Peut-être avez-vous souffert de marginalisation ou d'abandon, ou avez-vous un ami ou un membre de votre famille atteint d'une maladie irrémédiable ? Ces expériences vous ont peut-être conduit à crier : « — Pourquoi, Seigneur ? » Comment un Dieu juste peut-il permettre que des personnes innocentes souffrent ? Le livre de Job amplifie toutes ces interrogations.
« — Nu je suis sorti du sein de ma mère et nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni » (Jb 1,21) : la phrase devenue presque proverbiale illustre la patience de Job endurant les maux qui se sont précipités sur lui. Dans le livre, Job exprime cependant aussi de nombreux mouvements d'impatience, d'indignation et de colère ! Le livre touche l'expérience et la question universelle du « juste souffrant » (Job et la théodicée). Le lecteur chemine avec Job, qui confronte ses expériences avec les convictions sur Dieu et avec Dieu lui-même.
Le prologue, Jb 1-2, présente les maux qui atteignent Job comme une épreuve de sa fidélité. Le dialogue qui suit exprime les opinions des amis de Job, qui ne peuvent considérer ces souffrances que comme le châtiment de péchés graves et cachés. Ils sont en cela les porte-paroles de la théologie traditionnelle de la justice en tant que rétribution seulement. Malgré cela, Job continue à plaider son innocence face aux accusations de ses amis, allant jusqu'à s'adresser à Dieu lui-même.
Son désir se réalise dans une rencontre mystérieuse avec Dieu (Jb 38-42,6). Finalement, c'est le Seigneur qui déclare Job innocent (et ses amis coupables !) et récompense sa fidélité en lui accordant des bénédictions dans l'épilogue. Ainsi, l'homme qui persévère dans la foi, même si sa persévérance se traduit jusque dans une révolte contre Dieu ... mais auprès de Dieu, reçoit finalement la récompense.
Le juste souffrant et incompris, sinon de Dieu, est évidemment une figure de Jésus-Christ (Un messie souffrant dans la tradition juive ?). Dans le Nouveau Testament, les chrétiens seront invités à unir leurs souffrances à celles du Christ (Col 1,24), en attendant la gloire plénière (Rm 8,18).
Certains passages et même des sections entières présentent une complexité telle que de nombreux chercheurs les jugent souvent altérés ou corrompus.
La Septante ne s'avère guère utile pour la reconstruction du texte hébreu original. Le traducteur abrège fréquemment le texte et ne respecte pas toujours la littéralité du texte.
La traduction par Jérôme à la fin du 4e s. ap. J.-C. témoigne d'une beauté de rythme et de langue. Néanmoins, dit avoir traduit « tantôt littéralement, tantôt d'après le sens ». Sa traduction latine de la Septante hexaplaire, qu'il avait réalisée peu auparavant, et certaines traditions rabbiniques ont pu exercer une influence sur la traduction présente dans la Vulgate.
Utilisant un dialecte hébreu différent de la majorité des livres bibliques et manié avec une certaine liberté, le livre présente des mots et des tournures syntactiques qui n’apparaissent qu’ici dans la Bible.
Après un prologue (Jb 1-2) s'ouvre un grand dialogue poétique, qui se compose de plusieurs parties :
Un épilogue en prose conclut le livre (Jb 42,7-17).
Le livre de Job est un chef-d'œuvre littéraire. Il est cependant difficile d’en cerner le genre : le récit en prose sans contexte historique et les discours poétiques le rattachent aux livres sapientiaux. Cette opposition tranchée entre la partie narrative et poétique est tout à fait originale et unique.
Par ailleurs, le récit en prose, qui semble issu d’un fond populaire et archaïque, ne ressemble pas à la littérature israélite, tandis que les discours poétiques semblent tout ignorer des grands thèmes bibliques comme l'élection et la mission d'Israël, l’alliance de Moïse et celle de David avec le Seigneur, la montagne de Sion, le Temple, le culte, les sacrifices et l’attente du Messie.
La forme dialoguée donnée par l’auteur aux différents discours est encore plus originale. Les quelques répliques du Cantique des Cantiques (Ct 1,7-11.15s ; 2,10-14 ; etc.) sont plutôt comme les duos lyriques d’un chant d’amour, et non une véritable discussion.
Aussi, quoique rangé dans les écrits de sagesse par la tradition juive et par la tradition chrétienne, et malgré le nombre des sentences d’origine sapientiale, il est clair aujourd’hui que le livre de Job transcende les classifications. Il mêle des genres extrêmement variés comme la plainte, l'hymne de louange, les sentences, la satire et l’ironie, la disputatio, les injures de malédiction, l'invective prophétique et le récit théophanique.
La forme dialoguée donnée aux discussions peut sembler un apanage de la culture gréco-latine.
Mais quelques exemples, trouvés dans la littérature assyro-babylonienne attestent l’existence de dialogues dès la plus haute antiquité dans les régions de Mésopotamie comme dans la vallée du Nil. Le problème du mal est évoqué dès un document cunéiforme du 3e millénaire, d’où son appellation aujourd’hui de « Job sumérien », Ludlul Bel nemeqi. La souffrance du juste est développée dans un texte babylonien. Un autre texte babylonien (le Dialogue acrostiche ou la Théodicée babylonienne) met en scène une discussion entre un malade et son ami au sujet de la justice divine : l’ami y utilise le même argumentaire que celui d’Éliphaz de Têman dans Job.
En Égypte, dans le Dialogue du désespéré avec son âme, un pauvre infirme rejeté par sa famille évoque le suicide avec lyrisme. Mais, dans la littérature hébraïque, Job est le seul personnage à souhaiter sa mort avec autant de d'ardeur (on retrouve des parallèles avec Jérémie, Jr 27,7-18). Une certaine familiarité avec la culture égyptienne ressort du vocabulaire utilisé et de plusieurs autres allusions.
Le livre situe le personnage de Job à l'époque patriarcale, dans les régions de l'Arabie et de l'Édom. Ez 14,14.20 compte Job parmi les justes, aux côtés de Noé et de Daniel. Son histoire et l’éloge de sa piété (Jb 1,1-8 ; Jc 5,11) circulent oralement parmi les sages du Proche-Orient, peut-être dès la fin du 2e millénaire av. J.-C. et le début du 1er millénaire.
Des indications précises sur l'auteur et la date de composition font défaut. Il est probable que le livre ait été rédigé après Jérémie et Ézéchiel, et il pourrait être situé, bien que sans certitudes décisives, au début du 5e s. avant notre ère.
Malgré les différences de style et de ton, il est probable que le dialogue poétique ait coexisté avec le prologue et l'épilogue en prose. Cependant, l'authenticité de certains passages à l'intérieur du dialogue a été remise en question, suggérant que certains chapitres pourraient avoir été ajoutés au livre par un autre auteur.
Dans la Bible hébraïque, Job est classé dans la catégorie des « Écrits » (à différencier des deux autres catégories des Écritures, celle du « Pentateuque » et des « Prophètes »). Dans la Septante le livre se trouve de même parmi les « Hagiographes ». Le caractère inspiré du livre n'a jamais été contesté dans les milieux juifs.
Le livre a influencé plusieurs passages de la Bible.
L’Ecclésiaste reprend certains thèmes de Job :
Cependant, cette influence n'est pas incontestable. La ressemblance de Jb 9,12 avec Qo 8,4 (et aussi Dn 4,32) tient plus au caractère proverbial de l’idée exprimée.
Il en va de même pour le livre de la Sagesse (cf. Jb 4,19 et Sg 9,15 ; Jb 28,15 et Sg 7,8s ; Jb 29,9 et Sg 8,12 ; Jb 38,17 et Sg 16,13).
Le livre du Siracide en revanche présente de notables analogies d’images et de vocabulaire avec le livre de Job :
Les Lamentations, en particulier le ch. Jb 3, semblent s’inspirer de la plainte de Job (Lm 3,7ss et Jb 3,23 ; Lm 3,12 et Jb 16,12s ; Lm 3,14 et Jb 30,9).
Le livre de Baruch, à propos de la sagesse (Ba 3,3-4,4), cite Job (Jb 28,12s.23 et Jb 38,35).
Le style et le vocabulaire de Job se retrouve aussi parfois dans la bouche de Jésus
On peut trouver des similitudes terminologiques entre Job et les lettres pauliniennes
ainsi qu’avec l’Apocalypse
Le Testament de Job est un écrit pseudépigraphique difficile à dater, un des premiers témoins de la méditation menée pour interpréter le livre de Job et en atténuer le scandale. Ici, Job est un païen à la recherche du vrai Dieu qui en vient à renverser le temple des idoles. Pour se venger Satan s’en prend à lui, sans qu’il y ait de pari divin. Au contraire, un ange avertit Job qui, convaincu que sa persévérance sera récompensée par la résurrection, est présenté comme un modèle de soumission à la volonté divine, de résistance à Satan et de charité envers les pauvres.
Des développements juifs de la période hellénistique ont interprété le rétablissement final de Job comme une indication de la résurrection future des justes (cf. Test. Jb 4 6), dans le prolongement de la revendication qu’on lit chez les Septante : « il est écrit que Job se lèvera avec ceux que le Seigneur lèvera » (G-Jb 42,17a)
La première littérature chrétienne connaît plusieurs commentaires du livre :
Les thèmes similaires à ceux des auteurs juifs sont également abordés :
Les Moralia in Job de (†604) reprennent tous ces thèmes et exercent une influence sur la littérature occidentale ultérieure. Ils servent de fondement au commentaire de Job dans la Glose ordinaire, et par conséquent, de toutes les interprétations subséquentes jusqu’au début des temps modernes. Par exemple
Mais encore :
Les chrétiens éprouvés demandent l’intercession de Job, figure du juste souffrant. De nombreuses églises et lieux de pèlerinage d’Italie sont placés sous son patronage, de même qu’un certain nombre d’hospices. Il est spécialement prié pour la syphilis et les autres maladies vénériennes (hôpital Saint-Job de Bologne).
Job, prophète de la Résurrection, est souvent représenté dans les catacombes et sur les sarcophages de l’antiquité tardive ; à partir du 4e s., dans le pourtour méditerranéen sur les pierres tombales. Au Moyen-Age, à cause de son utilisation liturgique, Job figure sur de très nombreuses enluminures de manuscrits. Le mobilier liturgique des églises sous son patronage le représente volontiers, comme le retable de l’église Saint-Job de Venise par (†1516).
Toujours suite à son utilisation liturgique, le livre de Job inspire les compositeurs dès la fin du Moyen-Age : les Sacrae lectiones ex Propheta Job de (†1594) par exemple ou le très célèbre « Je sais que mon Rédempteur est vivant » (Jb 19,25) du Messiae de (†1759).
Job est un cas d’école dans l’histoire de la philosophie en ce qui concerne les discussions sur le mal et la théodicée : Sur l'échec de toute tentative philosophique en matière de théodicée (1791) d’ (†1804) propose une lecture de Job où ce dernier, modèle de probité morale et de sagesse, ne se hasarde pas dans des spéculations théodiques. (†1855) fait de même dans La répétition ou La reprise, (Gjentagelsen) (1843) Job et la théodicée.
ICI COMMENCE LE LIVRE DE JOB
Il y avait en terre de Hus un homme nommé « Job » : cet homme était simple, droit, craignant Dieu et éloigné du mal.
Il lui naquit sept fils et trois filles ;
il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux
cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et une famille absolument gigantesque :
il était grand parmi tous les Orientaux, cet homme là !
Ses fils allaient et faisaient un festin dans leurs maisons, chacun à son jour
et ils envoyaient appeler leurs trois sœurs pour qu'elles mangent et boivent avec eux.
Et les jours où ils avaient achevé le cercle des festins,
Job envoyait chercher ses fils et les purifiait ;
se levant de bon matin il offrait des holocaustes à chacun d’entre eux.
En effet, disait-il :
— De crainte que mes fils aient péché tout en bénissant Dieu dans leur cœur !
Ainsi faisait Job tous les jours ...
Or, un certain jour, quand les fils de Dieu venaient se tenir devant le Seigneur,
Satan aussi était présent parmi eux.
Et le Seigneur lui dit : — D’où viens-tu ?
Et celui-ci répondit au Seigneur et dit :
— J'ai parcouru la terre et m'y suis promené ...
Le Seigneur lui dit :
— As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y en a pas de semblable à lui sur la terre,
homme simple, droit, craignant Dieu et éloigné du mal !
Satan, répondant, dit :
— Job ne craint-il pas Dieu en vain ?
N'as-tu pas mis un rempart autour de lui, de sa maison
et de tous ses biens,
béni l’œuvre de ses mains,
et ses possessions n'ont-elles pas augmenté sur la terre ?
Mais étends un tout petit peu la main et touche à tout ce qu'il possède ...
À moins peut-être qu'il n'aille t'en bénir en pleine face ?
Le Seigneur dit à Satan :
— Voici, tout ce qu'il possède est dans ta main,
seulement n'étends pas sur lui ta main.
Et Satan se retira de devant la face du Seigneur.
Or, comme un certain jour ses fils et ses filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné,
un messager vint dire à Job :
— Les bœufs labouraient et les ânesses paissaient autour d’eux,
et les Sabéens ont fait irruption et se sont emparés de tout.
Ils ont frappé du glaive les serviteurs
et je me suis échappé, moi seul, pour te l’annoncer.
Et comme celui-là parlait encore, il en vint un autre et dit :
— Le feu de Dieu est tombé du ciel, ayant frappé les brebis et les serviteurs, il les a consumés,
je me suis échappé, moi seul, pour te l’annoncer.
Mais celui-là parlant encore, il en vint un autre et dit :
—Les Chaldéens ont formé trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et s'en sont emparés,
il ont aussi frappé les serviteurs du glaive,
et j'ai fui, moi seul, pour te l’annoncer.
Celui-là parlait encore, et voilà qu'un autre entra et dit :
— Tes fils et tes filles mangeant et buvant du vin chez leur frère aîné,
subitement un grand vent s’est élevé de l’autre côté du désert,
et a ébranlé les quatre coins de la maison, qui, s'écroulant, a recouvert tes enfants
et ils sont morts,
moi seul, en ai réchappé, pour te l’annoncer !
Alors Job se leva, il déchira son manteau et s'étant rasé la tête, il s'écroula par terre,
il adora et dit :
— Nu je suis sorti du sein de ma mère
et nu j’y retournerai.
Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni.
En tout cela, Job ne pécha point
et ne dit rien d’insensé contre Dieu.
Or, un certain jour, quand les fils de Dieu venaient se tenir debout devant le Seigneur,
venait aussi Satan parmi eux et se tenait en sa présence.
Alors le Seigneur
dit à Satan : — D’où viens-tu ?
Et celui-ci en réponse, dit :
— J'ai parcouru la terre et m'y suis promené ...
Et le Seigneur dit à Satan :
— As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y en a pas de semblable à lui sur la terre, homme simple, droit, craignant Dieu et éloigné du mal, conservant jusqu'ici son innocence,
mais toi, tu m'as excité contre lui pour que je le frappe en vain.
À cela rétorquant, Satan dit :
— Peau pour peau ! Tout ce qu'un homme possède, il le donnera pour sa vie !
D'ailleurs, étends la main, touche ses os et sa chair
et alors tu vas voir qu'il va te bénir, en pleine face !
Le Seigneur dit à Satan :
— Voici, il est en ta main
cependant, conserve-lui la vie !
Et Satan se retira de devant la face du Seigneur
et il frappa Job du pire des ulcères, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête...
Alors Job grattait la sanie à l'aide d'un tesson, assis sur un tas de fumier
et sa femme lui dit :
— Tu persévères encore dans ta simplicité ? Bénis Dieu et meurs !
Il lui dit : — Tu as parlé comme une des femmes insensées.
Si nous recevons les biens des mains de Dieu, pourquoi n’en recevrions-nous pas aussi les maux ?
En toutes ces choses, Job ne pécha pas par ses lèvres.
Trois amis de Job, apprenant tout le mal qui lui était arrivé,
vinrent chacun de son pays : Éliphaz le Témanite, Baldad le Suïte et Sophar le Naamatite.
Car ils étaient convenus de venir ensemble le visiter et le consoler.
Cependant, lorsqu’ils levèrent les yeux au loin, ils ne le reconnurent pas, et poussant un cris d'effroi pleurèrent,
et, déchirant leurs vêtements, ils jetèrent de la poussière par-dessus leurs têtes, contre le ciel.
Ils s'assirent à terre avec lui sept jours et sept nuits,
et personne ne lui dit mot
parce qu’ils voyaient que sa douleur était intense.
Après cela Job ouvrit la bouche et maudit son jour.
Il dit :
— Périsse le jour où je suis né et la nuit où il a été dit : — Un homme est conçu !
Ce jour, qu'il soit changé en ténèbres,
que ne le cherche pas le Dieu d’en haut, qu'il ne soit pas éclairé de la lumière !
Que les ténèbres et l’ombre de la mort l'obscurcissent
qu’un nuage s'en empare et que l'amertume l'enveloppe !
Cette nuit, qu'un tourbillon ténébreux en prenne possession,
qu’elle ne soit pas comptée parmi les jours de l’année et qu’elle ne soit pas dénombrée parmi les mois.
Que cette nuit soit solitaire et qu'elle ne soit pas digne de louange !
Qu'ils la maudissent ceux qui maudissent les jours, ceux qui sont prêts à réveiller Léviathan !
Que les étoiles soient enténébrées de sa noirceur,
qu’elle attende la lumière et ne la voie, pas plus que la naissance de l'aurore qui se lève,
parce qu’elle ne m’a pas fermé les portes du ventre qui me portait ni ôté les maux de devant mes yeux.
Pourquoi ne suis-je mort dans l'utérus ?
Pourquoi n'ai-je pas péri en sortant du ventre de ma mère ?
Pourquoi des genoux accueillants ? Pourquoi des seins allaitants ?
Car maintenant, dormant, je garderais silence et dans mon sommeil je reposerais
avec les rois et les consuls de la terre qui se bâtissent des solitudes
ou avec les princes qui possèdent de l’or et remplissent d’argent leurs demeures
ou comme l’avorton caché, je ne subsisterais pas, comme ceux qui, conçus, ne verront pas la lumière.
Là, les impies cessent leur tumulte, et là, se reposent les forces épuisées.
Ceux qui étaient jadis enchaînés ensemble sont sans sévices, ils n'entendent pas la voix de l'exacteur.
Des grands et des petits sont là, et l'esclave est libre à l'égard de son maître.
Pourquoi donne-t-on la lumière au miséreux et la vie à ceux qui sont dans l'amertume de l’âme ?
A ceux qui attendent la mort et qu'elle ne vient pas, comme s'ils déterraient un trésor
et se réjouissent grandement d'avoir trouvé une tombe,
à l’homme dont la route est cachée et que Dieu entoure de ténèbres ?
Avant de manger, je soupire comme les eaux débordantes, ainsi sont mes rugissements,
puisque la terreur que je redoute m'advient, et ce que je craignais m'arrive.
N'ai-je pas dissimulé ? N'ai-je pas gardé silence ? Ne suis-je pas resté tranquille ? Et l'indignation est venue sur moi.
Et répondant, Éliphaz le Témanite dit :
— Si nous commençons à te parler, peut-être le supporteras-tu avec peine, mais qui pourrait retenir les paroles qu'il a conçues ?
Voilà que tu en as éduqué beaucoup et que tu as raffermi des mains affaiblies.
Ceux qui chancellent, tes discours les ont renforcés et tu as conforté les genoux tremblants
Et maintenant que la plaie vient sur toi, tu flanches,
elle t'a touché et tu es troublé.
Où sont ta crainte, ta force, ta patience, et la perfection de tes voies ?
Allons ! j'ai plutôt vu que ceux qui commettent l'iniquité, qui sèment des douleurs et qui les moissonnent,
périssent au souffle de Dieu et sont consumés par le vent de sa colère.
Le rugissement du lion, la voix de la lionne et les dents du jeune lion sont brisés,
le tigre périt de ne plus avoir de proie, les petits du lion sont dispersés.
Un verbe secret me fut adressé et comme furtivement mon oreille reçut le filet de son murmure,
dans l'horreur d'une vision nocturne, quand le sommeil à coutume de s'emparer des hommes,
dans l'horreur d'une vision nocturne, quand le sommeil a coutume de s'emparer des hommes,
l'effroi me saisit, un tremblement, et tous mes os furent épouvantés...
Et comme un souffle passa, moi présent, les poils de ma chair se hérissèrent :
quelqu'un se dressa dont je ne reconnus pas le visage,
une image devant mes yeux, et j'entendis une voix comme une brise légère :
— L'être humain sera-t-il justifié par rapport à Dieu ? Ou l'homme sera-t-il plus pur que son créateur ?
Voilà que ceux qui le servent ne sont pas stables, et même dans ses anges il a trouvé de la dépravation.
Combien plus ceux qui habitent des maisons d'argile, qui ont des fondements terrestres,
seront-ils consumés comme par la mite !
Du matin au soir ils seront abatus ;
et parce que nul ne comprend, ils périront pour l'éternité.
Ceux d'entre eux qui resteront seront enlevés ;
Ils mourront, et ce ne sera pas dans la sagesse.
Appelle donc, s'il y en a qui te répondent, et tourne-toi vers quelques-uns des saints.
Vraiment, la colère tuera l’insensé et la jalousie fera périr le tout petit.
Moi, j'ai vu l’insensé avec une racine vigoureuse, et j'ai aussitôt maudit sa splendeur :
ses fils sont loin du salut, ils sont écrasés à la porte, et il n'y aura personne pour les délivrer ;
le famélique dévorera sa moisson, l'homme armé la ravira lui-même, et les assoiffés engloutiront ses richesses !
Rien sur terre ne se fait sans cause et la souffrance ne germe pas du sol.
L’homme naît pour travailler, et l'oiseau pour voler.
C'est pourquoi moi je supplierai le Seigneur, et c'est à Dieu que j'adresserai ma parole,
lui qui fait des choses grandes et insondables, des merveilles sans nombre,
lui qui verse la pluie sur la face de la terre et arrose d'eaux tous les lieux,
lui qui place les humbles dans les hauteurs et relève ceux qui sont abattus en les délivrant,
lui qui dissipe les projets des pervers pour que leurs mains ne terminent ce qu'ils avaient commencé
lui qui surprend les sages dans leur propre ruse, et il anéantit les desseins des dépravés
le jour, ils rencontreront les ténèbres comme dans la nuit, ainsi tâtonneront-ils en plein midi.
Mais il sauvera le pauvre du glaive de leur bouche et de la main du violent.
Il y aura de l'espoir pour l'indigent, mais l'iniquité contractera sa bouche.
Heureux l’homme qui est corrigé par le Seigneur !
ne méprise pas le châtiment du Seigneur,
parce quelui-même blesse et soigne ; il frappe et ses mains guériront.
Dans six tribulations il te délivrera et, dans la septième, le mal ne te touchera pas.
Dans la famine, il t'arrachera de la mort, et dans la guerre, de la main du glaive.
Tu seras à l`abri du fouet de la langue et tu ne craindras pas la calamité quand il viendra.
Dans la désolation et la famine tu riras et les bêtes de la terre ne t'effraieront pas.
Mais tu feras alliance avec les pierres du pays, et les bêtes de la terre seront en paix avec toi.
Tu sauras que ta tente est en paix ; et, en visitant ta splendeur, tu ne pécheras pas.
Tu sauras aussi que ta postérité sera multipliée, et que ta progéniture sera comme l'herbe de la terre.
Tu entreras dans l'abondance au sépulcre, comme on dresse un monceau en son temps.
Voici ce que nous avons observé : c’est ainsi ! Écoute-le et médite-le dans ton esprit.
Or, répondant, Job dit :
— Si mes péchés qui m'ont mérité la colère et la calamité que je subis pouvaient être pesés à la statère,
celle-ci semblerait plus alourdie que par le sable de la mer !
De là vient que mes mots aussi sont pleins de douleur
que les flèches du Seigneur sont en moi, que l'inflammation qu'elles provoquent épuise mon esprit et que les terreurs du Seigneur combattent contre moi...
Est-ce qu'un onagre rugira alors qu'il aura disposé d’herbe ? Ou le bœuf mugira-t-il, alors qu'il se sera tenu devant une crèche pleine ?
Ou pourra-t-on manger une nourriture fade qui n'est pas assaisonnée avec du sel ?
Ou quelqu'un peut-il goûter ce qui, une fois goûté, apporte la mort ?
Ce qu'auparavant mon âme ne voulait pas toucher : voilà maintenant, à cause de l'angoisse, mes victuailles !
Qui fera que ma requête soit exaucée ? Dieu me donnera-t-il ce que j'attends ?
Que celui qui a commencé me broie lui-même, qu'il donne libre cours à sa main et m'achève ?
Et que ce soit là ma consolation ; que, m'affligeant de douleur, il ne m'épargne pas, et que je ne contredise pas les paroles du Saint.
Car quelle est ma force pour que je tienne ? Quelle est ma fin pour que je prenne patience ?
Ce n'est pas une force de pierre, que ma force, et ma chair n'est pas d'airain.
Voici que je n'ai plus de secours en moi-même, et mes proches aussi se sont éloignés de moi.
Celui qui prive son ami de la miséricorde, délaisse la crainte du Seigneur.
Mes frères ont passé devant moi comme le torrent qui furtivement traverse les vallées.
Ceux qui craignent la gelée, la neige se précipitera sur eux.
Au temps où ils seront dispersés, ils périront et dès que viendra la chaleur, ils disparaitront de leur place.
Les sentiers de leurs pas sont embrouillés ; Ils marcheront sur le vide et ils périront.
Considérez les sentiers de Théman, les routes de Saba et attendez un peu :
ils sont confondus parce que j'ai espéré. Ils sont venus jusqu'à moi et ils ont été couverts de honte.
Maintenant vous êtes venus et seulement en voyant ma plaie vous craignez.
Est-ce parce que je vous aurais dit : — Donnez-moi quelque chose et offrez-moi de vos biens ?
Ou : — Délivrez-moi de la main de l'ennemi et arrachez-moi à la main des forts ?
Enseignez-moi, moi, je me tairai ; et si par hasard j'ai ignoré quelque chose, instruisez-moi !
Pourquoi dénigrez-vous des paroles de vérité alors que, d'entre vous, il n'est personne qui puisse argumenter :
vous n'apprêtez de discours que pour blâmer et vous proférez des mots en l'air !
Mais vous vous ruez sur l'orphelin et vous tâchez de renverser votre ami.
Achevez donc ce que vous avez commencé, prêtez l'oreille et voyez si je mens.
Répondez, je vous prie sans acharnement et, en parlant, jugez ce qui est juste.
Vous ne trouverez pas d'iniquité sur ma langue et la sottise ne résonnera pas sur mon palais.
La vie de l'homme sur terre est un service militaire et ses jours sont comme ceux du mercenaire :
comme l’esclave soupire après l’ombre et comme le mercenaire attend la fin de son service
ainsi, moi aussi j’ai en partage des mois de néant, je ne compte plus mes nuits de peine !
Si je dors, je dis : — Quand me lèverai-je ?
Mais de nouveau j'attends le soir et je suis rassasié de douleurs jusqu'aux ténèbres ;
ma chair est couverte de moisissure et d'une sale poussière
ma peau est desséchée et contractée ;
mes jours s'en vont plus vite que n'est coupé le fil du tisserand et les voici consumés, il n'y a plus aucun espoir !
Souviens-toi que ma vie n'est qu'un souffle, mon œil ne reviendra pas pour voir le bonheur.
Je ne serai plus vu d'aucun regard humain :
tes yeux sur moi, je ne subsisterai pas !
Comme le nuage se dissipe et passe, ainsi celui qui sera descendu aux enfers n'en remontera pas ;
il ne retournera plus dans sa maison, son lieu ne le reconnaîtra plus.
c’est pourquoi moi non plus, je ne retiendrai pas ma bouche
je parlerai dans l’angoisse de mon esprit
je palabrerai avec l’amertume de mon âme :
— Suis-je la mer ou un monstre marin pour que tu m'entoures d'une prison ?
Si je dis : — Mon lit me consolera, je me lèverai en parlant avec moi-même sur ma couche.
Tu m’effraies par des songes, tu m’épouvantes par des visions d'horreur.
C'est pourquoi mon âme choisit la pendaison et mes os la mort.
Je desespère de vivre davantage ;
épargne-moi car mes jours ne sont rien !
Qu’est-ce que l’homme pour que tu le magnifies ou que tu disposes ton cœur contre lui ?
Tu le visites à l'aube et aussitôt tu te mets à l'éprouver...
Jusqu'à quand ne m'épargneras-tu pas et ne me laisseras-tu pas avaler ma salive ?
J’ai péché. Que pourrais-je te faire, ô gardien des hommes ?
Pourquoi m'as-tu constitué dans l'opposition à toi et suis-je créé comme une charge pour moi-même ?
Que n'enlèves-tu mon péché, et pourquoi n'éloignes-tu pas mon iniquité ?
Voici, je vais m'endormir dans la poussière et si tu me cherches au matin, je ne subsisterai pas.
Baldad le Suïte répondit et dit :
— Jusques à quand discoureras-tu ainsi ? Les paroles de ta bouche sont un vent impétueux.
Dieu ferait-t-il tomber le jugement ? Et le Tout-Puissant fausserait-il ce qui est juste ?
Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés aux mains de leur iniquité.
Mais toi, si à l'aube tu t'es tourné vers Dieu et tu as supplié le Tout-Puissant,
si tu es pur et droit, aussitôt il veillera sur toi et rendra paisible la demeure de ta justice
en sorte que tes débuts ne seront que peu de chose et que ton avenir sera très abondant.
Interroge donc les générations passées, explore avec soin la mémoire des pères
car nous sommes d’hier et nous ignorons que nos jours sur la terre sont comme une ombre.
Eux-mêmes t'instruiront et te parleront, et de leur cœur ils profèreront des paroles.
Le jonc pourrait-il vivre sans humidité ou le carex croît-il sans eau ?
Alors qu'il est encore en fleur, sans qu’une main ne le coupe il sèche avant toute herbe.
Telles sont les voies de tous ceux qui oublient Dieu, l'espoir de l'hypocrite périra.
Sa folie ne lui plaira pas, sa confiance sera comme une toile d'araignée.
Il s’appuiera sur sa maison et elle ne tiendra pas
il la soutiendra et elle ne résistera pas.
Il apparaît humide avant que vienne le soleil, il étend ses rameaux dans son jardin
sur un tas de rochers ses racines seront serrées et parmi les pierres il sera retenu.
Si on l’arrache de son lieu celui-ci le renie : — Je ne t’ai pas connu.
Telle est la joie de son chemin : qu'à leur tour, de la poussière, d'autres germeront.
Ainsi Dieu ne rejettera pas un homme simple, il ne prendra pas la main des malfaiteurs
jusqu'à ce qu'il remplisse ta bouche de rires et tes lèvres de cris de joie.
Ceux qui te haïssent seront couverts de confusion et la tente des impies ne subsistera pas.
Et répondant, Job dit :
— Vraiment je sais qu'il en est ainsi et que l'homme ne peut être justifié comparé à Dieu.
S’il veut disputer avec lui, il ne pourra répondre une chose sur mille.
Il est sage de coeur et puissant de force : qui lui a résisté et a eu la paix ?
C'est lui qui a déplacé des montagnes, et ceux qu'il a renversé dans sa fureur ne s'en sont pas aperçus.
C'est lui qui ébranle la terre sur sa base, et dont ses colonnes sont renversées.
C'est lui qui commande au soleil et il ne se lève pas, et qui renferme les étoiles comme sous un sceau.
C'est lui seul qui étend les cieux et qui marche sur les flots de la mer.
C'est lui qui a fait Arcturus, Orion, les Hyades et les intérieures du midi.
C'est lui qui a fait de grandes choses, incompréhensibles et merveilleuses qui sont sans nombre.
S'il venait à moi, je ne le verrais pas, s'il s'en allait, je ne m'en apercevrais pas.
Si subitement il interrogeait, qui lui répondrait ? Qui peut lui dire : — Pourquoi agis-tu ainsi ?
Dieu dont personne ne peut résister à la colère et sous lequel se courbent ceux qui portent l'orbe,
combien grand suis-je donc, moi, que j'aille lui répondre et parler avec lui avec mes propres mots ?
Quand j'aurais en moi quelque justice, je ne répondrais pas, mais j'implorerais mon juge
et s'il me prêtait l'oreille lorsque je l'invoquerais, je ne crois pas qu'il écouterait ma voix !
Lui qui me brisera dans un tourbillon et multipliera sans raison mes blessures
il ne concède pas à mon esprit de se reposer et il me remplit d'amertumes.
Si on en appelle à la force il est le plus fort.
Si on en appelle à l'équité du juge personne n'oserait se dire témoin en ma faveur.
Si je voulais me justifier, ma propre bouche me condamnerait ;
si je voulais me montrer innocent, il me prouverait méchant.
Quand bien même je serais simple, mon âme l'ignorerait et j'aurais du dégoût pour ma vie.
Je dis une seule chose ; lui consume et l'innocent et l'impie.
S'il flagelle, qu'il tue d'un coup et qu'il ne rie des peines de l'innocent.
La terre est livrée à la main d'un impie, il couvre la face de ses juges.
Si ce n’est pas lui, qui est-ce donc ?
Mes jours ont été plus rapides qu'un coureur, ils ont fui et n'ont pas vu le bonheur,
ils sont passés comme des navires portant des fruits, comme l’aigle qui fond sur sa proie.
Si je disais : — Je ne parlerai plus ainsi, je change ma face et je me tords de douleur,
je crains toutes mes œuvres sachant que tu n'épargnerais pas le coupable.
Si après tout je suis purement et simplement un impie, pourquoi aurais-je travaillé en vain ?
Si j'étais propre comme l'eau de la neige et que mes mains brillaient comme étant les plus pures,
alors tu me plongerais dans les ordures et mes vêtements me feraient horreur.
Car je n'aurai pas à répondre à un homme qui serait semblable à moi et qui pourrait être entendu avec moi en jugement à égalité.
Il n’y a personne qui puisse inculper l'un et l'autre et poser sa main sur les deux.
Qu’il retire de moi sa verge, et que sa terreur ne me tourmente plus.
je parlerai et ne le craindrai pas ; car, effrayé, je ne peux répondre.
Mon âme est fatiguée de ma vie,
j'abandonnerai mon discours contre moi-même,
je parlerai dans l'amertume de mon âme.
Je dirai à Dieu : — Ne me condamne pas, indique-moi pourquoi tu me juges ainsi.
Te semblerait-il bon de me calomnier et de m'opprimer, moi qui suis l'œuvre de tes mains,
et d'encourager le conseil des impies ?
As-tu des yeux de chair, verras-tu comme voit un homme ?
Tes jours sont-ils comme ceux de l’homme, tes années sont-elles comme les temps humains
pour que tu t'enquières de mon iniquité, et que tu recherches mon péché ?
Et tu saches que je n'ai rien fait d'impie puisqu'il n'y a personne qui puisse m'arracher de ta main.
Tes mains m’ont formé et m'ont façonné tout entier dans mes contours, et ainsi soudainement tu me précipites dans un abîme !
Souviens-toi, je tʼen prie, que tu m’as pétri comme l’argile et tu me réduis en poussière.
Ne m’as-tu pas trait comme le lait et fait cailler comme le fromage ?
Tu m’as vêtu de peau et de chair, et avec des os et des nerfs tu m’as assemblé.
Tu m'as accordé la vie et la miséricorde et ta visite a gardé mon esprit.
Bien que tu caches cela dans ton cœur, je sais cependant que tu te rappelles de toute chose.
Si je pèche et que sur l'heure tu m'épargnes, pourquoi ne souffres-tu pas que je sois purifié de mon iniquité ?
Si j'ai été impie, malheur à moi !
Si je suis juste, je ne lèverai pas la tête, saturé d'affliction et de misère.
À cause de l'orgueil tu me prendras comme une lionne et tu me tortureras de nouveau prodigieusement.
Tu places tes témoins contre moi et augmentes ta colère à mon encontre, des peines m'assaillent.
Pourquoi m’as-tu fait sortir de la matrice ? Plût au ciel que j'eusse été consumé ! aucun œil ne m'aurait vu.
J'aurais été comme n'étant pas, transporté de l'utérus au tombeau.
La brièveté de mes jours ne s'achèvera-t-elle pas bientôt ?
Permets-moi donc de me lamenter un peu sur ma douleur :
avant que je m’en aille d'où je ne reviendrai pas, dans une terreténébreuse et couverte d'une obscurité de mort,
terre de misères et de ténèbres où habite l'ombre de la mort, et où il n'y a pas d'ordre, mais une horreur sempiternelle.
Répondant alors, Sophar le Naamatite dit :
— Est-ce celui qui ne parle pas beaucoup et écoute, ou bien l'homme verbeux, qui sera justifié ?
Est-ce pour toi seul que les hommes se tairont ? Et lorsque tu auras raillé tous les autres, ne seras-tu confondu par aucun ?
Tu as en effet dit : — Mon discours est pur et je suis irréprochable devant toi.
Si seulement Dieu te parlait, s'il ouvrait ses lèvres à ton égard,
pour te montrer les secrets de la sagesse, et ô combien sa loi est multiple !
Alors tu comprendrais que Dieu exige beaucoup moins de toi que ce que mérite ton iniquité !
Mais peut-être percevras-tu les traces de Dieu,
et, déjà, atteindras-tu le Tout-puissant dans sa perfection ?
Il est plus haut que les cieux : que feras-tu ? Plus profond que l'enfer : d'où en tireras-tu connaissance ?
Sa mesure est plus longue que la terre et plus large que la mer :
s’il renverse toutes choses ou les réduit à une seule, qui s’y opposera ?
lui-même, en effet, connaît la vanité des hommes et, voyant l'iniquité, est-ce qu'il ne lui prêtera pas attention ?
C'est l'homme vain qui s'élève dans l'orgueil et, tel le petit de l'onagre, se pense né libre !
Toi, en revanche, tu as affermi ton cœur et tu as tendu les mains vers lui :
si tu éloignes de toi l’iniquité autant qu'il t'est possible , et que l’injustice ne demeure pas dans ta tente
alors tu pourras montrer un visage sans tache, tu seras inébranlable et tu ne craindras pas ;
tu oublieras aussi ta misère, tu t’en souviendras comme d'eaux totalement écoulées ;
et comme un éclat méridien se lèvera pour toi au soir
et lorsque tu te seras cru consumé, tu te lèveras comme le lucifer !
Tu seras plein de confiance, l'espérance t'ayant été proposée, et, même enterré, tu dormiras tranquille :
tu reposeras sans que nul ne t’épouvante et le plus grand nombre implorera ta face.
Quant aux impies, leur yeux s'éteindront, toute possibilité de fuir s'éloignera d'eux et leur espérance : l'abomination de l'âme !
Job répondit et dit :
— Ainsi vous, vous êtes les seuls hommes et avec vous mourra la sagesse ?
Moi aussi j'ai un cœur comme vous, et je ne vous suis pas inférieur ;
qui, en effet, ignore ce que vous savez ?
Celui qui est raillé par ses amis comme moi invoquera Dieu, et il l'exaucera,
car la simplicité du juste est tournée en dérision.
C'est une lampe méprisée par les réflexions des riches, prête pour le temps voulu.
Les tentes des pillards sont dans l'abondance, et ils outragent Dieu avec audace,
alors que c'est lui qui a tout livré entre leurs mains.
Certes, interroge les bêtes et elles t’instruiront, les oiseaux du ciel et ils te l'indiqueront,
ou bien parle à la terre et elle te répondra, et les poissons de la mer te le raconteront.
Qui ignore que toutes ces choses, c'est la main du Seigneur qui les a faites ?
C'est dans sa main que sont l'âme de tout ce qui vit, et l'esprit de toute chair d'homme.
N'est-ce pas l’oreille qui distingue les mots et le palais la saveur des aliments ?
Chez les anciens est la sagesse, et dans une longue vie la prudence.
En lui la sagesse et la puissance, c'est lui qui possède le conseil et l’intelligence.
S'il détruit, il n'y a personne qui construira et s'il enferme un homme, nul de pourra lui ouvrir.
S' il retient les eaux, tout se desséchera ; il les lâche, elles ravageront la terre.
En lui la puissance et la sagesse, il connaît et celui qui trompe et celui qui est trompé.
Il mène les conseillers à une fin insensée, et les juges à la stupidité.
Il ouvre le baudrier des rois et ceint d'une corde leurs reins.
Il emmène les prêtres sans gloire, et il renverse les grands.
Il change les lèvres des hommes véridiques, en ôtant l'enseignement des vieillards.
Il verse le mépris sur les princes, en relevant ceux qui avaient été opprimés.
C'est lui qui révèle les profondeurs des ténèbres et dévoile dans la lumière l’ombre de la mort.
C'est lui qui multiplie les nations et les perd, et qui, après les avoir renversées, les restaure à l'identique.
C'est lui qui change le cœur des princes des peuples de la terre, qui les trompe afin qu'ils marchent vainement dans une voie sans issue.
Ils tâtonneront comme dans les ténèbres sans lumière, et il les fera errer comme des ivrognes.
Voilà : toutes ces choses mon œil les a vues, mon oreille les a entendues et je les ai comprises une à une.
Je sais, moi aussi, selon votre science, et je ne suis pas inférieur à vous.
Mais cependant, c'est au Tout-Puissant que je parlerai, c'est avec Dieu que je veux régler mes comptes,
en montrant avant tout que vous êtes des forgeurs de mensonge et des adorateurs de doctrines perverses.
Si seulement vous gardiez le silence ! Vous pourriez passer pour sages.
Écoutez je vous prie mes blâmes, soyez attentifs au jugement de mes lèvres.
Dieu a-t-il besoin de votre mensonge pour que vous parliez en son nom de manière trompeuse ?
Acceptez-vous sa face ? Cherchez-vous à juger en faveur de Dieu ?
Ou bien cela lui plaira-t-il, lui à qui rien ne peut être caché ? Ou bien sera-t-il trompé comme un homme par vos tromperies ?
Lui-même vous accusera, parce qu'en secret vous acceptez sa face.
Dès qu'il s'agitera, il vous troublera et sa terreur fondra sur vous.
Votre mémoire sera comparable à la cendre et vos nuques seront réduites en boue.
Taisez-vous un peu pour que je dise tout ce que mon esprit me suggèrera.
Pourquoi lacèrerais-je ma chair avec mes dents ? Je porte mon âme dans mes mains.
Quand bien même me tuerait-il, c'est en lui que j'espérerais ; j'exposerai donc mes voies en sa présence
et lui-même sera mon sauveur ;
car aucun hypocrite ne viendra en sa présence.
Écoutez ma parole, prétez l'oreilles à des énigmes.
Si j'étais jugé, je sais que je serais trouvé juste.
Qui est celui qui plaidera contre moi ? Qu'il vienne ! Pourquoi me consumerais-je en me taisant ?
Seulement ne me fais pas deux choses, et je ne me cacherai pas loin de ta face.
Éloigne ta main de moi et que ta terreur ne m’épouvante pas.
Appelle-moi et moi, je te répondrai ou tout au moins je parlerai et toi, réponds-moi !
Combien ai-je d'iniquités et de péchés ? Montre-moi mon crime et mon délit.
Pourquoi caches-tu ta face et me considères-tu comme ton ennemi ?
Contre une feuille emportée par le vent, tu déploies ta puissance, et tu poursuis une paille sèche.
Car tu écris contre moi des choses amères et tu veux me consumer pour les péchés de mon adolescence,
tu as mis mon pied dans les ceps, tu as observé tous mes chemins, et tu as considéré les traces de mes pieds.
Moi qui suis consumé comme une chose putréfié et comme un vêtement qui est rongé par une teigne.
L’homme né de la femme, vit peu de temps, et est rempli de beaucoup de misères.
Comme une fleur, il s'élève et il est broyé, et il fuit comme l'ombre et jamais il ne demeure dans un même état.
Et tu penses qu'il soit convenable d'ouvrir de cette manière ton œil sur lui et de le conduire avec toi en jugement !
Qui peut rendre pur ce qui est conçu de la semence impure ? N'es-tu pas, toi, le seul ?
Les jours de l'homme sont brefs, le nombre de ses mois est devant toi,
tu as fixé pour eux des bornes qui ne pourront être dépassées.
Éloigne-toi un peu de lui pour qu'il se repose, jusqu'à ce que vienne son souhait, comme au mercenaire son jour.
L'arbre a de l'espoir : s'il est coupé il reverdit encore et ses rameaux se multiplient.
Si sa racine vieillit dans la terre et sa souche meurt dans la poussière,
à l'odeur de l'eau il germera, il produira une frondaison comme lorsqu'il a été planté pour la première fois.
Mais l’homme, quand il sera mort, nu et consumé, je vous le demande, où est-il ?
De même que les eaux des mers se retirent et que le fleuve tari s'assèche,
ainsi l'homme, s'il s'endort ne se relèvera pas ;
jusqu'à ce que le ciel se brise, il ne se réveillera pas, et il ne sortira pas de son sommeil.
Qui m'accordera cela, afin que tu me protèges dans l'enfer
que tu me caches jusqu'à ce que ta colère soit passée,
et que tu m'assignes un temps où tu te souviendras de moi ?
Penses-tu que l'homme mort revive ?
Tous ces jours désormais que je passe à combattre, j'attends que vienne mon changement.
Tu appelleras et moi, je te répondrai, tu tendras ta main droite à l'ouvrage de tes mains.
Tu as, sans doute, compté mes pas, mais tu pardonneras mes péchés ,
tu as scellé mes fautes comme dans un sac, mais tu as guéri mon iniquité.
La montagne disparaît en s'écroulant et le rocher est détaché de son lieu,
les eaux creusent les pierres, les débordement consume progressivement la terre :
C'est d'une manière semblable que tu anéantiras l'homme,
tu l'as revigoré pour peu de temps, afin qu'il disparaisse perpétuellement ;
tu changeras sa face et le renverras.
Que ses enfants soient nobles ou ignobles, il ne le saura pas.
Toutefois sa chair, tant qu'il vivra, souffrira, et son âme se lamentera sur lui.
Éliphaz le Témanite répondit et dit :
— Le sage répondra-t-il comme s'il parlait au vent ? Remplira-t-il son estomac d'une chaleur brûlante ?
Tu argumentes en mots avec celui qui n'est pas ton égal, et tu parles contre ton intérêt :
autant qu'il t'est possible, tu as évacué la crainte, mais tu as porté tes prières devant Dieu !
En effet, ton iniquité a instruit ta bouche, et tu imites la langue des blasphémateurs :
c'est ta propre bouche qui te condamnera, pas moi, et ce sont tes lèvres qui te répondront.
Es-tu le premier homme qui soit né et as-tu été formé avant les collines ?
As-tu entendu le conseil de Dieu et sa sagesse te sera-t-elle inférieure ?
Que sais-tu que nous ignorions ? Que comprends-tu que nous ne sachions pas ?
Il est des viellards et des anciens parmi nous, beaucoup plus vieux que tes pères.
Serait-il extraordinaire que Dieu puisse te consoler ? Mais tes mots erronés l'en empêchent !
Pourquoi ton cœur t'élève-t-il ? Pourquoi tes yeux sont-ils fixes, comme si tu pensais de grandes choses ?
Pourquoi ton esprit s'enfle-t-il contre Dieu, pour que tu profères de ta bouche de tels discours ?
Pourquoi l'homme serait-il sans tache, et celui qui est né d'une femme paraîtrait-il juste ?
Voici, parmi ses saints, aucun n'est immuable et les cieux ne sont pas purs à ses yeux.
Combien plus abominable et inutile est l'homme qui boit l'iniquité comme de l'eau ?
Je te montrerai, écoute-moi, ce que j'ai vu, je te le raconterai.
Les sages confessent, ils ne cachent pas leurs pères,
eux à qui seuls est donnée la terre, aucun étranger ne passe parmi eux.
Tous ses jours l'impie s'enorgueillit, le nombre de jours de sa tyrannie est incertain.
Le bruit de la terreur est toujours dans ses oreilles, et quoiqu'il y ait la paix, lui soupçonne toujours des embûches.
Il ne croit pas qu'il puisse revenir des ténèbres, il voit de tous côtés autour de lui le glaive.
Quand il se déplace pour chercher le pain, il sait que le jour des ténèbres est prêt dans sa main.
La tribulation l'épouvantera et l'angoisse l'environnera comme un roi prêt au combat.
Car il a étendu contre Dieu sa main, il s'est raidi contre le Tout-Puissant.
Il a couru vers lui la nuque dressée, il s'est armé d'un cou graissé.
Il a couvert d'épaisseur son visage, il a fait des bourrelets sur ses reins.
Il habitait des villes désolées, des maisons désertes, qui sont réduites en tas.
Il ne s’enrichira pas, sa fortune ne durera pas, et il ne poussera pas ses racines dans la terre.
Il ne reviendra pas des ténèbres,
la flamme desséchera ses rameaux,et il sera emporté par le souffle de sa bouche.
Il ne croira pas, trompé par une vaine erreur, qu'il sera racheté à quelque prix que ce soit.
Avant que ses jours soient accomplis il périra et sa main dessèchera.
Il sera flétri comme une vigne dont les grappes sont à leur première floraison, et comme un olivier qui jette sa fleur.
L'assemblée des hypocrites est stérile, un feu dévorera la tente de ceux qui accueillent volontiers des présents.
Il a conçu la souffrance et il a enfanté l'iniquité, et son sein prépare des tromperies.
Mais, répondant, Job dit :
— J’ai entendu souvent de telles choses,
vous êtes tous de pénibles consolateurs.
Ces mots creux n'auront-ils pas de fin ? Ou bien y aura-t-il quelqu'un pour te battre si tu parles ?
Je pourrais, moi aussi, dire de choses semblables aux vôtres,
puisse seulement votre âme avoir été à la place de la mienne !
Je vous consolerais, moi aussi, par des discours et je hocherais la tête contre vous,
Je vous fortifierais par ma bouche, et je bougerais les lèvres comme pour vous épargner.
Mais que ferai-je ? Si je parle, ma douleur ne s'apaise pas et si je me tais, elle ne me quitte pas.
Mais maintenant la douleur m'oppresse et tous mes membres sont réduits à néant.
Mes rides témoignent contre moi,
on dresse un faux témoin devant ma face pour me contredire.
Il rassemble sa fureur envers moi, me menaçant, il grince des dents contre moi, mon ennemi me regarde avec des yeux terribles.
Ils ouvrent leur bouche contre moi, et m'outrageant, ils frappent ma mâchoire, ils se rassasient de mes peines.
Dieu m’a enfermé chez un injuste, il m’a livré entre les mains des impies.
Dieu m’a enfermé chez un injuste, il m’a livré entre les mains des impies.
Moi qui étais autrefois dans l'opulence, j'ai été soudain détruit,
il a saisi ma nuque, m'a brisé et m'a posé devant lui comme une cible.
Il m'a encerclé de ses lances, il a transpercé mes reins, sans m'épargner il a répandu mes entrailles sur la terre.
il m'inflige blessure sur blessure, il se rue sur moi comme un géant.
J’ai cousu un sac sur ma peau et couvert ma corne de cendre.
Mon visage s'est enflé par les pleurs et mes paupières se sont obscurcies.
J'ai souffert ces choses sans que ma main ait commis d'iniquité lorsque j'adressais à Dieu des prières pures.
Terre, ne couvre pas mon sang, que mon cri ne trouve pas en toi une cachette !
Car voici que dans le ciel est mon témoin, et celui qui connaît ma conscience dans les hauteurs.
Mes amis sont verbeux, c’est devant Dieu que mon œil fond en larmes.
Si seulement un homme pouvait être justifié devant Dieu comme le fils d'un homme est justifié devant ses semblables !
23. Car voici, les brèves années s'écoulent et je marche dans un sentier dont je ne reviendrai pas.
Mon esprit s'atténuera, mes jours seront abrégés, il ne me reste plus qu'un sépulcre.
Je n'ai pas péché et mon œil demeure au milieu des amertumes.
Délivre-moi et mets-moi près de toi, que la main de n'importe qui combatte contre moi !
Tu as éloigné leur cœur de la discipline, c'est pourquoi ils ne seront pas exaltés.
Il promet à ses compagnons une proie et les yeux de ses fils défaillent.
Il m'a rendu comme la fable du peuple et je suis un exemple devant eux.
Mon œil est assombri par l'indignation et mes membres sont comme réduits à néant.
Les justes sont stupéfaits de cela et l’innocent se dresse contre l'hypocrite.
Le juste gardera sa voie et celui qui a les mains pures se fortifiera.
Mais vous tous, revenez, venez donc, je ne trouverai pas un sage parmi vous.
Mes jours sont passés, mes pensées se sont dissipées, celles qui tourmentent mon cœur.
Elles ont changé la nuit en jour et aussitôt après les ténèbres, j'espère la lumière.
Si je résiste, l'enfer est ma maison, et c'est dans les ténèbres que j'ai préparé mon lit.
J’ai dit à la pourriture : — Tu es mon père ; aux vers : ma mère et ma sœur .
Où est donc maintenant mon espérance ? Ma patience, qui la prend en considération ?
Tous mes biens descendront au plus profond des enfers : penses-tu que là au moins je trouverai le repos ?
Alors, répondant, Baldad le Suïte, dit :
— Quel but cherchez-vous à atteindre en continuant à jacter ?
Ayez d'abord de l'intelligence, qu'ainsi nous puissions parler !
Pourquoi sommes-nous considérés comme des bêtes et sommes-nous impropres à vos yeux ?
Toi qui perds ton âme dans ta fureur,
la terre serait-elle abandonnée à cause de toi et les rochers déplacés de leur lieu ?
La lumière d'un impie ne s’éteindra-t-elle pas ? La flamme de son feu brille-t-elle encore?
La lumière se couvrira de ténèbres dans la tente, sa lampe qui est au-dessus de lui s’éteindra.
Les pas de sa vaillance se raccourciront, son conseil le précipite
car il a engagé ses pieds dans un filet, il marche dans ses mailles.
Un lacet saisit son pied, la soif brûle contre lui.
Le piège est caché dans la terre, la trappe sur le sentier.
Des frayeurs tout autour le terrifieront et envelopperont ses pas.
Que sa force soit amoindrie par la faim, et que la disette envahisse ses flancs !
Qu'elle dévore la beauté de sa peau, que la mort première-née consume ses bras !
Que sa confiance soit arrachée de sa tente, et que le trépas comme un roi la piétine !
Que les compagnons de celui qui n'est plus habitent dans sa tente, et le soufre soit répandu dans son tabernacle !
Qu'en bas ses racines soient desséchées, et qu'en haut sa moisson soit détruite !
Que sa mémoire disparaisse de la terre, et que son nom ne soit point célébré dans les places publiques !
Il le chassera de la lumière dans les ténèbres et il le transportera hors du monde.
Il n'aura ni descendance ni postérité dans son peuple ni aucun reste dans sa région.
Les derniers seront étonnés de son jour, quant aux premiers, l'horreur les saisira.
Telles sont les tentes de l'inique, tel est le lieu de celui qui ignore Dieu.
Or, répondant, Job dit :
— Jusqu'à quand affligerez-vous mon âme et m'écraserez-vous de discours ?
Voilà dix fois que vous me confondez, vous n'avez pas honte de me tourmenter.
Et si vraiment j'ai ignoré, avec moi sera mon ignorance.
Mais vous, vous vous dressez contre moi et vous m'accusez à cause de mes opprobes :
comprenez au moins maintenant que ce n'est pas d'un jugement égal, que Dieu me frappe et qu'il m'entoure de ses fouets.
Voici que je crierai la violence que j'endure et nul ne m'écoutera, je pousserai des cries perçants et il n'y aura personne pour juger.
Il a circonscrit mon chemin que je ne puis désormais franchir, et sur mes sentiers il a établi des ténèbres.
Il m’a dépouillé de ma gloire, il a enlevé la couronne de ma tête.
Il m’a sapé tout autour et je péris, il a arraché, comme un arbre déraciné, mon espoir.
Sa fureur s'est irritée contre moi, il m’a considéré comme son ennemi.
Ses mercenaires sont venus ensemble, ils ont frayé leur chemin vers moi et ils ont assiégé ma tante tout autour.
Il a éloigné mes frères de moi, mes connaissances, comme des étrangers, se sont retirées de moi.
Mes proches m'ont abondonné et ceux qui me connaissaient m'ont oublié.
Les habitants de ma maison et mes servantes m'ont regardé comme un étranger : je j'ai été comme un pérégrin à leurs yeux.
J’ai appelé mon serviteur et il ne m'a pas répondu, je l'ai imploré de ma propre bouche.
Ma femme a eu mon haleine en horreur, j'ai supplié les fils de mes entrailles.
Même les sots me méprisaient et lorsque je les quittais, ils me calomniaient.
Ceux qui étaient autrefois mes conseillers m'ont en abomination, et celui que j'aimais le plus s'est tourné contre moi.
Les chairs consumées, à ma peau se sont collés mes os, il n'y a plus que des lèvres autour de mes dents.
Ayez pitié, ayez pitié de moi, au moins vous, mes amis, car la main de Dieu m’a frappé.
Pourquoi me persécutez-vous comme Dieu ? Pourquoi vous rassasiez-vous pas de ma chair ?
Qui m'accordera que mes discours soient écrits ?
Qui me donnera qu'ils soient gravés dans un livre
avec un stylet de fer et une plaque de plomb ou qu'ils soient sculptés au ciseau dans la pierre ?
Car je sais que mon rédempteur est vivant et qu'au dernier jour je serai ressuscité de la terre
et que de nouveau je serai entouré de ma peau et dans ma propre chair verrai Dieu,
c'est lui que je verrai moi-même et que mes propres yeux sont destinés à contempler, et pas un autre :
telle est mon espérance, celle qui repose en mon sein !
Pourquoi donc dites-vous maintenant : — Persécutons-le, et la racine du verbe, inventons-la contre lui ?
Fuyez donc à la face du glaive, car c'est un glaive vengeur des inquités, et apprenez qu'il y a un jugement !
Alors, répondant, Sophar le Naamatite, dit :
— Voilà pourquoi des réflexions variées se succèdent et mon esprit est emporté vers différentes pensées.
J’écouterai la doctrine que tu me reproches et l'esprit de mon intelligence répondra pour moi.
Je sais ceci depuis le commencement où l'homme a été placé sur la terre :
que la louange des impies est brève et la joie des hypocrites ponctuelle.
Si son orgueil s'élève jusqu'au ciel et que sa tête touche les nuages
il périra à la fin comme du fumier, et ceux qui l'avaient vu diront : — Où est-il ?
Comme un songe qui s'envole on ne le trouvera plus, il passera comme une vision nocturne.
L’œil qui le voyait ne le verra plus et son lieu ne le discernera plus.
Ses fils seront accablés par la misère et ses propres mains lui rendront sa douleur.
Ses os seront remplis des vices de son adolescence et ils s'endormiront avec lui dans la poussière.
Car, comme le mal a été doux à sa bouche, il le cachera sous sa langue.
Il le ménagera et ne l'abandonnera pas, mais il le tiendra dans sa bouche.
Son pain dans le entrailles, se changera en fiel d'aspic au dedans de lui.
Il vomira les richesses qu'il a dévorées, Dieu les extraira de son ventre.
Il sucera la tête de l'aspic, la langue de la vipère le tuera.
Il ne verra plus les ruisseaux du flot, les torrents de miel et de beurre.
Il paiera tout ce qu'il a fait et cependant il ne sera pas consumé,
il endurera la multitude de ses inventions,
parce qu'en les brisant, il a dépouillé les pauvres, il a ravi la maison et ne l'a pas bâtie.
Et son ventre n'est pas rassasié ;
lorsqu'il aura eu ce qu'il avait désiré, il ne pourra pas le posséder.
Il ne reste rien de son repas, c'est pourquoi rien ne restera de ses biens.
Quand il sera rassasié, il sera écrasé, il brûlera et toutes les douleurs fondront sur lui.
S'il pouvait emplir son ventre, pour que Dieu envoie contre lui la colère de sa fureur et fasse pleuvoir sur lui sa bataille !
Il fuira devant des armes de fer, mais se heurtera à l'arc d'airain
tiré de son fourreau, brandi, fulgurant de sa propre aigreur ;
viendront les horreurs, elles marcheront sur lui,
toutes les ténèbres ont été cachées dans ses lieux secrets,
un feu qui n'est pas allumé le dévorera, il sera affligé, abandonné dans sa propre tente ;
les cieux révéleront son iniquité et la terre se lèvera contre lui,
le rejeton de sa maison sera exposé, il sera arraché au jour de la fureur de Dieu :
telle est la part de l'homme impie faite par Dieu, et tel est l’héritage que le Seigneur réserve à ses mots !
Mais, répondant, Job dit :
— Écoutez, je vous en supplie, mes paroles et faites pénitence,
supportez-moi , que moi aussi je parle, et après, si vous le voulez, riez de mes mots !
Est-ce contre un homme qu'est ma plainte, pour qu'à juste titre je ne doive pas être contristé ?
Tournez-vous vers moi et soyez étonnés, mettez le doigt sur votre bouche.
Tournez-vous vers moi et soyez étonnés, mettez le doigt sur votre bouche.
Moi, quand je me souviens, je suis saisi de crainte, et le tremblement agite ma chair.
Pourquoi donc les impies vivent-ils, sont-ils élevés et fortifiés par les richesses ?
Leur race se perpétue devant eux, une foule de proches et de petits enfants sous leurs yeux.
Leurs maisons sont en sécurité et calmes, la verge de Dieu n'est pas sur eux.
Leur taureau a conçu et n'a pas avorté, leur vache a mis bas et n'a pas été privée de son fœtus.
Leurs petits sortent comme un troupeau et leurs enfants exultent en jouant.
Ils prennent le tambourin et la cithare, ils se réjouissent au son de l'orgue.
Ils passent leurs jours dans le bonheur et en un instant ils descendent aux enfers.
Ils disent à Dieu : — Détourne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes voies.
Qui est le Tout-Puissant pour que nous le servions ? Quel profit pour que nous le priions ?
Cependant, puisque leurs biens ne sont pas dans leurs mains, que le conseil des impies soit loin de moi.
Combien de fois la lampe des impies s'éteindra-elle, un déluge les surprendra et il leur distribuera les douleurs de sa fureur ?
Ils seront comme des pailles face au vent, comme de la cendre brûlante qu'un tourbillon disperse.
Dieu gardera à ses fils la douleur du père, et lorsqu'il aura rendu la pareille, il le saura.
Ses yeux verront son meurtre, il boira la fureur du Tout-Puissant.
Car que lui importe ce qui arrivera à sa maison après lui, si le nombre de ses mois est réduit de moitié ?
Quelqu'un enseignera-t-il à Dieu la science, lui qui juge ceux qui sont élevés ?
Celui-ci meurt robuste et sain, riche et heureux,
ses viscères sont pleines de graisse, ses os sont irrigués de moëlle.
Mais un autre meurt dans l'amertume de âme, sans aucune richesse.
Ensemble pourtant ils dormiront sur la poussière, et les vers les recouvriront.
Certainement, je connais vos pensées et vos sentences iniques contre moi,
car vous dites : — Où est la maison du prince ? Où est la tente des impies ?
Interrogez n'importe quel voyageur et vous reconnaîtrez qu'il comprend ces mêmes choses :
que le méchant est réservé pour le jour de la perdition et conduit jusqu'au jour de la fureur.
Qui lui reprochera sa conduite en face ? qui lui rendra ce qu'il a fait ?
Lui sera conduit aux sépulcres et il veillera parmi le monceau des morts ;
il a été doux aux graviers du Cocyte, il entraînera tout homme après lui, et ils sont innombrables devant lui.
Comment donc me consolez-vous en vain, puisqu'il a été démontré que votre réponse répugne à la vérité !
Alors, répondant, Éliphaz le Témanite dit :
— Est-ce que l'homme peut-il être comparé à Dieu, malgré qu'il ait une science parfaite ?
Qu'est-ce qui profite à Dieu, si tu est juste ? Ou que lui apportes-tu, si ta voie est sans tache ?
Est-ce en craignant qu'il t'accusera et qu'il viendra avec toi en jugement
Et non à cause de ton immense malice et de tes iniquités infinies ?
car tu prenais à gage tes frères sans motif, tu les dépouillais nus de leurs vêtements.
Tu n'abreuvais pas d'eau l'altéré, tu refusais le pain à l'affamé.
Par la force de ton bras tu possédais la terre, et, étant le plus puissant, tu la conservais.
Tu renvoyais les veuves les mains vides, les bras des orphelins tu les as brisés.
Voilà pourquoi tu es entouré de piéges, et qu'une crainte soudaine te trouble..
Et tu pensais ne pas devoir voir les ténèbres ni être pressé par l'impétuosité des flots débordants?
Ne penses-tu pas que Dieu est plus haut que le ciel, qu'il est au-dessus du sommet des étoiles ?
Tu disais : — Que connaît Dieu ? Il juge comme à travers un brouillard.
Les nuages sont sa cachette, il ne considère pas nos affaires et autour des points cardinaux du ciel il se promène.
Désires-tu suivre le sentier des siècles qu'ont foulé des hommes iniques
qui furent enlevés avant leur temps et dont le fleuve a renversé leurs fondations ?
Eux qui disaient à Dieu : — Détourne-toi de nous ! Et qui considéraient le Tout-Puissant comme s'il ne pouvait rien leur faire
alors que lui avait rempli de biens leurs maisons. Que leur pensée soit loin de moi !
Les justes verront et se réjouiront, l'innocent se moquera d'eux.
N'est-ce pas leur orgueil qui a été abattu ? Et le feu n'a-t-il pas dévoré leurs restes ?
Soumets-toi donc à lui et sois en paix ; par là tu auras les meilleurs fruits.
Reçois de sa bouche la loi et mets ses paroles dans ton cœur.
Si tu reviens au Tout-Puissant, tu seras rétabli et tu éloigneras l’iniquité de ta tente.
Il te donnera pour la terre du silex, et pour le silex des torrents d'or.
Le Tout-Puissant sera contre tes ennemis, et l'argent sera amoncelé pour toi.
Alors tu abonderas en délices dans le Tout-Puissant, et tu lèveras ta face vers Dieu.
Tu le prieras et il t’exaucera, tu t’acquitteras de tes vœux.
Tu prendras une décision et elle réussira : sur tes voies brillera la lumière.
Car celui qui aura été humilié sera dans la gloire, et celui qui aura baissé les yeux, celui-là même sera sauvé.
L'innocent sera sauvé, mais il sera sauvé par la pureté de ses mains.
Mais, répondant, Job dit :
— Maintenant encore mes paroles sont dans l'amertume et la violence de ma plaie est plus grave que mon gémissement.
Qui m'accordera de le connaître et de le trouver, et d'aller jusqu'à son trône ?
J'exposerai ma cause devant lui, j'emplirai ma bouche de récriminations
pour apprendre les mots qu'il me trouvera à me répondre, et comprendre ce qu'il pourra me dire...
Je ne veux pas qu'il me dispute avec une grande force ni qu'il me presse du poids de sa grandeur.
Qu'il place en face de moi l'équité et que ma cause soit victorieuse !
Si je vais à l’orient, il n'apparaît pas, à l’occident je ne l’aperçois pas.
S'il c'est à gauche, que ferai-je ? je ne l'atteindrai pas ;
si je me tourne vers la droite, je ne le verrai pas.
Cependant lui, il connaît ma voie, il m'a éprouvé comme l'or qui passe par le feu.
Mon pied a suivi sa trace, j'ai gardé sa voie, je ne m'en suis pas écarté.
Des commandements de ses lèvres je ne me suis pas retiré ; et dans mon propre sein j'ai caché les mots sortis de sa bouche.
Car il est seul, et personne ne peut détourner sa pensée,
et tout ce que veut son âme, il le fait.
Lorsqu'il aura accompli en moi sa volonté, il y aura encore un grand nombre de moyens semblables à sa portée.
Voilà pourquoi je m'épouvante devant sa face, et que, le considérant, je suis tourmenté par la peur..
Dieu a amolli mon cœur, le Tout-Puissant m'a effrayé.
Car je n'ai pas péri à cause des ténèbres qui me menacent, et l'obscurité n'a pas voilé ma face.
Les temps ne sont pas cachés au Tout-Puissant, mais ceux qui le connaissent ignorent ses jours.
Les uns ont déplacé les bornes, volé les troupeaux et les ont fait paître.
Ils ont chassé l'âne de l'orphelin, et ils ont pris en gage le bœuf de la veuve.
Ils ont renversé la voie du pauvre, et ils ont opprimé en même temps les humbles de la terre.
Les autres, comme des onagres dans le désert, sortent pour leur travail, cherchant une proie, ils préparent du pain à leurs enfants,
ils moissonnent le champ qui ne leur appartient pas, et vendangent la vigne de celui qu'ils ont opprimé par la force,
ils renvoient les hommes nus, prenant les vêtement de ceux qui n'ont pas de couverture dans le froid,
eux que les pluies des montagnes trempent, et qui n'ayant pas de couverture, embrassent les rochers.
Ils violentent en les pillant les orphelins et spolient le petit peuple.
Ils ont enlevé les épis aux nus, à ceux qui n'ont pas de vêtements, et à ceux qui ont faim.
Ils se sont reposés à midi, au milieu des provisions de ceux qui, après avoir foulé les pressoirs, ont souffert de la soif.
Dans les villes, ils ont fait gémir les hommes, l'âme des blessés a crié et Dieu ne souffre pas que ce mal passe impuni.
Eux ont été rebelles à la lumière, ilsn'ont pas connu ses voies, ils ne sont pas revenus par ses sentiers.
Le meurtrier se lève au point du jour, il tue l'indigent et le pauvre, il sera comme un voleur dans la nuit.
L’œil de l’adultère épie le crépuscule, disant : — Aucun œil ne me verra, dit-il, il couvrira son visage.
Il perce les maisons dans les ténèbres, comme au jour qu'ils s'étaient fixé, sans avoir connu la lumière.
Si subitement apparaît l'aurore, ils discernent l'ombre de la mort, et ainsi dans les ténèbres comme dans la lumière ils marchent.
Il est plus léger que la surface de l'eau,
que sa part sur la terre soit maudite, qu'il ne marche pas par le chemin des vignes,
qu'il passe des eaux des neiges à une chaleur excessive et son péché jusqu'aux enfers.
Que la miséricorde l'oublie, que les vers soient sa douceur,
qu'on ne se souvienne plus de lui mais qu'on le détruise comme un arbre infructueux.
Il a fait paître la stérile qui n'engendre pas, il n'a pas fait de bien à la veuve.
Il a abattu les forts par sa force ; et lorsqu'il sera ferme, il ne croira pas en sa vie.
Dieu lui a donné un lieu de pénitence et lui en abuse pour s'enorgueillir,
mais les yeux de Dieu sont sur ses voies.
Ils se sont élevés pour peu de temps et ils ne subsisteront pas,
ils seront humiliés comme toutes choses et seront enlevés, brisés comme des sommités d'épis.
S’il n’en est pas ainsi, qui peut me convaincre d'avoir été menteur et placer devant Dieu mes mots ?
Or, répondant, Baldad le Suïte, dit :
La puissance et la terreur sont avec lui, qui établit la concorde dans ses hauts lieux.
Ses soldats sont-ils dénombrés ? Sur qui sa lumière ne se lèvera-t-elle pas ?
Comment un homme peut-il être justifié par rapport à Dieu ou celui qui est né d'une femme paraître pur ?
Voici, même la lune ne brille pas, les étoiles ne sont pas pures à ses yeux.
Combien plus l’homme, cette pourriture, le fils de l’homme, ce vermisseau !
Alors, répondant, Job dit :
— De qui es-tu le soutien ? Est-ce d'un homme faible ? et soutiens-tu le bras de celui qui n'est pas fort ?
À qui as-tu donné conseil ? peut-être à celui qui n'a pas de sagesse et tu as montré ta très grande prudence.
Qui as-tu voulu enseigner ? N'est-ce pas celui qui a créé ton souffle ?
Voici que gémissent sous les eaux les géants et ceux qui habitent avec eux.
L'enfer est nu devant lui, la perdition n’a aucun voile.
C'est lui qui étend l'aquilon sur le vide, et suspend la terre sur le néant.
C'est lui qui lie les eaux dans ses nuages pour qu'elles ne se précipitent ensemble ici-bas.
C'est lui qui tient la face de son trône, et qui étend sur lui son nuage.
Il a entouré les eaux de limites, jusqu'à ce que finissent la lumière et les ténèbres.
Les colonnes du ciel s’ébranlent, elles s'épouvantent à son hochement de tête.
Par sa puissance, les mers se sont soudain rassemblées, sa prudence a brisé le superbe.
Son souffle a orné les cieux, l'adresse de sa main a éconduit le serpent tortueux.
Voila ce a été dit est d'une partie de ses voies,
et comme nous n'avons entendu qu'une petite goutte de ses paroles,
qui pourra comprendre le tonnerre de sa grandeur ?
Job ajouta, reprenant encore sa parabole, et dit :
— Vive Dieu, qui a écarté mon jugement, et le Tout-Puissant, qui a plongé mon âme dans l'amertume !
Aussi longtemps qu'il restera en moi un soupir, et le souffle de Dieu dans mes narines,
mes lèvres ne diront pas d'iniquité, ma langue ne méditera pas de mensonge.
Loin de moi de vous juger justes !
Jusqu’à ce que j’expire je n'abandonnerai pas mon innocence.
Je n'abandonnerai pas la justification que j'ai commencé à présenter,
car mon cœur ne me reproche rien dans toute ma vie.
Que mon ennemi soit comme l'impie, mon adversaire comme l'injuste !
Quel est l’espoir de l'hypocrite, s'il vole par avarice et que Dieu ne libère pas son âme ?
Dieu écoutera-t-il son cri quand viendra sur lui l'angoisse?
Ou pourra-t-il se délecter dans le Tout-Puissant et invoquer Dieu en tout temps ?
Je vous enseignerai par la main de Dieu ce que possède le Tout-Puissant, et je ne le cacherai pas.
Voici, vous tous, vous le savez. Pourquoi dites-vous des choses vaines sans raison ?
Telle est la part de l'homme impie auprès de Dieu, l’héritage que les violents recevront du Tout-Puissant.
Si ses fils se multiplient, ils appartiendront au glaive, et ses descendants ne seront pas rassasiés de pain.
Ceux qui resteront de lui seront ensevelis dans l'anéantissement, et ses veuves ne pleureront pas.
S’il amasse l’argent comme de la terre, s’il prépare les vêtements comme de l'argile,
il les préparera, mais le juste s'habillera, et l'argent, un innocent le partagera.
Il bâtit comme la mite sa maison, et comme un veilleur il s'est fait un abri.
Riche quand il se couchera, il n'emportera rien avec lui ; il ouvrira ses yeux et il ne trouvera rien.
La disette fondra sur lui comme l'eau, pendant la nuit la tempête l'oppressera.
Un vent brûlant le saisira et l’emportera ; et comme un tourbillon l'arrachera de son lieu.
Il se jettera sur lui, et ne l'épargnera pas ; fuyant il s'enfuira de sa main.
Il serrera ses mains sur lui, et sifflera contre lui, en voyant sa place.
Il y a des saillies pour les veines de l'argent et pour l'or, un récipient où il est fondu ;
le fer est tiré de la terre et la pierre dissoute par la chaleur est changée en airain :
il a fixé un temps pour les ténèbres et lui-même considère la fin de l'univers,
aussi bien la pierre dans l'obscurité que l’ombre de la mort.
Un torrent sépare d'un peuple séjournant à l'étranger, ceux qu'a oubliés le pied de l'homme indigent et qui sont hors du chemin.
La terre d'où naissait le pain, a été retournée sur place par le feu :
ses pierres recèlent le saphir, et ses mottes de l'or.
L’oiseau en a ignoré le sentier, et l’œil du vautour ne l'a pas perçu ;
les fils des marchands ne l’ont pas foulé, et la lionne ne l'a pas traversé ;
il a tendu la main vers le silex, renversé des montagnes jusqu'à leurs racines,
creusé des fleuves dans les rochers, et son œil a vu toute chose précieuse ;
il a aussi scruté les profondeurs des fleuves, et mis en lumière des choses cachées ...
Mais la sagesse, où se trouve-t-elle ? Quel est le lieu de l’intelligence ?
L’homme ne connaît pas son prix, et il n'est pas non plus trouvé sur la terre de ceux qui vivent dans les délices.
L’abysse dit : — Elle n’est pas en moi ; la mer affirme aussi : — Elle n’est pas avec moi.
On ne la donnera pas pour de l’or pur, et on ne l'échangera pas contre de l'argent au poids.
On ne la comparera pas aux étoffes colorées des Indes, ni à la pierre la plus précieuse, la sardoine ou le saphir.
On ne lui égalera pas l'or et le cristal, et on ne l'échangera pas contre des vases d'or.
Les choses excellentes et éminentes ne seront pas mentionnées en comparaison,
mais la sagesse est tirée loin des yeux.
La topaze d'Éthiopie ne l’égalera pas, et elle ne sera pas non plus comparée aux teintures les plus éclatantes.
Mais la sagesse d'où vient-elle ? Quel est le lieu de l’intelligence ?
Elle est cachée aux yeux de tous les vivants, elle est inconnue aux oiseaux mêmes du ciel.
La perdition et la mort ont dit : — Nous en avons entendu la renommée de nos oreilles.
Dieu comprend sa voie, c'est lui-même qui connaît son lieu.
Car c'est lui qui regarde jusqu’aux extrémités de la terre, il voit toutes les choses qui sont sous le ciel,
lui qui a fait un poids aux vents et qui a pesé les eaux selon leur mesure.
Quand il imposait aux pluies une loi et une voie aux orages retentissants,
c'est alors qu'il la vit, la déclara, la fonda et la scruta.
Et il dit à l’homme : — Voici, la crainte du Seigneur, c'est la sagesse, et fuir le mal, l’intelligence.
Job prenant encore de nouveau sa parabole, dit :
— Qui m'accordera que je sois comme dans les anciens mois, comme aux jours où Dieu me gardait ?
Quand sa lampe brillait sur ma tête, et qu'à sa lumière je marchais dans les ténèbres,
comme j'étais au jour de mon adolescence, quand secrètement Dieu était dans ma tente,
quand le Tout-Puissant était avec moi, et qu'autour de moi étaient mes enfants,
quand je lavais mes pieds dans le beurre, et que le rocher répandait pour moi des ruisseaux d’huile.
quand je m'avançais vers la porte de la cité, et qu'on me préparait sur la place publique un siège ?
les jeunes hommes me voyaient et se cachaient, les anciens, se levant, se tenaient debout.
Les princes cessaient de parler et posaient le doigt sur leur bouche.
Les chefs retenaient leurs voix, leur langue collait à leur palais,
L'oreille qui entendait me proclamait heureux, et l'œil voyait me rendait témoignage,
car j'avais délivré le pauvre qui suppliait et l’orphelin qui n'avait pas de secours.
La bénédiction du mourant venait sur moi, je consolais le cœur de la veuve.
Je revêtais la justice et elle me revêtait, mon jugement était comme mon manteau et mon diadème.
J’étais l'œil pour l’aveugle, le pied du boiteux.
J’étais un père pour les pauvres, je menais avec grande diligence le procès de celui que je connaissais pas.
Je brisais les mâchoires de l’injuste et de ses dents j'arrachais la proie.
Je disais : — C'est dans mon petit nid que je mourrai, et comme le palmier je multiplierai mes jours.
Ma racine s'étend le long des eaux et la rosée s'attardera sur ma moisson.
Ma gloire sera toujours renouvelée et mon arc dans ma main sera placé.
Ceux qui m'écoutaient attendaient la sentence ; dans l'attente, ils se taisaient pour mon conseil,
à mes mots, ils n'osaient rien ajouter : sur eux distillait mon discours,
ils m'attendaient comme la pluie, et ouvraient leur bouche comme pour l'averse tardive.
Si parfois je riais sur eux, ils ne croyaient pas, la lumière de mon visage ne tombait pas à terre.
Si je voulais aller vers eux, je m'asseyais en tête,
et, lorsque j`étais assis comme un roi, entouré de son armée, j`étais toutefois le consolateur des endeuillés.
Mais maintenant me raillent les plus jeunes, dont je n'aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau.
La force de leurs mains ne comptait en rien pour moi et leur vie même était considérée comme indigne,
stériles par la misère et la faim,
eux qui rongeaient dans une solitude desséchée, calamité et misère,
ils mangeaient des herbes et les écorces des arbres, la racine des genièvres était leur provision,
eux qui arrachaient ces choses dans les vallées, et qui, lorsqu'ils en trouvaient quelqu'une, y accouraient en criant.
Ils habitaient dans des déserts auprès des torrents, dans les cavernes de la terre, ou sur les graviers,
qui au milieu de semblable choses se réjouissaient et trouvaient des délices à être sous les ronces.
Fils de fous et d'ignobles, ils ne paraissant pas du tout sur la terre.
Maintenant je suis l'objet de leurs cantiques, je suis devenu pour eux une fable !
Ils m'ont en horreur, ils fuient loin de moi, ils ne craignent pas de me cracher au visage
car il a ouvert son carquois et m'a affligé, il a posé un frein dans ma bouche.
À la droite de mon lever, mes malheurs ont aussitôt surgi ;
ils ont renversé mes pieds et m'ont oppressé, comme sous des flots, dans leurs sentiers.
Ils ont barré mes chemins, ils m'ont tendu un piège et ils ont prévalu, et il n'y a eu personne pour me porter secours.
Comme par un mur brisé et une porte ouverte, ils ont fondu sur moi et se sont précipités sur mes misères.
Je suis réduit au néant, tu as emporté comme le vent ce qui m'est cher, mon salut est passé comme un nuage.
Et maintenant mon âme se flétrit au dedans d'elle-même, les jours d’affliction me possèdent,
la nuit mes os sont perforés de douleur et ceux qui me dévorent ne dorment pas.
Par leur multitude mon vêtement se consume, et ils me ceignent comme un col de tunique.
Je suis comparable à la boue, semblable à la poussière et à la cendre.
Je crie vers toi et tu ne m'écoutes pas, je me tiens debout et tu ne me regardes pas.
Tu deviens cruel envers moi, par la dureté de ta main tu t'opposes à moi,
tu m'as élevé, et me posant comme sur le vent, tu m'as écrasé avec force.
Car, je le sais, tu me livreras à la mort, là où est préparée une maison pour tous les vivants.
Cependant tu n'étends pas ta main vers leur détresse, mais s'ils tombent, tu les sauveras.
Je pleurais jadis sur celui qui était affligé, mon âme était compatissante envers le pauvre.
J'attendais de bonnes choses, de mauvaises sont venues à moi
j'espérais la lumière, les ténèbres se sont répandues.
Mes entrailles bouillonnent sans le moindre repos, les jours d’affliction m'ont atteint.
Je marchais triste, sans fureur ; me dressant, au milieu de la foule, j'ai crié.
Je suis devenu frère des dragons, compagnon des autruches.
Ma peau est devenue noire, et mes os se sont desséchés dans une ardeur brûlante.
Ma cithare s'est changée en plainte funèbre, mon instrument en voix de pleurs.
J’avais fait une alliance avec mes yeux pour ne pas même penser à une vierge.
Car autrement quelle part d'en-haut Dieu aurait-il pour moi et quel héritage des cieux, le Tout-Puissant ?
La perdition n’est-elle pas pour l'inique et la ruine pour les ouvriers d'injustice?
Ne considère-t-il pas lui mes voies ? ne compte-t-il pas tous mes pas ?
Si j’ai marché dans la vanité, si mon pied s'est hâté dans la tromperie,
qu'il me pèse dans une juste balance et Dieu connaîtra ma simplicité.
Si mon pas s'est écarté de la voie
et si mon cœur a suivi mes yeux, et si une souillure s’est attachée à mes mains,
que je sème et qu'un autre mange, que ma descendance soit éradiquée.
Si mon cœur a été séduit par une femme, si j'ai dressé des embûches à la porte de mon ami,
que ma femme se prostitue pour un autre, que d'autres couchent avec elle !
Car c'est là un sacrilège, une iniquité très grande.
C'est un feu qui dévore jusqu'à la perdition et qui déracine tout ce qui germe.
Si j’ai dédaigné d'aller en jugement avec mon serviteur et ma servante quand ils étaient en litige avec moi,
que ferai-je lorsque Dieu se lèvera pour juger ? Quand il m'interrogera, que lui répondrai-je ?
Celui qui m’a fait dans l'utérus, n'est-il pas celui qui l'a fait lui aussi, et le même qui m'a formé dans le matrice ?
Si j’ai refusé aux pauvres ce qu’ils voulaient, et si j’ai fait languir les yeux de la veuve,
si j’ai mangé seul mon morceau de pain, et si que l’orphelin n'en a pas mangé
car depuis mon enfance la pitié a grandi avec moi, elle est sortie avec moi du ventre de ma mère,
si j’ai détourné mes yeux de celui qui périssait faute de vêtements, et du pauvre dépourvu même de couverture,
si ses reins ne m'ont pas béni, et s'il ne s'est pas réchauffé avec la toison de mes brebis,
si j’ai levé la main sur l'orphelin, quand je me voyais supérieur à la porte,
que mon épaule tombe séparée de sa jointure, et que mon bras avec tous mes os soit entièrement brisé :
car j'ai toujours craint Dieu comme des flots agités au-dessus de moi et je ne peux pas supporter son poids.
Si j’ai pensé que l’or était ma force, si j’ai dit à l’or pur : — Ma confiance !
si je me suis réjoui de toutes mes richesses, de ce que ma main avait obtenu beaucoup,
si j'ai vu que le soleil brillait, la lune qui allait admirablement,
si mon cœur s'est livré à la joie en secret, si ma main a embrassé ma bouche,
ce qui est une iniquité très grande, un reniement du Dieu Très-Haut.
Si je me suis réjoui de la ruine de celui qui me haïssait, si j’ai exulté parce qu'un malheur lui survenait,
je n’ai pas laissé mon palais pécher en souhaitant la malédiction de son âme.
Si les hommes de ma tente n'ont pas dit : — Qui nous donnera de sa chair, pour que nous soyons rassasiés ?
le voyageur n'est pas resté dehors, ma porte était ouverte aux passants.
Si j’ai couvert comme un homme mon péché, si j'ai scellé en mon sein mon iniquité,
si j'ai eu peur de la foule nombreuse, et si le mépris des proches me terrifiait,
si je n'ai pas plutôt gardé le silence sans sortir de la porte :
qui me donnera quelqu'un qui m'écoute afin que le Tout-Puissant entende mon désir et que celui qui juge écrive lui-même un libelle
pour que je le porte sur mon épaule et que je le ceigne comme ma couronne !
À chacun de mes pas j'en prononcerai les paroles, je le présenterai comme à un prince.
Si ma terre crie contre moi, si ses sillons pleurent avec elle,
si j’ai mangé ses fruits sans argent, si j'ai affligé l'âme de ses agriculteurs,
que pour froment me poussent des ronces et pour orge des épines !
Ici finissent les mots de Job.
Alors ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, parce qu'il se voyait juste.
Mais Héliu, fils de Barachel le Buzite, de la famille de Ram, s'irrita et s'indigna.
Or, il s'irrita contre Job parce qu’il disait être juste devant Dieu.
Il s'indigna aussi contre ses amis, parce qu'ils n'avaient pas trouvé de réponse raisonnable, et qu'ils avaient seulement condamné Job.
Héliu attendit pendant que Job parlait, car ceux qui parlaient étaient les anciens.
Lorsqu'il vit que les trois ne pouvaient pas répondre, il s'irrita fortement.
Héliu, fils de Barachel le Buzite, répondit et dit :
— Je suis jeune et vous êtes âgés
c’est pourquoi j’ai baissé la tête et j'ai craint de vous manifester mon sentiment.
J'espérais qu'un âge avancé parlerait, que des années nombreuses enseigneraient la sagesse.
Mais, comme je le vois, l'esprit qui est dans les hommes et l'inspiration du Tout-Puissant donne l'intelligence.
Les anciens ne sont pas sages, et les âgés ne comprennent pas le jugement.
C'est pourquoi je parlerai, écoutez-moi, je vous montrerai moi-aussi mon savoir.
Car j’ai attendu vos paroles, j'ai écouté votre prudence tant que vous avez disputé en paroles.
Tant que je pensais que vous diriez quelque chose, j'étais attentif,
mais je vois qu'il n'y a personne parmi vous qui puisse convaincre Job et répondre à ses paroles,
ne dites surtout pas : — Nous avons trouvé la sagesse, c’est Dieu qui l'a rejeté, pas l'homme !
Il ne m'a rien dit, et moi, je ne lui répondrai pas selon vos paroles.
Ils ont été épouvantés, ils n'ont plus répondu, ils se sont ôté à eux-mêmes la parole.
Puisque donc j’ai attendu, et qu'ils n'ont pas parlé, qu'ils s'en tiennent là et n'ont plus répondu,
je répondrai moi-aussi ma part, je montrerai moi-aussi ma science,
car je suis plein de paroles, l’esprit de mon ventre m’oppresse.
Voici, mon estomac est comme un vin nouveau qui, sans air, fait éclarter les outres neuves.
Je parlerai et je respirerai un peu, j'ouvrirai mes lèvres et je répondrai.
Je n'accepterai pas la personne de l'homme, je ne mettrai pas Dieu sur le même pied d'égalité que l'homme,
car je ne sais pas combien de temps je subsisterai et si dans peu mon créateur ne m'enlèvera...
Ecoute donc, Job, mes paroles, et sois attentif à tous mes discours.
Voici, j'ai ouvert ma bouche, ma langue parle dans ma gorge,
mes paroles sont celles d’un cœur simple, mes lèvres prononcent une sentence pure.
L’esprit de Dieu m’a fait, le souffle du Tout-Puissant m'a donné la vie.
Si tu peux, réponds-moi, tiens-toi devant ma face.
Voici, Dieu m'a fait comme il t'a fait et c'est de la même boue que j'ai été formé.
Mais que mon étonnement ne t'effraie pas, et que mon éloquence ne te soit pas à charge.
Tu as donc dit à mes oreilles, j’ai entendu le son des mots :
Je suis pur, sans péché, immaculé, il n’y a pas d’iniquité en moi.
Il invente contre moi des querelles, c'est pourquoi il me considère comme son ennemi.
Il a mis mes pieds dans les liens, il surveille tous mes pas.
C'est en cela que tu n'es pas juste :
je te répondrai que Dieu est plus grand que l'homme ;
tu te querelles avec lui parce qu'il ne t'aurait pas répondu à chaque mot ?
Dieu parle une seule fois, il ne répète pas la même chose une seconde fois !
En songe, en vision nocturne, quand la torpeur tombe sur les hommes, quand ils dorment sur leur couche,
c'est alors qu'il ouvre les oreilles des hommes et, les dégrossissant, leur apprend la discipline
afin d'écarter l’homme de ce qu'il fait et de le libérer de la superbe,
arrachant son âme à la corruption, et sa vie, pour qu'elle ne passe par le glaive.
Il châtie aussi par la douleur, sur le lit et laisse métastaser tous les os
il lui fait abhorer le pain alors qu'il est encore vivant (une nourriture qu'auparavant désirait son âme!),
sa chair pourrit, les os qui avaient été couverts se dénudent,
son âme approchera la corruption et sa vie d'ultimes causes de mort...
À moins que ne se soit trouvé pour lui un ange intercesseur, unique entre mille, pour dire à l’homme l'équité :
il aura pitié de lui et dira : — Libère-le ! Qu'il ne descende pas dans la corruption, j’ai trouvé de quoi lui être propice :
sa chair a été consumée par les supplices, qu'elle redevienne comme aux jours de son adolescence !
Il priera Dieu et il lui sera propice et il verra sa face dans la jubilation et il rendra à l'homme sa justice.
Il regardera les hommes et dira : — J’ai péché vraiment, j'ai fauté et je n'ai pas reçu comme je le méritais.
Il a délivré son âme afin qu'elle ne s'achemine pas à la mort, mais que, vivante, elle voie la lumière.
Voilà, toutes ces choses, Dieu les opère trois fois en chaque homme
afin de rappeler leurs âmes de la corruption et de les éclairer de la lumière des vivants.
Sois attentif, Job, écoute-moi, tais-toi pendant que moi je parlerai.
Mais si tu as quelque chose à dire, réponds-moi, parle, car je veux que tu te révèles juste.
Que si tu n'as rien, écoute-moi, tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse.
Héliu, continuant son discours, dit encore ceci :
— Sages, écoutez mes mots, savants, prêtez-moi l’oreille
car c'est l’oreille qui éprouve les mots et la gorge qui juge les aliments au goût !
Choisissons pour nous le jugement et voyons entre nous ce qui est le meilleur.
Car Job a dit : — Je suis juste et Dieu a renversé mon jugement.
Car dans le jugement porté contre moi, il y a un mensonge : une flèche violente m'a percé sans qu'il y ait en moi aucun péché.
Quel homme est comme Job, qui boit la raillerie comme de l'eau !
Qui marche avec ceux qui font œuvre d'iniquité, et chemine avec les hommes impies ?
Car il a dit : — L'homme ne plaira pas à Dieu même s'il aura couru avec lui.
C'est pourquoi, hommes sensés, écoutez-moi donc :
Loin de Dieu l'impiété, et du Tout-Puissant l'iniquité !
Car il rendra à l’homme selon ses œuvres, il rétribuera chacun selon ses voies.
Vraiment, Dieu ne condamnera pas sans raison, le Tout-Puissant n'anéantira pas le jugement.
Quel autre a-t-il établi sur la terre ? Qui a-t-il préposé au monde qu'il a créé ?
S’il dirigeait son cœur vers lui, s'il attirerait à soi son esprit et son souffle,
toute chair expirerait d'un seul coup, l’homme retournerait à la cendre.
Si tu as de l’intelligence, écoute ce que je dis, prête l’oreille à la voix de mes discours.
Pourrait-on soigner celui qui n'aime pas la justice ? Comment toi condamnes-tu ainsi celui qui est juste ?
Qui dit au roi : — Apostat ? Qui appelle les chefs : — Impies ?
Qui ne fait pas acception de la personne des princes ni n'entend le tyran lorsqu'il se querelle avec le pauvre ?
Parce que tous les hommes sont l'œuvre de ses mains.
Tout à coup ils mourront, et au beau milieu de la nuit des peuples seront bouleversés, ils passeront, le violent sera emporté sans la main de l'homme,
car ses yeux sont sur les voies de l’homme, il considère tous ses pas.
Il n’y a ni ténèbres ni ombre de la mort, où puissent se cacher ceux qui font œuvre d'iniquité.
Car il n'est plus au pouvoir de l'homme d'entrer en jugement avec Dieu.
Il brisera une multitude innombrable et en établira d’autres à leur place.
Car il connaît leurs œuvres, c'est pourquoi il fera venir la nuit et les détruira.
Il les a frappés comme des impies dans un lieu où on les voyait,
eux qui, à dessein, se sont éloignés de lui, et n'ont pas voulu comprendre toutes ses voies
pour qu'ils fassent monter vers lui la clameur des indigents et qu'il entende la voix des pauvres.
Car, lui accordant la paix, qui est celui qui condamnera ?
S'il cache son visage qui est celui qui le contemplera, lui qui est à la fois au dessus de la nation et au dessus de tous les hommes,
lui qui fait régner l'homme hypocrite, à cause des péchés du peuple.
Puisque j'ai parlé de Dieu, je ne t'empêcherai pas de le faire à ton tour.
Si j'ai erré, enseigne-moi ; si j'ai dit une iniquité, je n'en rajouterai pas.
Dieu ne te demandera-t-il pas ce qui t'a déplu ?
C'est toi, en effet, qui as commencé à parler, pas moi :
si tu connais mieux quelque chose, parle !
Que les hommes intelligents me parlent, et l'homme sage, qu'il m’écoute :
Job a parlé sottement et ses mots ne font pas entendre la discipline.
Mon Père ! Eh bien, que Job soit éprouvé jusqu’au bout, n'épargne pas les hommes d'iniquité,
car il ajoute à son péché le blasphème.
Qu'il soit cependant pressé au milieu de nous et qu'alors il provoque Dieu par ses discours !
Héliu dit encore ceci :
— Penserais-tu ta réflexion juste quand tu dis : — Je suis plus juste que Dieu ?
Car en effet tu as dit : — Ce qui est droit ne te plaît pas ; ou bien, en quoi cela te profitera-t-il si je péchais ?
C'est pourquoi moi, je répondrai à tes discours et à tes amis avec toi.
Regarde le ciel et observe, contemple combien la voûte du ciel est plus haut que toi.
Si tu pèches, en quoi lui nuieras-tu ? Et si tes iniquités se multiplient, que feras-tu contre lui ?
Et encore si tu te conduis justement, que lui donneras-tu ? Ou que recevra-t-il de ta main ?
C'est à un homme semblable à toi que nuira ton iniquité, et c'est au fils de l'homme que ta justice aidera.
ils crieront à cause de la multitude des calomniateurs, ils se lamenteront à cause de la force du bras des tyrans.
Nul ne dit : — Où est Dieu qui m'a fait ? Qui m'a donné des chants pendant la nuit ?
Qui nous donne plus d'instruction qu'aux bêtes de la terre, et plus d'intelligence, qu'aux oiseaux du ciel ?
Alors ils crieront et il ne les exaucera pas, à cause de l'orgueil des méchants.
Ce n'est pas en vain que Dieu écoutera, et le Tout-Puissant examinera les causes de chacun.
Quand tu auras dit : — Il n'examine pas attentivement, juge-toi en sa présence et attends-le.
Car il n'exerce pas encore sa fureur ni ne punit fortement les outrances.
C'est donc en vain que Job ouvre la bouche, et sans science qu'il multiplie les mots .
Ajoutant encore, Héliu dit ceci :
— Accorde-moi un peu de temps et je te révélerai, car j'ai encore quelque chose à dire en faveur de Dieu.
Je répèterai mon savoir depuis le début et je prouverai que mon créateur est juste,
car vraiment mes discours sont sans mensonge et la parfaite science te sera prouvée.
Dieu ne rejette pas les puissants, car il est lui-même puissant.
Mais il ne sauve pas les impies et il rend justice aux pauvres.
Il ne détourne pas ses yeux du juste, il établit les rois sur le trône à perpétuité, ils y sont affermis.
S'ils viennent à se trouver dans les chaînes, à être capturés dans les liens de la pauvreté,
il leur montera leurs œuvres et leurs crimes, parce qu'ils ont été violents.
Il leur ouvrira aussi l'oreille pour les réprimander, il parlera pour qu'ils reviennent de l'iniquité.
S’ils écoutent et observent, ils achèveront leurs jours dans le bonheur et leurs années dans la gloire.
Mais s’ils n’écoutent pas, ils mourront par l'épée, ils seront consumés par la folie.
Les simulateurs et les astucieux provoquent la colère de Dieu, ils ne crieront pas quand ils seront dans les liens.
Leur âme mourra dans la tempête et leur vie parmi les efféminés.
Il arrachera le pauvre à son angoisse, il ouvrira son oreille dans la tribulation.
Alors il te sauvera de la bouche étroite et sans fond,
et la table où tu prends du repos sera pleine de viandes grasses.
Ta cause est jugée comme celle d'un impie, tu recevras selon la cause et le jugement.
Que la colère donc ne te dépasse pas en sorte que tu opprimes quelqu'un, et que la multitude des dons ne t'en détourne.
Dépose ta grandeur sans qu'il y ait de tribulations, et tous les forts aussi et les puissants.
N'allonge pas la nuit afin que des peuples montent à leur place.
Garde-toi de te détourner vers l'iniquité, car tu as commencé à la suivre, après la misère qui t'a atteint.
Voici, Dieu est exalté dans sa puissance et nul ne lui est semblable parmi les législateurs.
Qui pourrait scruter ses voies ? Ou qui lui dirait : — Tu commets l'iniquité ?
Souviens-toi que tu ignores son œuvre, celle que les hommes ont chantée.
Tous les hommes la voient, chacun la scrute de loin.
Voici, Dieu est grand vainqueur de notre science, le nombre de ses années est inestimable,
lui qui enlève les gouttes de pluie et répand les averses comme des tourbillons
qui fondent des nuées dont tout le ciel est couvert.
S'il voulait étendre les nuages comme sa tente
et d'en haut lancer les éclairs par sa lumière, il couvrira les extrémités même de la mer !
Car par elles il juge les peuples, et il donne la nourriture à de nombreux mortels.
Il cache la lumière dans ses mains et il ordonne qu'elle revienne.
Il annonce à son ami qu'elle est sa possession et qu'il peut monter jusqu'à elle.
À cela mon cœur s'est épouvanté et il est sorti de son lieu.
Écoutez avec attention la terreur de sa voix, le son qui sort de sa bouche.
Il regarde sous tous les cieux et sa lumière se répand sur les confins de la terre.
Après quoi un bruit rugira, il tonnera avec la voix de sa majesté,
et lorsqu'on aura entendu sa voix, on ne pourra la comprendre.
Dieu tonnera merveilleusement de sa voix, lui qui fait des choses grandes et insondables,
qui ordonne de descendre sur terre à la neige, et aux pluies d'hiver, et aux averses de sa puissance,
qui met un sceau sur la main de tous les hommes, afin que chacun connaisse ses œuvres.
La bête entrera dans sa tanière et s'installera dans sa grotte.
Des intérieurs sortira la tempête et de l'Arcturus le froid.
Au souffle de Dieu la glace se durcit, et de nouveau les eaux se répandent en abondance.
Le froment convoite les nuages et les nuages répandent leur lumière.
Eux qui illuminent selon leurs trajectoires, partout où la volonté de celui qui les gouverne les conduit,
à tous ceux qu'il leur indiquera sur la face de l'univers terrestre
soit en une tribu, soit en sa terre, soit en quelque lieu de sa miséricorde que ce soit, où il leur aura commandé de se trouver.
Écoute cela, Job, dresse-toi et considère les miracles de Dieu.
Est-ce que tu sais quand Dieu commandera aux pluies de faire paraître la lumière des nuages ?
Est-ce que tu connais les grands sentiers des nuages et les sciences parfaites ?
Tes vêtements ne sont-ils pas chauds lorsque souffle sur la terre l'auster ?
Peut-être as-tu fabriqué avec lui les cieux qui sont très solides comme de l'airain fondu ?
Montre-nous ce que nous pourrons lui dire, car nous, nous sommes enveloppés de ténèbres.
Qui lui racontera ce que je dis ? Que si un homme en parle, il sera englouti.
Mais maintenant ils ne voient pas la lumière, tout à coup l'air s'épaissira en nuages, et le vent passant, les dissipera.
L'or vient de l'aquilon et la louange à Dieu est accompagnée de crainte.
Nous ne pouvons pas le trouver digne de ce nom : il est grand en puissance, en jugement et en justice, il ne peut être décrit.
C'est pourquoi les hommes le craindront, tous ceux qui croient être sages n'oseront pas le contempler.
Or, répondant à Job depuis un tourbillon, le Seigneur dit :
— Quel est celui qui enveloppe les sentences dans des paroles malhabiles ?
Ceins tes reins comme un homme, je t’interrogerai et tu me répondras.
Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre ? Indique-le-moi si tu as de l’intelligence.
Qui en a établi les mesures si tu le sais ? ou qui a tendu sur elle le cordeau ?
Sur quoi ses bases sont-elles fixées ? Ou qui en a posé la pierre angulaire
quand les astres du matin me louaient ensemble et tous les fils de Dieu jubilaient ?
Qui a fermé les digues de la mer, quand elle s'élançait comme sortant de la matrice,
lorsque je lui attribuais un nuage pour vêtement et [quand] je l'enveloppais d'un brouillard comme langes d'enfants ?
Je l'ai entourée de mes frontières, j'ai posé une barrière et des portes
et j'ai dit : — Tu viendras jusqu'ici et tu n'iras pas plus loin, là tu briseras tes flots orgueilleux.
Aurais-tu depuis ta naissance commandé à l'aube et montré à l'aurore son lieu ?
As-tu tenu, en les ébranlant, les extrémités de la terre ? En as-tu chassé les impies ?
Le sceau sera rétabli comme l'argile et se tiendra comme un vêtement.
La lumière des impies leur sera ôté, et le bras élevé sera brisé.
Est-ce que tu es entré dans les profondeurs de la mer ? T'es-tu promené aux extrémités de l'abysse ?
Est-ce que les portes de la mort t'ont été ouvertes ? As-tu vu les entrées des ténèbres ?
Est-ce que tu as considéré les dimensions de la terre ?
Dis-le moi, si tu connais toutes choses ?
En quelle chemin la lumière habite-t-elle, quel est le lieu des ténèbres,
afin que tu ramènes chaque chose à son terme, et que tu connaisses les sentiers de sa maison.
Savais-tu donc que tu devais naître ? Connaissais-tu le nombre de tes jours ?
Serais-tu entré dans les trésors de la neige ? As-tu examiné les trésors de la grêle
que j'ai préparés pour le temps de l'ennemi, pour le jour du combat et de la guerre ?
Par quel chemin la lumière est-elle répandue, et la chaleur est-elle répartie sur la terre ?
Qui a donné un cours aux violentes averses et un chemin au tonnerre éclatant ?
Pour qu'il pleuve sur une terre sans homme, dans un désert où aucun mortel n'est retenu ?
Pour qu’elle satisfasse l'aridité et la désolation et produise l'herbe verte ?
Qui est le père de la pluie ? Ou qui engendre les gouttes de la rosée ?
De quel ventre la glace est-elle sortie ? Le givre du ciel qui l'a enfanté ?
Les eaux se durcissent semblables à la pierre et la surface de l'abysse est saisie.
Est-ce que tu seras capable de lier ensemble les étoiles brillantes des Pléiades ? Ou pourrais-tu détourner l'orbite d'Arcturus ?
Est-ce que tu peux faire sortir Lucifer en son temps, et faire lever l'étoile du soir sur les fils de la terre ?
Est-ce que tu connais l'ordre du ciel ? Rendras-tu raison sur la terre ?
Est-ce que tu élèveras ta voix vers les nuages, et que l'impétuosité des eaux te couvrira ?
Est-ce que tu enverras les foudres, et elles iront, et, revenant, te diront-elles : Nous voici ?
Qui a mis dans les viscères de homme la sagesse ? Ou qui a donné au coq l'intelligence ?
Qui expliquera l'ordre des cieux ? L'harmonie du ciel, qui la fera dormir
tandis que la poussière se répandait-elle sur la terre et les glèbes se durcissaient-elles ?
Prendrais-tu une proie pour la lionne ? Rassasierais-tu l'âme de ses petits
quand ils sont couchés dans une antre et qu’ils tendent un piège dans une grotte ?
Qui prépare au corbeau sa pâture quand ses petits crient vers Dieu, errant ça et là, parce qu'ils n'ont pas de nourriture ?
Saurais-tu le temps de l'enfantement des bouquetins dans les rochers ou as-tu observé les biches en travail ?
As-tu compté les mois de leur gestation ? As-tu connu le temps de leur mise bas ?
Elles se courbent pour mettre à bas leur faon, enfantent et émettent un cri.
Leurs petits se séparent, vont au pâturage, ils sortent et ne reviennent plus vers elles.
Qui a laissé l'onagre en liberté ? Ses liens, qui les a délié ?
Lui à qui j'ai donné une maison dans la solitude et dont la tente est dans une terre salée ?
Il méprise la foule des villes, il n’entend pas le cri du maître.
Il regarde autour des montagnes son pâturage et cherche toute verdure.
Est-ce qu'un rhinocéros voudra-t-il te servir ou demeurera-t-il dans ton étable ?
Est-ce que tu attacheras avec des rennes le rhinocéros pour labourer ? Ou brisera-t-il après toi les glèbes des vallées ?
Est-ce que tu auras confiance dans la grandeur de sa force ? Lui laisseras-tu tes travaux ?
Est-ce que tu te fieras à lui pour te rapporter ta moisson et pour qu'il remplisse ton aire ?
L’aile des autruches est semblable aux ailes du héron et de l'épervier.
Quand elle abandonne ses œufs à la terre, ce sera toi qui les réchaufferras dans la poussière ?
Elle oublie qu'un pied les écrase ou que les bêtes des champs les foulent.
Elle traite durement ses petits comme s’ils n’étaient pas siens, elle a travaillé en vain sans que la crainte la retienne.
Car Dieu l'a privée de sagesse et ne lui a pas donné l'intelligence.
Quand le temps est venu, elle déploi ses ailes dans les hauteurs, elle se rit du cheval et de son cavalier.
Donneras-tu au cheval la vigueur ou revêtiras-tu son encolure d'un hennissement ?
Le feras-tu bondir comme les sauterelles ? La majesté de ses naseaux est la terreur.
Il creuse de son sabot la terre, il exulte audacieusement à la confrontation, il se dirige vers les armes.
Il méprise la peur et ne cède au glaive.
Sur lui résonnera le bruit du carquois, la lance et le bouclier brilleront.
Bouillonnant et frémissant, il avale la terre, et il ne rend pas compte du son de la trompette
Quand il entendra le clairon il dira : — Va !
Il flaire de loin le combat, l'exortation des chefs et les cris de l'armée.
Est-ce par ton intelligence que l'épervier se couvre de plumes, déployant ses ailes vers l'auster ?
Ou est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élèvera et que dans les hauteurs il établira son nid ?
Il demeure dans les pierres, il se tient dans les roches abruptes et les rochers inaccessibles.
De là il contemple sa proie, ses yeux regardent de loin.
Ses petits lècheront le sang, et partout où est une charogne, aussitôt il est là.
= V—39,31. Le Seigneur renchérit, et dit à Job :
— Celui qui dispute avec Dieu est-il si facilement réduit au silence ?
Au moins celui qui argumente avec Dieu doit lui répondre !
Répondant, Job dit au Seigneur :
— Comme j'ai parlé à la légère que pourrais-je répondre ?
Je pose la main sur ma bouche :
j’ai dit une chose (si seulement je ne l'avais pas dite !), et une seconde (je ne leur ajouterai rien de plus !)...
= V—40,1. Répondant à Job depuis la tempête le Seigneur dit :
— Ceins tes reins comme un homme, je t’interrogerai et tu m'informeras.
Invalideras-tu donc mon jugement ? Me condamneras-tu, pour que toi, tu sois justifié ?
As-tu un bras comme celui de Dieu ? tonnes-tu d'une voix semblable ?
Enveloppe-toi d'une parure et dresse-toi dans des habits sublimes, sois glorieux et revêts des vêtements précieux.
Disperse les orgueilleux par ta fureur et humilie tout arrogant par ton regard.
Regarde tous les orgueilleux et confonds-les, écrase les impies en leur lieu.
Cache-les ensemble dans la poussière, enfouis leurs visages dans la fosse.
Alors moi aussi, je confesserai que ta droite peut te sauver.
Voici Béhémoth que j’ai créé avec toi, il mangera du foin comme le bœuf.
Sa force est dans ses reins et sa vigueur dans les nombrils de son ventre.
Il serre sa queue comme un cèdre, les nerfs de ses testicules sont entrelacés.
Ses os sont comme des tuyaux d’airain, ses cartilages comme des lames de fer.
Lui-même est le commencement des voies de Dieu, celui qui l'a fait appliquera son glaive.
Pour lui, les montagnes produisent de l'herbe, et toutes les bêtes des champs s'y ébattent.
Il dort à l'ombre dans le secret des roseaux et des lieux humides.
Les ombres protègent son ombre, les saules du torrent l'entourent.
Voici, il absorbera un fleuve et n'en sera pas étonné, il a confiance que le Jourdain puisse se déverser dans sa bouche !
Le prendra-t-on dans ses yeux comme à l'hameçon ? Percera-t-on ses narines avec des pieux ?
Pourras-tu tirer Léviathan avec un hameçon ? Lieras-tu sa langue avec une corde ?
Est-ce que tu mettras un anneau dans ses narines ? Perceras-tu sa mâchoire avec un anneau ?
Est-ce qu'il multipliera les prières à ton égard ou te dira-il de douces paroles ?
Est-ce qu'il fera un pacte avec toi ? Le prendras-tu comme un esclave éternel ?
Est-ce que tu te joueras de lui comme d'un oiseau ? Le lieras-tu pour tes servantes ?
Les amis le découperont-ils ? Les commerçants le partageront-ils ?
Est-ce que tu rempliras de sa peau les filets ? et de sa tête les nasses des poissons?
Pose la main sur lui, souviens-toi du combat et ne continue pas à parler !
= V—40,28. Voici, son espoir sera frustré et, à la vue de tous, il sera précipité !
Je ne le provoquerai pas par cruauté :
qui en effet peut résister à mon visage ?
Qui m’a d'abord donné, que j’aie à lui rendre ?
Tout ce qui est sous le ciel est à moi !
Je ne l'épargnerai ni pour ses mots prétentieux ni pour ses supplications arrangées.
Qui a relevé la face de son vêtement ? Qui est entré au milieu de sa bouche ?
Qui ouvrira les portes de sa gueule ? Autour de ses dents la terreur.
Son corps est comme des boucliers jetés en fonte et couvert d'écailles compactes et serrées.
L'une est attachée à l'autre, il n'y a pas la moindre fente entre elles.
L'une adhère à l'autre, se tenant, jamais elles ne se sépareront.
Son éternument, une splendeur de feu, et ses yeux sont comme les paupières de l’aurore.
Des lampes sortent de sa bouche comme des torches de feu embrasées.
De ses narines sort une fumée comme d'une marmite enflammée et bouillante.
Son souffle fait brûler les charbons et une flamme sort de sa bouche.
Dans son cou résidera sa force, la famine précède sa face.
Les parties de sa chair ont leur cohérence,
il lancera contre lui des foudres, et elles ne seront pas emportées dans un autre lieu.
Son cœur s'endurcira comme la pierre, il se resserrera comme l'enclume du marteleur.
Quand il sera élevé, les anges craindront et terrifiés se purifieront.
En l'atteignant le glaive ne pourra subsister, ni la lance ni la cuirasse.
Il considèrera le fer comme de la paille, l’airain comme un bois vermoulu.
L'archer ne le fera pas fuir, les pierres de fronde sont devenues pour lui un chaume.
Il estimera le marteau comme du chaume, il se rira du fracas des javelots.
Sous lui seront les rayons du soleil, il s'étendra sur l'or comme sur la boue.
Il fera bouillir comme une marmitte la profondeur de la mer, il la rendra semblable à des parfums en ébullition.
Derrière lui brillera un sentier, et l'abysse paraîtra comme un vieillard.
Il n'y a pas sur terre de puissance qui lui soit comparable car il a été fait pour ne rien craindre.
Il voit tout ce qui est élevé,
il est roi sur tous les fils de l'orgueil.
Répondant au Seigneur, Job dit :
— Je sais que tu peux tout et qu'aucune pensée ne t'est cachée.
Quel est celui qui,sans connaissance, cache un conseil ?
Aussi j'ai parlé de façon déraisonnable, et j'ai fait dit choses qui surpassaient outre mesure ma connaissance.
Écoute et moi, je parlerai, j’interrogerai : explique-moi.
Je t'avais entendu par la rumeur de l'oreille mais maintenant mon œil te voit.
C’est pourquoi je me repens et je fais pénitence sur la poussière et la cendre.
Voici, après que le Seigneur eut prononcé ces mots pour Job
il dit à Eliphaz de Théman :
— Ma colère s'est enflammée contre toi et contre tes deux amis
parce que vous n’avez pas parlé devant moi droitement comme mon serviteur Job.
Prenez donc pour vous sept taureaux et sept béliers
venez vers mon serviteur Job et offrez pour vous un holocauste,
car Job mon serviteur priera pour vous.
J'accueillerai sa face afin que votre sottise ne vous soit pas imputée,
car vous n'avez pas parlé avec droiture devant moi, comme l'a fait mon serviteur Job.
Éliphaz le Témanite, Baldad le Suïte et Sophar le Naamatite allèrent.
Ils firent comme le Seigneur leur avait dit et le Seigneur leva la face de Job.
Le Seigneur se tourna vers la pénitence de Job, lorsqu'il priait pour ses amis,
le Seigneur ajouta le double à tout ce qui avait appartenu à Job.
Alors vinrent vers lui tous ses frères et toutes ses sœurs et tous ceux qui l'avaient connu autrefois
et ils mangèrent avec lui du pain dans sa maison
et ils secouèrent la tête à son sujet et ils le consolèrent de tout le mal que le Seigneur avait fait venir sur lui
et ils lui donnèrent chacun une brebis et un pendant d'oreille d’or.
Le Seigneur bénit la suite de Job plus que son commencement.
Il eut quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Il eut sept fils et trois filles.
Il appela le nom de l'une « Jour », le nom de la seconde « Cannelle » et le nom de la troisième « Corne de suie ».
On ne trouvait pas dans toute la terre femmes belles comme les filles de Job
leur père leur donna un héritage au milieu de leurs frères.
On ne trouvait pas dans toute la terre femmes belles comme les filles de Job
leur père leur donna un héritage au milieu de leurs frères.
Job vécut après cela cent quarante ans
il vit ses fils, les fils de ses fils jusqu'à la quatrième génération.
Et il mourut vieux et rassasié de jours.
ICI FINIT LE LIVRE DE JOB