterelles remplissaient tout :
multitude innombrable d'hommes et de chameaux, dévastant tout ce qu'ils avaient touché !
Israël fut durement humilié sous les yeux de Madian
et cria vers le Seigneur, demandant de l'aide contre les Madianites.
Celui-ci leur envoya un homme, prophète, et il leur dit :
— Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d’Israël :
— C'est moi qui vous ai fait monter d'Égypte
et qui vous ai fait sortir de la maison d'esclavage
Non seulement je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de tous les ennemis qui vous affligeaient et les ai chassés à votre approche,
mais encore je vous ai livré leur terre.
et j'ai dit :
— Moi, je suis le Seigneur votre Dieu :
ne craignez pas les dieux des Amorrhéens dans la terre desquels vous habitez !
Mais vous n’avez pas voulu écouter ma voix.
Or un ange du Seigneur vint et il s’assit sous le chêne d’Éphra
qui revenait à Joas, père de la famille d’Ezri
alors que Gédéon son fils battait et dépurait le froment dans le pressoir pour le mettre à l’abri de Madian ;
il lui apparut et dit :
— Le Seigneur est avec toi, ô le plus fort des hommes !
Gédéon lui dit :
— Je t'en prie, Seigneur, si le Seigneur est avec nous, pourquoi toutes ces choses nous ont-elles assaillis ?
Où sont toutes ses merveilles que nous racontèrent nos pères quand ils dirent :
— Le Seigneur nous a fait monter d'Égypte !
Or, maintenant le Seigneur nous a délaissés et nous a livrés aux mains de Madian.
Le Seigneur se tourna vers lui et dit :
— Va avec cette force qui est tienne et
tu délivreras Israël de la main de Madian :
sache que je t'ai fait miséricorde !
Et, en réponse, celui-ci dit :
— Je te prie, mon Seigneur, comment délivrerai-je Israël ?
Voici, ma famille est la dernière en Manassé
et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père.
Le Seigneur lui dit :
— Moi je serai avec toi et tu battras Madian comme un seul homme.
Mais lui : — Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, dit-il,
donne-moi un signe que c’est bien toi qui me parles ;
ne t'éloigne pas d’ici jusqu’à ce que je revienne vers toi,
portant un sacrifice et te l'offrant.
Et il répondit : — Moi je vais attendre ton arrivée !
Gédéon rentra donc, et il fit cuire un chevreau et, d'un boisseau de farine, fit des pains azymes
puis, plaçant les chairs dans une corbeille
et versant le jus des chairs dans une casserole
il apporta tout cela sous le chêne et le lui offrit.
L’ange du Seigneur lui dit :
— Prends les chairs et les pains azymes
et pose-les sur ce rocher et verse le jus par-dessus !
Et il fit ainsi.
L’ange du Seigneur étendit l’extrémité du bâton qu’il avait à la main
et toucha les chairs et les pains azymes :
un feu monta du rocher et consuma les chairs et les azymes ;
quant à l’ange du Seigneur, il se déroba à ses yeux.
Et voyant que c’était l’ange du Seigneur, Gédéon dit : — Malheur à moi, Seigneur Dieu, car j’ai vu un ange du Seigneur face à face !
Le Seigneur lui dit : — La paix soit avec toi, ne crains pas, tu ne mourras pas.
Gédéon bâtit là un autel au Seigneur
et l'appela « Paix du Seigneur » jusqu'au jour présent.
Comme il se trouvait encore à Éphra, qui est à la famille d'Ezri,
cette nuit-là, le Seigneur lui dit :
— Prends le taureau de ton père et un second taureau de sept ans
et tu détruiras l’autel de Baal qui est à ton père
et tu couperas le bois qui est à côté ;
tu bâtiras un autel au Seigneur ton Dieu
au sommet de ce rocher sur lequel tu as auparavant déposé le sacrifice
et tu prendras le second taureau et tu offriras un holocauste sur le tas de bois
que tu auras débité du bosquet.
Gédéon prit dix hommes parmi ses esclaves
et fit ce que le Seigneur lui avait ordonné
mais, craignant la maison de son père et les gens de la ville
il ne voulut pas agir de jour mais il accomplit tout cela de nuit.
Alors que les gens de son camp s'étaient levés de bon matin
ils virent détruit l’autel de Baal et le bois sacré coupé
et l'autre taureau posé sur l’autel qui avait été construit alors.
Ils se dirent l’un à l’autre : — Qui a fait cela ?
Et dans le temps qu'ils s'informaient de l'auteur du méfait, il leur fut dit :
— C’est Gédéon, fils de Joas, qui a fait tout cela !
Alors ils dirent à Joas :
— Fais sortir ton fils afin qu'il meure
car il a détruit l’autel de Baal et coupé le bosquet.
Celui-ci leur répondit :
— Est-ce que vous êtes les vengeurs de Baal et combattez pour lui ?
Celui qui est son adversaire, qu'il meure avant que la lumière de demain ne vienne :
si c'est un dieu, qu'il se venge de celui qui a sapé son autel !
Depuis ce jour, Gédéon fut appelé du nom de « Jérobbaal » [Hiérobbaal]
du fait que Joas avait dit : — Que Baal tire vengeance de celui qui a sapé son autel !
Dans ces circonstances, tout Madian et Amalec et les peuples orientaux se rassemblèrent
et, traversant le Jourdain, ils établirent leur camp dans la plaine de Jezraël.
Or l'esprit du Seigneur revêtit Gédéon
qui, sonnant de la trompette, convoqua la maison d'Abiézer afin qu'elle le suivît ;
il envoya des messagers dans tout Manassé
qui lui aussi le suivit ;
et d'autres messagers à Aser et Zabulon et Nephtali
qui avancèrent à sa rencontre.
Et Gédéon dit au Seigneur :
— Si tu opères le salut d'Israël par ma main ainsi que tu l'as dit
je vais poser une toison de laine sur l’aire :
s'il y a de la rosée sur la toison seule et sur toute la terre de la sécheresse
je saurai que c'est bien par ma main, comme tu l'as dit, que tu délivreras Israël.
Et il en fut ainsi :
se levant de nuit,
après avoir pressé la toison, il remplit de rosée une conque !
Et il dit de nouveau au Seigneur :
— Que ta fureur ne se fâche pas contre moi si encore une fois je tente d'obtenir un signe avec la toison :
je demande que la toison seule soit sèche et que la terre soit toute trempée de rosée !
Et le Seigneur fit cette nuit-là comme il l'avait réclamé :
et il y eut de la sécheresse sur la toison seule et de la rosée sur toute la terre.
Jérobbaal, qui est Gédéon, avec tout le peuple qui était avec lui, se dressa de nuit et vint près de la source qui est appelée « Arad ».
Le camp de Madian était dans la vallée, dans la zone septentrionale de la colline du Très-Haut.
Le Seigneur dit à Gédéon :
— Le peuple que tu as avec toi est nombreux et Madian ne sera pas livrée entre ses mains
afin qu’Israël n’en tire gloire contre moi en disant : — Par mes forces j'ai été délivré.
Parle au peuple et quand tous se seront mis à l'écoute, annonce :
— Que celui qui est peureux et craintif s'en retourne.
Alors s'éloignèrent de la montagne de Galaad et s'en retournèrent du peuple vingt mille hommes
et seulement dix mille restèrent.
Le Seigneur dit à Gédéon :
— Le peuple est encore nombreux.
Conduis-les près des eaux et là je les éprouverai.
Celui dont je te dirai : — Qu’il aille avec toi, qu'il continue,
que celui à qui je défendrai d'aller s'en retourne.
Et alors que le peuple était descendu près des eaux
le Seigneur dit à Gédéon :
— Ceux qui laperont l'eau comme les chiens ont coutume de laper, tu les sépareras spécialement
et ceux qui, ayant courbé les genoux, boiront, seront dans une autre partie.
Et le nombre de ceux qui lapèrent l’eau dans la main en la portant à la bouche fut de trois cents hommes,
tout le reste du peuple avait bu le genou plié.
Et le Seigneur dit à Gédéon :
— C’est avec ces trois cents hommes qui ont lapé l'eau que je vous sauverai
et que je livrerai Madian entre tes mains.
Que tout le reste du peuple s’en retourne chacun dans son lieu.
Et après avoir emporté des vivres et des trompettes pour le nombre qu'ils étaient,
[Gédéon] commanda à tout le reste du peuple de s'en aller vers ses tentes
et lui-même avec trois cents hommes s'abandonna dans la bataille.
Et le camp de Madian était en dessous dans la vallée.
Pendant cette même nuit le Seigneur dit à Gédéon :
— Lève-toi, descends au camp car je l’ai livré entre tes mains.
Si tu crains d'aller seul, que descende avec toi Phara, ton serviteur.
Et quand tu auras entendu ce qu'ils disent
alors tes mains seront renforcées
et c'est plus tranquille que tu descendras vers le camp des ennemis.
Il descendit donc, lui-même ainsi que Phara son serviteur, dans la partie du camp où étaient les sentinelles des soldats armés.
Madian, Amalec et tous les peuples de l’Orient
étaient couchés, répandus dans la vallée comme une multitude de sauterelles
et leurs chameaux étaient sans nombre
comme le sable sur le bord de la mer.
Et alors que Gédéon était venu, quelqu'un racontait un songe à son voisin
et de cette manière il rapportait ce qu'il avait vu :
— J'ai eu la vision d'un songe et il m'apparut comme un pain d'orge cuit sous la cendre
qui se mit à rouler et à descendre dans le camp de Madian et qui, après être parvenu à la tente
la frappa et la renversa et la mit tout à fait à l'égal de la terre.
Celui à qui il parlait répondit :
— Ce n’est pas autre chose que l’épée de Gédéon, fils de Joas, homme d’Israël.
Dieu a livré entre ses mains Madian et tout son camp.
Lorsque Gédéon eut entendu le songe et son interprétation, il adora
et revenu au camp d’Israël, il dit :
— Levez-vous car le Seigneur a livré entre nos mains le camp de Madian.
Il divisa les trois cents hommes en trois groupes
et mit des trompettes dans leurs mains
et des cruches vides avec des flambeaux dans les cruches.
Et il leur dit :
— Ce que vous me verrez faire, faites-le,
j'entrerai dans une partie du camp et ce que je ferai, suivez-le.
Quand j'aurai sonné de la trompette dans ma main
vous aussi tout autour du camp sonnez et criez : — Pour le Seigneur et pour Gédéon !
Et Gédéon entra avec les trois cents hommes qui étaient avec lui dans une partie du camp.
Les veilles du milieu de la nuit ayant commencé
et les gardes ayant été réveillés, ils commencèrent à sonner de la trompette et à entrechoquer les cruches entre elles.
Et tandis qu'au travers du giron du camp, en trois lieux, ils faisaient du bruit et avaient brisé les cruches
dans les mains gauches ils tinrent les lampes et dans les mains droites les trompettes sonnantes
et ils crièrent : — Glaive du Seigneur et de Gédéon !
Ils restaient en station chacun à leur place autour du camp des ennemis.
Aussi tout le camp fut-il troublé :
vociférant et hululant, ils s'enfuirent.
Néanmoins les trois cents hommes persistaient à sonner de la trompette
et le Seigneur envoya le glaive dans tout le camp
et ils s'entrecoupaient les uns les autres à mort.
Les fuyards allaient jusqu'à Bethseta et au bord d'Abel-Méhula [Abelmeula] en Tebbath
mais, criant ensemble, les hommes d'Israël,
de Nephtali, Aser et de tout Manassé, poursuivaient Madian.
Gédéon envoya des messagers dans toute la montagne d’Éphraïm pour dire :
— Descendez à la rencontre de Madian et occupez avant eux les eaux jusqu’à Bethbéra et le Jourdain.
Tout Éphraïm cria
et il occupa les eaux et le Jourdain jusqu'à Bethbéra.
Ayant saisi deux princes de Madian, Oreb et Zeb
ils tuèrent Oreb au rocher d’Oreb, et ils tuèrent Zeb au pressoir de Zeb.
Ils poursuivirent Madian,
et ils apportèrent les têtes d’Oreb et de Zeb à Gédéon de l’autre côté du Jourdain.
Les hommes d’Éphraïm lui dirent :
— Qu'est-ce que tu as bien pu vouloir faire,
que tu ne nous aies appelés alors que tu allais combattre Madian ?
Ils grondaient avec force, en venant presque à la violence.
Gédéon leur répondit :
— Qu’aurais-je pu faire qui égalât ce que vous avez fait ?
Est-ce que le raisin d’Éphraïm ne vaut pas mieux que la vendange d’Abiézer ?
C'est entre vos mains que le Seigneur a livré les princes de Madian, Oreb et Zeb :
qu’aurais-je pu faire qui égalât ce que vous avez fait ?
Lorsqu’il eut dit cela, leur esprit gonflé contre lui s’apaisa...
Et lorsque Gédéon fut arrivé au Jourdain,
il traversa avec les trois cents hommes qui étaient avec lui
mais à cause de la fatigue, ils ne pouvaient poursuivre les fuyards ;
il dit aux gens de Soccoth :
— Donnez, je vous en conjure, des pains au peuple qui est avec moi, car ils sont épuisés :
que nous puissions poursuivre Zébée et
Salmana, rois de Madian !
Les chefs de Soccoth répondirent :
— Peut-être les paumes des mains de Zébée et de Salmana sont-elles déjà dans ta main ?
Est-ce la raison pour laquelle tu réclames que nous donnions des pains à ta troupe ?
Il leur dit :
— Eh bien, lorsque le Seigneur aura livré entre mes mains Zébée et Salmana,
je déchiquèterai votre chair avec des épines et des chardons du désert !
De là, en montant, il arriva à Phanuel [Phanuhel]
et dit aux hommes du lieu des choses semblables ;
eux lui répondirent comme avaient répondu les hommes de Soccoth,
c'est pourquoi il leur dit :
— Quand je serai revenu vainqueur, en paix, je détruirai cette tour !
Or, Zébée et Salmana se reposaient avec toute leur armée :
quinze mille hommes restaient en effet des hordes de peuples orientaux
après la mort de cent vingt mille combattants tirant le glaive.
Gédéon, montant par le chemin de ceux qui s'attardaient sous des tentes
vers la partie orientale de Nobée et de Jecbaa
frappa le camp des ennemis
qui étaient en sûreté et ne soupçonnaient rien de malheureux.
Zébée et Salmana s'enfuirent.
Les poursuivant, Gédéon les saisit, après avoir mis en désordre toute leur armée.
Et revenant de la guerre avant le lever du soleil,
il saisit un jeune homme d’entre les gens de Soccoth,
l’interrogea sur les noms des chefs et des anciens de Soccoth
et recensa soixante-dix-sept hommes.
Alors Gédéon vint à Soccoth et leur dit :
— Voici Zébée et Salmana au sujet desquels vous m’avez insulté en disant :
— Peut-être les mains de Zébée et de Salmana sont-elles dans tes mains,
et c'est pour cela que tu réclames que nous donnions du pain à des hommes fourbus et épuisés ?
Il prit donc les anciens de la cité et des épines du désert et des tribules
dont il se servit pour broyer et briser les hommes de Soccoth.
Il rasa aussi la tour de Phanuel après avoir tué les habitants de la ville.
Il dit à Zébée et à Salmana :
— Comment étaient les hommes que vous avez tués au Thabor ?
Ils dirent : — Semblables à toi, et l'un d'eux comme un fils de roi.
Il leur dit :
— C’étaient mes frères, fils de ma mère.
Le Seigneur vit ! Si vous les aviez laissés vivre, je ne vous tuerais pas.
Et il dit à Jéther son premier-né :
— Lève-toi et tue-les !
Mais il ne tira pas son glaive
parce qu’il avait peur car il était encore un jeune garçon.
Zébée et Salmana dirent :
— Lève-toi toi-même et précipite-toi sur nous
car la force de l'homme est conforme à son âge.
Gédéon se leva et tua Zébée et Salmana
et il prit les ornements et les bulles dont on a coutume de décorer les cous des chameaux royaux.
Les hommes d’Israël dirent à Gédéon :
— Règne sur nous, toi et ton fils et le fils de ton fils
car tu nous as délivrés de la main de Madian !
Gédéon leur dit :
— Je ne dominerai pas sur vous et mon fils ne dominera pas sur vous : c’est le Seigneur qui dominera.
Gédéon leur dit : — J’ai une demande à vous faire :
donnez-moi chacun les boucles d'oreille de votre butin !
(en effet les Ismaélites avaient coutume de porter des boucles aux oreilles).
Ils dirent : — Nous les donnerons très volontiers.
Et ils étendirent un manteau sur la terre
sur lequel ils jetèrent les boucles d'oreille du butin.
Et le poids des boucles d'oreille demandées fut de mille sept cents sicles d'or
sans les ornements ni les bijoux ni le vêtement pourpre
que les rois de Madian avaient coutume de posséder
et sans les colliers d'or des chameaux.
Et Gédéon en fit un éphod et il le déposa dans sa ville à Éphra.
Tout Israël commit l'adultère avec,
et ce fut une ruine pour Gédéon et toute sa maison.
Madian fut humilié devant les fils d’Israël,
il ne leva plus le cou
et le pays fut en repos pendant les quarante années où Gédéon gouverna.
Jérobbaal, fils de Joas, s’en retourna et demeura dans sa maison.
Gédéon eut soixante-dix fils issus de sa cuisse
car il avait de nombreuses femmes.
La concubine qu'il avait à Sichem [Sychem]
lui enfanta un fils du nom d’Abimélec [Abimelech].
Gédéon, fils de Joas, mourut dans une heureuse vieillesse
et il fut enterré dans le sépulcre de Joas, son père, à Éphra de la famille d'Ezri.
Et après que Gédéon fut mort,
les fils d'Israël se détournèrent, forniquèrent avec les Baals
et conclurent avec Baal une alliance pour qu'il soit leur dieu.
Ils ne se souvinrent plus du Seigneur leur Dieu
qui les avait délivrés de la main de tous leurs ennemis d'alentour
et ils ne firent pas miséricorde à la maison de Jérobbaal-Gédéon
selon tout le bien qu’il avait fait à Israël.
Abimélec, fils de Jérobbaal, se rendit à Sichem vers les frères de sa mère
et il leur parla ainsi qu’à toute la famille de la maison du père de sa mère :
— Dites à tous les habitants de Sichem :
— Qu'y a-t-il de mieux pour vous : que soixante-dix hommes, tous fils de Jérobbaal, dominent sur vous
ou qu’un seul homme domine sur vous ?
Considérez en même temps que je suis vos os et votre chair.
Les frères de sa mère rapportèrent à son sujet l'ensemble de ces paroles à tous les habitants de Sichem
et firent pencher leur cœur en faveur d'Abimélec car ils se disaient : — C’est notre frère.
Ils lui donnèrent soixante-dix sicles d’argent tirés du temple de Baalbérith
avec quoi il embaucha des gens de rien et des aventuriers
qui le suivirent.
Il vint dans la maison de son père à Éphra
et il tua ses frères, fils de Jérobbaal, au nombre de soixante-dix sur une même pierre.
Il n’échappa que Joatham [Ioatham], le plus jeune fils de Jérobbaal, qui s’était caché.
Alors s’assemblèrent tous les habitants de Sichem
et l'ensemble des familles de la ville de Mello.
Ils vinrent et proclamèrent roi Abimélec près du chêne qui se trouve à Sichem.
Lorsqu'on l'annonça à Joatham,
il alla se placer sur le sommet du mont Garizim
et élevant la voix, il leur cria en disant :
— Écoutez-moi habitants de Sichem afin que Dieu vous écoute !
Les arbres se mirent en chemin pour oindre sur eux un roi.
Ils dirent à l’olivier : — Règne sur nous.
Et celui-ci leur répondit :
— Renoncerais-je à mon huile dont se servent les dieux et les hommes
pour aller recevoir une promotion parmi les arbres ?
Et les arbres dirent au figuier :
— Viens, toi, règne sur nous.
Et il leur répondit :
— Renoncerais-je à ma douceur et à mes fruits très doux
pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?
Et les arbres dirent à la vigne :
— Viens, toi, règne sur nous.
Et celle-ci leur répondit :
— Renoncerais-je à mon vin qui réjouit Dieu et les hommes
pour aller me balancer au-dessus des autres arbres ?
Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines :
— Viens, toi, règne sur nous.
Et celui-ci leur répondit :
— Si vraiment vous voulez m’établir comme
votre roi
venez, confiez-vous à mon ombrage.
Sinon, que sorte un feu du buisson d’épines et qu'il dévore les cèdres du Liban !
Maintenant, si c’est avec équité et droiture que vous avez agi en faisant roi Abimélec,
si vous vous êtes bien conduits envers Jérobbaal et sa maison
et si vous l’avez traité selon le mérite de ses mains, lui qui a combattu pour vous
et qui a exposé sa vie dans les dangers
afin que vous fussiez délivrés de la main de Madian,
vous qui vous êtes levés aujourd’hui contre la maison de mon père
et avez tué ses fils, soixante-dix hommes sur une même pierre
et avez établi roi Abimélec, fils de sa servante, sur les hommes de Sichem
parce qu’il est votre frère,
si donc c’est avec équité et droiture que vous avez agi envers Jérobbaal et sa maison,
réjouissez-vous aujourd’hui en Abimélec et que lui aussi se réjouisse en vous !
Mais si c'est avec perversité :
qu’un feu sorte de lui et dévore les habitants de Sichem et la maison de Millo
et qu’un feu sorte des habitants de Sichem et de la maison de Millo et dévore Abimélec !
Lorsqu'il eut dit cela, il prit la fuite, se rendit à Béra
et y demeura par crainte d’Abimélec, son frère.
Abimélec régna trois ans sur les tribus d’Israël.
Et Dieu envoya un esprit mauvais entre Abimélec et les chefs de Sichem qui commencèrent à le détester
et à imputer le crime du meurtre des soixante-dix fils de Jérobbaal
et l'effusion de leur sang
à Abimélec, leur frère,
et à tous les autres princes des Sichimites
qui l'avaient aidé.
Les chefs de Sichem placèrent des embuscades contre lui sur les sommets des montagnes.
En attendant qu’il vienne,
ils s’exerçaient à des brigandages et dépouillaient tous ceux qui passaient
cela fut rapporté à Abimélec.
Gaal, fils d’Obed, vint avec ses frères et ils passèrent par Sichem.
À son arrivée, les chefs de Sichem mirent leur confiance en lui.
Ils sortirent dans la campagne
vendangeant leurs vignes et foulant les raisins.
Après les chants du chœur, ils entrèrent dans la maison de leur dieu
et au milieu des mets et des coupes, ils maudissaient Abimélec.
Et Gaal, fils d’Obed, dit :
— Qui est Abimélec et qu'est-ce que Sichem pour que nous les servions ?
N’est-il pas fils de Jérobbaal et n’a-t-il pas établi pour chef Zébul, son serviteur, sur les hommes d’Emmor, père de Sichem ?
Mais nous, pourquoi le servirions-nous ?
Plût à Dieu que quelqu'un plaçât ce peuple
entre mes mains afin que j'arrachasse d'au milieu de nous Abimélec !
On dit à Abimélec :
— Rassemble des troupes en grand nombre
et viens !
Zébul, gouverneur de la ville, apprit les propos de Gaal, fils d’Obed, et sa colère s’enflamma.
Il envoya secrètement des messagers à Abimélec pour lui dire :
— Voici que Gaal, fils d’Obed, est venu à Sichem avec ses frères
et voici qu’il soulève la ville contre toi.
Maintenant, lève-toi de nuit, toi et le peuple qui est avec toi, et mets-toi en embuscade dans la campagne.
Le matin, au lever du soleil, lève-toi et fonds sur la ville ;
lorsque Gaal et le peuple qui est avec lui sortiront contre toi, tu lui feras ce que tu pourras.
Abimélec et tout le peuple qui était avec lui se levèrent de nuit
et ils se mirent en embuscade près de Sichem, divisés en quatre lieux.
Gaal, fils d’Obed, sortit et se plaça à l’entrée de la porte de la ville.
Aussitôt Abimélec et tout le peuple qui était avec lui se levèrent de l’embuscade.
En voyant le peuple, Gaal dit à Zébul :
— Voici des gens qui descendent du sommet des montagnes.
Zébul lui répondit :
— Tu prends les ombres des montagnes pour des têtes d’homme et cette illusion te trompe.
Gaal reprit la parole et dit :
— Voici un peuple qui descend du nombril de la terre
et un unique bataillon qui arrive par le chemin qui conduit au chêne.
Zébul lui répondit :
— Où donc est maintenant la bouche avec laquelle tu disais :
— Qui est Abimélec pour que nous le servions ?
N’est-ce point là le peuple que tu méprisais ? Sors maintenant et livre-lui bataille !
Gaal fit une sortie à la vue de tout le peuple des Sichimites
et livra bataille à Abimélec.
Celui-ci le poursuivit et le chassa jusqu’à la ville
et beaucoup de ses hommes tombèrent morts jusqu’à l’entrée de la porte de la ville.
Abimélec s’arrêta à Ruma
et Zébul chassa Gaal et ses alliés de la ville et ne souffrit pas qu'ils s'y attardassent.
Le lendemain, le peuple sortit dans la campagne.
Et lorsque Abimélec en fut informé,
il prit sa troupe, la partagea en trois corps
et se mit en embuscade dans la campagne.
Dès qu’il aperçut le peuple sortir de la ville
il se leva et fondit sur eux.
Abimélec et les bataillons qui étaient avec lui
se jetèrent en avant et assiégèrent la ville.
Deux de ces bataillons en errant par les champs poursuivaient des ennemies .
Et Abimélec donna l’assaut à la ville pendant toute la journée.
Il s’en empara et tua le peuple qui s’y trouvait
puis il rasa la ville et y sema du sel.
À cette nouvelle, tous les chefs
de la tour des Sichimites
se rendirent au temple de leur dieu Bérith
où ils avaient établi une alliance avec lui,
ce qui avait donné son nom à ce lieu,
lieu qui était extrêmement fort.
Dès qu’on eut annoncé à Abimélec que tous les chefs de la tour des Sichimites s’y étaient rassemblés,
il monta sur le mont Selmon avec tout son peuple,
prit en main une hache, coupa une branche d’arbre
la souleva et la mit sur son épaule. Il dit à ses compagnons :
— Ce que vous m’avez vu faire, hâtez-vous de le faire comme moi.
Et tous les hommes du peuple aussi coupèrent chacun une branche et suivirent Abimélec
ils placèrent les branches contre la forteresse
et ils la livrèrent au feu avec ceux qu’elle renfermait. Mille périrent
hommes et femmes, gens de la tour de Sichem.
De là, Abimélec marcha contre la ville de Thèbes ;
l'entourant, il l'assiégea avec son armée.
Il y avait au milieu de la ville une forte tour
où se réfugièrent tous les hommes et femmes et les chefs de la ville.
Ayant fermé la porte sur eux, ils montèrent sur le toit de la tour se tenant derrière les fortifications.
Abimélec vint jusqu’à la tour et il l’attaqua vaillamment
et il s’approcha de la porte de la tour pour y mettre le feu.
Alors une femme lança sur la tête d’Abimélec un morceau de meule de moulin
et lui brisa le crâne.
Il appela aussitôt le jeune homme qui portait ses armes et lui dit :
— Tire ton épée et donne-moi la mort
afin qu’on ne dise pas de moi : — C’est une femme qui l’a tué.
Le jeune homme le transperça selon son ordre.
Les hommes d’Israël virent qu’Abimélec était mort, ils s’en allèrent chacun dans sa maison.
Ainsi, Dieu rendit à Abimélec le mal qu’il avait fait à son père
en tuant ses soixante-dix frères.
Il fut aussi rétribué aux Sichimites ce qu'ils avaient fait
et il vint sur eux la malédiction de Joatham, fils de Jérobbaal.
Et se leva après Abimélec un chef en Israël, Tola, fils de Phoa, oncle paternel d'Abimélec, homme d’Issachar.
Il demeurait à Sanir dans la montagne d’Éphraïm.
Il jugea Israël pendant vingt-trois ans
puis il mourut et fut enterré à Sanir.
Se leva après lui Jaïr le Galaadite qui jugea Israël pendant vingt-deux ans.
Il avait trente fils qui montaient trente ânons
et qui étaient à la tête de trente villes
appelées « Avothiair », à partir de son nom, c'est-à-dire « Bourgs de Jaïr » encore aujourd’hui et situées dans le pays de Galaad.
Jaïr mourut et il fut enterré dans le lieu que l'on nomme « Camon ».
Les fils d’Israël, liant de nouveaux péchés aux anciens,
firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur.
Ils servirent les idoles des Baals et d’Astharoth
et les dieux de Syrie et de Sidon et de Moab et des fils d’Ammon et des Philistins.
Ils abandonnèrent le Seigneur et ne le servirent plus.
Irrité contre eux, il les livra aux mains des Philistins et des fils d’Ammon.
Tous ceux qui habitaient de l’autre côté du Jourdain, dans le pays des Amorrhéens qui est en Galaad
furent affligés et opprimés brutalement pendant dix-huit ans,
si bien que les fils d’Ammon passèrent le Jourdain pour combattre aussi Juda, Benjamin et la maison d’Éphraïm
et Israël fut réduit à une grande détresse.
Ils crièrent vers le Seigneur en disant :
— Nous avons péché contre toi car nous avons lâché notre Dieu et nous sommes devenus les esclaves des Baals.
A quoi le Seigneur rétorqua :
— Les Égyptiens, les Amorrhéens, les fils d’Ammon et les Philistins
et aussi les Sidoniens, Amalec et Canaan ne vous ont-ils pas opprimés ?
Et vous avez crié vers moi et je vous ai arrachés de leurs mains.
Et cependant vous m’avez abandonné et vous avez servi d’autres dieux
c’est pourquoi je ne continuerai plus à vous délivrer.
Allez et criez vers les dieux que vous avez choisis
qu’ils vous délivrent au temps de votre détresse !
Les fils d’Israël dirent au Seigneur :
— Nous avons péché, rends-nous ce qu’il te plaît.
Seulement daigne-nous délivrer en ce jour.
Disant cela ils écartèrent de leur terre les idoles des dieux de l’étranger
et ils servirent le Seigneur
qui fut touché des souffrances d’Israël.
Les fils d’Ammon se rassemblèrent avec de grands cris et fixèrent leurs tentes en Galaad.
Contre eux les fils d’Israël se réunirent et campèrent à Maspha.
Les chefs de Galaad se dirent les uns aux autres :
— Le premier d’entre nous qui aura commencé à attaquer les fils d’Ammon sera le chef du peuple de Galaad.
Il y avait, en ce temps-là, un homme très courageux et belliqueux, Jephté le Galaadite,
fils d’une courtisane et qui était né de Galaad.
Galaad eut une femme avec laquelle il engendra des fils,
qui, après avoir grandi, chassèrent Jephté en lui disant :
— Tu ne pourras pas être héritier dans la maison de notre père car tu es fils d’une autre mère.
Et pour les fuir et les éviter, Jephté habita dans la terre de Tob.
Des gens pauvres et vivant de brigandages se rassemblèrent autour de lui
et ils le suivaient comme un chef.
En ces jours-là, les fils d’Ammon faisaient la guerre à Israël.
Et comme ils les pressaient vivement, les anciens de Galaad se mirent en route pour faire venir Jephté à leur secours de la terre de Tob.
Ils dirent à Jephté :
— Viens, sois notre chef et combats les fils d’Ammon.
Celui-ci leur répondit :
— Ne m’avez-vous pas haï et chassé de la maison de mon père ?
Maintenant vous venez à moi poussés par la nécessité.
Les chefs de Galaad dirent à Jephté :
— C’est à cause de cela que nous revenons à toi maintenant,
pour que tu viennes avec nous, que tu combattes les fils d’Ammon
et que tu sois le chef de tous les habitants de Galaad.
Jephté leur dit encore :
— Si vous venez vraiment vers moi pour que je combatte les fils d’Ammon
et que le Seigneur les livre entre mes mains,
je serai votre chef.
Ils lui répondirent :
— Le Seigneur qui entend cela est lui-même garant et témoin que nous tiendrons notre promesse.
Et Jephté partit avec les chefs de Galaad.
Tout le peuple en fit son chef
et Jephté prononça toutes ses paroles devant le Seigneur à Maspha.
Jephté envoya des messagers au roi des fils d’Ammon pour lui dire de sa part :
— Qu’y a-t-il entre moi et toi, que tu sois venu contre moi pour dévaster mon pays ?
Celui-ci leur répondit :
— C’est qu’Israël a pris ma terre lorsqu’il est monté d’Égypte
depuis les confins de l’Arnon jusqu’au Jaboc et au Jourdain.
Rends-la maintenant en paix.
Jephté les manda à nouveau et leur ordonna de dire au roi d’Ammon :
— Ainsi parle Jephté :
— Israël n’a pris ni la terre de Moab, ni la terre des fils d’Ammon.
Car lorsqu’ils montèrent d’Égypte
et qu’il marcha dans le désert jusqu’à la mer Rouge et vint à Cadès
Israël envoya des messagers au roi d’Édom en disant :
— Laisse-moi passer par ta terre
mais le roi d’Édom ne voulut pas accéder à sa prière.
Il en envoya aussi au roi de Moab
qui, lui-même, refusa aussi de leur accorder le passage,
c’est pourquoi Israël resta à Cadès.
Puis il contourna par le côté le pays d’Édom et le pays de Moab
et arriva à l’orient du pays de Moab.
Il campa au delà de l’Arnon
et il ne voulut pas entrer dans la frontière de Moab
car l’Arnon est la frontière de la terre de Moab.
De là, Israël envoya des messagers à Séhon, roi des Amorrhéens, qui habitait à Ésebon. Et ils lui dirent :
— Laisse-nous passer par ton pays jusqu’au fleuve.
Mais celui-ci même, méprisant aussi les paroles d’Israël
ne le laissa pas passer sur sa frontière.
Mais ayant rassemblé une multitude innombrable d'hommes, il marcha contre Israël à Jassa et s'opposait énergiquement à lui.
Et le Seigneur le livra avec toute son armée entre les mains d’Israël.
Il les battit et Israël s’empara de tout le pays des Amorrhéens habitant ce pays
et de toutes ses frontières depuis l’Arnon jusqu’au Jaboc
et depuis le désert jusqu’au Jourdain.
Alors que le Seigneur le Dieu d’Israël a dépossédé l’Amorrhéen, lorsque s'est battu contre lui son peuple Israël, tu veux maintenant posséder cette terre ?
Ce que possède Camos ton dieu, ne doit-il pas être à toi de droit ?
Tout ce que le Seigneur notre Dieu a obtenu victorieusement, se trouvera en notre possession.
À moins que peut-être tu vailles mieux que Balac, fils de Séphor roi de Moab ?
Ou bien peux-tu montrer qu’il a eu un différend avec Israël et qu'il a combattu contre lui ?
Quand Israël habita à Ésebon et dans ses bourgs,
à Aroër et dans ses villages
ainsi que dans toutes les villes qui sont sur les bords du Jourdain pendant trois cents ans,
pourquoi n’avez-vous tenté aucune réclamation au cours d'une si longue période ?
Moi, je n’ai pas péché contre toi mais toi, tu agis mal envers moi en me faisant une guerre injuste.
Que le Seigneur, le juge, tranche aujourd’hui entre les fils d’Israël et les fils d’Ammon.
Le roi des fils d’Ammon ne voulut pas se laisser apaiser par les paroles que Jephté lui avait envoyées par l'intermédiaire de ses messagers.
L'esprit du Seigneur fut sur Jephté,
il contourna Galaad et Manassé
ainsi que Maspha de Galaad
et de là pénétra chez les fils d'Ammon.
Il voua un vœu au Seigneur en disant :
— Si tu me livres les fils d'Ammon entre les mains,
quiconque sortira le premier des portes de ma maison
et viendra à ma rencontre lorsque je reviendrai en paix de chez les fils d'Ammon,
je l'offrirai en holocauste au Seigneur .
Jephté pénétra chez les fils d’Ammon afin de les combattre avec
et le Seigneur les livra entre ses mains.
Il sillona, depuis Aroër jusqu'à ce qu'on arrive à Mennith, vingt villes
et jusqu'à Abel qui est plantée de vignes, d'une blessure trop grande.
Jephté remonta dans sa maison à Maspha
et voici que sa fille unique sortit à sa rencontre avec des tambourins et des danses.
Il n’avait en effet pas d’autres enfants.
Dès qu’il la vit, il déchira ses vêtements et dit :
— Ah! ma fille, tu me trompes et tu es toi-même trompée.
Car moi, j’ai ouvert ma bouche au Seigneur et je ne pourrai faire autrement.
Elle lui dit :
— Mon père, si tu as ouvert ta bouche au Seigneur ; fais-moi selon ce que tu as promis
puisque le Seigneur t’a donné vengeance et victoire sur tes ennemis.
Elle dit à son père : — Qu'il me soit fait cette chose : Laisse-moi deux mois ; que j’erre sur les montagnes
et pleure sur ma virginité, moi et mes compagnes.
Il répondit : — Va, et il la laissa aller pour deux mois.
Elle s’en alla, elle et ses compagnes et ses amies
et elle pleura sa virginité sur les montagnes.
Il dit : — Va, et il la renvoya pour deux mois.
Elle s’en alla avec ses compagnes et ses amies
et pleura sa virginité sur les montagnes.
À la fin des deux mois, elle revint vers son père.
Il accomplit à son égard ce qu'il avait voué. Et elle ne connaissait pas d’homme.
De là advint une règle en Israël et la coutume fut conservée :
chaque année les filles d’Israël se réunissent pour pleurer
la fille de Jephté, le Galaadite, quatre jours.
Or, se leva une révolte en Éphraïm.
Ils passèrent vers l'aquilon et dirent à Jephté :
— Pourquoi es-tu allé combattre les fils d’Ammon sans nous appeler à marcher avec toi ?
Nous allons brûler ta maison.
Celui-ci leur répondit :
— J’étais, moi et mon peuple, en grande contestation avec les fils d’Ammon
alors je vous ai appelés pour que vous m’apportiez votre aide et vous n’avez pas voulu le faire.
Voyant cela, j’ai placé entre mes mains mon âme
et j’ai marché contre les fils d’Ammon ;
le Seigneur les a livrés entre mes mains.
Pourquoi ai-je mérité que vous montiez aujourd’hui vers moi pour me faire la guerre ?
Jephté rassembla tous les hommes de Galaad et livra bataille à Éphraïm.
Les hommes de Galaad frappèrent ceux d’Éphraïm
car ceux-ci avaient dit : — Galaad est un fugitif d'Éphraïm
qui demeure au milieu d’Éphraïm et de Manassé !
Galaad s’empara des gués du Jourdain par lesquels Éphraïm revenait
et quand l’un des fuyards d’Éphraïm disait :
— Je vous prie de me laisser passer,
les hommes de Galaad lui demandaient :
— Es-tu Ephrathéen ?
Il répondait : — Non, je ne le suis pas.
Ils lui disaient alors :
— Eh bien, dis : Sebboleth,
ce qui signifie « épi » .
Et il disait : — Tebboleth,
ne réussissant pas à bien prononcer « épi » avec la même lettre.
Ils le saisissaient alors et l’égorgeaient près des gués du Jourdain.
Il périt en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Éphraïm.
Jephté le Galaadite jugea Israël pendant six ans,
il mourut et fut enterré dans sa ville de Galaad.
Après lui Abessan de Bethléem fut juge en Israël.
Il eut trente fils et autant de filles,
il maria celles-ci hors de sa maison
et il fit venir du dehors trente filles pour ses fils.
Il fut juge en Israël pendant sept ans.
Il mourut et fut enterré à Bethléem.
Lui succéda Aïalon de Zabulon,
il jugea en Israël pendant dix ans.
Il mourut et fut enterré en Zabulon.
Après lui Abdon fils d’Hellel de Pharathon fut juge en Israël.
Il eut quarante fils et trente petits-fils
qui montaient sur soixante-dix ânons.
Il jugea en Israël pendant huit ans.
Il mourut et fut enterré à Pharathon, dans le pays d’Éphraïm, à la montagne d'Amalec.
Les fils d’Israël firent encore ce qui est mal aux yeux du Seigneur
et le Seigneur les livra entre les mains des Philistins quarante ans.
Il y avait un homme de Saraa, de la famille de Dan, nommé Manué
dont la femme était stérile.
L’Ange du Seigneur lui apparut et lui dit :
— Tu es stérile et sans enfant
mais tu concevras et enfanteras un fils.
Et maintenant prends bien garde, ne bois ni vin ni sicera
et ne mange rien d’impur,
car tu vas concevoir et enfanter un fils dont le rasoir ne touchera pas la tête.
Cet enfant en effet sera nazaréen de Dieu depuis son plus jeune âge, dès le sein de sa mère
et c’est lui qui commencera à libérer Israël de la main des Philistins.
Et elle alla dire à son mari :
— Un homme de Dieu est venu vers moi, ayant l’aspect d’un ange très redoutable.
Je ne lui ai pas demandé d’où il était, et il ne m’a pas fait connaître son nom.
Mais il a répondu ceci :
— Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils,
prends bien garde, ne bois ni vin ni liqueur forte
et ne te nourris de rien d’impur
car cet enfant sera nazaréen de Dieu depuis son plus jeune âge, dès le sein de sa mère, jusqu’au jour de sa mort.
Alors Manué invoqua le Seigneur et dit :
— Je te prie Seigneur, que l’homme de Dieu que tu as envoyé vienne encore
et qu’il nous enseigne ce que nous devons faire pour l’enfant qui va naître.
Le Seigneur exauça la prière de Manué
et l’Ange du Seigneur vint encore vers sa femme, assise dans un champ
et Manué, son mari, n’était pas avec elle.
Et elle se hâta et courut informer son mari
et lui dit :
— Voici, l’homme qui est venu l’autre jour vers moi m’est apparu.
Manué se leva et suivant sa femme,
alla vers l’homme et lui dit :
— Est-ce toi qui as parlé à la femme ?
Et celui-ci répondit : — Je le suis
Manué lui dit :
— Quand ta parole sera accomplie
que veux-tu que fasse l'enfant ou de quoi devra-t-il s'abstenir ?
L’Ange du Seigneur dit à Manué :
— De tout ce dont j'ai parlé à ta femme, qu'il s'abstienne !
De ce qui provient de la vigne, elle ne mangera rien
ni vin ni liqueur forte elle ne boira,
rien d’impur elle ne consommera.
ce que je lui ai prescrit, elle l’accomplira et le gardera.
Manué dit à l’Ange du Seigneur :
— Je te supplie d'accéder à mes prières
et que nous t’apprêtions un chevreau.
L’Ange du Seigneur lui répondit :
— Quand tu me retiendrais, je ne mangerais pas de tes pains.
Mais si tu veux faire un holocauste, offre-le au Seigneur.
Manué ne savait pas que c’était l’Ange de du Seigneur
Et il lui dit : — Quel est ton nom
afin que, si ta parole s’accomplisse, nous t’honorions ?
Il lui répondit :
— Pourquoi demandes-tu mon nom, qui est Merveilleux ?
Manué prit le chevreau avec les libations
et le posa sur la pierre
l'offrant au Seigneur qui fait des merveilles,
et lui et sa femme regardaient.
Comme la flamme montait de l’autel vers le ciel
l’Ange du Seigneur monta dans la flamme de l’autel.
Voyant cela, Manué et sa femme tombèrent la face contre terre.
L’Ange du Seigneur n’apparut plus
et Manué comprit que c’était l’Ange du Seigneur.
Et Manué dit à sa femme :
— Nous allons mourir de mort car nous avons vu Dieu.
Sa femme lui répondit :
— Si le Seigneur voulait nous faire mourir,
il n’aurait pas reçu de nos mains l’holocauste ni les libations,
il ne nous aurait pas montré tout cela,
il ne nous aurait pas dit toutes les choses qui doivent arriver.
La femme enfanta un fils et lui donna le nom de Samson.
L’enfant grandit et le Seigneur le bénit.
L’esprit du Seigneur commença à être avec lui, dans le camp de Dan entre Saraa et Esthaol.
Samson descendit donc à Thamnatha
et il vit là une femme d’entre les filles des Philistins.
Il remonta et l'annonça à son père et à sa mère, disant :
— J’ai vu à Thamnatha une femme d’entre les filles des Philistins
que je vous prie d'obtenir pour épouse.
Son père et sa mère lui dirent :
— N’y a-t-il pas de femme parmi les filles de tes frères et dans tout notre peuple
que tu veuilles obtenir une épouse d'entre les Philistins, qui sont incirconcis ?
Et Samson dit à son père :
— Obtiens-moi celle-là car elle a plu à mes yeux.
Son père et sa mère ne savaient pas que cela venait du Seigneur
et qu'il cherchait une occasion de querelle contre les Philistins.
Car en ce temps-là les Philistins dominaient sur Israël.
Samson descendit avec son père et sa mère à Thamnatha.
Lorsqu’ils arrivèrent aux vignes de l'enceinte,
apparut un jeune lion sauvage rugissant et se dirigeant vers lui.
L’Esprit du Seigneur fondit sur Samson
et il déchira le lion comme on aurait déchiré un chevreau, sans avoir rien à la main.
Il ne voulut pas révéler cela à son père et à sa mère.
Il descendit et parla à la femme qui avait plu à ses yeux.
Et après quelques jours, revenant la recevoir,
il fit un détour pour voir le cadavre du lion ;
voici qu’il y avait un essaim d’abeilles dans la bouche du lion ainsi qu'un rayon de miel.
Comme il en avait pris dans ses mains, il en mangeait sur le chemin.
Arrivant auprès de son père et de sa mère, il leur en donna une partie
et eux aussi en mangèrent
mais il ne voulut pas leur révéler qu’il avait pris le miel dans le corps du lion.
Ainsi, son père descendit chez la femme et fit un festin pour son fils Samson
car c’était la coutume des jeunes gens.
Donc dès que les habitants du lieu le virent, il lui donnèrent trente compagnons qui mangèrent avec lui.
Samson leur dit :
— Je vais vous proposer une énigme.
Si vous me l’expliquez pendant les sept jours du festin
je vous donnerai trente pièces de lin et autant de tuniques.
Mais si vous me pouvez pas me l’expliquer,
c’est vous qui me donnerez trente tuniques et le même nombre de tuniques.
Ils lui dirent : — Propose ton énigme, que nous l’entendions.
Il leur dit :
— De celui qui mange est sorti un met et du fort est sortie la douceur.
Pendant trois jours ils ne purent expliquer l’énigme.
Le septième jour
ils dirent à l'épouse de Samson :
— Flatte ton mari et convaincs-le afin qu'il te révèle ce que signifie l’énigme
si tu ne veux pas le faire nous te brûlerons,
toi et la maison de ton père.
Est-ce que vous nous avez conviés à vos noces pour nous dépouiller ?
La femme de Samson pleurait auprès de lui et se plaignait en disant :
— Tu me hais et tu me m’aimes pas.
Tu as proposé une énigme aux fils de mon peuple et tu ne me l’as pas expliquée !
Il lui répondit :
— Ni à mon père ni à ma mère je n’ai pas voulu le dire mais à toi je pourrai le révéler !
Elle pleura ainsi devant lui pendant les sept jours du festin.
Le septième jour comme elle le tourmentait, il lui expliqua l’énigme
et aussitôt, elle la révéla à ses concitoyens.
Eux dirent à Samson le septième jour avant le coucher du soleil :
— Quoi de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion.
Et il leur dit :
— Si vous m’aviez pas labouré avec ma génisse, vous m’auriez pas trouvé mon énigme.
L’Esprit du Seigneur se précipita sur lui.
Il descendit à Ashkelon et tua là trente hommes dont il prit les vêtements qu'il donna à ceux qui avez résolu l'énigme.
Puis étant très irrité il monta à la maison de son père.
Or,sa femme prit pour mari un de ses amis qui l'avaient accompagnée à ses noces.
Mais peu de temps après, comme les jours de la moisson des blés approchaient,
Samson vint, voulant rendre visite à sa femme, et il lui apporta le petit d'une chèvre
et alors qu'il voulait pénétrer dans sa chambre à son habitude, son père le lui interdit, en disant :
— J’ai pensé que tu avais pour elle de la haine et je l’ai donnée à ton ami.
Est-ce que sa jeune sœur n’est pas plus belle qu’elle ? Qu’elle soit ta femme à sa place.
Samson leur dit :
— À partir de ce jour je n’aurai pas de faute envers les Philistins si je vous fais du mal.
Et Samson s’en alla. Il attrapa trois cents renards,
lia les queues des uns aux queues des autres et attacha des torches au milieu.
Et les embrasant par le feu il les lâcha pour qu'ils courussent çà et là
et aussitôt ils allèrent droit dans les moissons des Philistins ;
embrasés par eux, et les récoltes amassées et les chaumes encore debout furent incendiées
à tel point que les vignes aussi et les oliveraies furent consumées par le feu.
Les Philistins dirent : — Qui a fait cela ?
On répondit : — C’est Samson, le gendre d'un Thamnite
parce que celui-ci lui a pris sa femme et l’a donnée à un autre.
Et les Philistins montèrent et la brûlèrent, elle et son père.
Samson leur dit :
— C’est ainsi que vous agissez ! Cependant, je ne cesserai qu’après m’être vengé de vous.
Et il les battit rudement
au point qu’ils restaient stupéfaits, la jambe posée sur la cuisse ;
il descendit ensuite et demeura dans la caverne du rocher d’Étham.
Alors les Philistins montèrent et campèrent en Juda
et au lieu appelé ensuite « L’ehi », c’est à dire « la Mâchoire », se répandit leur armée.
Les hommes de Juda dirent :
— Pourquoi êtes-vous montés contre nous ?
Ils répondirent :
— Nous sommes montés pour lier Samson, afin de le traiter comme il nous a traités.
Trois mille hommes de Juda descendirent à la caverne du rocher d’Étham et dirent à Samson :
— Ne sais-tu pas que les Philistins dominent sur nous ? Que nous as-tu fait là ?
Il leur répondit : — Je les ai traités comme ils m’ont traité.
Ils dirent : — Nous sommes descendus pour te lier afin de te livrer entre les mains des Philistins.
Samson leur dit : — Jurez-moi que vous ne voulez pas me tuer.
Ils lui dirent : — Nous ne te tuerons pas mais nous te livrerons lié.
Et l’ayant lié de deux cordes neuves ils le firent monter du rocher d'Étham.
Comme il arrivait au lieu de la Mâchoire et que les Philistins en vociférant venaient à lui,
alors l’Esprit du Seigneur le saisit
et de la même manière que les fils de lin se rompent à l'odeur du feu
les liens avec lesquels il était lié se consumèrent et se détachèrent.
Trouvant une mâchoire d’âne à terre, il étendit la main, la saisit
et en frappa mille hommes.
Et il dit :
— Avec la mâchoire de l’âne, avec la mâchoire du petit d'ânesses je les ai anéantis et j’ai frappé mille hommes.
Quand il eut achevé de parler
il jeta de sa main la mâchoire et nomma ce lieu « Ramathléhi ».
Ce qui veut dire « élévation de la mâchoire ».
Dévoré par la soif, il invoqua le Seigneur et dit :
— C’est toi qui as accordé par la main de ton serviteur cette grande délivrance et cette grande victoire.
Et maintenant faut-il que je meure de soif et que je tombe entre les mains des incirconcis ?
Et Dieu fendit une des molaires de cette mâchoire d'âne
et il en sortit des eaux.
Ayant bu, son esprit se ranima et il reprit vie.
C’est pourquoi on a appelé le lieu de cette Source du nom de la mâchoire, jusqu'à ce jour.
Il jugea Israël au temps des Philistins pendant vingt ans.
Il partit pour Gaza ; il y vit une courtisane et entra chez elle.
Et comme les Philistins l’avaient appris et que le bruit s'était répandu parmi eux que Samson était entré dans la ville,
ils l’encerclèrent, ayant placé des gardes à la porte de la ville,
y veillant en silence toute la nuit pour le tuer au matin lorsqu’il sortirait...
Mais Samson demeura couché jusqu'à minuit,
il se leva et saisissant les battants de la porte de la ville et les deux poteaux, les arracha avec la barre,
les mit sur ses épaules et les porta sur le sommet de la montagne qui regarde Hébron.
Après ces événements, il aima une femme qui habitait dans la vallée de Sorec et s'appelait « Dalila ».
Les princes des Philistins montèrent vers elle et lui dirent :
— Flatte-le et dis-nous d'où lui vient sa grande force
et comment nous pourrions nous rendre maîtres de lui, le lier et le dompter !
Si tu fais cela, nous te donnerons chacun onze cents pièces d'argent.
Donc Dalila dit à Samson :
— Dis-moi, je te prie, d'où vient ta si grande force
et avec quoi il faudrait te lier pour te dompter ?
Samson lui dit :
— Si l’on me liait avec sept cordes fraîches, qui ne seraient pas encore sèches
je deviendrais faible comme tous les autres hommes.
Les princes des Philistins apportèrent à Dalila sept cordes fraîches comme elle avait dit
avec lesquelles elle le lia.
Comme ils s'étaient cachés et attendaient dans sa chambre l'issue de cette action,
elle lui cria : — Les Philistins sont sur toi, Samson !
Il rompit les cordes, comme se rompt un cordon d’étoupe quand il sent le feu
et on ne connut pas ce en quoi consistait sa force.
Dalila dit à Samson :
— Voici, tu t’es joué de moi et tu m’as dit des mensonges !
maintenant, je te prie, indique-moi avec quoi il faut te lier !
Il lui dit :
— Si on me liait avec des cordes neuves n’ayant servi à aucun usage
je deviendrais faible et je serais semblable aux autres hommes.
Et Dalila l’en ayant lié une deuxième fois, elle cria encore :
— Les Philistins sont sur toi, Samson !
des gens embusqués se tenant dans sa chambre,
mais lui rompit ces cordes comme on romprait un fil.
Et Dalila dit une fois de plus à Samson :
— Jusqu'à quand vas-tu me tromper et dire le mensonge ?
Indique avec quoi tu devrais être lié !
Et il dit : — Si tu tisses les sept tresses de ma tête avec un fil de chaîne et les attaches à un clou fiché en terre, je serai affaibli !
Quand Dalila eut fait cela elle lui dit :
— Les Philistins sont sur toi Samson !
lequel, se réveillant de son sommeil, arracha le clou avec les tresses et le fil de chaîne.
Elle lui dit :
— Comment peux-tu dire : — Je t’aime ! puisque ton cœur n’est pas avec moi ?
Voilà trois fois que tu t’es joué de moi, et tu ne m’as pas indiqué où gît ta grande force !
Et comme elle l’importunait sans cesse et qu’elle se tint plusieurs jours accrochée à lui,
sans lui donner aucun temps pour se reposer,
son âme se découragea et elle était lasse jusqu’à en mourir.
Alors, lui découvrant la vérité de la chose, il lui dit :
— Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête car je suis nazaréen, c'est-à-dire : « consacré à Dieu », dès le sein de ma mère ;
si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait
je deviendrais faible et je serais comme tous les autres hommes.
Dalila voyant qu’il lui avait confessé tout ce qu’il avait dans le cœur,
envoya appeler les princes des Philistins et leur fit dire :
— Montez cette fois, car il m’a ouvert tout son cœur.
Et les princes des Philistins montèrent vers elle, apportant l’argent qu’ils lui avaient promis.
Elle l’endormit sur ses genoux et lui fit appuyer sa tête sur son sein
et, ayant appelé celui qui s'occupe de la tonte, elle fit raser les sept tresses de la tête de Samson, après quoi elle commença à le chasser et à l'éloigner d’elle
car aussitôt sa force se retira de lui.
Et elle dit alors : — Les Philistins sont sur toi, Samson !
Il se réveilla de son sommeil et dit en lui-même :
— Je me tirerai d’affaire comme j’ai fait auparavant et je me dégagerai.
Car il ne savait pas que le Seigneur s’était retiré de lui.
Les Philistins le saisirent et lui crevèrent aussitôt les yeux
et l’ayant conduit à Gaza lié d’une chaîne,
ils l’enfermèrent dans une prison où ils lui firent tourner la meule d’un moulin.
Et déjà ses cheveux commençaient à repousser ...
Les princes des Philistins s’assemblèrent
pour offrir un magnifique sacrifice à Dagon leur dieu et pour faire un festin en disant :
— Notre dieu a livré entre nos mains Samson notre ennemi.
Ce que voyant le peuple louait son dieu et disait en même temps :
— Notre dieu a livré entre nos mains notre ennemi, celui qui ravageait notre pays et qui en a tué tant !
Festoyant avec grandes réjouissances, après le dîner, ils ordonnèrent qu'on appelât Samson et qu'il fît des tours devant eux.
Lui, amené depuis la prison, faisait des tours devant eux
et il le firent se tenir debout entre deux colonnes.
Samson dit au jeune homme qui le conduisait :
— Laisse-moi toucher les colonnes qui soutiennent toute la maison,
que je m’appuie dessus et puisse prendre un peu de repos...
Or la maison était remplie d’hommes et de femmes
tous les princes des Philistins étaient là
et il y avait sur le toit environ trois mille personnes, hommes et femmes qui du haut de la maison regardaient Samson danser.
Alors Samson invoquant le Seigneur dit :
— Seigneur Dieu souviens-toi de moi
et rends-moi maintenant ma force passée,
mon Dieu,
que je me venge de mes ennemis
et reçoive pour la perte de mes deux yeux une vengeance unique !
Et Samson prenant les deux colonnes sur lesquelles se tenait la maison,
tenant l’une de la main droite et l’autre de la gauche
Il dit :
— Que mon âme meure avec les Philistins !
Et ayant secoué fortement les colonnes, la maison tomba
sur les princes et sur tout le peuple qui était là.
Il en tua beaucoup plus en mourant qu’il n’en avait tué pendant sa vie.
Ses frères et tous ses parents descendirent,
prirent son corps et l’ensevelirent entre Saraa et Esthaol dans le sépulcre de son père Manué.
Il jugea Israël pendant vingt ans.
Il y avait un homme de la montagne d’Éphraïm nommé Mikayehu.
Il dit à sa mère :
— Les mille et cent sicles d’argent
que tu as mis à part
et au sujet desquel tu as juré, en présence de mes oreilles,
voici que j'ai cet argent et qu'il est avec moi.
Et sa mère répondit :
— Que mon fils soit béni du Seigneur !
Il rendit à sa mère les mille et cent sicles d’argent et sa mère dit :
— J'ai consacré et j'ai voué cet argent au Seigneur
afin que mon fils le reçoive de ma main
et fasse une sculpture et une image en fonte ;
maintenant je te le rends.
Il rendit l’argent à sa mère
qui prit deux cents sicles et les donna au fondeur
pour qu'il en fît une sculpture et une image en fonte qui furent dans la maison de Michas.
Car Michas avait dans celle-ci un petit temple de Dieu,
il fit un éphod et des théraphim, c'est-à-dire le vêtement sacerdotal et les idoles
et il consacra un de ses fils de ses mains et il fit de lui un prêtre.
En ce temps-là il n’y avait pas de roi en Israël
et chacun faisait ce qui lui semblait bon.
Il y avait un jeune homme de Bethléem en Juda par sa parenté,
il était lévite et habitait là.
Et cet homme partit de la ville de Bethléem
dans le but d’aller s’établir partout où il trouverait son avantage.
Il arriva ainsi dans la montagne d’Éphraïm
et se dirigea vers la maison de Michas.
Interrogé par ce dernier sur l'endroit d'où il venait,
il répondit : — Je suis lévite, de Bethléem de Juda
et je cherche à m’établir où je pourrai et où je verrai que cela me sera profitable.
Il lui dit : — Reste avec moi et sois pour moi un père et un prêtre
et je te donnerai chaque année dix sicles d’argent, deux habits et ce qui est nécessaire pour la vie.
Le Lévite consentit à demeurer chez cet homme
et celui-ci fut pour lui comme l’un de ses fils.
Et Michas le consacra de ses mains et il garda avec lui le jeune homme comme prêtre
disant : — Je sais maintenant que le Seigneur me fera du bien puisque je garde un prêtre de la race de Lévi.
En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël.
Et la tribu de Dan se cherchait une possession pour s’établir
car jusqu’à ce jour elle n'avait pas de résultat du tirage entre les tribus d’Israël.
Les fils de Dan envoyèrent donc de leur lignée et de leur famille
cinq hommes très vaillants de Saraa et d’Esthaol
pour explorer le pays et l'inspecter attentivement.
Ils leur dirent : — Allez, reconnaissez la terre.
Et eux, poursuivant leur route, arrivèrent dans la montagne d’Éphraïm jusqu’à la maison de Michas et ils y passèrent la nuit.
Reconnaissant la voix du jeune Lévite
et utilisant son logement comme auberge, ils lui dirent :
— Qui t’a amené ici ? Que fais-tu dans ce lieu et pour quelle cause as-tu voulu venir ici ?
Il leur répondit : — Micas a donné pour moi telle et telle chose, il me donne un salaire pour que je sois son prêtre.
Ils lui demandèrent qu’il consultât le Seigneur
et qu’il pussent savoir s’ils poursuivraient un voyage prospère et si l’affaire aurait un résultat.
Et il leur répondit : — Allez en paix.
Le Seigneur regarde votre route et le voyage que vous poursuivez.
Partant ainsi, les cinq hommes arrivèrent à Laïs.
Ils y virent un peuple vivant sans crainte,
suivant la coutume sûre et tranquille des Sidoniens, absolument personne ne leur tenant tête,
ayant de grandes richesses, loin de Sidon et séparé de tous les hommes.
Étant revenus chez leurs frères à Saraa et Esthaol, à ceux qui les interrogeaient sur ce qu’ils avaient fait, ils répondirent :
— Levez-vous et montons jusqu’à eux.
Nous avons vu en effet la terre très opulente et fertile.
Ne négligez pas, ne tardez pas.
Allons et possédons-la.
Il n’y aura nulle peine,
nous entrerons chez des gens paisibles dans un pays très étendu,
et le Seigneur nous livrera un lieu dans lequel il ne manque d'aucune chose de tout ce qui croît sur la terre.
Alors partirent de la parenté de Dan, c'est-à-dire de Saraa et d’Esthaol
six cents hommes munis de leurs armes de guerre.
Et montant ils demeurèrent à Cariathiarim en Juda,
lequel lieu depuis ce temps a reçu le nom de « Camp de Dan » et est derrière Cariathiarim.
De là ils passèrent dans la montagne d’Éphraïm
et alors qu'ils étaient venus à la maison de Michas.
Alors les cinq hommes qui auparavant avaient été envoyés pour considérer la terre de Laïs dirent à leurs autres frères : —
Savez-vous qu'il y a dans ces maisons un éphod, des théraphim, une statue et un ouvrage de métal fondu ? Voyez ce qui vous plaît.
Et alors qu'ils s'étaient un peu détournés
ils entrèrent dans la maison du jeune homme lévite qui était dans la maison de Michas
et le saluèrent par des paroles de paix.
Et les six cents hommes tels qu'ils étaient armés se tenaient devant la porte.
Et ceux-là qui étaient entrés dans la maison du jeune homme s'efforçaient d'enlever la statue, l'éphod, les théraphim et l'ouvrage de métal fondu
et le prêtre se tenait devant la porte, les six cents hommes très vaillants attendant non loin.
Ceux qui étaient entrés prirent donc la statue, l'éphod, les idoles ainsi que l'ouvrage de métal fondu.
Le prêtre leur dit : — Que faites-vous ?
Et ils lui répondirent : — Tais-toi, mets ton doigt sur ta bouche
et viens avec nous, pour que nous ayons un père et un prêtre.
Qu'est-ce qui est meilleur pour toi : que tu sois prêtre pour la maison d’un seul homme
ou dans une tribu et une famille en Israël ?
Comme il avait entendu cela, il obéit à leurs paroles.
Et il prit l'éphod, les idoles et la statue
et partit avec eux.
Et eux comme ils s'étaient mis en route et avaient fait aller devant eux les enfants et les bêtes de somme et tout ce qui était précieux
et qu'ils étaient déjà loin de la maison de Michas,
les hommes qui habitaient dans la maison de Micha criant ensemble les suivirent
et dans leur dos commencèrent à crier
et eux, comme ils s'étaient retournés, de dire à Michas :
— Que veux-tu pour toi ? Pourquoi cries-tu ?
Il répondit : — Mes dieux que je me suis faits vous les avez enlevés avec le prêtre, et tout ce que j'ai.
Et vous me dites : — Qu'y a-t-il pour toi ?
Et les fils de Dan lui dirent :
— Prends garde de ne plus nous parler
et que viennent à toi des hommes à l'esprit violent
et que toi-même avec toute ta maison tu périsses.
Et ils continuèrent par le chemin commencé.
Et Michas voyant qu’ils étaient plus forts que lui retourna dans sa maison.
Cependant les six cents hommes prirent le prêtre et les choses que nous avons dites plus haut,
vinrent à Laïs auprès d'un peuple paisible et confiant,
le frappèrent du glaive dévorant
et livrèrent la ville au feu,
tandis que nul ne leur portait secours
car ils habitaient loin de Sidon
et qu'il n'y avait aucune forme de société ou de commerce avec aucun des hommes ;
en effet la ville était située dans la région de Roob.
Et la rebâtissant ils y habitèrent,
une fois donné à la cité le nom de « Dan »
d’après l'appellation de Dan leur père qu'avait engendré Israël,
elle qui était appelée premièrement Laïs.
Et ils posèrent pour eux la statue
et Jonathan, fils de Gersan, fils de Moïse, et ses fils furent prêtres dans la tribu de Dan jusqu’au jour de sa captivité.
Et l'idole de Michas resta chez eux tout le temps que la maison de Dieu fut à Silo. En ces jours-là il n'y avait pas de roi en Israël.
Il y eut un certain homme Lévite habitant sur le côté de la montagne d’Éphraïm
qui prit une femme de Bethléem de Juda.
Elle l'abandonna, retourna dans la maison de son père à Bethléem
et resta chez lui quatre mois.
Et son mari la suivit
voulant se réconcilier avec elle, la cajoler et la ramener avec lui,
ayant pour compagnie un jeune esclave et deux ânes.
Et elle le reçut et le fit entrer dans la maison de son père.
Donc comme son beau-père l'avait entendu et l'avait vu, il vint à sa rencontre joyeux.
Et il prit l'homme dans ses bras.
Et le gendre resta dans la maison du beau-père trois jours
mangeant avec lui et buvant familièrement.
Mais au quatrième jour, se levant de nuit il voulut partir,
le beau-père le retint et lui dit :
— Goûte d'abord un petit peu de pain et fortifie ton estomac et ainsi tu partiras.
Et ils s'assirent ensemble et ils mangèrent et burent.
Puis le père de la jeune femme dit à son gendre :
— Je te prie qu'aujourd'hui tu restes ici et que nous nous réjouissions ensemble.
Mais celui-là se levant commença à vouloir partir
et néanmoins le beau-père le retint de toutes ses forces et le fit rester chez lui.
Le matin venu, le Lévite préparait le voyage,
de nouveau le beau-père lui adressa la parole :
— Je te prie, dit-il, de prendre un peu de nourriture
et, ayant pris des forces jusqu'à ce que le jour avance, alors tu partiras.
Ils mangèrent donc ensemble.
Et le jeune homme se leva pour s’en aller avec sa femme et le serviteur,
de nouveau le beau-père lui adressa la parole :
— Considère que le jour s'incline plus vers le couchant et s'approche du soir :
reste chez moi aujourd'hui encore et passe un jour joyeux,
et demain tu partiras pour aller à ta maison.
Le gendre ne voulut pas consentir à ses paroles
mais se mit en route aussitôt et arriva en face de Jébus,
qui est appelée d'un autre nom : « Jérusalem » [Hierusalem],
conduisant avec lui deux ânes bâtés et la concubine.
Et déjà ils étaient près de Jébus, le jour était changé en nuit.
Et le serviteur dit à son maître :
— Viens, je te prie, détournons-nous vers la ville des Jébuséens et restons-y.
Le maître lui répondit :
— Je n'entrerai pas dans la ville d'un peuple étranger qui ne relève pas des fils d'Israël,
mais je traverserai jusqu'à Gabaa.
Une fois que je serai parvenu là-bas, nous y resterons
ou du moins dans la ville de Rama.
Ils passèrent Jébus et continuaient le chemin entamé
et le soleil se coucha sur eux près de Gabaa
qui est dans la tribu de Benjamin.
Et ils firent un détour vers elle pour y rester.
Or comme ils y étaient entrés et s'étaient assis sur la place de la cité, nul ne voulait leur donner l'hospitalité.
Et voici qu'apparut un vieil homme revenant du champ et de son travail dans le soir. Lui-même était de la montagne d'Éphraïm,
étranger résidant à Gabaa,
quant aux hommes de la région, c'étaient des fils de Jamin.
Et les yeux levés, le vieillard vit l'homme assis avec ses bagages sur la place de la cité et il lui dit :
— D'où viens-tu et où vas-tu ?
Et il lui répondit :
— Nous sommes partis de Bethléem de Juda et nous nous dirigeons vers notre lieu qui est sur le côté de la montagne d'Éphraïm d'où nous étions allés à Bethléem
et maintenant nous allons à la maison du Seigneur
et aucun ne veut sous son toit nous recevoir.
Ayant de la paille et du foin pour la nourriture des ânes
et du pain et du vin pour les miens et l'usage de ta servante et du serviteur qui est avec moi
nous ne manquons d'aucune chose si ce n'est d'hospitalité.
Le vieillard lui dit :
— La paix soit avec toi ! Moi je donnerai toutes les choses qui sont nécessaires,
seulement je te prie de ne pas rester sur la place.
Il le fit entrer dans sa maison et il donna du fourrage aux ânes
et après qu'ils se lavèrent les pieds, il les reçut pour un repas.
Alors qu'ils dînaient, et après la fatigue du voyage, comme la nourriture et la boisson restauraient leurs corps,
vinrent des hommes de la ville, des fils de Bélial, c'est-à-dire « sans joug », et entourant la maison du vieillard, ils commencèrent à frapper la porte,
criant au maître de la maison et disant :
— Fais sortir l'homme qui est entré dans ta maison pour que nous abusions de lui.
Et le vieillard sortit vers eux et leur dit :
— Non mes frères, ne faites pas ce mal
puisque l'homme est entré dans ma maison, et renoncez à cette stupidité.
J'ai une fille vierge et cet homme a une concubine :
je les amènerai à vous pour que vous les humiliiez et combliez votre envie,
seulement je vous supplie que vous ne commettiez pas ce crime contre nature sur cet homme.
Ils ne voulaient pas consentir à ses paroles
et s'en apercevant, l'homme fit sortir vers eux sa concubine et la leur livra pour qu'elle soit violée.
Et lorsque toute la nuit ils eurent abusé d'elle, ils la renvoyèrent le matin.
Et cette femme, les ténèbres se retirant, vint à la porte de la maison où était son seigneur et, là, elle s'écroula.
Le matin venu l'homme se leva et ouvrit la porte pour achever sa route commencée.
Et voici que sa concubine était étendue devant la porte les mains sur le seuil.
Lui pensant qu'elle dormait lui disait :
— Lève-toi et marchons.
et elle ne répondant rien, comprenant ce qu'il en était,
il la prit, la posa sur l'âne
et retourna dans sa maison.
Et comme il était de retour, il prit un glaive
et coupant le cadavre de sa femme avec ses os en douze parts et morceaux,
il les envoya dans tous les confins d'Israël.
Quand ils avaient vu cela chacun s'écria :
— Jamais chose pareille n'a été faite en Israël
depuis le jour que nos pères montèrent d’Égypte jusqu’au temps présent.
Prononcez une sentence et ensemble décidez ce qu'il faut faire.
C'est pourquoi tous les fils d’Israël sortirent et furent ensemble réunis comme un seul homme
depuis Dan jusqu’à Bersabée et la terre de Galaad, devant le Seigneur à Maspha.
Et tous les chefs du peuple et toutes les tribus d'Israël dans l'assemblée du peuple de Dieu se réunirent :
quarante mille combattants à pied.
Il ne passa pas inaperçu aux fils de Benjamin que les fils d'Israël étaient montés à Maspha. Et le lévite, mari de la femme tuée, interrogé
sur la façon dont un tel crime avait été commis,
répondit :
— Je suis venu à Gabaa de Benjamin avec ma femme et là-bas j'ai séjourné.
Et voici que des hommes de cette cité-là ont entouré pendant la nuit la maison dans laquelle je demeurais
voulant me tuer et maltraitant ma femme par la fureur d'une incroyable passion ;
après quoi elle est morte.
Et l'ayant prise, en morceaux je l’ai coupée
et j'ai envoyé les parts dans toutes les frontières de votre possession
parce que jamais une telle impiété et un si grand sacrilège n'ont été commis en Israël.
Vous êtes tous présents, fils d'Israël, décidez de ce que vous devez faire.
Et tout le peuple se dressant, comme un seul homme il répondit par ces paroles :
— Nous ne retournerons pas dans nos tentes et personne n'entrera dans sa maison ;
mais contre Gabaa en commun nous ferons ceci :
que soient choisis dix hommes sur cent
de toutes les tribus d’Israël
et cent sur mille
et mille sur dix mille :
ils iront chercher des vivres pour l'armée
afin que nous puissions, combattant Gabaa de Benjamin, lui rendre à la mesure de son crime ce qu'elle mérite.
Et tout Israël s'assembla près de la ville comme un seul homme, dans un même esprit et une seule intention.
Les tribus d’Israël envoyèrent des messagers dans toute la tribu de Benjamin pour dire : — Pourquoi cette action si horrible s'est-elle trouvée chez vous ?
Livrez les hommes de Gabaa qui ont perpétré ce crime pour qu'ils meurent et que soit enlevé le mal d'Israël.
Et ils ne voulurent pas entendre l'ordre de leurs frères, les fils d'Israël,
mais de toutes les villes qui étaient de leur lot ils s'assemblèrent à Gabaa pour lui porter secours
et combattre contre tout le peuple d'Israël.
Et on trouva vingt-cinq mille de Benjamin qui tiraient le glaive, excepté les habitants de Gabaa
qui étaient sept cents hommes très vaillants
combattant tant de la main droite que de la gauche
et tirant avec une telle précision des pierres à la fronde
qu'ils pouvaient frapper même un cheveu sans qu'en aucune façon le coup de la pierre ne soit porté sur une autre partie.
On compta aussi quatre cent mille hommes d'Israël, sans compter les fils de Benjamin, tirant le glaive et prêts au combat.
Et se levant ils vinrent à la maison de Dieu c'est-à-dire à Silo,
ils le consultèrent et dirent :
— Qui sera dans notre armée le chef de la lutte contre les fils de Benjamin ?
Le Seigneur leur répondit : — Que Juda soit votre chef.
Et aussitôt les fils d’Israël se levant au matin
campèrent contre Gabaa.
Et de là avançant au combat contre Benjamin ils commencèrent à assiéger la ville.
Et les fils de Benjamin sortirent de Gabaa
et ils tuèrent ce jour-là vingt-deux mille hommes des fils d’Israël.
De nouveau les fils d’Israël, confiants dans la force et le nombre, dans ce même lieu où ils avaient combattu auparavant, se rangèrent en ordre de bataille,
de façon cependant à monter et pleurer d'abord devant le Seigneur jusqu'à la nuit,
ils le consultèrent et dirent :
— Dois-je encore avancer pour lutter contre les fils de Benjamin mes frères ou non ?
Et il leur répondit :
— Montez vers lui et commencez le combat.
Et lorsque les fils d'Israël le jour suivant s'étaient avancés pour le combat contre Benjamin,
les fils de Benjamin firent irruption hors des portes de Gabaa
et les rencontrant ils firent parmi eux un si grand carnage
qu'ils mirent à terre dix-huit mille hommes tirant le glaive.
C'est pourquoi tous les fils d'Israël vinrent à la maison de Dieu
et étant assis, pleuraient devant le Seigneur ;
ils jeûnèrent ce jour-là jusqu'au soir
et lui offrirent des holocaustes et des victimes pacifiques.
Et ils s'interrogèrent sur leur situation.
En ce temps l’arche de l’alliance de Dieu était là
et Finéès fils d'Eléazar fils d'Aaron était préposé à la maison.
Ils consultèrent donc le Seigneur et dirent :
— Devons-nous sortir encore au combat contre les fils de Benjamin nos frères ou rester en paix ?
Le Seigneur leur dit : — Montez demain, en effet je les livrerai entre vos mains.
Alors les fils d'Israël placèrent des embuscades autour de la ville de Gabaa
et pour la troisième fois, comme la première et la deuxième, contre Benjamin ils firent avancer l'armée.
Mais les fils de Benjamin avec audace sortirent de la cité
et poursuivirent très longtemps les ennemis qui fuyaient
de sorte qu'ils en blessèrent comme au premier et au deuxième jour
et tuèrent ceux qui tournaient le dos par les deux chemins
dont l'un conduisait à Béthel
l'autre à Gabaa
et ils terrassèrent environ trente hommes.
Ils pensèrent en effet les tuer comme d'habitude,
eux qui simulant la fuite avec habileté avaient l'intention
de les éloigner de la cité et comme en fuyant de les amener dans les chemins susdits.
C'est pourquoi tous les fils d'Israël étendirent leurs rangs dans le lieu qui est appelé Baalthamar
De même les embuscades qui étaient autour de la ville commencèrent à se montrer peu à peu
et à s'avancer par la partie occidentale de la ville.
Mais par ailleurs, les dix mille hommes de tout Israël provoquaient les habitants de la ville au combat,
la guerre contre les fils de Benjamin s'aggrava
et ils ne comprirent pas que de toutes parts la mort les menaçait.
Et le Seigneur les frappa sous les yeux des fils d'Israël
et ils tuèrent parmi eux ce jour-là vingt-cinq mille et cent hommes,
tous guerriers et tirant le glaive.
Or comme les fils de Benjamin avaient vu qu'ils étaient inférieurs, ils commencèrent à fuir.
En voyant cela les fils d'Israël leur laissèrent un passage pour fuir
afin qu'ils arrivassent aux embuscades préparées et installées près de la ville.
Et eux, alors que soudain ils s'étaient levés de leurs cachettes
et que Benjamin tournait le dos à ceux qui l'abattaient,
entrèrent dans la cité et la frappèrent du glaive dévorant.
Or, les fils d'Israël avaient donné le signe à ceux qu'ils avaient mis en embuscade
qu'après avoir pris la ville, ils allumeraient un feu
et montreraient, la fumée s'élevant en haut, que la ville était prise.
C'est ce qu'aperçurent les fils d'Israël engagés dans la mêlée ;
les fils de Benjamin conclurent qu'ils étaient en fuite.
Et ils les poursuivaient avec d'autant plus d'ardeur qu'ils venaient de tuer trente de leurs hommes.
Et tandis qu'ils voyaient s’élever de la cité comme une colonne de fumée,
Benjamin, regardant derrière lui, aperçut la cité prise et les flammes qui se dirigeaient vers le ciel.
Ceux qui auparavant avaient simulé la fuite, par une volte-face, résistaient plus hardiment.
Lorsqu'ils eurent vu cela, les fils de Benjamin prirent la fuite.
Et vers la voie du désert ils commencèrent à aller.
Là-bas aussi les ennemis les poursuivirent
mais en plus ceux qui avaient incendié la ville vinrent à leur rencontre.
Et ainsi il arriva que des deux côtés ils étaient massacrés par les ennemis.
Il n'y avait pour les mourants nul repos ;
ils tombèrent et furent allongés dans la zone orientale de la ville de Gabaa.
Or ceux qui furent tués dans ce même lieu furent dix-huit mille hommes,
tous très robustes guerriers.
Comme ceux qui restaient de Benjamin avaient vu cela, ils s'enfuirent dans le désert et ils allaient vers le rocher dont le nom est « Remmon ».
Dans cette fuite aussi, comme ils allaient ça et là et se dirigaient en diverses directions, on tua cinq mille hommes
et comme ils s'aventuraient plus loin, on les poursuivit,
et on en tua encore deux mille autres.
Et ainsi le fait est que tous ceux de Benjamin qui étaient tombés en divers lieux étaient vingt-cinq mille guerriers très prompts à la guerre.
C'est pourquoi, de toute la multitude de Benjamin, restèrent six cents hommes, qui avaient pu s'évader et fuir dans le désert
et ils demeurèrent au rocher de Remmon quatre mois durant.
Mais revenus, les fils d'Israël frappèrent du glaive ce qui restait de la cité, des hommes jusqu'aux bêtes,
et toutes les cités et les petits hameaux de la tribu de Benjamin, une flamme vorace les consuma.
Les fils d’Israël avaient juré à Maspha en disant :
— Aucun de nous ne donnera ses filles pour femmes aux fils de Benjamin.
Et ils vinrent tous à la maison de Dieu à Silo
et, en sa présence restant assis jusqu'au soir,
ils élevèrent la voix et dans une forte lamentation, commencèrent à pleurer en disant :
— Pourquoi Seigneur Dieu d'Israël ce mal est-il arrivé dans ton peuple
qu'aujourd'hui une tribu nous a été retranchée ?
Mais le jour suivant, se levant au petit matin, ils élevèrent un autel
et ils offrirent là des holocaustes et des victimes pacifiques et dirent :
— Qui d'entre les tribus d'Israël n'est pas monté dans l'armée du Seigneur de l'univers ?
En effet ils s'étaient liés par le serment solennel, quand ils étaient à Maspha, de tuer ceux qui auraient fait défaut.
Les enfants d’Israël pris de repentir
au sujet de Benjamin leur frère, commencèrent à dire :
— Une tribu a été retranchée d'Israël.
D'où prendront-ils des femmes ?
Tous en effet nous avons juré en commun que nous ne leur donnerions pas nos filles.
C'est pourquoi ils dirent : — Qui, de toutes les tribus d'Israël, est celle qui n'est pas montée auprès du Seigneur à Maspha ?
Et voici qu'on trouva que les habitants de Jabisgalaad n'avaient pas été dans l'armée.
En ce temps-là aussi, alors qu'ils étaient à Silo, on ne trouva là aucun d'eux.
Alors l’assemblée envoya contre eux dix mille hommes très robustes et leur donna cet ordre :
— Allez et frappez du glaive dévorant les habitants de Jabisgalaad avec les femmes et les enfants.
Et voici ce que vous devrez observer :
tout ce qui est de sexe masculin et les femmes qui ont connu des hommes, tuez-les.
Et furent trouvées de Jabisgalaad quatre cents jeunes filles vierges qui n’avaient pas connu le lit d'un homme
et ils les amenèrent dans le camp à Silo qui est dans la terre de Canaan.
Ils envoyèrent des messagers aux fils de Benjamin qui étaient au rocher de Remmon
et ils leur ordonnèrent de les recevoir en paix.
Et les fils de Benjamin vinrent en ce temps-là,
des filles de Jabisgalaad leur furent données pour femmes
mais ils n'en trouvèrent pas d'autres qu'ils pussent donner de la même manière.
Et tout Israël souffrit fortement et fit pénitence
du meurtre d'une des tribus d'Israël.
Et les anciens dirent :
— Que ferons-nous pour les autres qui n'ont pas reçu de femmes ?
Toutes les femmes en Benjamin ont succombé.
Et pour nous, avec un grand soin et un immense zèle, il faut pourvoir
à ce qu'une tribu ne soit pas effacée d'Israël.
Nous ne pouvons pas leur donner nos filles,
liés par un serment et la malédiction que nous avons dite :
— Maudit soit celui qui donnera d'entre ses filles une femme à Benjamin.
Ils prirent conseil et ils dirent :
— Voici la fête du Seigneur qui se célèbre chaque année à Silo,
qui est située au septentrion de la ville de Béthel,
à l’orient de la route qui monte de Béthel à Sichem
et au midi de Lébona.
Puis ils donnèrent cet ordre aux fils de Benjamin :
— Allez et cachez-vous dans les vignes.
Et quand vous verrez les filles de Silo s'avancer pour former des danses en chœur selon la coutume,
sortez tout à coup des vignes, que chacun enlève une femme
puis dirigez-vous vers la terre de Benjamin.
Et lorsque seront venus leurs pères et leurs frères
et que contre vous ils auront commencé à se plaindre et à contester,
nous leur dirons : — Ayez pitié d'eux ;
en effet ils ne les ont pas enlevées selon le droit des combattants et des vainqueurs
mais, alors qu'il demandaient pour les recevoir, vous ne les avez pas données ;
c'est de votre côté qu'est le péché.
Les fils de Benjamin firent comme il leur avait été ordonné :
selon leur nombre ils enlevèrent, parmi celles qui formaient les danses en chœur, chacun une femme
et ils s'en allèrent dans leur possession, construisant des villes et y habitant.
Les fils d'Israël aussi retournèrent dans leur tribus et familles sous leurs tentes.
En ces jours-là il n'y avait pas de roi en Israël, mais chacun faisait ce qui lui semblait juste.
ICI FINIT LE LIVRE « SOPTHIM »
C'EST-À-DIRE : JUGES