« — Je ne sais comment vous êtes apparus dans mon sein car ce n’est pas moi qui vous ai donné le souffle, l'âme et la vie et les membres de chacun de vous, ce n'est pas par moi qu'ils ont été assemblés, mais bien par le créateur du monde qui a préparé la naissance de l'homme et connaît l’origine de toutes choses ! Et votre esprit, il vous le rendra à nouveau dans sa miséricorde, avec la vie » (2M 7,22-23)
C'est ainsi qu'une mère anonyme encourage son fils à être fidèle à Dieu jusqu'au martyre, et c'est peut-être l'un des plus anciens témoignages de la foi en la résurrection des corps.
Les persécutions du 2e s. av. J.-C. ont renforcé la croyance dans la justice divine après la mort. Les justes retrouveront dans l'au-delà la résurrection (2M 7,9.14 ; 14,46) et les injustes les châtiments (2M 6,26) ; quant aux Juifs qui ont transgressé la Loi, ils ont besoin de sacrifices et de prières offerts en leur nom par les vivants (2M 12,41-46).
Malgré son titre, le second livre des Maccabées n’est pas la suite du premier. Bien que leurs contenus se recoupent beaucoup (la Judée retrouve son indépendance at terme d'une série de conflits militaires), 2M couvre une période plus courte que 1M (seulement 15 ans au lieu de 40). Si le premier livre raconte la grande histoire des guerriers et des politiques, le second donne aussi la perspective des petits gens. Les martyres du vieillard Eléazar (2M 6,18-31) et de la mère anonyme avec ses sept fils (2M 7) sont ici des actes héroïques pas moins importants que les prouesses de Judas Maccabée. On y retrouve comme dans 1M Le temple avec deux nouvelles fêtes : sa dédicace (la Hanoukkah) et sa défense (le jour de Nikanor). 2M éclaire également davantage le fait que la Révolte des Maccabées a débuté sous la forme d'une guerre civile (2M 4,1-29).
Le livre se présente comme l'abrégé d'un grand ouvrage historique. Il exalte sa culture juive avec une magnificence et un héroïsme empreints du style grec. Il se compare non pas à un historien mais à un peintre qui offre une lecture plus légère et émotive (2M 2,29-31). Le Dieu d'Israël agit dans les moments les plus obscurs de l'histoire ; c'est à cause de son amour que le châtiment tombe sur son peuple plutôt que sur les autres (2M 6,12-16).
Le christianisme a été profondément influencé par 2 Maccabées, notamment en ce qui concerne la résurrection des morts, les châtiments dans l'au-delà, la nécessité de prier pour les défunts, illustrant ainsi l'idée du purgatoire (2M 12,41-46), le mérite des martyrs (2M 6,18-7,41), et l'intercession des saints (2M 15,12-16).
Les Antiquités Judaïques de sont généralement proches de 1M mais ne font jamais référence à 2M.
Dans l’introduction l’auteur présente explicitement son œuvre comme un épitomé : c'est l'abrégé de l’histoire écrite en cinq livres par Jason de Cyrène (2M 2,19-32). Son objectif est de proposer une lecture agréable et édifiante pour le lecteur, laissant aux historiens le soin de détailler les faits. En accord avec cette intention, 2M se présente comme un récit moralisateur, riche en pathos, en drame et parfois en miracles. Il s'agit d'une forme littéraire hellénistique employée ici pour résister à une assimilation religieuse avec l'hellénisme.
2M commence le récit avec le règne de Séleucos IV (187-175 av. J.Ch.) et se termine en 161, avec la mort de Nikanor.
1 et 2 Maccabées sont généralement en accord, ce qui permet d'accorder une réelle valeur historique à ces livres. Des découvertes récentes rendent possible des comparaisons, comme pour la chronologie de la mort d'Antiochus Epiphane, qui a lieu avant la purification du Temple (2M 9,1-29) en 164 — ce que confirme une tablette babylonienne — contrairement à 1M 6,1-13.
En raison du caractère moralisateur de 2M, Maccabées, qui recherche des exemples édifiants, il est difficile de discerner l'authenticité historique des martyres exemplaires d’Eléazar et les sept fils. Cependant, cela ne signifie pas que les tortures décrites n'ont pas pu être infligées à des innocents ; au contraire, les historiens grecs rapportent fréquemment des atrocités similaires (cf. Ctésias).
Écrit originalement en grec, pour les juifs alexandrins, il se donne comme l'abrégé anonyme de l'œuvre d'un certain Jason de Cyrène (2M 2,19-32), en tête duquel sont mises deux lettres des Juifs de Jérusalem (2M 1,1-2,18). L'ouvrage de Jason de Cyrène fut composé peu après la mort de Nikanor en 161 av. J.-C. La traduction des deux lettres depuis l'araméen ou l'hébreu permet de dater l'événement en 124 av. J.C. (2M 1,10a), cependant, il reste incertain si l'abréviateur est également l'auteur de cette traduction. Il faut enfin ajouter les récits de la lettre (2M 1,10b-2,18) ainsi que les épisodes des martyrs (2M 6,18-31 ; 7).
La réception juive et chrétienne de ces livres se focalise principalement sur les histoires de martyrs (2M), très populaires.
Les deux Livres des Maccabées n'appartiennent pas au canon scripturaire juif. Le surnom de Maccabée attribué à Judas (1M 2,4) et par la suite étendu à ses frères est à l'origine du titre de ces ouvrages.
Ils sont aujourd’hui reconnus par l'Église chrétienne comme inspirés (livres deutérocanoniques). Mais l’histoire a connu de nombreuses hésitations.
Le fait d’être les seuls deutérocanoniques mentionnés par (†254) à la suite des vingt-deux livres du canon fermé des Juifs et d’être appelés par lui une Écriture (graphê), témoigne d’une estime particulière pour les Maccabées.
Ils font partie des catalogues officiels à partir de la fin du 4e s.
Les Maccabées sont même exclus des Écritures au (360), mais reconnus par le (397).
Les Papes même n’ont pas la même position :
Ils figurent dans la liste des livres inspirés au (1442) et au (1546), dont le décret est réaffirmé par le (1870).
Dans le Nouveau Testament, la réinterprétation de ces martyres est notable dans des allusions, ou même des citations plus longues, parfois paraphrasées :
Ces explications se retrouvent dans d’autres écrits postérieurs, des sermons ou même des discours panégyriques.
Le Moyen Age continue à lire 2M en y voyant des modèles de vie chrétienne. Parmi les commentateurs, peuvent être cités :
Il est important de noter que même si les Livres des Maccabées ne font pas partie du canon, ils rapportent l'institution de trois fêtes :
Les lettres envoyées aux juifs d’Egypte leur demandent de conserver la fête annuelle, devenue aujourd’hui Hanukkah (la dédicace), qui célèbre la restauration du temple par Judas Maccabée en 164 av. J.C. Elle dure huit jours, à partir du 25 Kislev (cf. 1M 4,36-59 ; 2M 10,3-8). Hanukkah est associée au feu (2M 1,18) et à la lumière (1M 4,50 ; 2M 10,3). La fête de Hanukkah commémore cette nouvelle dédicace du Temple après la persécution séleucide. Et l'une des bénédictions prononcées lors de l'allumage des bougies rappelle l'action de Mattathias.
La réinterprétation des martyrs Maccabées (2 M) comme des proto-martyrs chrétiens est un aspect constant de sa réception. Une réelle dévotion à ces martyrs s’est mise en place :
Une tradition dit que les restes des Maccabées ont été transportés à Constantinople, Rome et Cologne.
ICI COMMENCE LE SECOND LIVRE
« À nos frères Juifs qui se trouvent en Égypte : salut ! disent
vos frères Juifs à Jérusalem
et au pays de Juda, et une paix excellente !
Que Dieu soit bienfaisant pour vous et qu’il se souvienne de son Alliance
qui [le lie] à Abraham, Isaac et Jacob, au nombre de ses fidèles serviteurs
et qu’il vous donne à tous du cœur pour que vous l’honoriez et accomplissiez sa volonté de grand cœur et de bon gré.
Qu’il ouvre votre cœur à sa Loi et à ses préceptes et [y] fasse la paix
qu’il exauce vos prières, se réconcilie avec vous
et ne vous abandonne pas au temps mauvais !
En ce moment, ici, nous sommes en prière pour vous.
Sous le règne de Démétrius, en l'an cent soixante-neuf
nous, les Juifs, nous vous avons écrit
au milieu de la tribulation et de la violence qui nous ont assaillis ces années-là
à partir du moment où Jason s'est éloigné de la terre sainte et du royaume.
Ils ont brûlé la porte et répandu un sang innocent !
alors nous avons prié le Seigneur et nous avons été exaucés :
nous avons offert un sacrifice avec de la fleur de farine
nous avons allumé les lampes et présenté les pains.
À présent, soyez nombreux à célébrer les jours de la fête des Tabernacles au mois de casleu ! »
« En l'an cent quatre-vingt-huit
le peuple qui est à Jérusalem et en Judée, le sénat et Judas
à Aristobule, précepteur du roi Ptolémée, qui est de la race des prêtres christs,
et aux Juifs d'Égypte : salut et santé !
Parce qu'ils étaient grands, les périls dont Dieu nous a libérés,
avec solennité nous lui rendons grâces
puisque nous avons pu lutter contre un roi si puissant
car c'est lui qui a fait sortir de Perse, dans des flots bouillonnants, ceux qui ont combattu contre nous !
En effet, pendant que ce même chef était en Perse, et avec lui une armée immense, il tomba mort dans le temple de Nanée
(s'étant mépris sur le dessein du prêtre de Nanée
car, dans l'intention d'habiter avec elle, Antiochus vint en ce lieu avec ses amis
s’emparer de nombreuses richesses à titre de dot :
les prêtres de Nanée les exposèrent
et lui-même rentra avec quelques hommes dans l’enceinte du lieu sacré...
Alors ils fermèrent le temple
lorsqu'Antiochus en eut franchi le seuil,
ouvrirent un accès secret du temple
et se mirent à lancer des pierres jusqu'à tuer sous leurs coups le chef et ceux qui l'accompagnaient.
Puis ils les coupèrent en morceaux et, après leur avoir tranché la tête, les jetèrent dehors :
qu'en toutes choses soit béni Dieu qui a livré les impies !).
Ainsi, puisque nous allons, le vingt-cinq du mois de casleu, fêter la purification du Temple,
nous avons jugé nécessaire de vous en informer
afin que vous célébriez vous aussi le jour des Tabernacles
et le jour du feu, qui a été donné quand Néhémie offrit des sacrifices après avoir reconstruit le Temple et l’autel.
Lorsqu'en effet nos pères furent emmenés en Perse,
les prêtres qui à cette époque adoraient Dieu
prirent du feu de l’autel et le cachèrent en secret dans une vallée où se trouvait un puits profond et à sec ;
et ils l’y mirent en sûreté
si bien que l'endroit demeurait ignoré de tous.
Et de longues années après,
il plut aussi à Dieu que Néhémie fût envoyé par le roi de Perse :
ce sont les descendants des mêmes prêtres, ceux qui avaient caché [le feu], qu'il envoya pour le chercher !
Et ainsi qu'ils nous le racontèrent, ils ne trouvèrent pas le feu mais une eau épaisse
et il leur ordonna d’en puiser et de lui en apporter ;
et comme les offrandes sacrificielles avaient été déposées, le prêtre Néhémie ordonna de les asperger de cette eau
et le bois aussi, et ce qui était dessus.
Or, cela fait,
le moment vint où le soleil, jusque-là couvert de nuages, se mit à resplendir :
un grand feu s’alluma, si bien que tous furent dans l’admiration !
Tous les prêtres récitaient la prière pendant que le sacrifice se consumait
(Jonathas commençait puis tous les autres répondaient),
et la prière de Néhémie avait cette teneur :
— Seigneur Dieu, créateur de toutes choses,
terrible et fort
juste et miséricordieux
qui es seul roi bon
seul souverain
seul juste, tout-puissant et éternel
qui délivres Israël de tout mal
qui as fait de nos pères tes élus et qui les as sanctifiés
reçois le sacrifice de ton peuple tout entier, Israël :
garde ce qui te revient et sanctifie-le.
Rassemble les nôtres qui sont dispersés
délivre ceux qui sont esclaves des nations ;
les méprisés et abhorrés, regarde-les
afin que les nations sachent que tu es notre Dieu.
Afflige ceux qui nous oppriment et nous outragent avec arrogance
et établis ton peuple dans ton lieu saint, comme l’a dit Moïse.
Les prêtres psalmodiaient en même temps les hymnes jusqu'à ce que le sacrifice fût consommé
puis, quand le sacrifice fut consumé, Néhémie ordonna de verser le reste de l’eau sur les grandes pierres :
ceci fait, une flamme en jaillit
mais se consuma dans la lumière dont resplendit l'autel...
Alors, pour faire connaître ce qui venait de se passer,
on rapporta au roi des Perses
qu'à l'endroit où les prêtres qui avaient été déportés avaient caché le feu
de l'eau a[vait] apparu, dont Néhémie et ceux qui étaient avec lui se servirent pour purifier les sacrifices ;
et le roi, après avoir considéré et examiné attentivement l'affaire, fit faire un temple à cette occasion
et c'est pour cette raison que ceux pour lesquels il avait été généreux lui faisaient de nombreux dons, qu'il redistribuait.
Alors Néhémie appela ce lieu Nepthar
qu'on traduit par purification ;
mais la plupart le nomment Néphi.
Or, on trouve dans les archives du prophète Jérémie
qu'il donna l'ordre d'emporter le feu à ceux qu'on avait déportés,
comme on l'a bien dit, et qu'il en a chargé les déportés ;
et il leur donna la Loi pour qu'ils n'oublient pas les préceptes du Seigneur
et que leurs esprits ne s'égarent pas
à la vue de statues d’or et d’argent et de leurs ornements
et entre autres discours de ce genre, il les exhortait à ne jamais éloigner la Loi de leur cœur.
Or, [on pouvait lire] dans le même écrit
comment, suite à un oracle divin, le prophète ordonna que le Tabernacle et l’Arche l'accompagnassent
jusqu'à ce qu'il parte pour la montagne sur laquelle Moïse monta pour voir l’héritage de Dieu.
Et sur la route, Jérémie trouva une grotte qui était habitée ;
il y déposa le Tabernacle, l’Arche et l’autel du parfum et boucha l’entrée
et quelques-uns, qui le suivaient, arrivèrent aussitôt pour relever l'endroit, mais ils ne réussirent pas à le retrouver !
Or, quand Jérémie le sut, il leur dit d'un ton de reproche :
— Cet endroit aussi demeurera inconnu, jusqu’à ce que Dieu assemble l'assemblée du peuple et se montre favorable.
Et c'est à ce moment que le Seigneur montrera [ces objets saints] et que la majesté du Seigneur apparaîtra
et il y aura la nuée, exactement comme elle se révélait à Moïse
et comme, lorsque Salomon demanda que le lieu fût sanctifié par le grand Dieu, elle [les] révélait.
[Néhémie racontait donc] comment, possédant la sagesse, il offrit le sacrifice de la dédicace et de l'achèvement du Temple
exactement comme [lorsque] Moïse priait le Seigneur
et qu'un feu descendit du ciel et consuma l'holocauste ;
alors Moïse dit : — Puisqu'elle n'a pas été purifiée, même [l'offrande] offerte pour le péché a été consumée !
C'est de la même manière que Salomon, lui aussi, célébra la dédicace pendant huit jours...
Or, on rapportait cela dans les archives et dans les mémoires de Néhémie elles-mêmes
et [on écrivait] comment [Néhémie], fondant une bibliothèque
rassembla les livres concernant les rois, ceux des prophètes, ceux de David et les lettres des rois concernant les dons faits aux temples.
Et c'est de la même manière que, tout ce que Judas avait appris pendant la guerre qui nous a frappés,
il l'a compilé, et [tout] se trouve chez nous :
si donc vous désirez [consulter cette compilation], envoyez des gens pour qu'ils vous l'apportent.
C’est pourquoi, sur le point de célébrer la purification, nous vous avons écrit.
Vous agirez donc bien en célébrant ces jours.
Quant à Dieu qui a libéré son peuple
et a rendu à tous l’héritage, le royaume, le sacerdoce et la sanctification,
comme il l'a promis dans la Loi, nous espérons qu'il aura rapidement pitié de nous
et qu'il [nous] rassemblera, de[s régions] qui sont sous le ciel, dans le lieu saint
car il nous a arrachés à de grands dangers et a purifié notre lieu [saint].
Mais [ce qu'on sait] au sujet de Judas Maccabée, de ses frères, de la purification du grand Temple et de la dédicace de l’autel
et aussi des combats qui concernent Antiochus le Noble et son fils Eupator
et des manifestations lumineuses qui apparurent du ciel à ceux qui firent preuve de courage pour les Juifs
(si bien qu'ils ont protégé le pays tout entier malgré leur petit nombre
mis en fuite une multitude de Barbares
repris le Temple le plus célèbre de tout l’univers et libéré la cité
pour rétablir les lois qu’on devait abolir, tandis que le Seigneur dans toute sa sérénité leur était favorable),
comme [tout cela] aussi a été rassemblé par Jason de Cyrène dans cinq livres,
nous avons essayé pour notre part de les résumer en un seul volume.
Considérant en effet la multitude des livres
et la difficulté [qui se présente] à ceux qui veulent accéder aux récits des histoires, à cause de la multitude des faits
nous avons veillé à ce que ceux qui veulent [le] lire [y] trouvent du plaisir intellectuel
que les studieux, quant à eux, puissent facilement [le] confier à leur mémoire
qu'à tous les lecteurs, il apporte du profit,
et à nous-mêmes aussi, qui avons commencé ce travail en vue de le résumer, [bien que] ce ne soit pas une tâche facile
(c'est au contraire une mission pleine de veilles et de sueur que nous nous sommes réservés,
comme ceux qui préparent un festin et cherchent à se plier à la volonté des autres !) :
c'est à cause de la reconnaissance d'un grand nombre que nous avons volontiers assumé cette tâche,
laissant à l'auteur [le soin de] la vérité sur chaque sujet
et, pour nous-mêmes, nous efforçant de suivre la méthode donnée pour le résumé.
Comme, en effet, l’architecte d’une maison nouvelle doit se soucier de l’ensemble [des étapes] de la construction
tandis que celui qui se prépare à [la] peindre doit rechercher ce qui est utile pour son ornementation,
ainsi doit-on penser qu'il en est pour nous ;
concentrer en effet le sens du texte, organiser le discours
et travailler avec soin chacune des parties, en détail
[sont des efforts qui] reviennent à l'auteur de l'histoire
tandis que rechercher la brièveté de l'expression
et éviter de développer les faits,
c'est à la brièveté qu'il faut le laisser.
À partir de maintenant nous commencerons donc la narration :
qu'on se contente d'avoir tant parlé dans la préface !
Il est stupide en effet de s'épancher avant l'histoire
et de se trouver contraint [par le temps] justement lorsqu'on raconte l'histoire.
Alors donc que la cité sainte était habitée dans une paix totale
et qu'on gardait même encore les lois avec le plus grand soin
grâce à la piété du prêtre Onias et aux âmes qui haïssaient le mal,
il arriva que les rois eux-mêmes et les princes considérèrent le lieu comme digne du plus grand honneur
et conférèrent de l'éclat au Temple par de très grands dons,
si bien que c'était Séleucus, roi de l’Asie, qui fournissait de ses propres revenus toutes les dépenses nécessaires
au service des sacrifices.
Or, Simon de la tribu de Benjamin, constitué administrateur du Temple, s'évertuait
malgré la résistance que lui opposait le prince des prêtres
à manigancer quelque iniquité dans la cité ;
mais comme il ne pouvait triompher d'Onias,
il alla trouver Apollonius, fils de Tharsée, qui était à cette époque le chef de la Coelé-Syrie et de la Phénicie
pour lui signaler que le trésor à Jérusalem était plein de pièces d'argent, en quantité innombrable
que les richesses publiques étaient immenses
(celles qui n'appartenaient pas au budget des sacrifices)
et qu'il était en outre possible de faire tomber l'ensemble en la possession du roi...
Et lorsqu'Apollonius eut fait un rapport au roi au sujet des pièces d'argent dont on lui avait parlé,
celui-ci, après avoir fait venir Héliodore, qui était préposé à ses affaires,
l’envoya avec mandats pour faire transporter l'argent susmentionné.
Héliodore se mit aussitôt en route :
pour faire illusion, [il feignait] soigneusement de visiter les cités de Coelé-Syrie et de Phénicie
alors qu'il allait en réalité exécuter le dessein du roi.
Mais lorsqu'il vint à Jérusalem
et qu'il fut amicalement reçu par le très grand prêtre de la cité,
il raconta ce qui avait été affirmé au sujet de l'argent
et la raison pour laquelle il était venu apparut clairement.
Il demandait d'ailleurs s'il en était vraiment ainsi
alors le très grand prêtre montra ce qui avait été déposé et les pensions alimentaires des veuves et des orphelins ;
[il montra] en particulier qu'Hyrcan, fils de Tobie, homme très éminent, possédait une partie des [richesses] dénoncées par l'impie Simon
qu'en outre la somme totale était de quatre cents talents d'argent et de deux cents d'or
et surtout que tromper ceux qui avaient mis leur foi en un lieu et un Temple
qui est honoré dans tout l'univers parce qu'il est vénérable et saint
était absolument impossible.
Mais Héliodore, en raison des mandats qu'il tenait du roi,
disait que [ces richesses] devaient de toute façon être transférées au trésor royal
puis, au jour fixé, faisait son entrée pour en régler l'organisation...
En vérité, il était loin d'être petit, le trouble dans la cité toute entière !
Quant aux prêtres, ils se jetèrent au pied de l’autel en habits sacerdotaux
et invoquaient au ciel celui qui établit la loi sur les dépôts
pour qu'à ceux qui les avaient déposés, il les conservât intacts.
Mais déjà, qui voyait le visage du très grand prêtre était secrètement blessé
car son air et l’altération de son teint manifestaient la douleur intime de son âme :
vraiment en effet, une tristesse enveloppait [cet] homme, et un tremblement son corps
laissant paraître à ceux qui le regardaient la douleur de son cœur.
D'autres encore affluaient en foule de leurs maisons,
implorant [le ciel] d'une supplication publique
précisément parce que le lieu allait devenir un objet de mépris ;
les femmes, ceintes de cilices [sous] la poitrine, affluaient sur les places publiques
et même les jeunes filles qui avaient été enfermées couraient, les unes au-devant d'Onias
les autres vers les murailles ;
quelques-unes regardaient au contraire par les fenêtres,
et toutes, tendant les mains vers le ciel, cherchaient à détourner [ce malheur] par leurs prières !
Elle inspirait pitié, en effet, l'attente de la multitude confuse
et du grand-prêtre, ferme dans la lutte.
Eux aussi, ils invoquaient le Dieu tout-puissant
pour que ce qui avait été confié en prêt soit conservé à ceux qui l'avaient confié, en toute intégralité...
Héliodore cependant exécutait ce qu'il avait décidé :
au même endroit que ses gardes, lui-même vers le trésor se tenait présent.
Mais l'esprit du Tout-Puissant se donna à voir
avec une grande clarté,
si bien que tous ceux qui avaient osé obéir à cet homme, renversés par la puissance de Dieu, tombèrent dans l'abattement et l'épouvante !
Il leur apparut en effet un cheval, monté d'un cavalier terrible et paré des plus beaux carapaçons :
avec impétuosité il projeta contre Héliodore ses sabots de devant ;
quant à celui qui le montait, il paraissait avoir des armes d’or.
Il [leur] apparurent encore deux autres jeunes gens
parés de force, d'une noblesse parfaite et splendidement vêtus,
qui l'entourèrent
et se mirent à le fouetter des deux côtés, en le frappant sans relâche de coups multipliés !
Puis, soudain, Héliodore s'écroula par terre :
on l'emporta précipitamment, enveloppé d'épaisse[s] ténèbre[s],
et après l'avoir déposé sur une litière, on l'évacua.
Lui qui, accompagné d'une multitude de coursiers et de gardes, a pénétré dans le trésor dont nous avons parlé, on le portait !
Personne ne lui prêtait secours après que la puissance de Dieu s'était fait sentir de façon manifeste.
Et tandis que lui, par la puissance divine, gisait muet,
eux bénissaient le Seigneur qui avait exalté son lieu [saint]
et le Temple, qui peu auparavant était plein d’épouvante et de trouble
fut, grâce à la manifestation du Seigneur tout-puissant, rempli de joie et d’allégresse.
Mais à ce moment, quelques-uns des amis d’Héliodore se mirent à supplier Onias d'invoquer immédiatement le Très-Haut
afin de lui accorder la vie, lui qui était rendu à son dernier souffle ;
et le très grand prêtre, craignant
que le roi ne soupçonne un attentat perpétré par les Juifs sur Héliodore,
offrit pour la vie de [cet] homme une victime salutaire.
Alors que le très grand prêtre s'était mis en prière,
les mêmes jeunes hommes, vêtus des mêmes habits et se tenant aux côtés d'Héliodore, [lui] dirent : — Rends grâces au prêtre Onias
car c’est à grâce à lui que le Seigneur t'a [re]donné la vie !
Quant à toi, qui a été puni de son fouet, annonce à tous les merveilles de Dieu et sa puissance !
Et sur ces mots, ils se rendirent invisibles.
Alors Héliodore, après avoir offert au Seigneur une victime en sacrifice, fit des promesses et des grands vœux pour celui qui lui accorda la vie
puis, tout en rendant grâces à Onias,
retirait son armée, revenait vers le roi
et rendait témoignage à tous de ce qu'il avait vu de ses propres yeux : les œuvres du grand Dieu !
Puis quand le roi demanda à Héliodore qui était encore prêt à être envoyé, une fois pour toutes, à Jérusalem, il dit :
— Si tu as quelque ennemi ou quelque traître qui tend des pièges à ton royaume,
envoie-le là-bas et tu le récupéreras déchiré de coups de fouet
(si toutefois il parvient à en réchapper !), parce qu'il y a dans ce lieu une puissance certaine, qui vient vraiment de Dieu,
car celui qui a sa demeure dans les cieux
visite ce lieu et le protège,
mais ceux qui y viennent pour faire le mal, il les frappe et les fait périr.
C’est donc ainsi qu'il en alla des choses concernant Héliodore et la sauvegarde du trésor.
Or, Simon, celui dont nous avons parlé, qui avait dénoncé les richesses et sa patrie, médisait d'Onias,
[faisant courir le bruit] qu'il avait lui-même incité Héliodore à venir
et qu'il avait été lui-même l'artisan de [ces] maux !
Le bienfaiteur de la cité, le défenseur de sa nation et l'émule de la Loi de Dieu, il osait le faire passer pour un traître tendant des pièges à son royaume...
Mais comme sa haine progressa au point
que des meurtres furent aussi commis par certains alliés de Simon,
Onias, considérant le danger de cette rivalité
et le fait qu'Apollonius avait la folie, lui qui était chef de la Coelé-Syrie et de la Phénicie,
d'accroître la malveillance de Simon,
se rendit auprès du roi
non pas pour accuser ses concitoyens,
mais considérant en lui-même l’intérêt général de la multitude toute entière :
il voyait en effet que sans une [intervention] providentielle du roi, il était impossible d'apaiser la situation
et que Simon n'était pas capable de mettre un terme à sa déraison.
Mais après que Séleucus eut quitté la vie
et lorsqu'Antiochus, appelé l'Illustre, eut pris le pouvoir,
Jason, frère d'Onias, se mit à briguer le souverain pontificat
étant allé trouver le roi pour lui promettre trois cent soixante talents d’argent
et quatre-vingts talents pris sur d’autres revenus.
Il en promettait même, en plus de ceux-là, cent cinquante de plus
si on lui accordait d’établir, sous sa propre autorité et pour lui, un gymnase avec une éphébie
et de dresser la liste des Anitochéens qui résidaient à Jérusalem.
Et quand le roi [lui] eut reconnu et obtenu le droit d'exercer le pouvoir,
il entreprit aussitôt de faire passer ceux de sa tribu aux coutumes païennes...
Une fois aboli ce qui, par bienveillance, avait été établi par les rois pour les Juifs, grâce à Jean, père d’Eupolème,
qui s'acquitta de sa mission auprès des Romains par une légation régulière visant à obtenir amitié et alliance,
tout en détruisant les lois des citoyens, il sanctionnait des décisions perverses :
il eut en effet l'audace d'établir un gymnase au pied même de la citadelle
et d'exposer les meilleurs des éphèbes à la vue de lieux de débauche.
Or, il s'agissait non pas du début, mais du développement et du progrès de la familiarisation avec les nations païennes et étrangères
à cause de Jason, impie et pas même prêtre : crime abominable, inouï !
de telle sorte que les prêtres ne se consacraient plus aux services de l’autel
mais que, méprisant le Temple et négligeant les sacrifices,
ils s’empressaient de participer aux entraînements de la palestre, à son activité exagérée et aux exercices du disque ;
ils comptaient pour rien les titres de gloire rendus à leurs pères
tandis que les honneurs grecs, ils les tenaient au contraire en très haute estime...
Or, à cause de ces [honneurs], ils se trouvaient pris dans une rivalité dangereuse
(ils imitaient leurs décisions
et en tout ils désiraient leur ressembler parfaitement,
alors qu'ils les avaient eus comme ennemis et meurtriers)
car se conduire en impie à l'encontre des lois divines ne demeure pas impuni !
mais cela, la suite des événements l'a démontré.
Comme on célébrait en effet à Tyr les jeux quinquennaux
et que le roi y assistait,
Jason, souillé de crimes, envoya de Jérusalem des pécheurs,
porteurs de trois cents doubles drachmes d’argent pour les sacrifices d’Hercule ;
or, ceux qui les avaient apportés réclamèrent de ne pas les utiliser pour les sacrifices parce que ce n'était pas nécessaire
mais de les allouer à d’autres dépenses,
et ces [dons], qui furent offerts pour le sacrifice d'Hercule par celui qui les avait envoyés,
à cause de ceux qui les présentaient, servirent au contraire à la construction de trirèmes.
Or, Apollonius, fils de Mnesthéus, avait été envoyé en Égypte pour l’intronisation du roi Philométor.
Quand Antiochus eut appris qu'il était hostile à son activité politique, veillant à ses propres intérêts,
il partit de là et vint à Joppé, puis de là à Jérusalem.
Magnifiquement reçu par Jason et la cité, il fit son entrée à la lumière des flambeaux et au milieu des acclamations
puis reconduisit son armée en Phénicie.
Au bout de trois ans, Jason envoya Ménélaüs, frère du Simon mentionné plus haut,
apporter de l'argent pour le roi et faire parvenir des réponses à des affaires urgentes.
puis il revint après avoir reçu ses ordres du roi
mais sans rien avoir qui fût digne du sacerdoce
et ne montrant que les instincts d’un tyran cruel et la fureur d’une bête sauvage.
Ainsi Jason, qui avait pourtant fait de son propre frère un captif,
trompé à son tour, se trouva mis en fuite et rejeté au pays des Ammanites...
Quant à Ménélaüs, il obtint peut-être le pouvoir,
mais il ne s'occupait pas des sommes dues au roi
alors que Sostrate, qui commandait la citadelle, percevait des impôts
car c'est à lui que revenait la perception des redevances
à cause de quoi l'un et l'autre furent convoqués par le roi :
Ménélaüs fut chassé du pontificat
tandis que son frère Lysimaque lui succédait ;
quant à Sostrate, il fut placé à la tête de la Chypre.
Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Tarse et les Mallotes provoquèrent une sédition
pour la raison que [ces deux villes] avaient été données en don à Antiochide, concubine du roi.
C'est pourquoi le roi partit en hâte y rétablir le calme, ayant laissé pour le remplacer Andronique, l'un de ses compagnons.
Or, Ménélaüs, pensant saisir une occasion favorable,
vola dans le Temple des pièces de vaisselle d’or et il les donna à Andronique ;
quant au reste, il l'avait vendu à Tyr et aux cités voisines.
Comme Onias le sut d’une manière tout à fait certaine,
il lui en adressait des reproches, retiré en lieu sûr à Daphné, près d'Antioche
raison pour laquelle Ménélaüs, prenant à part Andronique, le pressait de mettre à mort Onias :
comme celui-ci était venu trouver Onias et que, les mains tendues et sous serment,
il avait réussi à le persuader, bien qu'il lui fût suspect, de sortir de son asile,
il le fit aussitôt mourir, sans égard pour la justice.
Dès lors, c'est pour cela que non seulement les Juifs, mais encore d'autres nations, furent aussi indignés
et peinés du meurtre injuste d'un homme si noble
et auprès du roi, revenu des régions de Cilicie, les Juifs du côté d'Antioche et les Grecs
se plaignirent du meurtre inique d’Onias.
C'est pourquoi Antiochus, attristé jusqu’au fond de l’âme et touché de compassion, versa des larmes
au souvenir de la prudence et de la sagesse du défunt...
Alors, le coeur enflammé, il ordonne qu'après avoir dépouillé Andronique de la pourpre, on le conduise par toute la cité
et qu'à l'endroit même où, contre Onias, il avait commis le sacrilège, l'impie soit privé de vie
puisque le Seigneur lui réservait un juste châtiment.
Or, comme de nombreux vols sacrilèges avaient été commis dans le Temple par Lysimaque avec l'accord de Ménélaüs
et que le bruit s’en était répandu, la multitude se rassembla contre Lysimaque tandis que de nombreux objets d'or avaient déjà été dispersés
et, comme les foules se soulevaient, le coeur plein de colère,
Lysimaque fit armer presque trois mille hommes et se mit à user d'une violence excessive
par le biais d'un certain Tyran, général avancé en âge autant qu'en folie.
Mais on comprit le dessein de Lysimaque
et les uns de se saisir de pierres, les autres de bâtons solides
et certains même, de lancer de la cendre contre Lysimaque...
Aussi, un grand nombre furent blessés, voire terrassés pour certains
et ils se trouvèrent tous mis en fuite.
Quant à lui, l'impie, ils le massacrèrent aussi près du trésor du Temple.
Sur ces entrefaites, on commença donc à intenter un procès contre Ménélaüs
et lorsque le roi se fut rendu à Tyr, c'est à lui que rapportèrent l'affaire
trois hommes envoyés par les anciens.
Mais comme il perdit, Ménélaüs promit à Ptolémée beaucoup d'argent afin qu’il gagnât le roi à sa cause ;
Ptolémée donc, alors que le roi s'était installé dans un atrium
comme pour prendre le frais
alla le trouver et le fit changer d'avis
et Ménélaüs, coupable sans conteste de l'ensemble des iniquités commises, il l'absout de ses crimes !
Quant aux malheureux qui, même s'ils avaient plaidé leur cause devant des Scythes, auraient été déclarés innocents, il les condamna à mort !
Ils expièrent donc immédiatement une peine injuste, ceux qui avaient soutenu la cause de la cité, du peuple et du mobilier sacré
et c'est pour cela que les Tyriens, eux aussi indignés, se montrèrent extrêmement généreux pour leur sépulture.
Quant à Ménélaüs, c'est grâce à la cupidité des puissants qu'il se maintenait au pouvoir,
développant sa malveillance et [cherchant] à tendre des pièges à ses concitoyens.
Au même moment, Antiochus organisa sa seconde expédition en Égypte.
Or, il arriva que dans tous les lieux de la cité de Jérusalem
on vit pendant quarante jours des cavaliers allant et venant dans les airs,
portant des robes d’or et des lances, comme des cohortes armées
des escadrons de chevaux disposés en rangs
des attaques serrées et des mouvements de boucliers
une multitude de soldats casqués aux épées nues
des javelots lancés et l'éclat d'armes d'or
et de cuirasses de toutes sortes...
Puisqu'il s'agissait de prodiges, tous priaient pour qu'ils soient favorables !
Mais, alors qu'une fausse rumeur s'était propagée
comme quoi Antiochus avait quitté la vie,
Jason, après avoir pris pas moins de mille hommes, attaqua soudainement la cité ;
et [voyant que,] malgré les citoyens qui accouraient en groupes vers les murailles,
la cité finit par être prise,
Ménélaüs se réfugia dans la citadelle.
Jason cependant n'épargnait pas du massacre ses propres concitoyens
et il ne réfléchissait pas qu'une prospérité acquise au prix de [la vie de] ses proches est un mal très grand
car il s'imaginait remporter des trophées sur des ennemis et non sur des concitoyens...
Toutefois, il n'obtint pas la suprématie.
Plus encore, il s'arrêta là à cause du chaos créé par ses propres pièges
et, de nouveau fugitif, il partit dans le pays des Ammanites.
Ayant fini par arriver au terme de son existence, fait prisonnier par Arétas, tyran des Arabes,
fuyant de cité en cité
par tous haï, car déserteur des lois,
et exécré, car adversaire de sa patrie et de ses concitoyens, il fut expulsé en Égypte :
et lui qui en avait banni beaucoup de leur patrie, il périt sur une terre étrangère
après s’être rendu à Lacédémone dans l’espoir d’y trouver refuge, en sa qualité de parent !
Et lui qui en avait abandonné beaucoup sans sépulture,
à son tour, voici que sans lamentations funèbres et sans sépulture, on l'abandonne !
On n'utilisa même pas de sépulture étrangère, et il n'eut pas sa part dans le tombeau de ses pères.
Le roi se douta que, dans ces circonstances, les Juifs allaient délaisser la communauté
et, parti d'Égypte pour cette raison, les esprits enflammés comme un animal sauvage, prit alors la cité par les armes.
Or, il ordonna à ses soldats de tuer et de ne pas épargner ceux qui se présenteraient à eux ;
et ceux qui monteraient sur les toits des maisons, de les égorger :
ce furent donc des boucheries d'hommes jeunes et âgés
des massacres de femmes et de nouveaux-nés
des carnages de jeunes filles et d'enfants...
Ainsi, en trois jours, quatre-vingt mille [personnes] avaient été massacrées et quarante mille vendues !
Mais comme ces atrocités ne lui suffisaient pas,
il eut l'audace de pénétrer dans le Temple le plus saint de toute la terre,
guidé par Ménélaüs, qui trahit ses lois et sa patrie,
et prenant de ses mains souillées de crimes les objets saints
qui avaient été déposés par d'autres rois et d'autres cités pour orner le lieu et le glorifier,
il les maniait alors qu'il en était indigne, et il les profanait !
Perdant ainsi la raison, Antiochus
ne voyait pas que c'était à cause des péchés des habitants de la cité que le Seigneur s'était montré un temps irrité
et qu'aussi à cause d'eux, le mépris [était] venu entourer [ce] lieu.
Du reste, même s'ils ne s'étaient pas trouvés enveloppés de péchés multiples
comme Héliodore, qui fut envoyé par le roi Séleucus pour piller le trésor,
lui aussi, sitôt venu ici, aurait été déchiré de coups de fouet et, surtout, repoussé pour son audace.
En vérité, ce n'est pas la nation à cause du lieu
mais le lieu à cause de la nation que le Seigneur a choisi
et c'est pourquoi le lieu lui-même en est venu à participer aux malheurs du peuple !
Mais il en partagera aussi les bonheurs
et lui [qui était] en proie à la déréliction dans la colère du Dieu tout-puissant
sera de nouveau, dans la réconciliation du grand Seigneur, exalté d'une gloire souveraine...
Antiochus, ayant donc volé mille huit cents talents au Temple,
revint en hâte à Antioche
s’imaginant dans son orgueil qu'il pourrait rendre la terre navigable
et viable la haute mer, à cause de l'arrogance de son coeur !
Or, il laissa aussi des officiers pour qu'ils accablent la nation :
ainsi, à Jérusalem, Philippe, Phrygien,
plus cruel encore dans ses moeurs que celui-là même qui l’établit
et puis à Garizim, Andronique et Ménélaüs,
qui, plus violemment que tous les autres, menaçaient leurs concitoyens.
Et comme il avait pris position contre les Juifs,
il envoya l'odieux général Apollonius à la tête d'une armée de vingt-deux mille soldats
avec ordre de massacrer tous les hommes dans la force de l'âge
[et] les femmes et les jeunes gens, de les vendre...
Après être arrivé à Jérusalem, Apollonius, simulant des intentions pacifiques, se tint tranquille jusqu’au jour saint du sabbat
et, à ce moment-là, contre les Juifs en fête il ordonna aux siens de prendre les armes !
Puis, tous ceux qui étaient sortis pour voir le spectacle, il les fit égorger
et, parcourant la cité avec ses soldats en armes, il tua une multitude immense.
Or, Judas Maccabée, qui était né le dixième, s'était retiré dans un lieu désert. Et c'est là, au milieu des bêtes sauvages, dans les montagnes, avec les siens, qu'il passait son temps
et que, vivant d'une nourriture composée de foin, ils patientaient
afin de ne pas prendre part à une cause de souillure.
Mais peu de temps après
le roi envoya un vieillard d’Antioche pour forcer les Juifs
à s'écarter des lois de leurs pères et de leur Dieu
pour profaner aussi le Temple qui était à Jérusalem,
et le renommer « Temple de Jupiter Olympien » !
Et celui de Garizim, comme l'étaient ceux qui habitaient ce lieu, « Temple de Jupiter Hospitalier »...
Or, [ce] déferlement de maux était extrêmement douloureux pour l'ensemble des [citoyens], et dur à supporter
car le Temple était plein de luxure, d'orgies
et de débauchés entourés de courtisanes
et dans les chambres sacrées, des femmes s'introduisaient sans façon
pour apporter à l'intérieur des objets défendus.
L'autel lui-même était plein de victimes illicites, alors qu'elles étaient interdites par les lois !
Et plus encore, les sabbats n'étaient plus observés
les jours solennels des pères n'étaient plus respectés
et plus personne n'avouait ouvertement être Juif ;
plus encore, c'est une amère nécessité qui amenait aux sacrifices, le jour de l'anniversaire du roi
et puisqu'on célébrait le culte de Liber, on fut obligé de marcher en portant des couronnes de lierre autour du [cortège de] Liber ;
plus encore, un décret parut pour les cités des environs, habitées par des Gentils, sur les suggestions des Ptolémées
afin qu'eux aussi et de la même manière, ils agissent contre les Juifs en vue de les faire participer aux sacrifices
et enfin que, ceux qui refuseraient de passer aux coutumes des Gentils, ils les anéantissent !
C'était donc une misère à voir...
Deux femmes furent ainsi dénoncées pour avoir circoncis leurs bébés
et malgré les enfants suspendus à leurs seins
après les avoir publiquement traînées dans toute la cité, ils les précipitèrent des remparts.
D’autres, qui s'étaient quant à eux réunis dans des grottes voisines
pour célébrer en secret le jour du sabbat,
après qu'on les ait signalés à Philippe, furent brûlés dans les flammes
parce qu'ils craignaient justement d'user de violence pour se défendre, par respect pour leur religion et son observance.
Je supplie donc ceux qui liront ce livre de ne pas se laisser déconcerter par les circonstances contraires
mais de songer que les événements passés
ne visaient pas à anéantir notre race mais à la former
puisqu'en effet, ne pas laisser longtemps les pécheurs agir à leur gré
mais [les] frapper aussitôt de châtiments est le signe d'une grande bienveillance.
En effet, les autres nations, le Seigneur attend patiemment
pour les punir que vienne le jour du jugement, à la pleine mesure des péchés ;
mais contrairement à elles, il a décidé pour nous de ne pas [laisser] nos péchés se dérouler jusqu'au dernier :
il ne nous punira qu'ainsi.
C'est pour cela qu'en effet, il n'éloigne jamais de nous sa miséricorde
et, bien qu'il le soumette à l'adversité, il n’abandonne pas son peuple.
Alors puisse ce que nous avons dit brièvement être rappelé à la mémoire de mes lecteurs !
car il nous faut maintenant revenir au récit.
Éléazar donc, un des premiers scribes,
homme avancé en âge et de noble allure :
on avait voulu l'obliger comme il ouvrait la bouche (parce qu'on la lui ouvrait !) à consommer de la chair de porc.
Mais lui, tendant les bras à une mort glorieuse préférée à une vie odieuse,
marchait de lui-même au-devant du supplice
cherchant au contraire la manière dont il [fallait] s'en approcher !
Résistant avec résignation, il ne put se décider à accepter des pratiques interdites sous prétexte d'aimer la vie.
Quant à ceux qui assistaient à ce spectacle inique, émus de compassion
du fait de l'amitié qu'ils avaient depuis longtemps pour cet homme,
ils se levèrent pour lui demander en secret d'apporter de la viande qu'il était autorisé à manger,
et de faire croire qu'il l'avait consommée comme le roi l'avait ordonné pour les viandes de sacrifice.
Ils agirent ainsi pour le préserver de la mort
et à cause de leur longue amitié :
c'étaient pour ces raisons qu'ils lui faisaient cette bonté.
Mais lui prit en considération l'excellence vénérable de son âge et de sa vieillesse
et la noblesse de sa dignité, manifestée par ses cheveux blancs, et de sa parfaite conduite depuis l'enfance ;
et conformément aux principes de la Loi sainte et établie par Dieu,
en guise de réponse, il déclara simplement qu'il voulait être envoyé en enfer.
— En effet, il ne convient pas à notre âge, dit-il, de simuler
de manière à ce que beaucoup de jeunes hommes croient qu'Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, est passé au mode de vie des Étrangers
et qu'à cause de mon mensonge
et d'un court instant d'une vie corruptible, ils se trouvent trompés.
Et si je le faisais, je gagnerais pour ma vieillesse le déshonneur et la malédiction
car même si je me soustrayais à l'instant présent aux châtiments des hommes,
dans tous les cas, les mains du Tout-Puissant, je ne les éviterai ni vivant ni mort !
Et c’est pour cela qu'en quittant la vie avec courage,
je me montrerai tout à fait digne de ma vieillesse...
Quant aux jeunes hommes, je leur laisserai peut-être un exemple
si, l'âme résolue et avec courage, pour nos lois très précieuses et très saintes, je m'acquitte d'une mort honorable.
Aussitôt après ces paroles, il était traîné au supplice.
Or, ceux qui le conduisaient et qui, peu avant, s'étaient montrés particulièrement indulgents
firent place à la colère à cause du discours qu’il avait tenu
car ils le jugeaient proféré par arrogance
mais alors qu’on le faisait périr sous les coups, il poussa un gémissement et dit :
— Seigneur, qui possèdes la science sainte
tu sais avec clarté, toi, que je pouvais me libérer de la mort
et que j’endure pourtant dans mon corps des douleurs cruelles !
Dans mon âme en revanche, je souffre volontiers ces choses, par crainte de toi.
Et c'est ainsi qu'il quitta la vie,
laissant non seulement aux jeunes gens mais aussi à l'ensemble de la nation
le souvenir de sa mort comme exemple de vertu et de force d'âme.
Or, sur ce, il se trouva que sept frères avec leur mère [furent] arrêtés
et pressés par le roi de [consommer] de la chair de porc contrairement à la Loi divine, tandis qu'on les torturait en même temps à coups de fouets et de nerfs de bœuf.
Alors l’un d’eux, qui était le premier, parla ainsi :
— Que demandes-tu et que veux-tu apprendre de nous ?
Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de Dieu et de nos pères !
Très irrité, le roi ordonna donc de mettre sur le feu des poêles et des marmites d'airain
et dès qu'elles furent embrasées,
il ordonna pour celui qui avait parlé en premier qu'on l'amputât de la langue
qu'on lui arrachât la peau de la tête
et qu'on l'amputât des mains et pieds
sous les yeux de tous ses frères et de la mère.
Alors qu'il avait déjà été réduit à l'incapacité la plus totale,
il ordonna d'approcher le feu
et, comme il respirait encore, de le faire brûler dans la poêle.
Tandis qu'il y était longuement torturé,
tous les autres avec leur mère s’exhortaient mutuellement à mourir avec courage
se disant : — Que le Seigneur Dieu voie la vérité, et il trouvera en nous sa consolation
ainsi que l'attesta Moïse en déclamant son cantique :
« Et il trouvera consolation en ses serviteurs » !
Comme donc le premier était mort de cette manière,
ils traînaient le suivant pour s'en amuser
et après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux,
ils le questionnaient : allait-il manger
ou devrait-on le châtier dans tout son corps membre par membre ?
Mais lui, répondant dans la langue de ses pères, dit : — Non, jamais !
À cause de quoi il subit à son tour les supplices du premier
puis, rendu à son dernier souffle, dit :
— Toi, tu mets le comble au sacrilège en nous perdant dans cette vie présente.
Mais le roi du monde nous réveillera dans la résurrection pour la vie éternelle, nous qui allons mourir pour ses lois !
Après lui, on s'amusa avec le troisième :
la langue, réclamée, il la présenta aussitôt
les mains, il les tendit sans hésiter
et dit avec confiance :
— C'est du Ciel que je tiens ces membres
mais pour les lois de Dieu, à présent, ces mêmes membres, je les méprise
puisque c'est de lui que j'espère les retrouver !
De sorte que le roi et ceux qui étaient avec lui admiraient le courage du jeune homme,
parce qu'il comptait pour rien les tortures.
Et après qu'il mourut de la sorte, on se mit à tourmenter le quatrième en le torturant de la même manière,
et sur le point de mourir, il parla ainsi :
— Ceux qui sont voués à la mort par les hommes, mieux vaut qu'ils mettent leur espoir en Dieu
pour être en retour ressuscités par lui ;
pour toi, il n'y aura évidemment pas de résurrection à la vie !
Puis, ayant fait venir le cinquième, ils le tourmentaient ;
mais lui, fixant [le roi],
dit :
— Puisque tu possèdes le pouvoir parmi les hommes,
tu fais ce que tu veux, bien que corruptible.
Mais ne crois pas que notre race ait été abandonnée de Dieu !
Prends patience et tu verras comment sa puissance immense te tourmentera, toi et ta descendance.
Après lui, on amenait aussi le sixième, et lui encore, près de mourir, parla ainsi :
— Ne te fais pas de vaines illusions ;
car nous, c'est à cause de nous-mêmes que nous souffrons cela, parce que nous péchons contre notre Dieu
et ce qui a été fait en nous est digne d'admiration.
Toi en revanche, ne t’imagine pas que tu jouiras de l'impunité, parce que c'est contre Dieu que tu as entrepris de lutter !
La mère, par-dessus tout admirable et digne du souvenir des justes,
qui, tout en voyant mourir ses sept fils en l’espace d’un seul jour
l'acceptait généreusement grâce à l'espérance qu'elle avait en Dieu
exhortait en outre chacun d’eux dans la langue de leurs pères
avec courage, pleine de sagesse ;
et mêlant le courage d'un homme à la résolution d'une femme,
elle leur dit :
— Je ne sais comment vous êtes apparus dans mon sein
car ce n’est pas moi qui vous ai donné le souffle, l'âme et la vie
et les membres de chacun de vous, ce n'est pas par moi qu'ils ont été assemblés
mais bien par le créateur du monde qui a préparé la naissance de l'homme
et connaît l’origine de toutes choses !
Et votre esprit, il vous le rendra à nouveau dans sa miséricorde, avec la vie
puisqu'à présent vous vous méprisez vous-mêmes pour ses lois.
Or, Antiochus crut qu'on se jouait de lui
en même temps qu'on méprisait ses discours de reproches :
comme le plus jeune était encore en vie,
il se mit non seulement à l'exhorter par des paroles
mais à affirmer aussi par serment
de le rendre riche et heureux ;
et, s’il abandonnait les lois de ses pères, de le tenir pour ami et de lui offrir ce dont il aurait besoin.
Mais, voyant que le jeune homme n'était nullement attiré par cela,
le roi appela la mère pour la persuader de s'associer au salut du jeune homme !
Puis, lorsqu’il l’eut exhortée avec force paroles,
elle promit de persuader son fils
et s'étant donc penchée vers lui, se moquant du tyran cruel, elle dit dans la langue de leurs pères :
— Mon fils, aie pitié de moi, qui t’ai porté dix mois dans mon sein
qui t'ai allaité trois ans,qui t'ai nourri,
et mené jusqu'à cet âge !
Je te demande, mon enfant, de jeter un regard sur le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent
et de comprendre que Dieu a fait cela à partir de rien, comme pour le genre humain !
Puisque tu ne crains pas ton bourreau
mais qu'au contraire, tu t'es rendu digne de tes frères,
accepte la mort afin qu'[au temps de] la compassion, je te retrouve avec tes frères !
Comme elle parlait encore, le jeune homme dit :
— Qu'attendez-vous ?
Je n’obéis pas au commandement du roi
mais au commandement de la Loi qui nous a été donnée par Moïse.
Et toi, qui t'es fait l’auteur de tout ce mal contre les Hébreux, tu n’échapperas pas à la main de Dieu !
Nous, en effet, c'est à cause de nos péchés que nous souffrons cela
et si, en vue de nous blâmer et de nous corriger, notre Seigneur s'est irrité un instant contre nous,
c'est pour se réconcilier de nouveau avec ses serviteurs...
Mais toi, l'impie, qui déshonores profondément tous les hommes,
ne t’enorgueillis pas follement de vains espoirs quand tu t'enflammes contre ses serviteurs
car tu n’as pas encore échappé au jugement de Dieu qui a pouvoir sur tout et qui voit tout.
Mes frères en effet, après avoir enduré une souffrance passagère,
ont obtenu d'entrer dans la promesse de la vie éternelle.
Mais toi, par le jugement de Dieu, tu subiras le juste châtiment de ton orgueil
tandis que moi, comme mes frères, je livre ma vie et mon corps pour les lois de mes pères,
suppliant Dieu de se montrer aussitôt favorable à notre nation
et toi de confesser sous les tourments et les coups qu’il est le seul Dieu !
Pour moi enfin et pour mes frères, que cesse la colère du Tout-Puissant,
étendue avec justice sur toute notre race !
Alors le roi, enflammé de colère, sévit contre celui-ci plus cruellement encore que contre les autres
car il supportait difficilement qu’on se moque de lui.
Et c'est ainsi qu'il mourut, sans tache, se recommandant au Seigneur pour tout.
Enfin et en toute dernière, la mère aussi.
Mais assez parlé de sacrifices et de cruautés démesurées.
Pendant ce temps, Judas Maccabée et ceux qui étaient avec lui
entraient clandestinement dans les villages
et, à force de convoquer leurs parents et de se faire suivre de ceux qui avaient persévéré dans le judaïsme,
ils levèrent jusqu'à six mille hommes.
Ils invoquaient le Seigneur de jeter les yeux sur son peuple, écrasé par tous
d’avoir pitié du Temple, profané par des impies
d'avoir pitié aussi de la ruine de sa cité, sur le point d'être rasée
et d’écouter la voix du sang qui criait vers lui ;
de se souvenir aussi des meurtres profondément iniques des enfants innocents
et des blasphèmes proférés contre son nom ;
de montrer enfin qu'il en était indigné.
Mais Maccabée, parce qu'il avait assemblé une multitude,
devenait intolérable aux nations :
la colère du Seigneur s'est en effet changée en miséricorde...
Tombant sur les villages et les villes
à l'improviste, il les brûlait ;
occupant les lieux avantageux,
il n'exerçait pas peu de ravages chez les ennemis
et c'est surtout de nuit qu’il était porté à ces sortes d'expéditions.
La renommée de son courage se répandait partout.
Or, comme Philippe vit que cet homme progressait peu à peu
et que ses succès se faisaient de plus en plus fréquents,
il écrivit à Ptolémée, chef de Coelé-Syrie et de la Phénicie,
afin qu'il prête son aide aux affaires du roi
et celui-ci lui envoya rapidement son ami Nicanor, [fils] de Patrocle, de son cercle rapproché
après lui avoir donné pas moins de vingt mille soldats armés, de nations diverses
pour exterminer toute la nation des Juifs
avec en adjoint Gorgias, homme de guerre.
Or, Nicanor décida de compléter le tribut royal qu'on devait donner aux Romains
avec les deux mille talents [qu'il pouvait obtenir] des Juifs tenus en captivité
et il envoya aussitôt dans les cités maritimes
une invitation à acheter des esclaves juifs
promettant d'en vendre au détail quatre-vingt-dix pour un talent
sans se douter du châtiment du Tout-Puissant qui devait s'ensuivre pour lui...
Mais dès que Judas apprit l'arrivée de Nicanor, il en avertit les Juifs qui étaient avec lui.
Quelques-uns d'entre eux, épouvantés et ne croyant pas en la justice de Dieu, prirent la fuite
d'autres au contraire vendaient tout ce qui leur restait
tout en suppliant au Seigneur de les arracher à l'impie Nicanor
qui, avant [même] de s'être approché d'eux, les avait vendus
sinon en vertu d'eux-mêmes
[du moins] en vertu de l'Alliance qui avait été conclue avec leurs pères et de l'invocation [qu'ils avaient faite] sur eux-mêmes à son nom saint et magnifique.
Alors Maccabée, ayant rassemblé les sept mille qui étaient avec lui,
leur demandait de ne pas se réconcilier avec leurs ennemis
et de ne pas craindre la multitude des ennemis qui marchaient contre eux dans l'iniquité,
mais de combattre avec courage
en ne perdant pas de vue l'affront qu'ils avaient fait subir au lieu saint
comme l'outrage fait à la cité bafouée
jusqu'aux institutions ancestrales, qu'on avait renversées !
— Eux, dit-il, mettent en effet leur confiance dans leurs armes aussi bien que dans leur audace
mais nous, nous mettons la nôtre dans le Seigneur tout-puissant
qui peut, d’un seul signe de la tête, anéantir ceux qui marchent contre nous aussi bien que le monde entier !
Il leur rappela encore les secours de Dieu qui furent accordés à leurs pères
comment avaient péri les cent quatre-vingt cinq mille hommes à l'époque de Sennachérib
et la bataille qu'ils avaient livrée aux Galates en Babylone ;
comment eux tous, quand l'occasion se présenta,
alors que les Macédoniens, leurs alliés, hésitaient,
seuls, au nombre de six mille, ils avaient tué cent vingt mille hommes
grâce au secours qui leur avait été donné du ciel
et [comment] ils en avaient retiré de très nombreux bénéfices :
ils furent, par ces paroles, rendus inébranlables
et prêts à mourir pour leurs lois et leur patrie...
Il établit donc ses frères Simon, Joseph et Jonathan chefs de divisions
chacun ayant sous lui quinze cents hommes
puis, après leur avoir lu le saint livre d'Esdras
au signal donné : — Secours de Dieu !
le chef en personne engagea en première ligne le combat avec Nicanor.
Et parce que le Tout-Puissant s'était fait leur allié, ils tuèrent plus de neuf mille hommes
et obligèrent la majeure partie de l'armée de Nicanor, affaiblie par ses blessures, à prendre la fuite.
Après s'être vus offrir l'argent de ceux qui étaient venus les acheter,
ils les poursuivirent partout
mais firent demi-tour, pressés par l'heure
(car c’était la veille du sabbat) :
c'est pour cela qu'ils ne continuèrent pas à les poursuivre.
Rassemblant leurs armes et leur butin,
ils célébraient donc le sabbat tout en bénissant le Seigneur qui les a[vait] délivrés ce jour-là
en faisant couler sur eux les premières gouttes de sa miséricorde.
Mais après le sabbat, ils distribuèrent le butin aux infirmes, aux orphelins et aux veuves
et gardèrent le reste pour eux-mêmes et les leurs ;
sur ce, par une supplication qu'ils firent monter tous ensemble,
ils demandèrent au Seigneur miséricordieux
d'enfin se réconcilier avec ses serviteurs...
Puis, de ceux qui se battaient avec Timothée et Bacchide contre eux
ils en tuèrent plus de vingt mille
et ils s’emparèrent de forteresses très hautes.
Ils distribuèrent de nombreuses prises
en calculant une juste répartition entre les infirmes, les orphelins, les veuves mais aussi les vieillards
et lorsqu'ils eurent rassemblé leurs armes,
ils les déposèrent toutes avec soin aux endroits appropriés ;
le reste du butin, ils le portèrent à Jérusalem
et le phylarque qui était avec Timothée, ils le tuèrent :
[c'était] un homme impie qui avait accablé les Juifs en de nombreuses occasions.
Et comme ils fêtaient leur victoire à Jérusalem,
ils brûlèrent ceux qui avaient brûlé les portes sacrées, à savoir Callisthène
qui s’était réfugié dans une maison
pour lui rendre le juste salaire de ses sacrilèges.
Quant à Nicanor, souillé de crimes très nombreux
et qui avait amené mille marchands pour la vente des Juifs,
se voyant humilié, avec l'aide du Seigneur, par ceux qu’il avait comptés pour rien,
il quitta son habit de gloire pour fuir par la Méditerranée
et arriva seul à Antioche
après avoir touché le fond du malheur suite à la perte de son armée...
Et lui, qui avait promis de rendre tribut aux Romains [en se servant] des captifs de Jérusalem,
proclamait maintenant que les Juifs avaient Dieu pour protecteur
et que c'était grâce à lui qu’ils étaient invulnérables
puisqu’ils suivaient les lois qu'il avait établies.
À cette époque, Antiochus était revenu de Perse dans l'infamie
car il était entré dans la [cité] appelée Persépolis ;
il tenta de piller les temples et d’écraser la cité
mais comme la foule courut aux armes, [ses soldats] furent mis en fuite
au point qu’Antiochus dut rentrer honteusement au terme de sa fuite.
Mais lorsqu'il fut arrivé près d'Ecbatane,
il constata ce qui [était] arrivé à Nicanor et Timothée
et, transporté de fureur, pensait faire retomber sur les Juifs l’affront de ceux qui l’avaient mis en déroute :
c'est pourquoi il ordonna de faire la route d'une traite et de pousser son char à bout
malgré l'arrêt céleste qui le tourmentait [déjà] vivement
parce qu'il avait dit avec orgueil
qu'il irait à Jérusalem faire d'elle la fosse commune des Juifs.
De fait, le Seigneur d’Israël, qui voit tout, le frappa d’une plaie incurable et invisible :
à peine avait-il achevé cette phrase
qu’une horrible douleur le saisit aux entrailles, suivie d'amers tourments intérieurs
en toute justice d'ailleurs
puisqu'il avait, par des supplices nombreux et inouïs, soumis les entrailles des autres à la torture...
Il est évident qu'il n'avait nullement renoncé à sa malice
qu'il était profondément rempli d’orgueil
et qu'il bouillonnait d'un feu intérieur contre les Juifs.
Or, comme il commandait d'accélérer,
il tomba soudain, fut éjecté de son char par la violence [de la chute]
et eut les membres brisés par le choc terrible de son corps
et lui qui croyait commander jusqu'aux flots de la mer,
profondément rempli d'un orgueil qui dépassait la mesure humaine,
[lui qui croyait] peser à la balance les hauteurs des montagnes,
on le portait à présent dans une litière, humilié jusqu'à la terre !
Il attestait la puissance de Dieu qui se manifestait en lui
à tel point que des vers débordaient du corps de l'impie
que ses chairs se détachaient dans [de grandes] douleurs alors qu'il était encore vivant
qu'il indisposait ses troupes par l'odeur et la puanteur qu'il dégageait
et que, lui qui s'imaginait peu auparavant toucher les étoiles du ciel,
plus personne ne pouvait le transporter à cause de cette puanteur insupportable.
Il commença alors, revenu de son violent orgueil, à voir ce qu'il était,
mis en garde par [cette] plaie divine
et sentant ses douleurs augmenter à chaque instant ;
et tandis qu'il ne pouvait plus lui-même supporter sa propre puanteur, il déclara :
— Il est juste de se soumettre à Dieu
et que le mortel ne se juge pas égal à Dieu !
Et il priait ainsi, l'impie, [il priait] le Seigneur, dont il ne devait pas obtenir miséricorde
et la cité qu'il se hâtait de venir
raser et [dont il comptait] faire une fosse commune,
il choisit maintenant de la rendre libre !
Et les Juifs qu'il n'avait pas même jugés dignes de sépulture,
mais dont il avait dit qu'il les livrerait aux oiseaux de proie et aux bêtes sauvages pour être déchiquetés
et qu'il les exterminerait avec leurs enfants,
maintenant, il promet de les rendre égaux aux Athéniens !
[Et il promet encore] d’orner des plus beaux dons le Temple saint qu’il avait auparavant dépouillé,
de multiplier le mobilier saint
d'assumer de ses propres revenus les dépenses relatives aux sacrifices
et pour comble, de se faire Juif
et de parcourir tous les lieux de la terre
pour y proclamer la puissance de Dieu !
Mais comme ses souffrances ne cessaient pas
(car le juste jugement de Dieu était tombé pour lui),
il écrivit aux Juifs en désespoir de cause une lettre qui avait la teneur d'une supplique et qui contenait ce qui suit :
« Aux Juifs, excellents citoyens, très grand salut, bonne santé et bonheur
[de la part du] roi et prince Antiochus !
Si vous vous portez bien, ainsi que vos enfants
et si toutes vos affaires vont à votre gré,
nous en rendons de très grandes actions de grâces.
Pour moi, retenu par la maladie,
je me souviens volontiers de vous.
De retour des régions de Perse,
saisi d'une maladie violente,
j’ai estimé nécessaire d'avoir souci du bien commun
non que je désespère de mon état
(j’ai grand espoir au contraire de réchapper de cette maladie),
mais considérant que mon père, à l'époque où il menait campagne en altitude,
a désigné celui qui obtiendrait la souveraineté après lui
afin que, s'il arrivait quelque malheur ou qu'on annonçât une nouvelle pénible,
les gens du pays, sachant à qui avait été laissée l'autorité suprême,
ne soient pas troublés,
[et] après avoir songé que tous les souverains des alentours ainsi que [nos] voisins
guettent l'occasion favorable et attendent un incident,
j’ai désigné roi mon fils Antiochus
que je recommandais souvent à beaucoup d'entre vous lorsque je retournais dans les royaumes d'en haut :
je lui ai d'ailleurs écrit ce qui se trouve plus bas.
Quant à vous, priez donc !
Je vous demande également de vous souvenir de mes bienfaits publics et privés
et que chacun nous conserve sa fidélité, à moi et à mon fils.
Je suis en effet convaincu qu'il se conduira avec modération et humanité
et que, suivant mon conseil, il se montrera accueillant à votre égard.
C'est ainsi que cet assassin et ce blasphémateur, frappé de manière terrible
(ainsi qu'il avait lui-même avait traité les autres !),
s'acquitta de sa vie par une fin misérable dans les montagnes d'un pays étranger.
Toutefois Philippe, son frère de lait, entreprit de faire transporter son corps
mais craignant le fils d'Antiochus, il partit en Égypte auprès de Ptolémée Philométor.
Pendant ce temps, Maccabée et ses compagnons, sachant que le Seigneur les protégeait,
reprirent le Temple et la cité,
et les autels que les Étrangers avaient dressés sur les places publiques,
ils les démolirent, comme les sanctuaires ;
et quand ils eurent purifié le Temple, ils firent un autre autel pour les sacrifices.
Puis après avoir rallumé un feu avec des pierres à feu,
ils offrirent les sacrifices après une interruption de deux ans
et déposèrent l’encens, les lampes et les pains de proposition ;
après quoi, prosternés à terre, ils demandaient au Seigneur
de ne plus tomber dans de tels maux
mais, s’ils venaient à pécher de nouveau,
d'être repris par lui avec davantage de douceur
et ne plus être livrés à des gens blasphémateurs et barbares.
Or, la purification tomba le même jour que celui où le Temple avait été profané par les Étrangers :
le vingt-cinq du mois de casleu !
Ils passèrent huit jours [de fête] dans l'allégresse à la manière des Tabernacles
car ils se souvenaient que peu de temps auparavant,
ils avaient passé le jour solennel des Tabernacles dans les montagnes, à la façon de bêtes sauvages
et c'est pourquoi ils offraient des thyrses, des rameaux verts
et des palmes à celui qui leur avait accordé de purifier son lieu.
Ils décrétèrent aussi par un édit général et un décret pour l'ensemble de la nation des Juifs
qu'ils célébreraient ces jours-là tous les ans ;
quant à Antiochus, celui qu'on surnomme le Noble,
c'est à ce moment que sa vie prit fin.
Or, nous allons exposer à présent
l'histoire d'Eupator, le fils de l'impie Antiochus,
en résumant les maux liés à l'histoire des guerres.
Après avoir reçu le royaume, il établit aux affaires du royaume un certain Lysias,
général de l’armée de Phénicie et de Syrie ;
de fait Ptolémée, qu'on appelait Maigre,
choisit d'être absolument juste envers les Juifs
(surtout à cause de l'iniquité qui avait été commise contre eux)
et de se montrer pacifique à leur égard
mais ses amis l'en accusèrent auprès d'Eupator
et à force de s'entendre appeler traître en toute occasion
pour [avoir abandonné] Chypre alors que Philométor la lui avait confiée
et s'être en plus éloigné de lui en se rangeant [au parti d’Antiochus] le Noble,
il se suicida en prenant du poison.
Or, Gorgias, au temps où il était chef de ces lieux,
attaquait fréquemment les Juifs avec une armée qu'il avait levée à l'étranger
tandis que les Juifs qui occupaient des forteresses avantageuses
accueillaient ceux qui avaient fui Jérusalem et cherchaient à combattre
et que ceux qui étaient avec Maccabée,
tout en conjurant par leurs prières le Seigneur de leur venir en aide,
prirent d'assaut les forteresses des Iduméens.
Ils finirent par s'en emparer à force d'harceler [l'ennemi] par des offensives répétées, firent périr ceux qu'ils rencontrèrent
et massacrèrent pas moins de vingt mille ennemis en une fois.
Et comme certains s'étaient réfugiés dans deux tours très bien fortifiées
où ils avaient tout ce qui était nécessaire à leur défense,
Maccabée laissa pour les assiéger Simon et Joseph,
avec aussi [Zachée] et ses compagnons, qui étaient en nombre suffisant,
pour retourner aux combats les plus urgents ;
mais les compagnons de Simon, poussés par la cupidité, furent corrompus à prix d’argent par quelques-uns dans les tours
et après avoir reçu soixante-dix mille didrachmes, ils en laissèrent échapper.
Or, quand Maccabée fut mis au courant de ce qui se passa,
devant les princes du peuple qu'il avait réunis
il accusa [ces hommes] d’avoir vendu leurs frères à prix d’argent
en laissant s'échapper leurs ennemis
mit à mort les hommes qui s'étaient ainsi rendus coupables de trahison
et occupa immédiatement les deux tours.
Or, tout réussissait dans ses mains comme sous ses armes et il fit périr dans ces deux forteresses plus de vingt mille hommes.
Timothée [cependant], bien que récemment vaincu par les Juifs,
vint avec une armée qu'il avait réunie grâce à de nombreuses troupes étrangères
et une armée qu'il avait rassemblée d'Asie, comme s'il allait s'emparer de la Judée par les armes
mais Maccabée et ses compagnons
suppliaient Dieu à mesure qu'il approchait,
répandant de la terre sur leur tête
ceignant leurs reins de cilices
et demeurant prosternés au pied de l’autel, de leur être propice
mais contre leurs ennemis au contraire, de se faire « ennemi » et « adversaire » comme le dit la Loi !
Leur prière achevée, ils prirent donc les armes
s'éloignèrent longtemps de la cité
et s’arrêtèrent lorsqu'ils furent rendus proches des ennemis.
Alors, quand le soleil commença à se lever, les deux camps engagèrent le combat :
les uns comptaient sur leur courage et sur le Seigneur pour être garant de la victoire et du succès
les autres comptaient sur leur ardeur pour les guider dans la lutte.
Mais au plus fort de la mêlée, il apparut du ciel aux combattants
cinq cavaliers sur des chevaux aux freins d’or
qui, resplendissants, prenaient le commandement [de l'armée] des Juifs ;
deux d’entre eux se placèrent de part et d'autre de Maccabée
pour le garder indemne en l'entourant de leurs armes
tandis que sur ses adversaires, ils lançaient des traits et des foudres
qui les frappaient de cécité, les remplissaient de confusion et les faisaient tomber morts
et vingt mille cinq cents furent tués
en plus de six cents cavaliers.
Quant à Timothée, il s’enfuit à Gazara,
une garnison fortifiée commandée par Chéréas.
Maccabée donc, avec ses hommes,
assiégèrent pleins de joie la garnison pendant quatre jours
alors que ceux à l'intérieur des tours, parce qu'ils étaient confiants dans la solidité de la place,
blasphémaient à outrance et se répandaient en discours abominables.
Or, à l'aube du cinquième jour,
vingt soldats des hommes de Maccabée,
l'âme enflammée par cette offense,
s’approchèrent avec courage du rempart
et, marchant d'une âme intrépide, tentèrent de l'escalader
tandis que d’autres qui l'avaient [déjà] escaladé partaient mettre le feu aux tours et aux portes
et brûler vifs ceux qui blasphémaient...
Et au bout de deux jours entiers, durant lesquels ils pillèrent la garnison,
ils trouvèrent Timothée qui se cachait dans quelque [coin] et le firent périr
et ils tuèrent aussi son frère Chéréas, et Apollophanès
et bénissaient avec des hymnes et des actions de grâce le Seigneur
qui accomplit de grandes choses pour Israël et lui donna la victoire.
Mais peu de temps après, Lysias, qui était procurateur royal, parent du roi et préposé aux affaires,
très troublé par ces événements,
rassembla quatre-vingt mille fantassins et toute la cavalerie
et commençait à marcher contre les Juifs.
Il s'imaginait en effet qu'après avoir pris la cité, il en ferait la demeure des nations
qu'il tirerait du Temple un gain financier
comme de tous les autres sanctuaires qui étaient aux nations
et que chaque année il monnayerait la charge du sacerdoce :
il ne pensait pas le moins du monde à la puissance de Dieu
mais, l'esprit effréné,
c'est dans la multitude de ses fantassins, dans ses milliers de cavaliers et dans ses quatre-vingts éléphants qu'il plaçait sa confiance !
Alors il pénètre en Judée,
il s'approche de Bethsura, située dans une vallée étroite à une distance de cinq stades de Jérusalem,
et il assiégeait cette forteresse...
Or, lorsque Maccabée et ses hommes apprirent que les forteresses étaient assiégées,
avec pleurs et gémissements, ils se mirent à supplier le Seigneur,
et toute la foule avec eux, d’envoyer le bon ange pour le salut d'Israël.
Maccabée le premier, ayant pris les armes, exhorta lui-même tous les autres
à s’exposer au danger en même temps que lui et à porter secours à leurs frères ;
et comme d'une âme résolue ils s'avançaient ensemble depuis Jérusalem,
apparut devant eux un cavalier vêtu d'un blanc éclatant
qui portait des armes d'or et brandissait une lance.
Alors, tous ensemble, ils bénirent le Seigneur miséricordieux
et leur moral en fut fortifié :
ils étaient prêts à éventrer non seulement des hommes, mais aussi les bêtes les plus féroces et même des murailles de fer !
Ils marchaient donc résolument, puisqu'ils disposaient d'un secours venu du ciel et que le Seigneur avait eu pitié d'eux.
Avec la fureur de lions, ils se ruèrent sur leurs ennemis...
Ils en terrassèrent onze mille fantassins et mille six cents cavaliers
et tous, ils les mirent en fuite :
la plupart s'échappèrent blessés et désarmés
et Lysias lui-même s'échappa au prix d'une fuite honteuse.
Mais, loin d'être insensé,
il rumine la perte subie
et se rend compte que si les Hébreux n'ont pas été vaincus, c'est parce qu'ils s'appuient sur le soutien de Dieu.
Il leur envoya [une délégation],
promettant de consentir à la justice en toutes occasions
et de pousser le roi à devenir leur ami.
Maccabée se rendit aux prières de Lysias car il cherchait en toutes choses le bien commun
et le roi accorda tout ce que Maccabée demanda pour les Juifs [dans la lettre qu']il écrivit à Lysias.
La lettre que Lysias écrivit aux Juifs avait la teneur suivante :
« Lysias au peuple des Juifs, salut !
Jean et Abésalom, envoyés par vous, m’ont remis votre missive dans le souhait
de me voir faire ce qu'elle intimait.
J'ai donc soumis au roi tout ce qui pouvait lui être exposé
et ce que la situation permettait, il l'a accordé.
Si donc vous gardez encore confiance dans nos négociations, à l'avenir
je m’efforcerai de vous faire honneur ;
quant au reste, j'ai commandé d'un mot
à vos messagers et aux miens de voir les détails avec vous.
Portez-vous bien.
L’an cent quarante-huit
le vingt-quatre du mois de dioscore. »
La lettre du roi contenait ceci :
« Le roi Antiochus à son frère Lysias, salut !
Puisque notre père s'est rendu parmi les dieux,
notre volonté est que ceux de notre royaume vivent sans inquiétude
et se consacrent aux soins de leurs affaires.
[Or,] nous avons appris que les Juifs n'ont pas consenti à passer au rite des Grecs, comme le demandait notre père,
qu’ils veulent au contraire conserver leurs coutumes
et qu'ils demandent en conséquence de pouvoir garder les lois qu'ils ont en usage.
Comme notre volonté est que cette nation aussi soit en paix,
nous avons ainsi choisi de décréter que le Temple leur serait rendu
afin qu’ils vivent selon les traditions de leurs ancêtres.
Nous te remercions donc de leur tendre la main en leur envoyant [ce courrier]
afin qu'ils connaissent notre volonté, en soient remplis d'ardeur
et se consacrent à leurs intérêts personnels. »
Quant à la lettre du roi destinée aux Juifs, elle était ainsi [rédigée] :
« Le roi Antiochus au sénat des Juifs et à tous les autres Juifs, salut !
Si vous allez bien, c'est ce que nous vous souhaitons
car nous sommes aussi en bonne santé.
Ménélaüs est venu nous dire
que vous voulez descendre dans vos demeures, celles de chez nous :
à ceux donc qui vont et viennent jusqu’au trentième jour du mois de xantique,
nous tendons une main sûre.
Que les Juifs disposent de leurs propres aliments et de leurs propres lois comme auparavant
et, j'insiste sur ce point, qu'aucun d’entre eux ne soit inquiété pour des fautes commises par ignorance.
J’ai d'ailleurs envoyé Ménélaüs pour en parler avec vous.
Portez-vous bien.
L’an cent quarante-huit
le quinze du mois de xantique. »
Et les Romains envoyèrent eux aussi une lettre, ainsi rédigée :
« Quintus Memmius et Titus Manilius, légats des Romains, au peuple des Juifs, salut !
Ce que Lysias, parent du roi, vous a accordé,
nous l'accordons également
mais pour les affaires qu’il a jugé bon de déférer,
envoyez-[nous] immédiatement quelqu’un
après en avoir discuté entre vous avec le plus grand soin
afin que nous prenions une décision qui vous convient
car nous nous rendons à Antioche.
Hâtez-vous donc de nous écrire
afin de nous faire connaître aussi votre
volonté.
Portez-vous bien.
L’an cent quarante-huit
le quinze du mois de xantique. »
Une fois ces accords passés, Lysias revint auprès du roi
tandis que les Juifs se remettaient aux travaux des champs
mais ceux qui avaient installé leurs camps,
Timothée et Apollonius, fils de la géhenne,
et puis Jérôme et Demofon
et aussi Nicanor, gouverneur de Chypre
ne les laissaient vivre ni en paix ni en repos.
Le fait est que des Joppites commirent le crime suivant :
ils invitèrent les Juifs qui habitaient parmi eux
à monter avec leurs femmes et leurs enfants sur les barques qu'ils avaient préparées
comme s'il n'existait entre eux aucune inimitié
conformément au décret publié par la cité.
Et ceux-ci acceptèrent,
ne soupçonnant rien à cause de la paix [établie entre eux] ;
puis lorsqu’ils furent au large,
on les envoya par le fond, pas moins de deux cents !
Lorsque Judas apprit qu'une telle cruauté avait été commise contre des gens de sa propre nation,
il donna des ordres à ses hommes
et, après avoir invoqué Dieu, le juste juge,
il marcha contre les assassins de ses frères
incendia leur port durant la nuit et brûla leurs barques
et ceux qui avaient échappé au feu, il les fit périr par l’épée.
Puis, ayant déjà agi de la sorte, il partit, comptant bien revenir
éradiquer tous les Joppites.
Mais quand il eut appris
que ceux de Jamnia aussi voulaient faire la même chose aux Juifs qui habitaient avec eux,
les Jamnites aussi, il les surprit de nuit, et incendia port et navires
si bien que la lumière du feu put s'apercevoir à Jérusalem
quoique distante de deux cent quarante stades.
À partir de là, comme ils avaient parcouru neuf stades en direction de Timothée,
des Arabes se jetèrent sur lui : cinq mille fantassins et cinq cents cavaliers !
Et alors que la bataille devenait rude
et qu'avec l'aide de Dieu elle avait pris un tour favorable,
les Arabes qui restaient, se voyant vaincus, demandaient à Judas de leur tendre la main,
promettant de lui donner des pâturages et de se rendre utiles pour tout le reste ;
Judas, estimant qu'en effet, ils pourraient être très utiles, proposa la paix
alors ils prirent sa main et se retirèrent sous leurs tentes.
Puis il attaqua aussi une cité défendue par des ponts et entourée de remparts,
qu'habitaient des foules de nations différentes et dont le nom était « Caspin »
mais ceux qui étaient à l'intérieur,
se fiant à la solidité de leurs remparts et à leur provision de vivres, commençaient à se relâcher,
assaillant Judas de malédictions, blasphémant et disant ce qu'il n'est pas permis de dire...
Maccabée pourtant, après avoir invoqué le grand souverain du monde
qui, sans béliers ni machines de guerre, avait fait s'écrouler Jéricho au temps de Josué,
se rua avec furie sur les remparts
et lorsqu'il se fut emparé de la cité par la volonté du Seigneur,
il fit des massacres inénarrables
au point que l’étang voisin large de deux stades
semblait déborder, empoisonné de sang.
Ils parcoururent ensuite sept cent cinquante stades
et arrivèrent à Caraca, chez les Juifs appelés « Tubianéens ».
Quant à Timothée, ils le surprirent dans les parages :
ne parvenant à mener à bien aucune de ses affaires, il recula
après avoir laissé une garnison très fortifiée en un certain lieu
mais Dosithée et Sosipatre, qui commandaient avec Maccabée
firent périr ceux que Timothée avait laissés dans la garnison, soit dix mille hommes.
De son côté, Maccabée met en ordre autour de lui six mille hommes et les dispose par cohortes :
il marcha contre Timothée
bien qu'il eût avec lui cent vingt mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers !
Lorsqu'on l'informa de l’approche de Judas,
Timothée envoya en avance les femmes, les enfants et le reste des bagages
dans la garnison dite « Carnion »
car elle était inexpugnable et difficile d'accès à cause de l'exiguïté de ses passes.
Mais dès que parut la première cohorte de Judas,
une frayeur inspirée par la présence du Dieu qui voit tout s’empara des ennemis
et ils se firent fuir les uns les autres :
c'était plutôt entre eux qu'ils se massacraient
et ils se blessaient des coups de leurs propres glaives !
Judas les talonnait sans relâche afin de les punir de leur impiété
et il en terrassa trente mille.
Timothée, lui, tomba aux mains des bandes de Dosithée et de Sosipatre
et avec force prières, se mit à réclamer qu'on le relâchât vivant
sous prétexte qu'il tenait prisonniers les parents et les frères de nombreux Juifs
qui se trouveraient déçus [dans leur espérance] par sa mort.
Et comme il avait donné sa parole qu'il les rendrait, suivant ce qui avait été convenu,
sans lui faire de mal, ils le relâchèrent, parce qu'ils voulaient sauver leurs frères.
Judas sortit alors de Carnion :
il avait tué vingt-cinq mille soldats...
Après cette mise en déroute et ce massacre, il fit marcher son armée sur Éfron,
cité fortifiée où habitait une foule de nations diverses.
Des hommes robustes se tenaient devant les remparts et les défendaient avec vigueur ;
elle renfermait aussi de nombreuses machines de guerre et une réserve de projectiles.
Pourtant, parce qu'ils avaient invoqué le Tout-Puissant qui broya de sa puissance les forces des ennemis, ils s'emparèrent de la cité
et terrassèrent vingt-cinq mille [hommes] parmi ceux qui étaient à l'intérieur.
De là, ils se mirent en route vers la ville des Scythes
qui se trouvait à six cents stades de Jérusalem
mais comme les Juifs qui habitaient avec les Scythopolitains
déclarèrent qu’ils leur avaient témoigné de la bienveillance même aux temps de leurs malheurs
[et] qu'ils s'étaient conduits avec respect à leur égard,
ils les remercièrent
et les exhortèrent à témoigner de la bienveillance pour leur peuple à l'avenir encore.
Puis ils regagnèrent Jérusalem, car la fête des Semaines était toute proche
et c'est après la Pentecôte qu'ils marchèrent contre Gorgias, gouverneur de l’Idumée.
Il sortit alors avec trois mille fantassins et quatre cents cavaliers
et au cours de l'affrontement, il arriva que quelques Juifs s'effondrèrent.
Toutefois un certain Dosithée, cavalier de Bacénoris et homme courageux, tenait Gorgias
mais comme il tâchait de le capturer vivant,
un des cavaliers Thraces se rua sur lui et lui trancha l'épaule !
Et c'est ainsi que Gorgias put s’enfuir à Marisa.
Alors, voyant que les hommes d’Esdrin, qui combattaient depuis longtemps, étaient épuisés,
Judas supplia le Seigneur de se montrer leur allié et d'être leur chef de guerre.
Entonnant alors dans la langue des pères et faisant monter une clameur avec des hymnes,
il mit en fuite les hommes de Gorgias...
Puis, ayant rassemblé son armée, Judas se rendit à la cité d’Odollam
et quand vint le septième jour de la semaine, ils se purifièrent selon l'usage
pour y célébrer le sabbat.
Le lendemain, Judas vint avec ses hommes pour emporter les corps de ceux qui avaient été terrassés
et les déposer avec leurs parents dans les tombeaux de leurs pères
mais ils trouvèrent sous les tuniques des morts
des dons aux idoles qui étaient à Jamnia,
alors que la Loi l'interdit aux Juifs...
Elle se manifesta donc à tous, la raison pour laquelle ces hommes s'étaient écroulés !
Tous bénirent donc le juste jugement du Seigneur qui avait rendu manifeste ce qui était caché
et on se tourna donc vers les prières
pour supplier
que la faute commise fût oubliée.
Judas, le très valeureux, exhorta le peuple à se garder sans péché
maintenant qu'ils avaient vu de leurs yeux la punition infligée pour le péché de ces hommes, terrassés !
Puis il collecta douze mille drachmes d'argent et les envoya à Jérusalem afin qu'on offrît un sacrifice pour la rémission de ce péché,
inspiré par la pensée juste et pieuse de la résurrection.
S'il n'espérait pas en effet que les soldats tombés devaient ressusciter,
il lui aurait semblé superflu et vain de prier pour des morts :
or, [il offrit ce sacrifice] justement parce qu'il pensait que ceux qui s'étaient endormis avec piété
recevraient en retour une très belle récompense.
C’est donc une sainte et salutaire pensée
que de prier avec insistance pour les défunts afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés.
En cent quarante-neuf,
Judas apprit qu’Antiochus Eupator avait commencé à marcher avec une multitude contre la Judée
qu'il était accompagné de Lysias, procurateur et préposé aux affaires,
et qu'il avait avec lui cent dix mille fantassins,
cinq mille cavaliers, vingt-deux éléphants et trois cents chars à faux.
Or, Ménélaüs se joignit à eux
et, avec une grande fourberie, suppliait Antiochus d'assurer non pas le salut de la patrie
mais sa propre élévation à la plus haute charge, selon ses espérances.
Cependant le Roi des rois excita la colère d’Antiochus contre le pécheur
et sur les suggestions de Lysias, à savoir que c'était lui, la cause de tous les maux,
il ordonna de l'arrêter
et de l'assassiner à l'endroit habituel,
endroit où se trouvait une tour de cinquante coudées
entourée de tous côtés de monceaux de cendres
et qui donnait sur le vide.
Il ordonna que là, l'impie soit précipité dans la cendre,
jeté par tous à la mort,
et c'est selon cette loi que le prévaricateur de la Loi vint à mourir
et que Ménélaüs ne fut pas mis en terre
et en très stricte justice
car, lui qui a[vait] commis beaucoup de fautes contre l’autel de Dieu
dont le feu et la cendre étaient saints,
c’est à une mort par la cendre qu'il fut condamné...
Cependant le roi, l'esprit effréné, s'était remis en marche,
voulant se montrer pire [que son père] à l'égard des Juifs.
Mais quand il l'apprit, Judas commanda au peuple
d'invoquer jour et nuit le Seigneur, le suppliant,
comme il l'avait toujours fait, de les secourir une fois de plus
(ils craignaient en effet beaucoup de se voir spoliés de leur Loi, de leur patrie et du Temple saint)
et de ne pas permettre que le peuple, qui commençait seulement à respirer un peu,
soit de nouveau asservi à des nations qui blasphémaient !
Lorsqu'ils eurent tous ensemble prié de la sorte et qu'ils eurent imploré du Seigneur sa miséricorde,
pleurant, jeûnant, se tenant prosternés trois jours entiers,
Judas les exhorta à se tenir prêts.
Quant à lui, il résolut sur les conseils des anciens
de se mettre en campagne avant que le roi ne conduise son armée en Judée et prenne la cité
et de confier au jugement du Seigneur le dénouement de la situation.
En même temps qu'il remettait ainsi le pouvoir qu'il avait sur toutes choses à Dieu, créateur du monde,
il exhorta ses compagnons à combattre courageusement
et à résister jusqu’à la mort pour leurs lois, leur Temple, leur cité, leur patrie et leurs concitoyens.
Il établit ensuite son camp dans les environs de Modin
et, après avoir donné comme signal à ses gens : — Victoire de Dieu !
et choisi les plus courageux de ses soldats, il attaqua de nuit la tente où demeurait le roi
tua dans le camp environ quatre mille hommes
et le plus grand des éléphants, avec ceux qui le montaient.
Lorsqu'ils eurent mis la peur et la confusion des ennemis à leur comble et que la situation prit un tour favorable, ils se retirèrent
et ce, au moment où le jour se levait,
sous la protection salutaire du Seigneur.
Mais le roi, ayant goûté de l'audace des Juifs,
tentait de contourner par la ruse les difficultés du terrain
et c'est devant Bethsura, citadelle fortifiée qui appartenait aux Juifs, qu'il voulut établir son camp.
Mais il était mis en déroute, frappait dans le vide et se faisait tailler en pièces
tandis qu'à ceux de l'intérieur, Judas faisait passer ce dont il avaient besoin...
Or, pendant ce temps, des renseignements secrets furent divulgués aux ennemis par un certain Rhodocus, de l’armée juive !
Il fut recherché, arrêté et emprisonné.
Puis le roi reprit les pourparlers avec ceux qui étaient dans Bethsura ;
il leur tendit la main, prit la leur et s'en alla
combattre Judas : il fut écrasé.
Mais lorsqu'il apprit que Philippe s’était révolté à Antioche
alors qu'il l'avait laissé à la tête de ses affaires,
secrètement épouvanté, il se met à supplier les Juifs
leur présente sa reddition et promet sous serment tout ce qui leur sembl[e] juste...
Puis, une fois les relations rétablies, il offrit un sacrifice
honora le Temple et y déposa des offrandes ;
il étreignit Maccabée
et le nomma chef et souverain depuis Ptolémaïde jusqu’aux Gerreniens !
Mais lorsqu'il vint à Ptolémaïde, les habitants protestaient contre le pacte d'amitié,
s'indignant de ne pas pouvoir enfreindre le traité ;
alors Lysias monta à la tribune pour en exposer les raisons et apaisa le peuple
puis revint à Antioche. Et le départ et le retour du roi se déroulèrent ainsi.
Mais trois ans plus tard, Judas et ses compagnons apprirent
que Démétrius, [fils] de Séleucus, escorté d'une multitude et d'une flotte puissantes, avait accosté au port de Tripoli et qu'après être monté jusqu'en des lieux stratégiques,
il s’était rendu maître du pays contre Antiochus et Lysias, son général.
Or, un certain Alkime, qui avait été grand prêtre
s'était volontairement souillé à l'époque où s'étaient mélangées les populations,
songeant que dans tous les cas, il ne pouvait ni être sauvé ni s'approcher de nouveau de l'autel,
vint trouver le roi Démétrius en l’an cent cinquante
et lui offrit une couronne d’or, une palme
et surtout des rameaux qui semblaient appartenir au Temple. Ce jour-là, il garda le silence
mais il trouva l'occasion que réclamait sa folie
lorsque, convoqué par Démétrius au conseil
et interrogé au sujet des dispositions et des intentions qui animaient les Juifs,
il répondit : — Les Juifs qu’on appelle « Assidéens »
et que commande Judas Maccabée
entretiennent la guerre, excitent les séditions
et ne supportent pas de voir notre royaume tranquille.
C'est pourquoi, moi, qu'on a dépouillé de la gloire de mes aïeux
(et je veux parler du souverain sacerdoce !) je suis venu ici
primo par fidélité aux intérêts du roi
secundo par égard aussi pour mes concitoyens
car à cause de la perversité de quelques-uns, c'est notre race toute entière qui souffre, et pas qu'un peu !
Mais lorsque tu en auras pris connaissance en détail, je t'en prie, ô roi,
jette un regard sur ton pays et ta nation avec l'humanité qui te rend célèbre
car, tant que Judas est en vie, il est impossible que tes affaires aillent sereinement.
Alors, sur de telles paroles,
tous les autres conseillers qui éprouvaient de l'hostilité
contre Judas enflammèrent Démétrius
qui nomma sur-le-champ Nicanor général (celui qui avait commandé l’escadron des éléphants) et l'envoya en Judée
avec ordre de s'emparer de Judas
de disperser ses hommes
et d'instituer Alkime très grand prêtre du plus grand des temples.
Alors les nations qui, à cause de Judas, avaient fui la Judée se joignirent chacune de leur côté à Nicanor,
pensant que les échecs et les défaites des Juifs feraient la prospérité de leurs propres affaires.
C'est pourquoi, lorsque les Juifs apprirent l'arrivée de Nicanor et l'alliance des nations,
ils se couvrirent de terre et se mirent à supplier celui qui rassemble son peuple de le protéger pour l'éternité,
lui qui défend ostensiblement ce qui lui revient ;
puis, sur l’ordre de leur chef, ils partirent aussitôt du lieu où ils se trouvaient
et se rassemblèrent au village de Dessau.
Simon, frère de Judas, avait pendant ce temps engagé le combat avec Nicanor
mais il fut épouvanté par l'arrivée subite des ennemis.
Nicanor cependant, apprenant le courage des compagnons de Judas
et la grandeur d'âme qu'ils montraient en se battant pour leur patrie,
eut peur de la sentence que rendrait le sang
et c'est pour cette raison qu'il envoya Posidonius, Théodotius et Matthathias tendre la main [aux Juifs] et recevoir la leur.
Comme une longue délibération avait lieu à ce sujet,
le chef en personne en référa à la multitude :
on décida à l'unanimité de conclure un pacte d'amitié.
On fixa donc le jour des négociations secrètes
et pour chacun, des sièges furent apportés et placés
(Judas ordonna toutefois de poster des hommes armés aux endroits stratégiques
au cas où apparaisse chez les ennemis quelque signe d'hypocrisie)
et ils eurent un entretien satisfaisant.
En effet Nicanor s'attardait à Jérusalem
mais sans commettre d'iniquité :
il renvoya même les foules qui s’y étaient regroupées comme des troupeaux.
Il avait pour Judas une affection indéfectible
et éprouvait dans son coeur une profonde sympathie [à son égard] ;
il l’engagea à prendre femme et à avoir des enfants,
et [Judas] se maria, goûta la tranquillité et partagea une vie de famille.
Mais Alkime, voyant l'estime qu'ils avaient l'un pour l'autre et les accords qu'ils avaient passés,
vint dire à Démétrius que Nicanor favorisait les intérêts des Étrangers
et qu'il avait désigné Judas, l'adversaire de son royaume, pour lui succéder...
Le roi, ainsi exaspéré et mis en colère par les calomnies odieuses de cet homme,
écrivit à Nicanor
qu’il contestait ce pacte d'amitié
et qu’il lui ordonnait, en dépit de celui-ci, d'envoyer sans délai Maccabée à Antioche, enchaîné.
En l'apprenant, Nicanor était saisi d'un grand trouble
et murmurait à l'idée
de révoquer ces accords alors que cet homme ne l'avait nullement offensé
mais comme il n'était pas possible de s'opposer au roi,
il guettait l'occasion qui lui permettrait d'exécuter l'ordre reçu.
Maccabée remarqua en revanche que Nicanor se comportait avec lui de la façon la plus réservée
et que même sous son jour ordinaire il montrait très rude :
il comprit que cette réserve ne présageait rien de bon
rassembla quelques-uns de ses hommes et se déroba à Nicanor.
Mais quand celui-ci comprit qu'il l'avait pris de court avec audace,
il se rendit au Temple très grand et très saint
et, alors que les prêtres offraient les sacrifices habituels, il leur ordonna de lui livrer cet homme.
Et comme ceux-ci déclaraient en le jurant
ne pas savoir où était celui qu’on recherchait,
étendant la main vers le Temple,
il fit ce serment :
— Si vous ne me livrez pas Judas enchaîné,
ce Sanctuaire, qui est celui de Dieu, je le raserai
l'autel, je le saccagerai
et le Temple, je le dédierai sur l'heure à Liber !
Sur ces paroles, il s'en alla.
Alors les prêtres, étendant les mains vers le ciel
invoquèrent celui qui avait toujours défendu leur nation en ces termes :
— Seigneur, qui n'as aucun besoin de tout[es ces richesses],
c'est toi qui as voulu que le Temple où tu résides se trouve au milieu de nous !
Maintenant donc, saint des saints, Seigneur de toutes choses,
garde à jamais sans souillure cette maison qui vient d'être purifiée.
Or, un certain Razias, des anciens de Jérusalem, fut dénoncé à Nicanor.
C'était un homme aimant la cité
et jouissant d'une bonne réputation, on l'appelait père des Juifs pour sa bienveillance...
Celui-ci remplit en de nombreuses occasions le but qu'il s'était proposé (à savoir la constance dans le judaïsme),
heureux de se livrer corps et âme pour y persévérer.
Mais Nicanor, qui voulait faire éclater la haine qu'il nourrissait pour les Juifs,
envoya cinq cents soldats l'arrêter,
pensant en effet qu'après s'en être emparé, il serait à même de causer une défaite retentissante aux Juifs.
Et alors que les troupes amassées s'efforçaient d'envahir sa maison
d'enfoncer la porte et d'y mettre le feu,
se voyant déjà pris, il se frappa de son glaive,
préférant mourir avec noblesse plutôt que de se voir assujetti à des pécheurs
et de subir des outrages indignes de sa naissance.
Mais comme, dans la précipitation, il ne s’était pas donné un coup assuré
et que les troupes entassées à l'intérieur forçaient les portes,
il courut hardiment jusqu'au mur et se précipita avec courage sur la foule amassée !
Or, elle fit rapidement de la place pour sa chute, et il tomba la tête la première
puis, respirant encore, se releva, enflammé de courage.
Ruisselant de sang à grands flots,
couvert de blessures, il traversa la masse en courant
et s'arrêta sur une pierre escarpée, déjà exsangue,
saisit ses entrailles à pleines mains et les jeta sur les troupes amassées,
suppliant le Maître de sa vie et de son âme de les lui rendre un jour...
et c'est ainsi qu'il acheva sa vie.
Mais lorsque Nicanor découvrit que Judas se trouvait dans les régions de Samarie,
il projeta de donner l'assaut général le jour du sabbat
bien que les Juifs qui le suivaient par besoin lui eussent dit :
— Ne te montre pas si arrogant et si barbare
rends plutôt honneur au jour dédié à la sanctification
et honore celui qui voit tout !
Mais le malheureux demanda
s’il y avait un souverain dans le monde qui eût prescrit de célébrer le jour des sabbats...
Et comme ils lui répondirent :
— C’est le Seigneur vivant, souverain dans le ciel,
qui a lui-même ordonné de célébrer le septième jour,
il reprit :
— Et moi, je suis souverain sur la terre, et j'ordonne de prendre les armes et d'accomplir les décisions du roi.
Cependant, Nicanor ne parvint pas à réaliser son dessein
et ne fit que se dresser avec un orgueil extrême
(il avait projeté d'ériger un trophée public avec la dépouille de Judas).
Maccabée de son côté gardait toujours confiance, espérant de toutes ses forces l'assistance du Seigneur ;
il encourageait ses hommes à ne pas craindre l'approche des païens
mais à se souvenir des secours qu'ils avaient reçus du Ciel
et à espérer cette fois encore du Tout-Puissant une victoire imminente.
Et lorsque, dans sa harangue, il leur parla de la Loi et des Prophètes
et qu'ensuite il leur rappela les combats qu’ils avaient autrefois livrés,
il les rendit plus ardents encore...
Puis, quand il eut ainsi excité leur colère, montrant en même temps que ces nations étaient perfides
et qu'elles prévariquaient en dépit de leurs serments,
il arma chacun d’eux
non d'un équipement défensif, bouclier et lance
mais de ses meilleures paroles et exhortations
en leur rapportant un songe digne de foi, qui réjouit l'armée toute entière.
En effet, voici ce qu'il avait vu :
Onias, qui avait été très grand prêtre,
homme bon et bienveillant
à l'apparence modeste, aux moeurs irréprochables et au discours éloquent
et qui dès l’enfance s'était exercé à pratiquer les vertus,
tendait les mains en priant pour tout le peuple des Juifs ;
il avait ensuite vu apparaître un autre homme, qui suscitait l'admiration par son âge et sa dignité :
une grande beauté se dégageait de sa présence.
Et Onias avait dit en réponse :
— Il a de l'amour pour ses frères et le peuple d'Israël
il prie beaucoup pour le peuple et l'ensemble de la cité sainte :
voici Jérémie, le prophète de Dieu.
Alors Jérémie avait étendu la main
pour donner à Judas un glaive d’or avec ces mots :
— Reçois ce glaive saint, don de Dieu :
par lui tu renverseras les adversaires de mon peuple, Israël !
Exhortés de la sorte grâce aux remarquables paroles de Judas,
qui étaient propres à exalter l'ardeur et réveiller le courage de ses hommes,
ils décidèrent de combattre et de lutter passionnément
afin que leur valeur départageât l'affaire
car la cité, les lieux saints et le Temple étaient en péril.
Pour leurs femmes et leurs enfants en effet
comme pour leurs frères et leur famille,
ils n'éprouvaient pas grande inquiétude :
la plus grande et la première de leurs craintes était au contraire que le Temple demeure inviolé !
Quant à ceux qui étaient dans la cité,
ils n'éprouvaient pas une inquiétude moindre pour les combattants.
Et déjà, ils espéraient tous un dénouement imminent :
l'ennemi était en présence, l'armée rangée en bataille
et les bêtes et les cavaliers placés aux endroits stratégiques...
Alors Maccabée, à la vue de la multitude qui approchait
de l’appareil varié des armes et de la férocité des bêtes
étendit la main vers le ciel et invoqua le Seigneur qui opère des prodiges,
lui qui ne regarde pas la force des armes
mais accorde selon son plaisir la victoire à ceux qui en sont dignes.
Voici ce qu'il dit en l'invoquant :
— Toi, Seigneur, tu as envoyé ton ange sous le règne d'Ézéchias, roi de Judée,
et tu as fait périr du camp de Sennachérib cent quatre-vingt cinq mille hommes.
Aujourd'hui aussi, Souverain des cieux,
envoie ton bon ange devant nous
dans la terreur et l'effroi qu'inspire la grandeur de ton bras
afin qu'ils soient frappés de crainte, ceux qui s'avancent en blasphémant contre ton peuple saint !
Il termina là sa prière
au moment où Nicanor et ses hommes
s’avançaient au son des trompettes et des chants.
Mais Judas et ses troupes
invoquèrent Dieu et, en prières, engagèrent la bataille.
Alors, combattant de leurs mains mais priant Dieu dans leurs cœurs,
ils terrassèrent pas moins de trente mille hommes,
comblés d'une allégresse magnifique par la présence de Dieu.
À ce moment, comme ils avaient arrêté le combat et qu'ils rentraient dans la joie,
ils reconnurent Nicanor qui s'était écroulé avec son armure...
à cette vue, ils firent monter une clameur et se laissèrent aller à l'émotion
ils bénissaient le Seigneur tout-puissant dans la langue de leurs pères.
Quant à Judas,
toujours prêt à s'offrir corps et âme pour ses concitoyens, il donna l'ordre
de trancher à Nicanor la tête et le bras depuis l'épaule et de les apporter à Jérusalem.
Et lorsqu'il s'y fut rendu, après avoir rassemblé ses compatriotes et les prêtres devant l’autel,
il fit aussi venir ceux de la citadelle
pour leur montrer la tête de Nicanor et la main criminelle
qu'il avait tendue contre la maison sainte du Dieu Tout-Puissant en se glorifiant avec orgueil.
Il ordonna aussi, à propos de la langue de l'impie Nicanor, de la couper en morceaux et de la donner aux oiseaux
et, la main de cet insensé, de la suspendre en face du Temple.
Tous bénirent alors le Seigneur du ciel en disant :
— Béni soit celui qui a conservé son lieu sans souillure !
Il suspendit aussi la tête de Nicanor au sommet de la citadelle
afin qu'elle soit [un signe] évident et manifeste du secours que Dieu leur avait accordé.
C'est pourquoi tous décidèrent d'un commun accord
de ne jamais laisser passer ce jour sans le célébrer avec solennité
et de le célébrer le treize du mois d'adar,
qu'on appelle en syriaque « veille du jour de Mardochée ».
Ainsi, puisque telle fut la vie de Nicanor
et que depuis ce temps la cité demeura en possession des Hébreux,
moi aussi, je conclurai là mon histoire :
qu'elle soit bonne et conforme aux événements, c'est ce que je souhaite !
mais si elle ne l'est pas complètement, je mérite l'indulgence.
car, de même qu’il est paradoxal de boire toujours du vin ou toujours de l’eau
alors qu'il est délicieux de les boire ensemble,
de même mes lecteurs n'apprécieraient pas si l'histoire était toujours racontée à la perfection...
Elle s'achèvera donc ici.
ICI FINIT LE DEUXIÈME LIVRE DES MACCABÉES