2 Maccabées

« — Je ne sais comment vous êtes apparus dans mon sein car ce n’est pas moi qui vous ai donné le souffle, l'âme et la vie et les membres de chacun de vous, ce n'est pas par moi qu'ils ont été assemblés, mais bien par le créateur du monde qui a préparé la naissance de l'homme et connaît l’origine de toutes choses ! Et votre esprit, il vous le rendra à nouveau dans sa miséricorde, avec la vie » (2M 7,22-23)

C'est ainsi qu'une mère anonyme encourage son fils à être fidèle à Dieu jusqu'au martyre, et c'est peut-être l'un des plus anciens témoignages de la foi en la résurrection des corps.

Les persécutions du 2e s. av. J.-C. ont renforcé la croyance dans la justice divine après la mort. Les justes retrouveront dans l'au-delà la résurrection (2M 7,9.14 ; 14,46) et les injustes les châtiments (2M 6,26) ; quant aux Juifs qui ont transgressé la Loi, ils ont besoin de sacrifices et de prières offerts en leur nom par les vivants (2M 12,41-46).

Malgré son titre, le second livre des Maccabées n’est pas la suite du premier.  Bien que leurs contenus se recoupent beaucoup (la Judée retrouve son indépendance at terme d'une série de conflits militaires),  2M couvre une période plus courte que 1M (seulement 15 ans au lieu de 40). Si  le premier livre raconte la grande histoire des guerriers et des politiques, le second donne aussi la perspective des petits gens. Les martyres du vieillard Eléazar (2M 6,18-31) et de la mère anonyme avec ses sept fils (2M 7) sont ici des actes héroïques pas moins importants que les prouesses de Judas Maccabée. On y retrouve comme dans 1M Le temple avec deux nouvelles fêtes : sa dédicace (la Hanoukkah) et sa défense (le jour de Nikanor). 2M éclaire également davantage le fait que la Révolte des Maccabées a débuté sous la forme d'une guerre civile (2M 4,1-29). 

Le livre se présente comme l'abrégé d'un grand ouvrage historique. Il exalte sa culture juive avec une magnificence et un héroïsme empreints du style grec. Il se compare non pas à un historien mais à un peintre qui offre une lecture plus légère et émotive (2M 2,29-31). Le Dieu d'Israël agit dans les moments les plus obscurs de l'histoire ; c'est à cause de son amour que le châtiment tombe sur son peuple plutôt que sur les autres (2M 6,12-16). 

Le christianisme a été profondément influencé par 2 Maccabées, notamment en ce qui concerne la résurrection des morts, les châtiments dans l'au-delà, la nécessité de prier pour les défunts, illustrant ainsi l'idée du purgatoire (2M 12,41-46), le mérite des martyrs (2M 6,18-7,41), et l'intercession des saints (2M 15,12-16).

TEXTE

Critique textuelle

Grec

  • Le texte des livres des Maccabées est fourni par le Sinaïticus (pour 1M) l'Alexandrinus et le Venetus, ainsi que par une trentaine de manuscrits en minuscules.
  • Les minuscules attestent la recension du prêtre Lucien (300 ap. J.-C.) et donnent quelquefois une version plus ancienne.

Les Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe sont généralement proches de 1M mais ne font jamais référence à 2M.

Latin

  • La Vetus Latina traduit un texte grec perdu et souvent meilleur que celui des manuscrits.
  • Jérôme ne considère pas les Maccabées comme canoniques et ne les a pas traduits. 

Proposition d'une structure du livre

  • Le livre débute par deux lettres (2M 1,1-2,18) invitant les Juifs d'Égypte à participer à la célébration de la nouvelle Dédicace du Temple, suivies de la véritable préface de l'auteur (2M 2,19-32).
  • Dans 2M 3, à propos d'Héliodore, le récit met en avant l'inviolabilité du Temple.
  • La mort d'Antiochus Epiphane donne un coup d'arrêt aux persécutions (2M 4,1-7,42), menant à l'institution de la fête de la Dédicace (2M 8,1-10,8).
  • Un nouvel ensemble de combats oppose Judas aux peuplades voisines (2M 10,9-13,26), se concluant avec la mort de Nikanor, qui avait proféré des menaces contre le Temple. Une seconde fête est alors instituée (2M 14,1-15,39).

Genre littéraire : un épitomé 

Dans l’introduction l’auteur présente explicitement son œuvre comme un épitomé : c'est l'abrégé de l’histoire écrite en cinq livres par Jason de Cyrène (2M 2,19-32). Son objectif est de proposer une lecture agréable et édifiante pour le lecteur, laissant aux historiens le soin de détailler les faits. En accord avec cette intention, 2M se présente comme un récit moralisateur, riche en pathos, en drame et parfois en miracles. Il s'agit d'une forme littéraire hellénistique employée ici pour résister à une assimilation religieuse avec l'hellénisme.

TEXTE

Milieux de vie

  • Une tablette cunéiforme donnant la succession des Séleucides a permis de mieux comprendre la chronologie du livre : 2 M suit la chronologie juive, analogue au comput babylonien, à partir de nisân (3 avril) 311. Mais il faut en excepter les lettres de 2M 11, datées selon le comput macédonien, par le contexte d'envoi et de réception.

Histoire et géographie

Période historique couverte

2M commence le récit avec le règne de Séleucos IV (187-175 av. J.Ch.) et se termine en 161, avec la mort de Nikanor.

Quelle valeur historique ?

1 et 2 Maccabées sont généralement en accord, ce qui permet d'accorder une réelle valeur historique à ces livres. Des découvertes récentes rendent possible des comparaisons, comme pour la chronologie de la mort d'Antiochus Epiphane, qui a lieu avant la purification du Temple (2M 9,1-29) en 164 — ce que confirme une tablette babylonienne — contrairement à 1M 6,1-13

En raison du caractère moralisateur de 2M, Maccabées, qui recherche des exemples édifiants, il est difficile de discerner l'authenticité historique des martyres exemplaires d’Eléazar et les sept fils. Cependant, cela ne signifie pas que les tortures décrites n'ont pas pu être infligées à des innocents ; au contraire, les historiens grecs rapportent fréquemment des atrocités similaires (cf. Ctésias).

Auteur/s et datation

Écrit originalement en grec, pour les juifs alexandrins, il se donne comme l'abrégé anonyme de l'œuvre d'un certain Jason de Cyrène (2M 2,19-32), en tête duquel sont mises deux lettres des Juifs de Jérusalem (2M 1,1-2,18). L'ouvrage de Jason de Cyrène fut composé peu après la mort de Nikanor en 161 av. J.-C. La traduction des deux lettres depuis l'araméen ou l'hébreu permet de dater l'événement en 124 av. J.C. (2M 1,10a), cependant, il reste incertain si l'abréviateur est également l'auteur de cette traduction. Il faut enfin ajouter les récits de la lettre (2M 1,10b-2,18) ainsi que les épisodes des martyrs (2M 6,18-31 ; 7).

RECEPTION

La réception juive et chrétienne de ces livres se focalise principalement sur les histoires de martyrs (2M), très populaires.

Canonicité

Canon juif

Les deux Livres des Maccabées n'appartiennent pas au canon scripturaire juif. Le surnom de Maccabée attribué à Judas (1M 2,4) et par la suite étendu à ses frères est à l'origine du titre de ces ouvrages.

Canon chrétien

Ils sont aujourd’hui reconnus par l'Église chrétienne comme inspirés (livres deutérocanoniques). Mais l’histoire a connu de nombreuses hésitations.

Le fait d’être les seuls deutérocanoniques mentionnés par Origène (†254) à la suite des vingt-deux livres du canon fermé des Juifs et d’être appelés par lui une Écriture (graphê), témoigne d’une estime particulière pour les Maccabées.

  • Clément d’Alexandrie (†215), Tertullien (†230), Hippolyte de Rome (†235), Cyprien de Carthage (†258),
  • Eusèbe de Césarée (†339), Aphrahate (†ca. 345),
  • Théodoret de Cyr (†ca. 457) et même Jérôme (†420) ne se sont pas fait faute de citer les deux livres.

Ils font partie des catalogues officiels à partir de la fin du 4e s.

  • Mais en Orient, au 4e s., Athanase (†373), Cyrille de Jérusalem (†386), Grégoire de Nazianze (†390), Amphiloque d’Iconium (†ca. 394)
  • et Épiphane de Salamine (†403) refusent de prendre en compte dans le canon les livres deutérocanoniques.

Les Maccabées sont même exclus des Écritures au synode de Laodicée (360), mais reconnus par le synode de Carthage (397).

  • Pour Hilaire de Poitiers (†367), ils n’appartiennent pas aux protocanoniques,
  • mais Rufin d’Aquilée (†410) les accepte sous la rubrique « livres ecclésiastiques ».

Les Papes même n’ont pas la même position :

  • Gélase (†496) les compte dans le canon des Ecritures
  • tandis que Grégoire le Grand (†604) les donne seulement à lire pour l’édification de l’Église, sans leur reconnaître de caractère canonique.

Ils figurent dans la liste des livres inspirés au Concile de Florence (1442) et au Concile de Trente (1546), dont le décret est réaffirmé par le Concile Vatican I (1870).

Intertextualité biblique

Dans le Nouveau Testament, la réinterprétation de ces martyres est notable dans des allusions, ou même des citations plus longues, parfois paraphrasées :

  • He 11,35 reprend 2M 6,18-31, et mêle l’histoire d’Eléazar et celle des sept frères et de leur mère, pour mettre en évidence la résurrection.
  • He 11,36 fait peut-être allusion aux tortures de 2M 7.

Tradition chrétienne

  • La Passion de Montanus et Lucius (3e s.) compare la mère du martyr Flavianus à celle des sept frères martyrs.
  • Dans l’Exhortation au martyre, Origène met en lien la situation de ses destinataires, Amboise et Prototectus, avec celle des martyrs Maccabées (22-26). Il reprend la prière de la mère et loue la volonté des martyrs, morts de leur plein gré pour l’amour de Dieu (27), en interprétant ainsi l’épisode dans une perspective chrétienne. Le martyre devient ainsi la meilleure manière d’obtenir la vie éternelle.

Ces explications se retrouvent dans d’autres écrits postérieurs, des sermons ou même des discours panégyriques.

  • Grégoire de Nazianze (†390)
  • et Jean Chrysostome (†407) écrivent ainsi des homélies rendant hommage aux martyrs du livre des Maccabées.

Le Moyen Age continue à lire 2M en y voyant des modèles de vie chrétienne. Parmi les commentateurs, peuvent être cités :

  • Raban Maur (†856), Commentaria in libros Machabaeorum,
  • Pseudo-Thomas d’Aquin,
  • Nicolas de Lyre (†1349), 
  • Claude Badvel (†1567), Victorin Strigel (†1569),
  • Nicolaus Serarius (†1609), Cornelius a Lapide (†1637), Jean-Érard Foullon (†1668, sur 1 M),
  • Augustin Calmet (†1757) Erasmus Fröhlich (†1758).

Liturgies

Institutions juives

Il est important de noter que même si les Livres des Maccabées ne font pas partie du canon, ils rapportent l'institution de trois fêtes :

  • l'une commémorant la purification du Temple — la fête de la Dédicace — (2M 8,1-10,8), 
  • la deuxième  la défaite du général Nikanor (1M 7,43-49 ; 2M 15,25-36)  
  • et la troisième la prise de l'Acra de Jérusalem par Simon (1M 13,47-52). Ces trois fêtes étaient encore observées à l'époque rabbinique.

Les lettres envoyées aux juifs d’Egypte leur demandent de conserver la fête annuelle, devenue aujourd’hui Hanukkah (la dédicace), qui célèbre la restauration du temple par Judas Maccabée en 164 av. J.C. Elle dure huit jours, à partir du 25 Kislev (cf. 1M 4,36-59 ; 2M 10,3-8). Hanukkah est associée au feu (2M 1,18) et à la lumière (1M 4,50 ; 2M 10,3). La fête de Hanukkah commémore cette nouvelle dédicace du Temple après la persécution séleucide. Et l'une des bénédictions prononcées lors de l'allumage des bougies rappelle l'action de Mattathias.

Culte chrétien

La réinterprétation des martyrs Maccabées (2 M) comme des proto-martyrs chrétiens est un aspect constant de sa réception. Une réelle dévotion à ces martyrs s’est mise en place :

  • A Antioche de Syrie, une basilique leur est dédiée d’après Augustin (Homélies 300).
  • Jérôme fait mention de la vénération du tombeau des martyrs à Antioche aussi - lieu probable de composition du Quatrième livre des Maccabées - dans son Onomasticon 133, confondant le tombeau des martyrs Maccabées avec celui des Maccabées fils de Mattathias.
  • Le Martyrologe d’Édesse (411-412) mentionne la célébration de leur fête le 1er août à Antioche. Cette date, attestée par ailleurs, devient la date de leur fête dans le martyrologe de l’Eglise catholique.

Une tradition dit que les restes des Maccabées ont été transportés à Constantinople, Rome et Cologne.

  • Les reliques des sept frères sont ainsi, selon la tradition, vénérées dans l’église de Saint Pierre aux Liens à Rome,
  • tandis que celles de leur mère le sont dans l’église saint Georges du patriarcat grec orthodoxe d’Istanbul.
  • Cette dévotion se retrouve à Nea Paphos, à Chypre, où la mère des Maccabées est appelée sainte Solomoni. De sa tombe supposée, jaillit une source et un arbre miraculeux, qui guérit des affections oculaires.

2 Maccabées 1

Lettre aux juifs d’Égypte

1

ICI COMMENCE LE SECOND LIVRE

« À nos frères Juifs qui se trouvent en Égypte : salut ! disent

vos frères Juifs à Jérusalem

et au pays de Juda, et une paix excellente !

2

Que Dieu soit bienfaisant pour vous et qu’il se souvienne de son Alliance

qui [le lie] à Abraham, Isaac et Jacob, au nombre de ses fidèles serviteurs

3

et qu’il vous donne à tous du cœur pour que vous l’honoriez et accomplissiez sa volonté de grand cœur et de bon gré.

4

Qu’il ouvre votre cœur à sa Loi et à ses préceptes et [y] fasse la paix

5

qu’il exauce vos prières, se réconcilie avec vous

et ne vous abandonne pas au temps mauvais !

6

En ce moment, ici, nous sommes en prière pour vous.

7

Sous le règne de Démétrius, en l'an cent soixante-neuf

nous, les Juifs, nous vous avons écrit

au milieu de la tribulation et de la violence qui nous ont assaillis ces années-là

à partir du moment où Jason s'est éloigné de la terre sainte et du royaume.

8

Ils ont brûlé la porte et répandu un sang innocent !

alors nous avons prié le Seigneur et nous avons été exaucés :

nous avons offert un sacrifice avec de la fleur de farine

nous avons allumé les lampes et présenté les pains.

9

À présent, soyez nombreux à célébrer les jours de la fête des Tabernacles au mois de casleu ! »

Lettre à Aristobule

10

« En l'an cent quatre-vingt-huit

le peuple qui est à Jérusalem et en Judée, le sénat et Judas 

à Aristobule, précepteur du roi Ptolémée, qui est de la race des prêtres christs,

et aux Juifs d'Égypte : salut et santé !

11

Parce qu'ils étaient grands, les périls dont Dieu nous a libérés,

avec solennité nous lui rendons grâces

puisque nous avons pu lutter contre un roi si puissant

12

car c'est lui qui a fait sortir de Perse, dans des flots bouillonnants, ceux qui ont combattu contre nous !

13

En effet, pendant que ce même chef était en Perse, et avec lui une armée immense, il tomba mort dans le temple de Nanée

(s'étant mépris sur le dessein du prêtre de Nanée 

14

car, dans l'intention d'habiter avec elle, Antiochus vint en ce lieu avec ses amis

s’emparer de nombreuses richesses à titre de dot :

15

les prêtres de Nanée les exposèrent

et lui-même rentra avec quelques hommes dans l’enceinte du lieu sacré...

Alors ils fermèrent le temple

16

lorsqu'Antiochus en eut franchi le seuil,

ouvrirent un accès secret du temple

et se mirent à lancer des pierres jusqu'à tuer sous leurs coups le chef et ceux qui l'accompagnaient.

Puis ils les coupèrent en morceaux et, après leur avoir tranché la tête, les jetèrent dehors :

17

qu'en toutes choses soit béni Dieu qui a livré les impies !).

Le miracle du feu de l’autel

18

Ainsi, puisque nous allons, le vingt-cinq du mois de casleu, fêter la purification du Temple,

nous avons jugé nécessaire de vous en informer

afin que vous célébriez vous aussi le jour des Tabernacles

et le jour du feu, qui a été donné quand Néhémie offrit des sacrifices après avoir reconstruit le Temple et l’autel.

19

Lorsqu'en effet nos pères furent emmenés en Perse,

les prêtres qui à cette époque adoraient Dieu

prirent du feu de l’autel et le cachèrent en secret dans une vallée où se trouvait un puits profond et à sec ;

et ils l’y mirent en sûreté

si bien que l'endroit demeurait ignoré de tous.

20

Et de longues années après,

il plut aussi à Dieu que Néhémie fût envoyé par le roi de Perse :

ce sont les descendants des mêmes prêtres, ceux qui avaient caché [le feu], qu'il envoya pour le chercher !

Et ainsi qu'ils nous le racontèrent, ils ne trouvèrent pas le feu mais une eau épaisse

21

et il leur ordonna d’en puiser et de lui en apporter ;

et comme les offrandes sacrificielles avaient été déposées, le prêtre Néhémie ordonna de les asperger de cette eau

et le bois aussi, et ce qui était dessus.

22

Or, cela fait,

le moment vint où le soleil, jusque-là couvert de nuages, se mit à resplendir :

un grand feu s’alluma, si bien que tous furent dans l’admiration !

23

Tous les prêtres récitaient la prière pendant que le sacrifice se consumait 

(Jonathas commençait puis tous les autres répondaient),

24

et la prière de Néhémie avait cette teneur :

 — Seigneur Dieu, créateur de toutes choses,

terrible et fort

juste et miséricordieux

qui es seul roi bon

25

seul souverain

seul juste, tout-puissant et éternel

qui délivres Israël de tout mal

qui as fait de nos pères tes élus et qui les as sanctifiés

26

reçois le sacrifice de ton peuple tout entier, Israël :

garde ce qui te revient et sanctifie-le.

27

Rassemble les nôtres qui sont dispersés

délivre ceux qui sont esclaves des nations ;

les méprisés et abhorrés, regarde-les

afin que les nations sachent que tu es notre Dieu.

28

Afflige ceux qui nous oppriment et nous outragent avec arrogance

29

et établis ton peuple dans ton lieu saint, comme l’a dit Moïse.

30

Les prêtres psalmodiaient en même temps les hymnes jusqu'à ce que le sacrifice fût consommé

31

puis, quand le sacrifice fut consumé, Néhémie ordonna de verser le reste de l’eau sur les grandes pierres :

32

ceci fait, une flamme en jaillit

mais se consuma dans la lumière dont resplendit l'autel...

33

Alors, pour faire connaître ce qui venait de se passer,

on rapporta au roi des Perses

qu'à l'endroit où les prêtres qui avaient été déportés avaient caché le feu

de l'eau a[vait] apparu, dont Néhémie et ceux qui étaient avec lui se servirent pour purifier les sacrifices ; 

34

et le roi, après avoir considéré et examiné attentivement l'affaire, fit faire un temple à cette occasion

35

et c'est pour cette raison que  ceux pour lesquels il avait été généreux lui faisaient de nombreux dons, qu'il redistribuait.

36

Alors Néhémie appela ce lieu Nepthar

qu'on traduit par purification ;

mais la plupart le nomment Néphi.

2 Maccabées 2

Jérémie sauvegarde les principaux éléments du culte

1

Or, on trouve dans les archives du prophète Jérémie

qu'il donna l'ordre d'emporter le feu à ceux qu'on avait déportés,

comme on l'a bien dit, et qu'il en a chargé les déportés ;

2

et il leur donna la Loi pour qu'ils n'oublient pas les préceptes du Seigneur

et que leurs esprits ne s'égarent pas

à la vue de statues d’or et d’argent et de leurs ornements

3

et entre autres discours de ce genre, il les exhortait à ne jamais éloigner la Loi de leur cœur.

4

Or, [on pouvait lire] dans le même écrit 

comment, suite à un oracle divin, le prophète ordonna que le Tabernacle et l’Arche l'accompagnassent

jusqu'à ce qu'il parte pour la montagne sur laquelle Moïse monta pour voir l’héritage de Dieu.

5

Et sur la route, Jérémie trouva une grotte qui était habitée ;

il y déposa le Tabernacle, l’Arche et l’autel du parfum et boucha l’entrée

6

et quelques-uns, qui le suivaient, arrivèrent aussitôt pour relever l'endroit, mais ils ne réussirent pas à le retrouver !

7

Or, quand Jérémie le sut, il leur dit d'un ton de reproche :

— Cet endroit aussi demeurera inconnu, jusqu’à ce que Dieu assemble l'assemblée du peuple et se montre favorable.

8

Et c'est à ce moment que le Seigneur montrera [ces objets saints] et que la majesté du Seigneur apparaîtra

et il y aura la nuée, exactement comme elle se révélait à Moïse

et comme, lorsque Salomon demanda que le lieu fût sanctifié par le grand Dieu, elle [les] révélait.

9

[Néhémie racontait donc] comment, possédant la sagesse, il offrit le sacrifice de la dédicace et de l'achèvement du Temple

10

exactement comme [lorsque] Moïse priait le Seigneur

et qu'un feu descendit du ciel et consuma l'holocauste ;

11

alors Moïse dit : — Puisqu'elle n'a pas été purifiée, même  [l'offrande] offerte pour le péché a été consumée !

12

C'est de la même manière que Salomon, lui aussi, célébra la dédicace pendant huit jours...

Néhémie puis Judas rassemblent d’anciens livres

13

Or, on rapportait cela dans les archives et dans les mémoires de Néhémie elles-mêmes

et [on écrivait] comment [Néhémie], fondant une bibliothèque

rassembla les livres concernant les rois, ceux des prophètes, ceux de David et les lettres des rois concernant les dons faits aux temples.

14

Et c'est de la même manière que, tout ce que Judas avait appris pendant la guerre qui nous a frappés,

il l'a compilé, et [tout] se trouve chez nous :

15

si donc vous désirez [consulter cette compilation], envoyez des gens pour qu'ils vous l'apportent.

Invitation à la purification du Temple

16

C’est pourquoi, sur le point de célébrer la purification, nous vous avons écrit.

Vous agirez donc bien en célébrant ces jours.

17

Quant à Dieu qui a libéré son peuple

et a rendu à tous l’héritage, le royaume, le sacerdoce et la sanctification,

18

comme il l'a promis dans la Loi, nous espérons qu'il aura rapidement pitié de nous

et qu'il [nous] rassemblera, de[s régions] qui sont sous le ciel, dans le lieu saint

L’auteur présente son livre

19

car il nous a arrachés à de grands dangers et a purifié notre lieu [saint].

20

Mais [ce qu'on sait] au sujet de Judas Maccabée, de ses frères, de la purification du grand Temple et de la dédicace de l’autel 

21

et aussi des combats qui concernent Antiochus le Noble et son fils Eupator

22

et des manifestations lumineuses qui apparurent du ciel à ceux qui firent preuve de courage pour les Juifs

(si bien qu'ils ont protégé le pays tout entier malgré leur petit nombre

mis en fuite une multitude de Barbares

23

repris le Temple le plus célèbre de tout l’univers et libéré la cité

pour rétablir les lois qu’on devait abolir, tandis que le Seigneur dans toute sa sérénité leur était favorable),

24

comme [tout cela] aussi a été rassemblé par Jason de Cyrène dans cinq livres,

nous avons essayé pour notre part de les résumer en un seul volume.

25

Considérant en effet la multitude des livres

et la difficulté [qui se présente] à ceux qui veulent accéder aux récits des histoires, à cause de la multitude des faits

26

nous avons veillé à ce que ceux qui veulent [le] lire [y] trouvent du plaisir intellectuel

que les studieux, quant à eux, puissent facilement [le] confier à leur mémoire

qu'à tous les lecteurs, il apporte du profit,

27

et à nous-mêmes aussi, qui avons commencé ce travail en vue de le résumer, [bien que] ce ne soit pas une tâche facile

(c'est au contraire une mission pleine de veilles et de sueur que nous nous sommes réservés,

28

comme ceux qui préparent un festin et cherchent à se plier à la volonté des autres !) :

c'est à cause de la reconnaissance d'un grand nombre que nous avons volontiers assumé cette tâche,

29

laissant à l'auteur [le soin de] la vérité sur chaque sujet

et, pour nous-mêmes, nous efforçant de suivre la méthode donnée pour le résumé.

30

Comme, en effet, l’architecte d’une maison nouvelle doit se soucier de l’ensemble [des étapes] de la construction

tandis que celui qui se prépare à [la] peindre doit rechercher ce qui est utile pour son ornementation,

ainsi doit-on penser qu'il en est pour nous ;

31

concentrer en effet le sens du texte, organiser le discours 

et travailler avec soin chacune des parties, en détail

[sont des efforts qui] reviennent à l'auteur de l'histoire

32

tandis que rechercher la brièveté de l'expression

et éviter de développer les faits,

c'est à la brièveté qu'il faut le laisser.

33

À partir de maintenant nous commencerons donc la narration :

qu'on se contente d'avoir tant parlé dans la préface !

Il est stupide en effet de s'épancher avant l'histoire

et de se trouver contraint [par le temps] justement lorsqu'on raconte l'histoire.

2 Maccabées 3

La trahison de Simon et la venue d’Héliodore

1

Alors donc que la cité sainte était habitée dans une paix totale

et qu'on gardait même encore les lois avec le plus grand soin

grâce à la piété du prêtre Onias et aux âmes qui haïssaient le mal,

2

il arriva que les rois eux-mêmes et les princes considérèrent le lieu comme digne du plus grand honneur

et conférèrent de l'éclat au Temple par de très grands dons,

3

si bien que c'était Séleucus, roi de l’Asie, qui fournissait de ses propres revenus toutes les dépenses nécessaires

au service des sacrifices.

4

Or, Simon de la tribu de Benjamin, constitué administrateur du Temple, s'évertuait

malgré la résistance que lui opposait le prince des prêtres

à manigancer quelque iniquité dans la cité ;

5

mais comme il ne pouvait triompher d'Onias,

il alla trouver Apollonius, fils de Tharsée, qui était à cette époque le chef de la Coelé-Syrie et de la Phénicie

6

pour lui signaler que le trésor à Jérusalem était plein de pièces d'argent, en quantité innombrable

que les richesses publiques étaient immenses

(celles qui n'appartenaient pas au budget des sacrifices)

et qu'il était en outre possible de faire tomber l'ensemble en la possession du roi...

7

Et lorsqu'Apollonius eut fait un rapport au roi au sujet des pièces d'argent dont on lui avait parlé,

celui-ci, après avoir fait venir Héliodore, qui était préposé à ses affaires,

l’envoya avec mandats pour faire transporter l'argent susmentionné.

8

Héliodore se mit aussitôt en route :

pour faire illusion, [il feignait] soigneusement de visiter les cités de Coelé-Syrie et de Phénicie

alors qu'il allait en réalité exécuter le dessein du roi.

9

Mais lorsqu'il vint à Jérusalem 

et qu'il fut amicalement reçu par le très grand prêtre de la cité,

 il raconta ce qui avait été affirmé au sujet de l'argent

et la raison pour laquelle il était venu apparut clairement.

Il demandait d'ailleurs s'il en était vraiment ainsi

10

alors le très grand prêtre montra ce qui avait été déposé et les pensions alimentaires des veuves et des orphelins ;

11

[il montra] en particulier qu'Hyrcan, fils de Tobie, homme très éminent, possédait une partie des [richesses] dénoncées par l'impie Simon

qu'en outre la somme totale était de quatre cents talents d'argent et de deux cents d'or

12

et surtout que tromper ceux qui avaient mis leur foi en un lieu et un Temple

qui est honoré dans tout l'univers parce qu'il est vénérable et saint

était absolument impossible.

La réaction du peuple

13

Mais Héliodore, en raison des mandats qu'il tenait du roi,

disait que [ces richesses] devaient de toute façon être transférées au trésor royal

14

puis, au jour fixé, faisait son entrée pour en régler l'organisation...

En vérité, il était loin d'être petit, le trouble dans la cité toute entière !

15

Quant aux prêtres, ils se jetèrent au pied de l’autel en habits sacerdotaux

et invoquaient au ciel celui qui établit la loi sur les dépôts

pour qu'à ceux qui les avaient déposés, il les conservât intacts.

16

Mais déjà, qui voyait le visage du très grand prêtre était secrètement blessé

car son air et l’altération de son teint manifestaient la douleur intime de son âme :

17

vraiment en effet, une tristesse enveloppait [cet] homme, et un tremblement son corps

laissant paraître à ceux qui le regardaient la douleur de son cœur.

18

D'autres encore affluaient en foule de leurs maisons,

implorant [le ciel] d'une supplication publique

précisément parce que le lieu allait devenir un objet de mépris ;

19

les femmes, ceintes de cilices [sous] la poitrine, affluaient sur les places publiques

et même les jeunes filles qui avaient été enfermées couraient, les unes au-devant d'Onias

les autres vers les murailles ;

quelques-unes regardaient au contraire par les fenêtres,

20

et toutes, tendant les mains vers le ciel, cherchaient à détourner [ce malheur] par leurs prières !

21

Elle inspirait pitié, en effet, l'attente de la multitude confuse

et du grand-prêtre, ferme dans la lutte.

Dieu protège le Temple

22

Eux aussi, ils invoquaient le Dieu tout-puissant

pour que ce qui avait été confié en prêt soit conservé à ceux qui l'avaient confié, en toute intégralité...

23

Héliodore cependant exécutait ce qu'il avait décidé :

au même endroit que ses gardes, lui-même vers le trésor se tenait présent.

24

Mais l'esprit du Tout-Puissant se donna à voir

avec une grande clarté,

si bien que tous ceux qui avaient osé obéir à cet homme, renversés par la puissance de Dieu, tombèrent dans l'abattement et l'épouvante !

25

Il leur apparut en effet un cheval, monté d'un cavalier terrible et paré des plus beaux carapaçons :

avec impétuosité il projeta contre Héliodore ses sabots de devant ;

quant à celui qui le montait, il paraissait avoir des armes d’or.

26

Il [leur] apparurent encore deux autres jeunes gens

parés de force, d'une noblesse parfaite et splendidement vêtus, 

qui l'entourèrent 

et se mirent à le fouetter des deux côtés, en le frappant sans relâche de coups multipliés !

27

Puis, soudain, Héliodore s'écroula par terre :

on l'emporta précipitamment, enveloppé d'épaisse[s] ténèbre[s],

et après l'avoir déposé sur une litière, on l'évacua.

28

Lui qui, accompagné d'une multitude de coursiers et de gardes, a pénétré dans le trésor dont nous avons parlé, on le portait !

Personne ne lui prêtait secours après que la puissance de Dieu s'était fait sentir de façon manifeste.

29

Et tandis que lui, par la puissance divine, gisait muet,

30

eux bénissaient le Seigneur qui avait exalté son lieu [saint]

et le Temple, qui peu auparavant était plein d’épouvante et de trouble

fut, grâce à la manifestation du Seigneur tout-puissant, rempli de joie et d’allégresse.

Le grand prêtre Onias prie pour Héliodore

31

Mais à ce moment, quelques-uns des amis d’Héliodore se mirent à supplier Onias d'invoquer immédiatement le Très-Haut

afin de lui accorder la vie, lui qui était rendu à son dernier souffle ;

32

et le très grand prêtre, craignant

que le roi ne soupçonne un attentat perpétré par les Juifs sur Héliodore,

offrit pour la vie de [cet] homme une victime salutaire.

33

Alors que le très grand prêtre s'était mis en prière,

les mêmes jeunes hommes, vêtus des mêmes habits et se tenant aux côtés d'Héliodore, [lui] dirent : — Rends grâces au prêtre Onias

car c’est à grâce à lui que le Seigneur t'a [re]donné la vie !

34

Quant à toi, qui a été puni de son fouet, annonce à tous les merveilles de Dieu et sa puissance !

Et sur ces mots, ils se rendirent invisibles.

La conversion d’Héliodore

35

Alors Héliodore, après avoir offert au Seigneur une victime en sacrifice, fit des promesses et des grands vœux pour celui qui lui accorda la vie

puis, tout en rendant grâces à Onias,

retirait son armée, revenait vers le roi

36

et rendait témoignage à tous de ce qu'il avait vu de ses propres yeux : les œuvres du grand Dieu !

37

Puis quand le roi demanda à Héliodore qui était encore prêt à être envoyé, une fois pour toutes, à Jérusalem, il dit :

38

— Si tu as quelque ennemi ou quelque traître qui tend des pièges à ton royaume,

envoie-le là-bas et tu le récupéreras déchiré de coups de fouet

(si toutefois il parvient à en réchapper !), parce qu'il y a dans ce lieu une puissance certaine, qui vient vraiment de Dieu,

39

car celui qui a sa demeure dans les cieux

visite ce lieu et le protège,

mais ceux qui y viennent pour faire le mal, il les frappe et les fait périr.

40

C’est donc ainsi qu'il en alla des choses concernant Héliodore et la sauvegarde du trésor.

2 Maccabées 4

Simon calomnie Onias

1

Or, Simon, celui dont nous avons parlé, qui avait dénoncé les richesses et sa patrie, médisait d'Onias,

[faisant courir le bruit] qu'il avait lui-même incité Héliodore à venir

et qu'il avait été lui-même l'artisan de [ces] maux !

2

Le bienfaiteur de la cité, le défenseur de sa nation et l'émule de la Loi de Dieu, il osait le faire passer pour un traître tendant des pièges à son royaume...

3

Mais comme sa haine progressa au point

que des meurtres furent aussi commis par certains alliés de Simon,

4

Onias, considérant le danger de cette rivalité

et le fait qu'Apollonius avait la folie, lui qui était chef de la Coelé-Syrie et de la Phénicie,

d'accroître la malveillance de Simon,

se rendit auprès du roi

5

non pas pour accuser ses concitoyens,

mais considérant en lui-même l’intérêt général de la multitude toute entière :

6

il voyait en effet que sans une [intervention] providentielle du roi, il était impossible d'apaiser la situation

et que Simon n'était pas capable de mettre un terme à sa déraison.

Le grand-prêtre Jason introduit l’hellénisme

7

Mais après que Séleucus eut quitté la vie

et lorsqu'Antiochus, appelé l'Illustre, eut pris le pouvoir,

Jason, frère d'Onias, se mit à briguer le souverain pontificat

8

étant allé trouver le roi pour lui promettre trois cent soixante talents d’argent

et quatre-vingts talents pris sur d’autres revenus.

9

Il en promettait même, en plus de ceux-là, cent cinquante de plus

si on lui accordait d’établir, sous sa propre autorité et pour lui, un gymnase avec une éphébie

et de dresser la liste des Anitochéens qui résidaient à Jérusalem.

10

Et quand le roi [lui] eut reconnu et obtenu le droit d'exercer le pouvoir,

il entreprit aussitôt de faire passer ceux de sa tribu aux coutumes païennes...

11

Une fois aboli ce qui, par bienveillance, avait été établi par les rois pour les Juifs, grâce à Jean, père d’Eupolème,

qui s'acquitta de sa mission auprès des Romains par une légation régulière visant à obtenir amitié et alliance,

tout en détruisant les lois des citoyens, il sanctionnait des décisions perverses :

12

il eut en effet l'audace d'établir un gymnase au pied même de la citadelle

et d'exposer les meilleurs des éphèbes à la vue de lieux de débauche.

13

Or, il s'agissait non pas du début, mais du développement et du progrès de la familiarisation avec les nations païennes et étrangères

à cause de Jason, impie et pas même prêtre : crime abominable, inouï !

14

de telle sorte que les prêtres ne se consacraient plus aux services de l’autel

mais que, méprisant le Temple et négligeant les sacrifices,

ils s’empressaient de participer aux entraînements de la palestre, à son activité exagérée et aux exercices du disque ;

15

ils comptaient pour rien les titres de gloire rendus à leurs pères

tandis que les honneurs grecs, ils les tenaient au contraire en très haute estime...

16

Or, à cause de ces [honneurs], ils se trouvaient pris dans une rivalité dangereuse

(ils imitaient leurs décisions

et en tout ils désiraient leur ressembler parfaitement,

alors qu'ils les avaient eus comme ennemis et meurtriers)

17

car se conduire en impie à l'encontre des lois divines ne demeure pas impuni !

mais cela, la suite des événements l'a démontré.

18

Comme on célébrait en effet à Tyr les jeux quinquennaux 

et que le roi y assistait,

19

Jason, souillé de crimes, envoya de Jérusalem des pécheurs,

porteurs de trois cents doubles drachmes d’argent pour les sacrifices d’Hercule ;

or, ceux qui les avaient apportés réclamèrent de ne pas les utiliser pour les sacrifices parce que ce n'était pas nécessaire

mais de les allouer à d’autres dépenses,

20

et ces [dons], qui furent offerts pour le sacrifice d'Hercule par celui qui les avait envoyés,

à cause de ceux qui les présentaient, servirent au contraire à la construction de trirèmes.

Antiochus Épiphane à Jérusalem

21

Or, Apollonius, fils de Mnesthéus, avait été envoyé en Égypte pour l’intronisation du roi Philométor.

Quand Antiochus eut appris qu'il était hostile à son activité politique, veillant à ses propres intérêts,

il partit de là et vint à Joppé, puis de là à Jérusalem.

22

Magnifiquement reçu par Jason et la cité, il fit son entrée à la lumière des flambeaux et au milieu des acclamations

puis reconduisit son armée en Phénicie.

Ménélaüs obtient le titre de grand prêtre

23

Au bout de trois ans, Jason envoya Ménélaüs, frère du Simon mentionné plus haut,

apporter de l'argent pour le roi et faire parvenir des réponses à des affaires urgentes.

25

puis il revint après avoir reçu ses ordres du roi

mais sans rien avoir qui fût digne du sacerdoce

et ne montrant que les instincts d’un tyran cruel et la fureur d’une bête sauvage.

26

Ainsi Jason, qui avait pourtant fait de son propre frère un captif,

trompé à son tour, se trouva mis en fuite et rejeté au pays des Ammanites...

27

Quant à Ménélaüs, il obtint peut-être le pouvoir,

mais il ne s'occupait pas des sommes dues au roi

alors que Sostrate, qui commandait la citadelle, percevait des impôts

28

car c'est à lui que revenait la perception des redevances

à cause de quoi l'un et l'autre furent convoqués par le roi :

29

Ménélaüs fut chassé du pontificat

tandis que son frère Lysimaque lui succédait ;

quant à Sostrate, il fut placé à la tête de la Chypre.

Ménélaüs fait assassiner Onias

30

Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Tarse et les Mallotes provoquèrent une sédition

pour la raison que [ces deux villes] avaient été données en don à Antiochide, concubine du roi.

31

C'est pourquoi le roi partit en hâte y rétablir le calme, ayant laissé pour le remplacer Andronique, l'un de ses compagnons.

32

Or, Ménélaüs, pensant saisir une occasion favorable,

vola dans le Temple des pièces de vaisselle d’or et il les donna à Andronique ;

quant au reste, il l'avait vendu à Tyr et aux cités voisines.

33

Comme Onias le sut d’une manière tout à fait certaine,

il lui en adressait des reproches, retiré en lieu sûr à Daphné, près d'Antioche

34

raison pour laquelle Ménélaüs, prenant à part Andronique, le pressait de mettre à mort Onias :

comme celui-ci était venu trouver Onias et que, les mains tendues et sous serment,

il avait réussi à le persuader, bien qu'il lui fût suspect, de sortir de son asile,

il le fit aussitôt mourir, sans égard pour la justice.

35

Dès lors, c'est pour cela que non seulement les Juifs, mais encore d'autres nations, furent aussi indignés

et peinés du meurtre injuste d'un homme si noble

36

et auprès du roi, revenu des régions de Cilicie, les Juifs du côté d'Antioche et les Grecs

se plaignirent du meurtre inique d’Onias.

37

C'est pourquoi Antiochus, attristé jusqu’au fond de l’âme et touché de compassion, versa des larmes

au souvenir de la prudence et de la sagesse du défunt...

38

Alors, le coeur enflammé, il ordonne qu'après avoir dépouillé Andronique de la pourpre, on le conduise par toute la cité

et qu'à l'endroit même où, contre Onias, il avait commis le sacrilège, l'impie soit privé de vie

puisque le Seigneur lui réservait un juste châtiment.

La foule tue Lysimaque

39

Or, comme de nombreux vols sacrilèges avaient été commis dans le Temple par Lysimaque avec l'accord de Ménélaüs

et que le bruit s’en était répandu, la multitude se rassembla contre Lysimaque tandis que de nombreux objets d'or avaient déjà été dispersés

40

et, comme les foules se soulevaient, le coeur plein de colère,

Lysimaque fit armer presque trois mille hommes et se mit à user d'une violence excessive

par le biais d'un certain Tyran, général avancé en âge autant qu'en folie.

41

Mais on comprit le dessein de Lysimaque

et les uns de se saisir de pierres, les autres de bâtons solides

et certains même, de lancer de la cendre contre Lysimaque...

42

Aussi, un grand nombre furent blessés, voire terrassés pour certains

et ils se trouvèrent tous mis en fuite.

Quant à lui, l'impie, ils le massacrèrent aussi près du trésor du Temple.

Ménélaüs est injustement acquitté

43

Sur ces entrefaites, on commença donc à intenter un procès contre Ménélaüs

44

et lorsque le roi se fut rendu à Tyr, c'est à lui que rapportèrent l'affaire

trois hommes envoyés par les anciens.

45

Mais comme il perdit, Ménélaüs promit à Ptolémée beaucoup d'argent afin qu’il gagnât le roi à sa cause ;

46

Ptolémée donc, alors que le roi s'était installé dans un atrium

comme pour prendre le frais

alla le trouver et le fit changer d'avis

47

et Ménélaüs, coupable sans conteste de l'ensemble des iniquités commises, il l'absout de ses crimes !

Quant aux malheureux qui, même s'ils avaient plaidé leur cause devant des Scythes, auraient été déclarés innocents, il les condamna à mort !

48

Ils expièrent donc immédiatement une peine injuste, ceux qui avaient soutenu la cause de la cité, du peuple et du mobilier sacré

49

et c'est pour cela que les Tyriens, eux aussi indignés, se montrèrent extrêmement généreux pour leur sépulture.

50

Quant à Ménélaüs, c'est grâce à la cupidité des puissants qu'il se maintenait au pouvoir, 

développant sa malveillance et [cherchant] à tendre des pièges à ses concitoyens.

2 Maccabées 5

Apparition d’une armée céleste

1

Au même moment, Antiochus organisa sa seconde expédition en Égypte.

2

Or, il arriva que dans tous les lieux de la cité de Jérusalem

on vit pendant quarante jours des cavaliers allant et venant dans les airs,

portant des robes d’or et des lances, comme des cohortes armées

3

des escadrons de chevaux disposés en rangs

des attaques serrées et des mouvements de boucliers

une multitude de soldats casqués aux épées nues

des javelots lancés et l'éclat d'armes d'or

et de cuirasses de toutes sortes...

4

Puisqu'il s'agissait de prodiges, tous priaient pour qu'ils soient favorables !

Jason perpètre un massacre à Jérusalem

5

Mais, alors qu'une fausse rumeur s'était propagée

comme quoi Antiochus avait quitté la vie,

Jason, après avoir pris pas moins de mille hommes, attaqua soudainement la cité ;

et [voyant que,] malgré les citoyens qui accouraient en groupes vers les murailles, 

la cité finit par être prise,

Ménélaüs se réfugia dans la citadelle.

6

Jason cependant n'épargnait pas du massacre ses propres concitoyens

et il ne réfléchissait pas qu'une prospérité acquise au prix de [la vie de] ses proches est un mal très grand

car il s'imaginait remporter des trophées sur des ennemis et non sur des concitoyens...

7

Toutefois, il n'obtint pas la suprématie.

Plus encore, il s'arrêta là à cause du chaos créé par ses propres pièges

et, de nouveau fugitif, il partit dans le pays des Ammanites.

8

Ayant fini par arriver au terme de son existence, fait prisonnier par Arétas, tyran des Arabes,

fuyant de cité en cité

par tous haï, car déserteur des lois,

et exécré, car adversaire de sa patrie et de ses concitoyens, il fut expulsé en Égypte :

9

et lui qui en avait banni beaucoup de leur patrie, il périt sur une terre étrangère

après s’être rendu à Lacédémone dans l’espoir d’y trouver refuge, en sa qualité de parent !

10

Et lui qui en avait abandonné beaucoup sans sépulture,

à son tour, voici que sans lamentations funèbres et sans sépulture, on l'abandonne !

On n'utilisa même pas de sépulture étrangère, et il n'eut pas sa part dans le tombeau de ses pères.

Antiochus réprime et pille le Temple

11

Le roi se douta que, dans ces circonstances, les Juifs allaient délaisser la communauté

et, parti d'Égypte pour cette raison, les esprits enflammés comme un animal sauvage, prit alors la cité par les armes.

12

Or, il ordonna à ses soldats de tuer et de ne pas épargner ceux qui se présenteraient à eux ;

et ceux qui monteraient sur les toits des maisons, de les égorger :

13

ce furent donc des boucheries d'hommes jeunes et âgés

des massacres de femmes et de nouveaux-nés

des carnages de jeunes filles et d'enfants...

14

Ainsi, en trois jours, quatre-vingt mille [personnes] avaient été massacrées et quarante mille vendues !

15

Mais comme ces atrocités ne lui suffisaient pas,

il eut l'audace de pénétrer dans le Temple le plus saint de toute la terre,

guidé par Ménélaüs, qui trahit ses lois et sa patrie,

16

et prenant de ses mains souillées de crimes les objets saints

qui avaient été déposés par d'autres rois et d'autres cités pour orner le lieu et le glorifier,

il les maniait alors qu'il en était indigne, et il les profanait !

17

Perdant ainsi la raison, Antiochus

ne voyait pas que c'était à cause des péchés des habitants de la cité que le Seigneur s'était montré un temps irrité

et qu'aussi à cause d'eux, le mépris [était] venu entourer [ce] lieu.

18

Du reste, même s'ils ne s'étaient pas trouvés enveloppés de péchés multiples

comme Héliodore, qui fut envoyé par le roi Séleucus pour piller le trésor,

lui aussi, sitôt venu ici, aurait été déchiré de coups de fouet et, surtout, repoussé pour son audace.

19

En vérité, ce n'est pas la nation à cause du lieu

mais le lieu à cause de la nation que le Seigneur a choisi

20

et c'est pourquoi le lieu lui-même en est venu à participer aux malheurs du peuple !

Mais il en partagera aussi les bonheurs

et lui [qui était] en proie à la déréliction dans la colère du Dieu tout-puissant

sera de nouveau, dans la réconciliation du grand Seigneur, exalté d'une gloire souveraine...

21

Antiochus, ayant donc volé mille huit cents talents au Temple,

revint en hâte à Antioche

s’imaginant dans son orgueil qu'il pourrait rendre la terre navigable

et viable la haute mer, à cause de l'arrogance de son coeur !

22

Or, il laissa aussi des officiers pour qu'ils accablent la nation :

ainsi, à Jérusalem, Philippe, Phrygien,

plus cruel encore dans ses moeurs que celui-là même qui l’établit

23

et puis à Garizim, Andronique et Ménélaüs,

qui, plus violemment que tous les autres, menaçaient leurs concitoyens.

La malveillance d’Antiochus et l’envoi d’Apollonius

24

Et comme il avait pris position contre les Juifs,

il envoya l'odieux général Apollonius à la tête d'une armée de vingt-deux mille soldats

avec ordre de massacrer tous les hommes dans la force de l'âge

[et] les femmes et les jeunes gens, de les vendre...

25

Après être arrivé à Jérusalem, Apollonius, simulant des intentions pacifiques, se tint tranquille jusqu’au jour saint du sabbat

et, à ce moment-là, contre les Juifs en fête il ordonna aux siens de prendre les armes !

26

Puis, tous ceux qui étaient sortis pour voir le spectacle, il les fit égorger

et, parcourant la cité avec ses soldats en armes, il tua une multitude immense.

27

Or, Judas Maccabée, qui était né le dixième, s'était retiré dans un lieu désert. Et c'est là, au milieu des bêtes sauvages, dans les montagnes, avec les siens, qu'il passait son temps

et que, vivant d'une nourriture composée de foin, ils patientaient

afin de ne pas prendre part à une cause de souillure.

2 Maccabées 6

Le Temple est consacré à Jupiter Olympien

1

Mais peu de temps après

le roi envoya un vieillard d’Antioche pour forcer les Juifs

à s'écarter des lois de leurs pères et de leur Dieu

2

pour profaner aussi le Temple qui était à Jérusalem,

et le renommer « Temple de Jupiter Olympien » !

Et celui de Garizim, comme l'étaient ceux qui habitaient ce lieu, « Temple de Jupiter Hospitalier »...

3

Or, [ce] déferlement de maux était extrêmement douloureux pour l'ensemble des [citoyens], et dur à supporter

4

car le Temple était plein de luxure, d'orgies

et de débauchés entourés de courtisanes

et dans les chambres sacrées, des femmes s'introduisaient sans façon

pour apporter à l'intérieur des objets défendus.

5

L'autel lui-même était plein de victimes illicites, alors qu'elles étaient interdites par les lois !

6

Et plus encore, les sabbats n'étaient plus observés

les jours solennels des pères n'étaient plus respectés

et plus personne n'avouait ouvertement être Juif ;

7

plus encore, c'est une amère nécessité qui amenait aux sacrifices, le jour de l'anniversaire du roi

et puisqu'on célébrait le culte de Liber, on fut obligé de marcher en portant des couronnes de lierre autour du [cortège de] Liber ;

8

plus encore, un décret parut pour les cités des environs, habitées par des Gentils, sur les suggestions des Ptolémées

afin qu'eux aussi et de la même manière, ils agissent contre les Juifs en vue de les faire participer aux sacrifices

9

et enfin que, ceux qui refuseraient de passer aux coutumes des Gentils, ils les anéantissent !

C'était donc une misère à voir...

10

Deux femmes furent ainsi dénoncées pour avoir circoncis leurs bébés

et malgré les enfants suspendus à leurs seins

après les avoir publiquement traînées dans toute la cité, ils les précipitèrent des remparts.

11

D’autres, qui s'étaient quant à eux réunis dans des grottes voisines

pour célébrer en secret le jour du sabbat,

après qu'on les ait signalés à Philippe, furent brûlés dans les flammes

parce qu'ils craignaient justement d'user de violence pour se défendre, par respect pour leur religion et son observance.

Le sens de ces persécutions

12

Je supplie donc ceux qui liront ce livre de ne pas se laisser déconcerter par les circonstances contraires

mais de songer que les événements passés

ne visaient pas à anéantir notre race mais à la former

13

puisqu'en effet, ne pas laisser longtemps les pécheurs agir à leur gré

mais [les] frapper aussitôt de châtiments est le signe d'une grande bienveillance.

14

En effet, les autres nations, le Seigneur attend patiemment

pour les punir que vienne le jour du jugement, à la pleine mesure des péchés ;

15

mais contrairement à elles, il a décidé pour nous de ne pas [laisser] nos péchés se dérouler jusqu'au dernier :

il ne nous punira qu'ainsi.

16

C'est pour cela qu'en effet, il n'éloigne jamais de nous sa miséricorde

et, bien qu'il le soumette à l'adversité, il n’abandonne pas son peuple.

17

Alors puisse ce que nous avons dit brièvement être rappelé à la mémoire de mes lecteurs !

car il nous faut maintenant revenir au récit.

Le martyre d’Éléazar

18

Éléazar donc, un des premiers scribes,

homme avancé en âge et de noble allure :

on avait voulu l'obliger comme il ouvrait la bouche (parce qu'on la lui ouvrait !) à consommer de la chair de porc.

19

Mais lui, tendant les bras à une mort glorieuse préférée à une vie odieuse,

marchait de lui-même au-devant du supplice

20

cherchant au contraire la manière dont il [fallait] s'en approcher !

Résistant avec résignation, il ne put se décider à accepter des pratiques interdites sous prétexte d'aimer la vie.

21

Quant à ceux qui assistaient à ce spectacle inique, émus de compassion

du fait de l'amitié qu'ils avaient depuis longtemps pour cet homme,

ils se levèrent pour lui demander en secret d'apporter de la viande qu'il était autorisé à manger,

et de faire croire qu'il l'avait consommée comme le roi l'avait ordonné pour les viandes de sacrifice.

22

Ils agirent ainsi pour le préserver de la mort

et à cause de leur longue amitié :

c'étaient pour ces raisons qu'ils lui faisaient cette bonté.

23

Mais lui prit en considération l'excellence vénérable de son âge et de sa vieillesse

et la noblesse de sa dignité, manifestée par ses cheveux blancs, et de sa parfaite conduite depuis l'enfance ;

et conformément aux principes de la Loi sainte et établie par Dieu,

en guise de réponse, il déclara simplement qu'il voulait être envoyé en enfer.

24

— En effet, il ne convient pas à notre âge, dit-il, de simuler

de manière à ce que beaucoup de jeunes hommes croient qu'Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, est passé au mode de vie des Étrangers

25

et qu'à cause de mon mensonge

et d'un court instant d'une vie corruptible, ils se trouvent trompés.

Et si je le faisais, je gagnerais pour ma vieillesse le déshonneur et la malédiction

26

car même si je me soustrayais à l'instant présent aux châtiments des hommes,

dans tous les cas, les mains du Tout-Puissant, je ne les éviterai ni vivant ni mort !

27

Et c’est pour cela qu'en quittant la vie avec courage,

je me montrerai tout à fait digne de ma vieillesse...

28

Quant aux jeunes hommes, je leur laisserai peut-être un exemple

si, l'âme résolue et avec courage, pour nos lois très précieuses et très saintes, je m'acquitte d'une mort honorable.

Aussitôt après ces paroles, il était traîné au supplice.

29

Or, ceux qui le conduisaient et qui, peu avant, s'étaient montrés particulièrement indulgents

firent place à la colère à cause du discours qu’il avait tenu

car ils le jugeaient proféré par arrogance

30

mais alors qu’on le faisait périr sous les coups, il poussa un gémissement et dit :

— Seigneur, qui possèdes la science sainte

tu sais avec clarté, toi, que je pouvais me libérer de la mort

et que j’endure pourtant dans mon corps des douleurs cruelles !

Dans mon âme en revanche, je souffre volontiers ces choses, par crainte de toi.

31

Et c'est ainsi qu'il quitta la vie,

laissant non seulement aux jeunes gens mais aussi à l'ensemble de la nation

le souvenir de sa mort comme exemple de vertu et de force d'âme.

2 Maccabées 7

Les sept frères et leur mère

1

Or, sur ce, il se trouva que sept frères avec leur mère [furent] arrêtés

et pressés par le roi de [consommer] de la chair de porc contrairement à la Loi divine, tandis qu'on les torturait en même temps à coups de fouets et de nerfs de bœuf.

2

Alors l’un d’eux, qui était le premier, parla ainsi :

— Que demandes-tu et que veux-tu apprendre de nous ?

Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de Dieu et de nos pères !

3

Très irrité, le roi ordonna donc de mettre sur le feu des poêles et des marmites d'airain

et dès qu'elles furent embrasées,

4

il ordonna pour celui qui avait parlé en premier qu'on l'amputât de la langue

qu'on lui arrachât la peau de la tête 

et qu'on l'amputât des mains et pieds

sous les yeux de tous ses frères et de la mère.

5

Alors qu'il avait déjà été réduit à l'incapacité la plus totale,

il ordonna d'approcher le feu

et, comme il respirait encore, de le faire brûler dans la poêle.

Tandis qu'il y était longuement torturé,

tous les autres avec leur mère s’exhortaient mutuellement à mourir avec courage

6

se disant : — Que le Seigneur Dieu voie la vérité, et il trouvera en nous sa consolation

ainsi que l'attesta Moïse en déclamant son cantique :

« Et il trouvera consolation en ses serviteurs » !

7

Comme donc le premier était mort de cette manière,

ils traînaient le suivant pour s'en amuser

et après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux,

ils le questionnaient : allait-il manger

ou devrait-on le châtier dans tout son corps membre par membre ?

8

Mais lui, répondant dans la langue de ses pères, dit : — Non, jamais !

À cause de quoi il subit à son tour les supplices du premier

9

puis, rendu à son dernier souffle, dit :

— Toi, tu mets le comble au sacrilège en nous perdant dans cette vie présente.

Mais le roi du monde nous réveillera dans la résurrection pour la vie éternelle, nous qui allons mourir pour ses lois !

10

Après lui, on s'amusa avec le troisième :

la langue, réclamée, il la présenta aussitôt

les mains, il les tendit sans hésiter

11

et dit avec confiance :

— C'est du Ciel que je tiens ces membres

mais pour les lois de Dieu, à présent, ces mêmes membres, je les méprise

puisque c'est de lui que j'espère les retrouver !

12

De sorte que le roi et ceux qui étaient avec lui admiraient le courage du jeune homme,

parce qu'il comptait pour rien les tortures.

13

Et après qu'il mourut de la sorte, on se mit à tourmenter le quatrième en le torturant de la même manière,

14

et sur le point de mourir, il parla ainsi :

— Ceux qui sont voués à la mort par les hommes, mieux vaut qu'ils mettent leur espoir en Dieu

pour être en retour ressuscités par lui ;

pour toi, il n'y aura évidemment pas de résurrection à la vie !

15

Puis, ayant fait venir le cinquième, ils le tourmentaient ;

mais lui, fixant [le roi],

16

dit :

— Puisque tu possèdes le pouvoir parmi les hommes,

tu fais ce que tu veux, bien que corruptible.

Mais ne crois pas que notre race ait été abandonnée de Dieu !

17

Prends patience et tu verras comment sa puissance immense te tourmentera, toi et ta descendance.

18

Après lui, on amenait aussi le sixième, et lui encore, près de mourir, parla ainsi :

— Ne te fais pas de vaines illusions ;

car nous, c'est à cause de nous-mêmes que nous souffrons cela, parce que nous péchons contre notre Dieu

et ce qui a été fait en nous est digne d'admiration.

19

Toi en revanche, ne t’imagine pas que tu jouiras de l'impunité, parce que c'est contre Dieu que tu as entrepris de lutter !

20

La mère, par-dessus tout admirable et digne du souvenir des justes,

qui, tout en voyant mourir ses sept fils en l’espace d’un seul jour

l'acceptait généreusement grâce à l'espérance qu'elle avait en Dieu

21

exhortait en outre chacun d’eux dans la langue de leurs pères

avec courage, pleine de sagesse ;

et mêlant le courage d'un homme à la résolution d'une femme,

22

elle leur dit :

— Je ne sais comment vous êtes apparus dans mon sein

car ce n’est pas moi qui vous ai donné le souffle, l'âme et la vie

et les membres de chacun de vous, ce n'est pas par moi qu'ils ont été assemblés

23

mais bien par le créateur du monde qui a préparé la naissance de l'homme

et connaît l’origine de toutes choses !

Et votre esprit, il vous le rendra à nouveau dans sa miséricorde, avec la vie

puisqu'à présent vous vous méprisez vous-mêmes pour ses lois.

24

Or, Antiochus crut qu'on se jouait de lui

en même temps qu'on méprisait ses discours de reproches :

comme le plus jeune était encore en vie,

il se mit non seulement à l'exhorter par des paroles

mais à affirmer aussi par serment

de le rendre riche et heureux ;

et, s’il abandonnait les lois de ses pères, de le tenir pour ami et de lui offrir ce dont il aurait besoin.

25

Mais, voyant que le jeune homme n'était nullement attiré par cela,

le roi appela la mère pour la persuader de s'associer au salut du jeune homme !

26

Puis, lorsqu’il l’eut exhortée avec force paroles,

elle promit de persuader son fils

27

et s'étant donc penchée vers lui, se moquant du tyran cruel, elle dit dans la langue de leurs pères :

— Mon fils, aie pitié de moi, qui t’ai porté dix mois dans mon sein

qui t'ai allaité trois ans,qui t'ai nourri,

et mené jusqu'à cet âge !

28

Je te demande, mon enfant, de jeter un regard sur le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent

et de comprendre que Dieu a fait cela à partir de rien, comme pour le genre humain !

29

Puisque tu ne crains pas ton bourreau

mais qu'au contraire, tu t'es rendu digne de tes frères,

accepte la mort afin qu'[au temps de] la compassion, je te retrouve avec tes frères !

30

Comme elle parlait encore, le jeune homme dit :

— Qu'attendez-vous ?

Je n’obéis pas au commandement du roi

mais au commandement de la Loi qui nous a été donnée par Moïse.

31

Et toi, qui t'es fait l’auteur de tout ce mal contre les Hébreux, tu n’échapperas pas à la main de Dieu !

32

Nous, en effet, c'est à cause de nos péchés que nous souffrons cela

33

et si, en vue de nous blâmer et de nous corriger, notre Seigneur s'est irrité un instant contre nous,

c'est pour se réconcilier de nouveau avec ses serviteurs...

34

Mais toi, l'impie, qui déshonores profondément tous les hommes,

ne t’enorgueillis pas follement de vains espoirs quand tu t'enflammes contre ses serviteurs

35

car tu n’as pas encore échappé au jugement de Dieu qui a pouvoir sur tout et qui voit tout.

36

Mes frères en effet, après avoir enduré une souffrance passagère,

ont obtenu d'entrer dans la promesse de la vie éternelle.

Mais toi, par le jugement de Dieu, tu subiras le juste châtiment de ton orgueil

37

tandis que moi, comme mes frères, je livre ma vie et mon corps pour les lois de mes pères,

suppliant Dieu de se montrer aussitôt favorable à notre nation

et toi de confesser sous les tourments et les coups qu’il est le seul Dieu !

38

Pour moi enfin et pour mes frères, que cesse la colère du Tout-Puissant,

étendue avec justice sur toute notre race !

39

Alors le roi, enflammé de colère, sévit contre celui-ci plus cruellement encore que contre les autres

car il supportait difficilement qu’on se moque de lui.

40

Et c'est ainsi qu'il mourut, sans tache, se recommandant au Seigneur pour tout.

41

Enfin et en toute dernière, la mère aussi.

42

Mais assez parlé de sacrifices et de cruautés démesurées.

2 Maccabées 8

La révolte de Judas Maccabée

1

Pendant ce temps, Judas Maccabée et ceux qui étaient avec lui 

entraient clandestinement dans les villages

et, à force de convoquer leurs parents et de se faire suivre de ceux qui avaient persévéré dans le judaïsme,

ils levèrent jusqu'à six mille hommes.

2

Ils invoquaient le Seigneur de jeter les yeux sur son peuple, écrasé par tous

d’avoir pitié du Temple, profané par des impies

3

d'avoir pitié aussi de la ruine de sa cité, sur le point d'être rasée

et d’écouter la voix du sang qui criait vers lui ;

4

de se souvenir aussi des meurtres profondément iniques des enfants innocents

et des blasphèmes proférés contre son nom ;

de montrer enfin qu'il en était indigné.

5

Mais Maccabée, parce qu'il avait assemblé une multitude,

devenait intolérable aux nations :

la colère du Seigneur s'est en effet changée en miséricorde...

6

Tombant sur les villages et les villes

à l'improviste, il les brûlait ;

occupant les lieux avantageux,

il n'exerçait pas peu de ravages chez les ennemis

7

et c'est surtout de nuit qu’il était porté à ces sortes d'expéditions.

La renommée de son courage se répandait partout.

Nicanor et Gorgias tentent de mater la révolte

8

Or, comme Philippe vit que cet homme progressait peu à peu

et que ses succès se faisaient de plus en plus fréquents,

il écrivit à Ptolémée, chef de Coelé-Syrie et de la Phénicie,

afin qu'il prête son aide aux affaires du roi

9

et celui-ci lui envoya rapidement son ami Nicanor, [fils] de Patrocle, de son cercle rapproché

après lui avoir donné pas moins de vingt mille soldats armés, de nations diverses

pour exterminer toute la nation des Juifs

avec en adjoint Gorgias, homme de guerre.

10

Or, Nicanor décida de compléter le tribut royal qu'on devait donner aux Romains

avec les deux mille talents [qu'il pouvait obtenir] des Juifs tenus en captivité

11

et il envoya aussitôt dans les cités maritimes

une invitation à acheter des esclaves juifs

promettant d'en vendre au détail quatre-vingt-dix pour un talent

sans se douter du châtiment du Tout-Puissant qui devait s'ensuivre pour lui...

12

Mais dès que Judas apprit l'arrivée de Nicanor, il en avertit les Juifs qui étaient avec lui.

13

Quelques-uns d'entre eux, épouvantés et ne croyant pas en la justice de Dieu, prirent la fuite

14

d'autres au contraire vendaient tout ce qui leur restait

tout en suppliant au Seigneur de les arracher à l'impie Nicanor

qui, avant [même] de s'être approché d'eux, les avait vendus

15

sinon en vertu d'eux-mêmes

[du moins] en vertu de l'Alliance qui avait été conclue avec leurs pères et de l'invocation [qu'ils avaient faite] sur eux-mêmes à son nom saint et magnifique.

16

Alors Maccabée, ayant rassemblé les sept mille qui étaient avec lui,

leur demandait de ne pas se réconcilier avec leurs ennemis

et de ne pas craindre la multitude des ennemis qui marchaient contre eux dans l'iniquité,

mais de combattre avec courage

17

en ne perdant pas de vue l'affront qu'ils avaient fait subir au lieu saint

comme l'outrage fait à la cité bafouée

jusqu'aux institutions ancestrales, qu'on avait renversées !  

18

— Eux, dit-il, mettent en effet leur confiance dans leurs armes aussi bien que dans leur audace

mais nous, nous mettons la nôtre dans le Seigneur tout-puissant

qui peut, d’un seul signe de la tête, anéantir ceux qui marchent contre nous aussi bien que le monde entier !

19

Il leur rappela encore les secours de Dieu qui furent accordés à leurs pères

comment avaient péri les cent quatre-vingt cinq mille hommes à l'époque de Sennachérib

20

et la bataille qu'ils avaient livrée aux Galates en Babylone ;

comment eux tous, quand l'occasion se présenta,

alors que les Macédoniens, leurs alliés, hésitaient,

seuls, au nombre de six mille, ils avaient tué cent vingt mille hommes

grâce au secours qui leur avait été donné du ciel

et [comment] ils en avaient retiré de très nombreux bénéfices :

21

ils furent, par ces paroles, rendus inébranlables

et prêts à mourir pour leurs lois et leur patrie...

22

Il établit donc ses frères Simon, Joseph et Jonathan chefs de divisions

chacun ayant sous lui quinze cents hommes

23

puis, après leur avoir lu le saint livre d'Esdras

au signal donné : — Secours de Dieu !

le chef en personne engagea en première ligne le combat avec Nicanor.

24

Et parce que le Tout-Puissant s'était fait leur allié, ils tuèrent plus de neuf mille hommes

et obligèrent la majeure partie de l'armée de Nicanor, affaiblie par ses blessures, à prendre la fuite.

25

Après s'être vus offrir l'argent de ceux qui étaient venus les acheter,

ils les poursuivirent partout

26

mais firent demi-tour, pressés par l'heure

(car c’était la veille du sabbat) :

c'est pour cela qu'ils ne continuèrent pas à les poursuivre.

27

Rassemblant leurs armes et leur butin,

ils célébraient donc le sabbat tout en bénissant le Seigneur qui les a[vait] délivrés ce jour-là

en faisant couler sur eux les premières gouttes de sa miséricorde.

28

Mais après le sabbat, ils distribuèrent le butin aux infirmes, aux orphelins et aux veuves

et gardèrent le reste pour eux-mêmes et les leurs ;

29

sur ce, par une supplication qu'ils firent monter tous ensemble,

ils demandèrent au Seigneur miséricordieux

d'enfin se réconcilier avec ses serviteurs...

La défaite de Timothée et Bacchide

30

Puis, de ceux qui se battaient avec Timothée et Bacchide contre eux

ils en tuèrent plus de vingt mille

et ils s’emparèrent de forteresses très hautes.

Ils distribuèrent de nombreuses prises

en calculant une juste répartition entre les infirmes, les orphelins, les veuves mais aussi les vieillards

31

et lorsqu'ils eurent rassemblé leurs armes,

ils les déposèrent toutes avec soin aux endroits appropriés ;

le reste du butin, ils le portèrent à Jérusalem

32

et le phylarque qui était avec Timothée, ils le tuèrent :

[c'était] un homme impie qui avait accablé les Juifs en de nombreuses occasions.

33

Et comme ils fêtaient leur victoire à Jérusalem,

ils brûlèrent ceux qui avaient brûlé les portes sacrées, à savoir Callisthène

qui s’était réfugié dans une maison

pour lui rendre le juste salaire de ses sacrilèges.

Nicanor s’humilie

34

Quant à Nicanor, souillé de crimes très nombreux

et qui avait amené mille marchands pour la vente des Juifs,

35

se voyant humilié, avec l'aide du Seigneur, par ceux qu’il avait comptés pour rien, 

il quitta son habit de gloire pour fuir par la Méditerranée

et arriva seul à Antioche

après avoir touché le fond du malheur suite à la perte de son armée...

36

Et lui, qui avait promis de rendre tribut aux Romains [en se servant] des captifs de Jérusalem,

proclamait maintenant que les Juifs avaient Dieu pour protecteur

et que c'était grâce à lui qu’ils étaient invulnérables

puisqu’ils suivaient les lois qu'il avait établies.

2 Maccabées 9

La chute sanglante d’Antiochus

1

À cette époque, Antiochus était revenu de Perse dans l'infamie

2

car il était entré dans la [cité] appelée Persépolis ;

il tenta de piller les temples et d’écraser la cité

mais comme la foule courut aux armes, [ses soldats] furent mis en fuite 

au point qu’Antiochus dut rentrer honteusement au terme de sa fuite.

3

Mais lorsqu'il fut arrivé près d'Ecbatane,

il constata ce qui [était] arrivé à Nicanor et Timothée

4

et, transporté de fureur, pensait faire retomber sur les Juifs l’affront de ceux qui l’avaient mis en déroute :

c'est pourquoi il ordonna de faire la route d'une traite et de pousser son char à bout

malgré l'arrêt céleste qui le tourmentait [déjà] vivement

parce qu'il avait dit avec orgueil

qu'il irait à Jérusalem faire d'elle la fosse commune des Juifs.

5

De fait, le Seigneur d’Israël, qui voit tout, le frappa d’une plaie incurable et invisible :

à peine avait-il achevé cette phrase

qu’une horrible douleur le saisit aux entrailles, suivie d'amers tourments intérieurs

6

en toute justice d'ailleurs

puisqu'il avait, par des supplices nombreux et inouïs, soumis les entrailles des autres à la torture...

Il est évident qu'il n'avait nullement renoncé à sa malice

7

qu'il était profondément rempli d’orgueil

et qu'il bouillonnait d'un feu intérieur contre les Juifs.

Or, comme il commandait d'accélérer,

il tomba soudain, fut éjecté de son char par la violence [de la chute]

et eut les membres brisés par le choc terrible de son corps

8

et lui qui croyait commander jusqu'aux flots de la mer,

profondément rempli d'un orgueil qui dépassait la mesure humaine,

[lui qui croyait] peser à la balance les hauteurs des montagnes,

on le portait à présent dans une litière, humilié jusqu'à la terre !

Il attestait la puissance de Dieu qui se manifestait en lui

9

à tel point que des vers débordaient du corps de l'impie

que ses chairs se détachaient dans [de grandes] douleurs alors qu'il était encore vivant

qu'il indisposait ses troupes par l'odeur et la puanteur qu'il dégageait

10

et que, lui qui s'imaginait peu auparavant toucher les étoiles du ciel,

plus personne ne pouvait le transporter à cause de cette puanteur insupportable.

11

Il commença alors, revenu de son violent orgueil, à voir ce qu'il était,

mis en garde par [cette] plaie divine

et sentant ses douleurs augmenter à chaque instant ;

12

et tandis qu'il ne pouvait plus lui-même supporter sa propre puanteur, il déclara :

— Il est juste de se soumettre à Dieu

et que le mortel ne se juge pas égal à Dieu !

13

Et il priait ainsi, l'impie, [il priait] le Seigneur, dont il ne devait pas obtenir miséricorde

14

et la cité qu'il se hâtait de venir

raser et [dont il comptait] faire une fosse commune,

il choisit maintenant de la rendre libre !

15

Et les Juifs qu'il n'avait pas même jugés dignes de sépulture,

mais dont il avait dit qu'il les livrerait aux oiseaux de proie et aux bêtes sauvages pour être déchiquetés

et qu'il les exterminerait avec leurs enfants,

maintenant, il promet de les rendre égaux aux Athéniens !

16

[Et il promet encore] d’orner des plus beaux dons le Temple saint qu’il avait auparavant dépouillé,

de multiplier le mobilier saint

d'assumer de ses propres revenus les dépenses relatives aux sacrifices

17

et pour comble, de se faire Juif

et de parcourir tous les lieux de la terre

pour y proclamer la puissance de Dieu !

La lettre d’Antiochus pour les Juifs

18

Mais comme ses souffrances ne cessaient pas

(car le juste jugement de Dieu était tombé pour lui),

il écrivit aux Juifs en désespoir de cause une lettre qui avait la teneur d'une supplique et qui contenait ce qui suit :

19

« Aux Juifs, excellents citoyens, très grand salut, bonne santé et bonheur

[de la part du] roi et prince Antiochus !

20

Si vous vous portez bien, ainsi que vos enfants

et si toutes vos affaires vont à votre gré,

nous en rendons de très grandes actions de grâces.

21

Pour moi, retenu par la maladie,

je me souviens volontiers de vous.

De retour des régions de Perse,

saisi d'une maladie violente,

j’ai estimé nécessaire d'avoir souci du bien commun

22

non que je désespère de mon état

(j’ai grand espoir au contraire de réchapper de cette maladie),

23

mais considérant que mon père, à l'époque où il menait campagne en altitude,

a désigné celui qui obtiendrait la souveraineté après lui

24

afin que, s'il arrivait quelque malheur ou qu'on annonçât une nouvelle pénible,

les gens du pays, sachant à qui avait été laissée l'autorité suprême,

ne soient pas troublés,

25

[et] après avoir songé que tous les souverains des alentours ainsi que [nos] voisins

guettent l'occasion favorable et attendent un incident,

j’ai désigné roi mon fils Antiochus

que je recommandais souvent à beaucoup d'entre vous lorsque je retournais dans les royaumes d'en haut :

je lui ai d'ailleurs écrit ce qui se trouve plus bas.

26

Quant à vous, priez donc !

Je vous demande également de vous souvenir de mes bienfaits publics et privés

et que chacun nous conserve sa fidélité, à moi et à mon fils.

27

Je suis en effet convaincu qu'il se conduira avec modération et humanité

et que, suivant mon conseil, il se montrera accueillant à votre égard.

28

C'est ainsi que cet assassin et ce blasphémateur, frappé de manière terrible

(ainsi qu'il avait lui-même avait traité les autres !),

s'acquitta de sa vie par une fin misérable dans les montagnes d'un pays étranger.

29

Toutefois Philippe, son frère de lait, entreprit de faire transporter son corps

mais craignant le fils d'Antiochus, il partit en Égypte auprès de Ptolémée Philométor.

2 Maccabées 10

Le Temple est purifié

1

Pendant ce temps, Maccabée et ses compagnons, sachant que le Seigneur les protégeait,

reprirent le Temple et la cité,

2

et les autels que les Étrangers avaient dressés sur les places publiques,

ils les démolirent, comme les sanctuaires ;

3

et quand ils eurent purifié le Temple, ils firent un autre autel pour les sacrifices.

Puis après avoir rallumé un feu avec des pierres à feu,

ils offrirent les sacrifices après une interruption de deux ans

et déposèrent l’encens, les lampes et les pains de proposition ;

4

après quoi, prosternés à terre, ils demandaient au Seigneur

de ne plus tomber dans de tels maux

mais, s’ils venaient à pécher de nouveau,

d'être repris par lui avec davantage de douceur

et ne plus être livrés à des gens blasphémateurs et barbares.

5

Or, la purification tomba le même jour que celui où le Temple avait été profané par les Étrangers :

le vingt-cinq du mois de casleu !

6

Ils passèrent huit jours [de fête] dans l'allégresse à la manière des Tabernacles

car ils se souvenaient que peu de temps auparavant,

ils avaient passé le jour solennel des Tabernacles dans les montagnes, à la façon de bêtes sauvages

7

et c'est pourquoi ils offraient des thyrses, des rameaux verts

et des palmes à celui qui leur avait accordé de purifier son lieu.

8

Ils décrétèrent aussi par un édit général et un décret pour l'ensemble de la nation des Juifs

qu'ils célébreraient ces jours-là tous les ans ;

Antiochus Eupator succède à Antiochus l’Illustre

9

quant à Antiochus, celui qu'on surnomme le Noble,

c'est à ce moment que sa vie prit fin.

10

Or, nous allons exposer à présent

l'histoire d'Eupator, le fils de l'impie Antiochus,

en résumant les maux liés à l'histoire des guerres.

11

Après avoir reçu le royaume, il établit aux affaires du royaume un certain Lysias,

général de l’armée de Phénicie et de Syrie ;

12

de fait Ptolémée, qu'on appelait Maigre,

choisit d'être absolument juste envers les Juifs

(surtout à cause de l'iniquité qui avait été commise contre eux)

et de se montrer pacifique à leur égard

13

mais ses amis l'en accusèrent auprès d'Eupator

et à force de s'entendre appeler traître en toute occasion

pour [avoir abandonné] Chypre alors que Philométor la lui avait confiée

et s'être en plus éloigné de lui en se rangeant [au parti d’Antiochus] le Noble,

il se suicida en prenant du poison.

Le siège des forteresses iduméennes

14

Or, Gorgias, au temps où il était chef de ces lieux,

attaquait fréquemment les Juifs avec une armée qu'il avait levée à l'étranger

15

tandis que les Juifs qui occupaient des forteresses avantageuses

accueillaient ceux qui avaient fui Jérusalem et cherchaient à combattre

16

et que ceux qui étaient avec Maccabée,

tout en conjurant par leurs prières le Seigneur de leur venir en aide,

prirent d'assaut les forteresses des Iduméens.

17

Ils finirent par s'en emparer à force d'harceler [l'ennemi] par des offensives répétées, firent périr ceux qu'ils rencontrèrent

et massacrèrent pas moins de vingt mille ennemis en une fois.

18

Et comme certains s'étaient réfugiés dans deux tours très bien fortifiées

où ils avaient tout ce qui était nécessaire à leur défense,

19

Maccabée laissa pour les assiéger Simon et Joseph,

avec aussi [Zachée] et ses compagnons, qui étaient en nombre suffisant,

pour retourner aux combats les plus urgents ;

20

mais les compagnons de Simon, poussés par la cupidité, furent corrompus à prix d’argent par quelques-uns dans les tours

et après avoir reçu soixante-dix mille didrachmes, ils en laissèrent échapper. 

21

Or, quand Maccabée fut mis au courant de ce qui se passa,

devant les princes du peuple qu'il avait réunis

il accusa [ces hommes] d’avoir vendu leurs frères à prix d’argent

en laissant s'échapper leurs ennemis

22

mit à mort les hommes qui s'étaient ainsi rendus coupables de trahison

et occupa immédiatement les deux tours.

23

Or, tout réussissait dans ses mains comme sous ses armes et il fit périr dans ces deux forteresses plus de vingt mille hommes.

Timothée meurt lors de la prise de Gazara

24

Timothée [cependant], bien que récemment vaincu par les Juifs,

vint avec une armée qu'il avait réunie grâce à de nombreuses troupes étrangères

et une armée qu'il avait rassemblée d'Asie, comme s'il allait s'emparer de la Judée par les armes

25

mais Maccabée et ses compagnons

suppliaient Dieu à mesure qu'il approchait,

répandant de la terre sur leur tête

ceignant leurs reins de cilices

26

et demeurant prosternés au pied de l’autel, de leur être propice

mais contre leurs ennemis au contraire, de se faire « ennemi » et « adversaire » comme le dit la Loi !

27

Leur prière achevée, ils prirent donc les armes

s'éloignèrent longtemps de la cité

et s’arrêtèrent lorsqu'ils furent rendus proches des ennemis.

28

Alors, quand le soleil commença à se lever, les deux camps engagèrent le combat :

les uns comptaient sur leur courage et sur le Seigneur pour être garant de la victoire et du succès

les autres comptaient sur leur ardeur pour les guider dans la lutte.

29

Mais au plus fort de la mêlée, il apparut du ciel aux combattants

cinq cavaliers sur des chevaux aux freins d’or

qui, resplendissants, prenaient le commandement [de l'armée] des Juifs ;

30

deux d’entre eux se placèrent de part et d'autre de Maccabée

pour le garder indemne en l'entourant de leurs armes

tandis que sur ses adversaires, ils lançaient des traits et des foudres

qui les frappaient de cécité, les remplissaient de confusion et les faisaient tomber morts

31

et vingt mille cinq cents furent tués

en plus de six cents cavaliers.

32

Quant à Timothée, il s’enfuit à Gazara,

une garnison fortifiée commandée par Chéréas.

33

Maccabée donc, avec ses hommes,

assiégèrent pleins de joie la garnison pendant quatre jours

34

alors que ceux à l'intérieur des tours, parce qu'ils étaient confiants dans la solidité de la place,

blasphémaient à outrance et se répandaient en discours abominables.

35

Or, à l'aube du cinquième jour,

vingt soldats des hommes de Maccabée,

l'âme enflammée par cette offense,

s’approchèrent avec courage du rempart

et, marchant d'une âme intrépide, tentèrent de l'escalader

36

tandis que d’autres qui l'avaient [déjà] escaladé partaient mettre le feu aux tours et aux portes

et brûler vifs ceux qui blasphémaient...

37

Et au bout de deux jours entiers, durant lesquels ils pillèrent la garnison,

ils trouvèrent Timothée qui se cachait dans quelque [coin] et le firent périr

et ils tuèrent aussi son frère Chéréas, et Apollophanès

38

et bénissaient avec des hymnes et des actions de grâce le Seigneur

qui accomplit de grandes choses pour Israël et lui donna la victoire.

2 Maccabées 11

La victoire de Bethsura

1

Mais peu de temps après, Lysias, qui était procurateur royal, parent du roi et préposé aux affaires,

très troublé par ces événements,

2

rassembla quatre-vingt mille fantassins et toute la cavalerie

et commençait à marcher contre les Juifs.

Il s'imaginait en effet qu'après avoir pris la cité, il en ferait la demeure des nations

3

qu'il tirerait du Temple un gain financier

comme de tous les autres sanctuaires qui étaient aux nations

et que chaque année il monnayerait la charge du sacerdoce :

4

il ne pensait pas le moins du monde à la puissance de Dieu 

mais, l'esprit effréné,

c'est dans la multitude de ses fantassins, dans ses milliers de cavaliers et dans ses quatre-vingts éléphants qu'il plaçait sa confiance !

5

Alors il pénètre en Judée, 

il s'approche de Bethsura, située dans une vallée étroite à une distance de cinq stades de Jérusalem,

et il assiégeait cette forteresse... 

6

Or, lorsque Maccabée et ses hommes apprirent que les forteresses étaient assiégées,

avec pleurs et gémissements, ils se mirent à supplier le Seigneur, 

 et toute la foule avec eux, d’envoyer le bon ange pour le salut d'Israël.

7

Maccabée le premier, ayant pris les armes, exhorta lui-même tous les autres

à s’exposer au danger en même temps que lui et à porter secours à leurs frères ;

8

et comme d'une âme résolue ils s'avançaient ensemble depuis Jérusalem,

apparut devant eux un cavalier vêtu d'un blanc éclatant

qui portait des armes d'or et brandissait une lance.

9

Alors, tous ensemble, ils bénirent le Seigneur miséricordieux

et leur moral en fut fortifié :

ils étaient prêts à éventrer non seulement des hommes, mais aussi les bêtes les plus féroces et même des murailles de fer !

10

Ils marchaient donc résolument, puisqu'ils disposaient d'un secours venu du ciel et que le Seigneur avait eu pitié d'eux.

11

Avec la fureur de lions, ils se ruèrent sur leurs ennemis...

Ils en terrassèrent onze mille fantassins et mille six cents cavaliers 

12

et tous, ils les mirent en fuite :

la plupart s'échappèrent blessés et désarmés

et Lysias lui-même s'échappa au prix d'une fuite honteuse.

Quatre lettres concernant la paix avec les juifs

13

Mais, loin d'être insensé,

il rumine la perte subie

et se rend compte que si les Hébreux n'ont pas été vaincus, c'est parce qu'ils s'appuient sur le soutien de Dieu.

Il leur envoya [une délégation],

14

promettant de consentir à la justice en toutes occasions

et de pousser le roi à devenir leur ami.

15

Maccabée se rendit aux prières de Lysias car il cherchait en toutes choses le bien commun

et le roi accorda tout ce que Maccabée demanda pour les Juifs [dans la lettre qu']il écrivit à Lysias.

16

La lettre que Lysias écrivit aux Juifs avait la teneur suivante :

« Lysias au peuple des Juifs, salut !

17

Jean et Abésalom, envoyés par vous, m’ont remis votre missive dans le souhait 

de me voir faire ce qu'elle intimait.

18

J'ai donc soumis au roi tout ce qui pouvait lui être exposé

et ce que la situation permettait, il l'a accordé.

19

Si donc vous gardez encore confiance dans nos négociations, à l'avenir

je m’efforcerai de vous faire honneur ;

20

quant au reste, j'ai commandé d'un mot

à vos messagers et aux miens de voir les détails avec vous.

21

Portez-vous bien.

L’an cent quarante-huit

le vingt-quatre du mois de dioscore. »

22

La lettre du roi contenait ceci  :

« Le roi Antiochus à son frère Lysias, salut !

23

Puisque notre père s'est rendu parmi les dieux,

notre volonté est que ceux de notre royaume vivent sans inquiétude

et se consacrent aux soins de leurs affaires.

24

[Or,] nous avons appris que les Juifs n'ont pas consenti à passer au rite des Grecs, comme le demandait notre père,

qu’ils veulent au contraire conserver leurs coutumes

et qu'ils demandent en conséquence de pouvoir garder les lois qu'ils ont en usage.

25

Comme notre volonté est que cette nation aussi soit en paix,

nous avons ainsi choisi de décréter que le Temple leur serait rendu

afin qu’ils vivent selon les traditions de leurs ancêtres.

26

Nous te remercions donc de leur tendre la main en leur envoyant [ce courrier]

afin qu'ils connaissent notre volonté, en soient remplis d'ardeur 

et se consacrent à leurs intérêts personnels. »

27

Quant à la lettre du roi destinée aux Juifs, elle était ainsi [rédigée] :

« Le roi Antiochus au sénat des Juifs et à tous les autres Juifs, salut !

28

Si vous allez bien, c'est ce que nous vous souhaitons

car nous sommes aussi en bonne santé.

29

Ménélaüs est venu nous dire

que vous voulez descendre dans vos demeures, celles de chez nous :

30

à ceux donc qui vont et viennent jusqu’au trentième jour du mois de xantique,

nous tendons une main sûre.

31

Que les Juifs disposent de leurs propres aliments et de leurs propres lois comme auparavant

et, j'insiste sur ce point, qu'aucun d’entre eux ne soit inquiété pour des fautes commises par ignorance.

32

J’ai d'ailleurs envoyé Ménélaüs pour en parler avec vous.

33

Portez-vous bien.

L’an cent quarante-huit

le quinze du mois de xantique. »

34

Et les Romains  envoyèrent eux aussi une lettre, ainsi rédigée :

« Quintus Memmius et Titus Manilius, légats des Romains, au peuple des Juifs, salut !

35

Ce que Lysias, parent du roi, vous a accordé,

nous l'accordons également

36

mais pour les affaires qu’il a jugé bon de déférer,

envoyez-[nous] immédiatement quelqu’un

après en avoir discuté entre vous avec le plus grand soin

afin que nous prenions une décision qui vous convient

car nous nous rendons à Antioche.

37

Hâtez-vous donc de nous écrire

afin de nous faire connaître aussi votre 

volonté.

38

Portez-vous bien.

L’an cent quarante-huit

le quinze du mois de xantique. »

2 Maccabées 12

Judas venge les juifs de Joppé et de Jamnia

1

Une fois ces accords passés, Lysias revint auprès du roi

tandis que les Juifs se remettaient aux travaux des champs

2

mais ceux qui avaient installé leurs camps, 

Timothée et Apollonius, fils de la géhenne,

et puis Jérôme et Demofon

et aussi Nicanor, gouverneur de Chypre

ne les laissaient vivre ni en paix ni en repos.

3

Le fait est que des Joppites commirent le crime suivant :

ils invitèrent les Juifs qui habitaient parmi eux

à monter avec leurs femmes et leurs enfants sur les barques qu'ils avaient préparées

comme s'il n'existait entre eux aucune inimitié

4

conformément au décret publié par la cité.

Et ceux-ci acceptèrent,

ne soupçonnant rien à cause de la paix [établie entre eux] ;

puis lorsqu’ils furent au large,

on les envoya par le fond, pas moins de deux cents !

5

Lorsque Judas apprit qu'une telle cruauté avait été commise contre des gens de sa propre nation,

il donna des ordres à ses hommes

et, après avoir invoqué Dieu, le juste juge,

6

il marcha contre les assassins de ses frères

incendia leur port durant la nuit et brûla leurs barques

et ceux qui avaient échappé au feu, il les fit périr par l’épée.

7

Puis, ayant déjà agi de la sorte, il partit, comptant bien revenir

éradiquer tous les Joppites.

8

Mais quand il eut appris

que ceux de Jamnia aussi voulaient faire la même chose aux Juifs qui habitaient avec eux,

9

les Jamnites aussi, il les surprit de nuit, et incendia port et navires

si bien que la lumière du feu put s'apercevoir à Jérusalem

quoique distante de deux cent quarante stades.

Judas prend la ville de Caspin

10

À partir de là, comme ils avaient parcouru neuf stades en direction de Timothée,

des Arabes se jetèrent sur lui : cinq mille fantassins et cinq cents cavaliers !

11

Et alors que la bataille devenait rude

et qu'avec l'aide de Dieu elle avait pris un tour favorable,

les Arabes qui restaient, se voyant vaincus, demandaient à Judas de leur tendre la main,

promettant de lui donner des pâturages et de se rendre utiles pour tout le reste ;

12

Judas, estimant qu'en effet, ils pourraient être très utiles, proposa la paix

alors ils prirent sa main et se retirèrent sous leurs tentes.

13

Puis il attaqua aussi une cité défendue par des ponts et entourée de remparts,

qu'habitaient des foules de nations différentes et dont le nom était « Caspin »

14

mais ceux qui étaient à l'intérieur,

se fiant à la solidité de leurs remparts et à leur provision de vivres, commençaient à se relâcher,

assaillant Judas de malédictions, blasphémant et disant ce qu'il n'est pas permis de dire...

15

Maccabée pourtant, après avoir invoqué le grand souverain du monde

qui, sans béliers ni machines de guerre, avait fait s'écrouler Jéricho au temps de Josué,

se rua avec furie sur les remparts

16

et lorsqu'il se fut emparé de la cité par la volonté du Seigneur, 

il fit des massacres inénarrables

au point que l’étang voisin large de deux stades

semblait déborder, empoisonné de sang. 

La victoire à Carnion et à Éfron

17

Ils parcoururent ensuite sept cent cinquante stades

et arrivèrent à Caraca, chez les Juifs appelés « Tubianéens ».

18

Quant à Timothée, ils le surprirent dans les parages :

ne parvenant à mener à bien aucune de ses affaires, il recula

après avoir laissé une garnison très fortifiée en un certain lieu

19

mais Dosithée et Sosipatre, qui commandaient avec Maccabée

firent périr ceux que Timothée avait laissés dans la garnison, soit dix mille hommes.

20

De son côté, Maccabée met en ordre autour de lui six mille hommes et les dispose par cohortes :

il marcha contre Timothée

bien qu'il eût avec lui cent vingt mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers !

21

Lorsqu'on l'informa de l’approche de Judas,

Timothée envoya en avance les femmes, les enfants et le reste des bagages

dans la garnison dite  « Carnion »

car elle était inexpugnable et difficile d'accès à cause de l'exiguïté de ses passes.

22

Mais dès que parut la première cohorte de Judas,

une frayeur inspirée par la présence du Dieu qui voit tout s’empara des ennemis

et ils se firent fuir les uns les autres :

c'était plutôt entre eux qu'ils se massacraient

et ils se blessaient des coups de leurs propres glaives !

23

Judas les talonnait sans relâche afin de les punir de leur impiété

et il en terrassa trente mille.

24

Timothée, lui, tomba aux mains des bandes de Dosithée et de Sosipatre

et avec force prières, se mit à réclamer qu'on le relâchât vivant

sous prétexte qu'il tenait prisonniers les parents et les frères de nombreux Juifs

qui se trouveraient déçus [dans leur espérance] par sa mort.

25

Et comme il avait donné sa parole qu'il les rendrait, suivant ce qui avait été convenu,

sans lui faire de mal, ils le relâchèrent, parce qu'ils voulaient sauver leurs frères.

26

Judas sortit alors de Carnion :

il avait tué vingt-cinq mille soldats...

27

Après cette mise en déroute et ce massacre, il fit marcher son armée sur Éfron,

cité fortifiée où habitait une foule de nations diverses.

Des hommes robustes se tenaient devant les remparts et les défendaient avec vigueur ;

elle renfermait aussi de nombreuses machines de guerre et une réserve de projectiles.

28

Pourtant, parce qu'ils avaient invoqué le Tout-Puissant qui broya de sa puissance les forces des ennemis, ils s'emparèrent de la cité

et terrassèrent vingt-cinq mille [hommes] parmi ceux qui étaient à l'intérieur.

La bonté des Scythopolitains

29

De là, ils se mirent en route vers la ville des Scythes

qui se trouvait à six cents stades de Jérusalem

30

mais comme les Juifs qui habitaient avec les Scythopolitains

déclarèrent qu’ils leur avaient témoigné de la bienveillance même aux temps de leurs malheurs

[et] qu'ils s'étaient conduits avec respect à leur égard,

31

ils les remercièrent

et les exhortèrent à témoigner de la bienveillance pour leur peuple à l'avenir encore.

Puis ils regagnèrent Jérusalem, car la fête des Semaines était toute proche

Judas vainc les troupes de Gorgias

32

et c'est après la Pentecôte qu'ils marchèrent contre Gorgias, gouverneur de l’Idumée.

33

Il sortit alors avec trois mille fantassins et quatre cents cavaliers

34

et au cours de l'affrontement, il arriva que quelques Juifs s'effondrèrent.

35

Toutefois un certain Dosithée, cavalier de Bacénoris et homme courageux, tenait Gorgias

mais comme il tâchait de le capturer vivant,

un des cavaliers Thraces se rua sur lui et lui trancha l'épaule !

Et c'est ainsi que Gorgias put s’enfuir à Marisa.

36

Alors, voyant que les hommes d’Esdrin, qui combattaient depuis longtemps, étaient épuisés,

Judas supplia le Seigneur de se montrer leur allié et d'être leur chef de guerre.

37

Entonnant alors dans la langue des pères et faisant monter une clameur avec des hymnes,

il mit en fuite les hommes de Gorgias... 

Le sacrifice pour les morts

38

Puis, ayant rassemblé son armée, Judas se rendit à la cité d’Odollam

et quand vint le septième jour de la semaine, ils se purifièrent selon l'usage

pour y célébrer le sabbat.

39

Le lendemain, Judas vint avec ses hommes pour emporter les corps de ceux qui avaient été terrassés

et les déposer avec leurs parents dans les tombeaux de leurs pères

40

mais ils trouvèrent sous les tuniques des morts

des dons aux idoles qui étaient à Jamnia,

alors que la Loi l'interdit aux Juifs...

Elle se manifesta donc à tous, la raison pour laquelle ces hommes s'étaient écroulés ! 

41

Tous bénirent donc le juste jugement du Seigneur qui avait rendu manifeste ce qui était caché

42

et on se tourna donc vers les prières

pour supplier

que la faute commise fût oubliée.

Judas, le très valeureux, exhorta le peuple à se garder sans péché

maintenant qu'ils avaient vu de leurs yeux la punition infligée pour le péché de ces hommes, terrassés !

43

Puis il collecta douze mille drachmes d'argent et les envoya à Jérusalem afin qu'on offrît un sacrifice pour la rémission de ce péché,

inspiré par la pensée juste et pieuse de la résurrection.

44

S'il n'espérait pas en effet que les soldats tombés devaient ressusciter,

il lui aurait semblé superflu et vain de prier pour des morts :

45

or, [il offrit ce sacrifice] justement parce qu'il pensait que ceux qui s'étaient endormis avec piété

recevraient en retour une très belle récompense.

46

C’est donc une sainte et salutaire pensée

que de prier avec insistance pour les défunts afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés.

2 Maccabées 13

Antiochus Eupator fait tuer Ménélaüs

1

En cent quarante-neuf,

Judas apprit qu’Antiochus Eupator avait commencé à marcher avec une multitude contre la Judée

2

qu'il était accompagné de Lysias, procurateur et préposé aux affaires,

et qu'il avait avec lui cent dix mille fantassins,

cinq mille cavaliers, vingt-deux éléphants et trois cents chars à faux.

3

Or, Ménélaüs se joignit à eux

et, avec une grande fourberie, suppliait Antiochus d'assurer non pas le salut de la patrie

mais sa propre élévation à la plus haute charge, selon ses espérances.

4

Cependant le Roi des rois excita la colère d’Antiochus contre le pécheur

et sur les suggestions de Lysias, à savoir que c'était lui, la cause de tous les maux,

il ordonna de l'arrêter 

et de l'assassiner à l'endroit habituel,

5

endroit où se trouvait une tour de cinquante coudées

entourée de tous côtés de monceaux de cendres

et qui donnait sur le vide.

6

Il ordonna que là, l'impie soit précipité dans la cendre,

jeté par tous à la mort, 

7

et c'est selon cette loi que le prévaricateur de la Loi vint à mourir

et que Ménélaüs ne fut pas mis en terre

8

et en très stricte justice

car, lui qui a[vait] commis beaucoup de fautes contre l’autel de Dieu

dont le feu et la cendre étaient saints,

c’est à une mort par la cendre qu'il fut condamné...

Prières et succès de Judas à Modin

9

Cependant le roi, l'esprit effréné, s'était remis en marche,

voulant se montrer pire [que son père] à l'égard des Juifs.

10

Mais quand il l'apprit, Judas commanda au peuple

d'invoquer jour et nuit le Seigneur, le suppliant,

comme il l'avait toujours fait, de les secourir une fois de plus 

11

(ils craignaient en effet beaucoup de se voir spoliés de leur Loi, de leur patrie et du Temple saint)

et de ne pas permettre que le peuple, qui commençait seulement à respirer un peu,

soit de nouveau asservi à des nations qui blasphémaient !

12

Lorsqu'ils eurent tous ensemble prié de la sorte et qu'ils eurent imploré du Seigneur sa miséricorde,

pleurant, jeûnant, se tenant prosternés trois jours entiers,

Judas les exhorta à se tenir prêts.

13

Quant à lui, il résolut sur les conseils des anciens

de se mettre en campagne avant que le roi ne conduise son armée en Judée et prenne la cité

et de confier au jugement du Seigneur le dénouement de la situation.

14

En même temps qu'il remettait ainsi le pouvoir qu'il avait sur toutes choses à Dieu, créateur du monde,

il exhorta ses compagnons à combattre courageusement

et à résister jusqu’à la mort pour leurs lois, leur Temple, leur cité, leur patrie et leurs concitoyens.

Il établit ensuite son camp dans les environs de Modin

15

et, après avoir donné comme signal à ses gens : — Victoire de Dieu !

et choisi les plus courageux de ses soldats, il attaqua de nuit la tente où demeurait le roi

tua dans le camp environ quatre mille hommes

et le plus grand des éléphants, avec ceux qui le montaient.

16

Lorsqu'ils eurent mis la peur et la confusion des ennemis à leur comble et que la situation prit un tour favorable, ils se retirèrent

17

et ce, au moment où le jour se levait,

sous la protection salutaire du Seigneur.

Antiochus fait la paix avec les Juifs

18

Mais le roi, ayant goûté de l'audace des Juifs,

tentait de contourner par la ruse les difficultés du terrain

19

et c'est devant Bethsura, citadelle fortifiée qui appartenait aux Juifs, qu'il voulut établir son camp.

Mais il était mis en déroute, frappait dans le vide et se faisait tailler en pièces

20

tandis qu'à ceux de l'intérieur, Judas faisait passer ce dont il avaient besoin...

21

Or, pendant ce temps, des renseignements secrets furent divulgués aux ennemis par un certain Rhodocus, de l’armée juive !

Il fut recherché, arrêté et emprisonné.

22

Puis le roi reprit les pourparlers avec ceux qui étaient dans Bethsura ;

il leur tendit la main, prit la leur et s'en alla

23

combattre Judas : il fut écrasé.

Mais lorsqu'il apprit que Philippe s’était révolté à Antioche

alors qu'il l'avait laissé à la tête de ses affaires,

secrètement épouvanté, il se met à supplier les Juifs

leur présente sa reddition et promet sous serment tout ce qui leur sembl[e] juste...

Puis, une fois les relations rétablies, il offrit un sacrifice

honora le Temple et y déposa des offrandes ;

24

il étreignit Maccabée

et le nomma chef et souverain depuis Ptolémaïde jusqu’aux Gerreniens !

25

Mais lorsqu'il vint à Ptolémaïde, les habitants protestaient contre le pacte d'amitié,

s'indignant de ne pas pouvoir enfreindre le traité ;

26

alors Lysias monta à la tribune pour en exposer les raisons et apaisa le peuple

puis revint à Antioche. Et le départ et le retour du roi se déroulèrent ainsi.

2 Maccabées 14

Le grand prêtre Alkime incrimine Judas

1

Mais trois ans plus tard, Judas et ses compagnons apprirent

que Démétrius, [fils] de Séleucus, escorté d'une multitude et d'une flotte puissantes, avait accosté au port de Tripoli et qu'après être monté jusqu'en des lieux stratégiques,

2

il s’était rendu maître du pays contre Antiochus et Lysias, son général.

3

Or, un certain Alkime, qui avait été grand prêtre

s'était volontairement souillé à l'époque où s'étaient mélangées les populations, 

songeant que dans tous les cas, il ne pouvait ni être sauvé ni s'approcher de nouveau de l'autel,

4

vint trouver le roi Démétrius en l’an cent cinquante

et lui offrit une couronne d’or, une palme

et surtout des rameaux qui semblaient appartenir au Temple. Ce jour-là, il garda le silence

5

mais il trouva l'occasion que réclamait sa folie

lorsque, convoqué par Démétrius au conseil

et interrogé au sujet des dispositions et des intentions qui animaient les Juifs,

6

il répondit : — Les Juifs qu’on appelle « Assidéens »

et que commande Judas Maccabée

entretiennent la guerre, excitent les séditions

et ne supportent pas de voir notre royaume tranquille.

7

C'est pourquoi, moi, qu'on a dépouillé de la gloire de mes aïeux

(et je veux parler du souverain sacerdoce !) je suis venu ici

8

primo par fidélité aux intérêts du roi

secundo par égard aussi pour mes concitoyens

car à cause de la perversité de quelques-uns, c'est notre race toute entière qui souffre, et pas qu'un peu !

9

Mais lorsque tu en auras pris connaissance en détail, je t'en prie, ô roi, 

jette un regard sur ton pays et ta nation avec l'humanité qui te rend célèbre

10

car, tant que Judas est en vie, il est impossible que tes affaires aillent sereinement. 

11

Alors, sur de telles paroles,

tous les autres conseillers qui éprouvaient de l'hostilité

contre Judas enflammèrent Démétrius

12

qui nomma sur-le-champ Nicanor général (celui qui avait commandé l’escadron des éléphants) et l'envoya en Judée

13

avec ordre de s'emparer de Judas

de disperser ses hommes

et d'instituer Alkime très grand prêtre du plus grand des temples.

14

Alors les nations qui, à cause de Judas, avaient fui la Judée se joignirent chacune de leur côté à Nicanor,

pensant que les échecs et les défaites des Juifs feraient la prospérité de leurs propres affaires.

Nicanor fait la paix avec Judas

15

C'est pourquoi, lorsque les Juifs apprirent l'arrivée de Nicanor et l'alliance des nations,

ils se couvrirent de terre et se mirent à supplier celui qui rassemble son peuple de le protéger pour l'éternité,

lui qui défend ostensiblement ce qui lui revient ;

16

puis, sur l’ordre de leur chef, ils partirent aussitôt du lieu où ils se trouvaient

et se rassemblèrent au village de Dessau.

17

Simon, frère de Judas, avait pendant ce temps engagé le combat avec Nicanor

mais il fut épouvanté par l'arrivée subite des ennemis.

18

Nicanor cependant, apprenant le courage des compagnons de Judas

et la grandeur d'âme qu'ils montraient en se battant pour leur patrie,

eut peur de la sentence que rendrait le sang

19

et c'est pour cette raison qu'il envoya Posidonius, Théodotius et Matthathias tendre la main [aux Juifs] et recevoir la leur.

20

Comme une longue délibération avait lieu à ce sujet,

le chef en personne en référa à la multitude :

on décida à l'unanimité de conclure un pacte d'amitié.

21

On fixa donc le jour des négociations secrètes

et pour chacun, des sièges furent apportés et placés 

22

(Judas ordonna toutefois de poster des hommes armés aux endroits stratégiques

au cas où apparaisse chez les ennemis quelque signe d'hypocrisie)

et ils eurent un entretien satisfaisant.

23

En effet Nicanor s'attardait à Jérusalem

mais sans commettre d'iniquité : 

il renvoya même les foules qui s’y étaient regroupées comme des troupeaux.

24

Il avait pour Judas une affection indéfectible

et éprouvait dans son coeur une profonde sympathie [à son égard] ;

25

il l’engagea à prendre femme et à avoir des enfants,

et [Judas] se maria, goûta la tranquillité et partagea une vie de famille.

Nicanor change d’attitude et menace le temple

26

Mais Alkime, voyant l'estime qu'ils avaient l'un pour l'autre et les accords qu'ils avaient passés,

vint dire à Démétrius que Nicanor favorisait les intérêts des Étrangers

et qu'il avait désigné Judas, l'adversaire de son royaume, pour lui succéder...

27

Le roi, ainsi exaspéré et mis en colère par les calomnies odieuses de cet homme,

écrivit à Nicanor

qu’il contestait ce pacte d'amitié

et qu’il lui ordonnait, en dépit de celui-ci, d'envoyer sans délai Maccabée à Antioche, enchaîné.

28

En l'apprenant, Nicanor était saisi d'un grand trouble

et murmurait à l'idée

de révoquer ces accords alors que cet homme ne l'avait nullement offensé

29

mais comme il n'était pas possible de s'opposer au roi,

il guettait l'occasion qui lui permettrait d'exécuter l'ordre reçu.

30

Maccabée remarqua en revanche que Nicanor se comportait avec lui de la façon la plus réservée

et que même sous son jour ordinaire il montrait très rude : 

il comprit que cette réserve ne présageait rien de bon

rassembla quelques-uns de ses hommes et se déroba à Nicanor.

31

Mais quand celui-ci comprit qu'il l'avait pris de court avec audace,

il se rendit au Temple très grand et très saint

et, alors que les prêtres offraient les sacrifices habituels, il leur ordonna de lui livrer cet homme.

32

Et comme ceux-ci déclaraient en le jurant

ne pas savoir où était celui qu’on recherchait,

étendant la main vers le Temple,

33

il fit ce serment :

— Si vous ne me livrez pas Judas enchaîné,

ce Sanctuaire, qui est celui de Dieu, je le raserai

l'autel, je le saccagerai

et le Temple, je le dédierai sur l'heure à Liber !

34

Sur ces paroles, il s'en alla.

Alors les prêtres, étendant les mains vers le ciel

invoquèrent celui qui avait toujours défendu leur nation en ces termes :

35

— Seigneur, qui n'as aucun besoin de tout[es ces richesses],

c'est toi qui as voulu que le Temple où tu résides se trouve au milieu de nous !

36

Maintenant donc, saint des saints, Seigneur de toutes choses,

garde à jamais sans souillure cette maison qui vient d'être purifiée. 

La mort de Razias

37

Or, un certain Razias, des anciens de Jérusalem, fut dénoncé à Nicanor.

C'était un homme aimant la cité

et jouissant d'une bonne réputation, on l'appelait père des Juifs pour sa bienveillance...

38

Celui-ci remplit en de nombreuses occasions le but qu'il s'était proposé (à savoir la constance dans le judaïsme),

heureux de se livrer corps et âme pour y persévérer.

39

Mais Nicanor, qui voulait faire éclater la haine qu'il nourrissait pour les Juifs,

envoya cinq cents soldats l'arrêter,

40

pensant en effet qu'après s'en être emparé, il serait à même de causer une défaite retentissante aux Juifs.

41

Et alors que les troupes amassées s'efforçaient d'envahir sa maison

d'enfoncer la porte et d'y mettre le feu,

se voyant déjà pris, il se frappa de son glaive,

42

préférant mourir avec noblesse plutôt que de se voir assujetti à des pécheurs

et de subir des outrages indignes de sa naissance.

43

Mais comme, dans la précipitation, il ne s’était pas donné un coup assuré

et que les troupes entassées à l'intérieur forçaient les portes,

il courut hardiment jusqu'au mur et se précipita avec courage sur la foule amassée !

44

Or, elle fit rapidement de la place pour sa chute, et il tomba la tête la première

45

puis, respirant encore, se releva, enflammé de courage.

Ruisselant de sang à grands flots,

couvert de blessures, il traversa la masse en courant

46

et s'arrêta sur une pierre escarpée, déjà exsangue,

saisit ses entrailles à pleines mains et les jeta sur les troupes amassées,

suppliant le Maître de sa vie et de son âme de les lui rendre un jour...

et c'est ainsi qu'il acheva sa vie.

2 Maccabées 15

Nicanor refuse d’observer le sabbat

1

Mais lorsque Nicanor découvrit que Judas se trouvait dans les régions de Samarie,

il projeta de donner l'assaut général le jour du sabbat

2

bien que les Juifs qui le suivaient par besoin lui eussent dit :

— Ne te montre pas si arrogant et si barbare

rends plutôt honneur au jour dédié à la sanctification

et honore celui qui voit tout !

3

Mais le malheureux demanda

s’il y avait un souverain dans le monde qui eût prescrit de célébrer le jour des sabbats...

4

Et comme ils lui répondirent :

— C’est le Seigneur vivant, souverain dans le ciel,

qui a lui-même ordonné de célébrer le septième jour,

5

il reprit :

— Et moi, je suis souverain sur la terre, et j'ordonne de prendre les armes et d'accomplir les décisions du roi.

Cependant, Nicanor ne parvint pas à réaliser son dessein

Judas évoque l’intercession des morts

6

et ne fit que se dresser avec un orgueil extrême

(il avait projeté d'ériger un trophée public avec la dépouille de Judas).

7

Maccabée de son côté gardait toujours confiance, espérant de toutes ses forces l'assistance du Seigneur ;

8

il encourageait ses hommes à ne pas craindre l'approche des païens

mais à se souvenir des secours qu'ils avaient reçus du Ciel

et à espérer cette fois encore du Tout-Puissant une victoire imminente.

9

Et lorsque, dans sa harangue, il leur parla de la Loi et des Prophètes

et qu'ensuite il leur rappela les combats qu’ils avaient autrefois livrés,

il les rendit plus ardents encore...

10

Puis, quand il eut ainsi excité leur colère, montrant en même temps que ces nations étaient perfides

et qu'elles prévariquaient en dépit de leurs serments,

11

il arma chacun d’eux

non d'un équipement défensif, bouclier et lance

mais de ses meilleures paroles et exhortations

en leur rapportant un songe digne de foi, qui réjouit l'armée toute entière.

12

En effet, voici ce qu'il avait vu :

Onias, qui avait été très grand prêtre,

homme bon et bienveillant

à l'apparence modeste, aux moeurs irréprochables et au discours éloquent

et qui dès l’enfance s'était exercé à pratiquer les vertus,

tendait les mains en priant pour tout le peuple des Juifs ;

13

il avait ensuite vu apparaître un autre homme, qui suscitait l'admiration par son âge et sa dignité :

une grande beauté se dégageait de sa présence.

14

Et Onias avait dit en réponse :

— Il a de l'amour pour ses frères et le peuple d'Israël

il prie beaucoup pour le peuple et l'ensemble de la cité sainte :

voici Jérémie, le prophète de Dieu.

15

Alors Jérémie avait étendu la main

pour donner à Judas un glaive d’or avec ces mots :

16

— Reçois ce glaive saint, don de Dieu : 

par lui tu renverseras les adversaires de mon peuple, Israël !

La défaite et la mort de Nicanor

17

Exhortés de la sorte grâce aux remarquables paroles de Judas,

qui étaient propres à exalter l'ardeur et réveiller le courage de ses hommes,

ils décidèrent de combattre et de lutter passionnément

afin que leur valeur départageât l'affaire

car la cité, les lieux saints et le Temple étaient en péril.

18

Pour leurs femmes et leurs enfants en effet

comme pour leurs frères et leur famille,

ils n'éprouvaient pas grande inquiétude :

la plus grande et la première de leurs craintes était au contraire que le Temple demeure inviolé !

19

Quant à ceux qui étaient dans la cité,

ils n'éprouvaient pas une inquiétude moindre pour les combattants.

20

Et déjà, ils espéraient tous un dénouement imminent :

l'ennemi était en présence, l'armée rangée en bataille

et les bêtes et les cavaliers placés aux endroits stratégiques...

21

Alors Maccabée, à la vue de la multitude qui approchait

de l’appareil varié des armes et de la férocité des bêtes

étendit la main vers le ciel et invoqua le Seigneur qui opère des prodiges,

lui qui ne regarde pas la force des armes

mais accorde selon son plaisir la victoire à ceux qui en sont dignes.

22

Voici ce qu'il dit en l'invoquant : 

— Toi, Seigneur, tu as envoyé ton ange sous le règne d'Ézéchias, roi de Judée,

et tu as fait périr du camp de Sennachérib cent quatre-vingt cinq mille hommes.

23

Aujourd'hui aussi, Souverain des cieux,

envoie ton bon ange devant nous

dans la terreur et l'effroi qu'inspire la grandeur de ton bras

24

afin qu'ils soient frappés de crainte, ceux qui s'avancent en blasphémant contre ton peuple saint !

Il termina là sa prière

25

au moment où Nicanor et ses hommes

s’avançaient au son des trompettes et des chants.

26

Mais Judas et ses troupes

invoquèrent Dieu et, en prières, engagèrent la bataille.

27

Alors, combattant de leurs mains mais priant Dieu dans leurs cœurs,

ils terrassèrent pas moins de trente mille hommes,

comblés d'une allégresse magnifique par la présence de Dieu.

28

À ce moment, comme ils avaient arrêté le combat et qu'ils rentraient dans la joie,

ils reconnurent Nicanor qui s'était écroulé avec son armure...

29

à cette vue, ils firent monter une clameur et se laissèrent aller à l'émotion

ils bénissaient le Seigneur tout-puissant dans la langue de leurs pères.

30

Quant à Judas,

toujours prêt à s'offrir corps et âme pour ses concitoyens, il donna l'ordre

de trancher à Nicanor la tête et le bras depuis l'épaule et de les apporter à Jérusalem.

31

Et lorsqu'il s'y fut rendu, après avoir rassemblé ses compatriotes et les prêtres devant l’autel,

il fit aussi venir ceux de la citadelle

32

pour leur montrer la tête de Nicanor et la main criminelle

qu'il avait tendue contre la maison sainte du Dieu Tout-Puissant en se glorifiant avec orgueil.

33

Il ordonna aussi, à propos de la langue de l'impie Nicanor, de la couper en morceaux et de la donner aux oiseaux

et, la main de cet insensé, de la suspendre en face du Temple.

34

Tous bénirent alors le Seigneur du ciel en disant :

— Béni soit celui qui a conservé son lieu sans souillure !

35

Il suspendit aussi la tête de Nicanor au sommet de la citadelle

afin qu'elle soit [un signe] évident et manifeste du secours que Dieu leur avait accordé.

36

C'est pourquoi tous décidèrent d'un commun accord

de ne jamais laisser passer ce jour sans le célébrer avec solennité

Réflexions de l’auteur

37

et de le célébrer le treize du mois d'adar,

qu'on appelle en syriaque « veille du jour de Mardochée ».

38

Ainsi, puisque telle fut la vie de Nicanor

et que depuis ce temps la cité demeura en possession des Hébreux,

moi aussi, je conclurai là mon histoire :

39

qu'elle soit bonne et conforme aux événements, c'est ce que je souhaite !

mais si elle ne l'est pas complètement, je mérite l'indulgence.

40

car, de même qu’il est paradoxal de boire toujours du vin ou toujours de l’eau

alors qu'il est délicieux de les boire ensemble,

de même mes lecteurs n'apprécieraient pas si l'histoire était toujours racontée à la perfection...

Elle s'achèvera donc ici.

ICI FINIT LE DEUXIÈME LIVRE DES MACCABÉES