« Qu'y a-t-il, Israël ? Qu'y a-t-il pour que tu sois dans la terre des ennemis | que tu aies vieilli sur une terre étrangère | que tu aies été souillé avec les morts | que tu aies été compté parmi ceux qui sont descendus en enfer ? | Tu as abandonné la source de la sagesse » (Ba 3,10-11). C'est en ces termes que le scribe Baruch révèle au peuple que la cause de leur malheur est l’abandon de la sagesse.
Baruch nous est connu grâce au livre de Jérémie qui le présente comme le scribe du grand prophète. Mais il est beaucoup plus qu'un simple secrétaire. En Jr 36,32, le scribe Baruch, secrétaire de Jérémie est ironiquement désigné comme le deuxième auteur du livre de Jérémie, sorte d'évangéliste de son maître. Surtout, Baruch reçoit lui-même une mission prophétique (Jr 45,1-4). À la différence de son maître Jérémie, Baruch est un type de survivant : c'est lui qui va récupérer les ustensiles du Temple détruit par les Babyloniens, en signe d'espérance d'un retour (Ba 1,8), comme il avait récupéré les paroles de Jérémie.
Ce mouvement de reconstruction après la crise se traduit et dans le contenu et dans les formes littéraires de ce livre. Le livre de Baruch est difficile à classer dans un ensemble précis, parce qu’il se présente comme une synthèse des traditions des prophètes et des sages.
Les nombreuses références aux autres livres bibliques et la synthèse théologique proposée suggèrent que le livre de Baruch est récent. Le fait qu’on ne trouve pas son texte hébreu corrobore l’hypothèse que ce soit un pseudépigraphe. Le personnage de Baruch a conduit cependant à l'insérer parmi les livres prophétiques dans une petite collection « jérémienne » avec le livre de Jérémie et les Lamentations. Dans sa version grecque, le Livre de Baruch a seulement 5 chapitres et « La Lettre de Jérémie », c’est-à-dire le chapitre 6 dans la Vulgate ( Ba 6), est un œuvre à part. Notons enfin que Baruch semble avoir inspiré de Paul pour sa théologie du Christ comme la Sagesse de Dieu en 1Co 1-2.
Le livre de Baruch se compose de quatre parties selon le texte grec et cinq selon le texte latin :
Après l'espoir du règne de Josias, le roi réformateur, sa mort en 609 à Megiddo ainsi que l'extension du pouvoir chaldéen après la chute de Ninive (612) annoncent une ère sombre. Nabuchodonosor assujettit la Palestine dès 605. Les révoltes du royaume de Juda, soutenu par l'Égypte, aboutissent aux deux chutes de Jérusalem, en 597 puis en 587, et à la déportation.
ICI COMMENCE LE LIVRE DE BARUCH
Voici les paroles du livre qu’écrivit Baruch fils de Nérias, fils de Maasias, fils de Sédécias, fils de Sadias, fils de Helcias, à Babylone
la cinquième année, le septième jour du mois
au temps où les Chaldéens prirent Jérusalem et la brûlèrent par le feu.
Baruch lut les paroles de ce livre aux oreilles de Jéconias fils de Joachim, roi de Juda
aux oreilles de tout le peuple qui venait pour le livre
aux oreilles des puissants, des fils des rois
aux oreilles des presbytres
et aux oreilles du peuple, des plus petits jusqu'aux grands, tous ceux qui habitaient à Babylone, près du fleuve Sud.
En l’entendant, ils pleuraient, jeûnaient et priaient devant le Seigneur.
Ils recueillirent de l’argent selon ce que chacun eut sous la main
et ils l’envoyèrent à Jérusalem, à Joachim fils de Helcias fils de Salom, le prêtre
aux prêtres et à tout le peuple, ceux qui se trouvaient avec lui à Jérusalem
au moment où il recevait les ustensiles du Temple du Seigneur, qui avaient été emportés hors du Temple
pour qu'on les renvoie en terre de Juda, le dixième jour de ce mois de sivan ;
[c'étaient] les ustensiles en argent qu’avait fait faire Sédécias fils de Josias, roi de Juda
après que Nabuchodonosor, roi des Babyloniens, eut enlevé de Jérusalem Jéconias, avec les chefs, les prisonniers, les puissants et le peuple de la terre
et les eut emmenés à Babylone.
Ils dirent :
— Voici, nous vous envoyons de l’argent : achetez avec cela des holocaustes et de l’encens
préparez des mannes et offrez-les pour le péché à l’autel du Seigneur notre Dieu.
Priez pour la vie de Nabuchodonosor, roi de Babylone
et pour la vie de Balthazar, son fils
afin que leurs propres jours soient comme les jours du ciel sur la terre
et que le Seigneur nous donne la force et illumine nos yeux
pour que nous vivions à l’ombre de Nabuchodonosor, roi de Babylone
et à l’ombre de Balthazar, son fils
pour que nous les servions de nombreux jours
et que nous trouvions grâce devant eux.
Priez aussi pour nous-mêmes le Seigneur notre Dieu
parce que nous avons péché contre le Seigneur notre Dieu
et que sa fureur ne s'est pas détournée de nous jusqu’à ce jour
et lisez ce livre que nous vous avons envoyé pour qu’il soit récité dans le Temple du Seigneur, le jour de la Solennité et le jour où cela convient.
Et vous direz :
— Au Seigneur notre Dieu la justice
mais à nous la confusion sur notre face
comme, ce jour, à tout Juda et à ceux qui habitent à Jérusalem
à nos rois et à nos chefs
à nos prêtres, à nos prophètes et à nos pères ;
nous avons péché devant notre Seigneur
et nous n'avons pas cru, nous défiant de lui.
Nous ne lui avons pas été obéissants
et nous n’avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu
pour marcher selon les commandements qu’il nous a donnés.
Depuis le jour où il a tiré nos pères de la terre d’Égypte et jusqu’à aujourd’hui
nous étions incrédules envers le Seigneur notre Dieu et, dissipés, nous nous sommes écartés pour ne pas entendre sa voix ;
de nombreux maux se sont attachés à nous, ainsi que les malédictions
que le Seigneur a imposées à Moïse son serviteur
qui a fait sortir nos pères de la terre d’Égypte
pour nous donner une terre ruisselante de lait et de miel
comme aujourd'hui.
Nous n’avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu selon toutes les paroles des prophètes qu’il a envoyés vers nous
et nous sommes allés chacun selon l’inclination de son cœur méchant
servir des dieux étrangers
faisant le mal sous les yeux du Seigneur notre Dieu.
C’est pourquoi le Seigneur notre Dieu a accompli sa parole
qu’il avait prononcée contre nous, contre nos juges qui ont jugé en Israël
contre nos rois, contre nos chefs et contre tout Israël et Juda
de sorte que le Seigneur a fait venir sur nous de grands maux
qui ne sont pas advenus sous le ciel comme ils sont advenus à Jérusalem
selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse
à savoir que l'homme mangerait les chairs de son fils et les chairs de sa fille !
Et il les a livré aux mains de tous les rois qui sont autour de nous
en vue de l'outrage et de la désolation
et ce chez tous les peuples où le Seigneur nous a dispersés.
Et nous avons été en dessous et non au-dessus
parce que nous avons péché contre le Seigneur notre Dieu en n’obéissant pas à sa voix.
Au Seigneur notre Dieu la justice
mais à nous et à nos pères la confusion du visage
comme ce jour.
Et le Seigneur nous les a annoncés
tous ces maux qui sont venus sur nous
et nous n’avons pas supplié la face du Seigneur notre Dieu
de faire revenir chacun de nous de nos voies très mauvaises.
Le Seigneur a veillé sur les maux et il les a fait venir sur nous
parce que le Seigneur est juste dans toutes ses œuvres qu’il nous a commandées.
Et nous n’avons pas écouté sa voix
[qui nous disait] de suivre les préceptes que le Seigneur a donnés devant notre face.
Et maintenant, Seigneur, Dieu d’Israël
qui as fait sortir ton peuple de la terre d’Égypte
par une main forte, par des signes, par des prodiges
par ta grande puissance et par un bras élevé
et qui t'es fait un nom
comme ce jour :
nous avons péché, nous avons commis des impiétés, nous avons agi avec injustice, Seigneur notre Dieu, à l'égard de toutes tes ordonnances ;
que ta colère se détourne de nous
puisque nous avons été laissés en petit nombre parmi les nations où tu nous as dispersés !
Exauce, Seigneur, nos prières et nos supplications
délivre-nous à cause de toi
et fais-nous trouver grâce devant la face de ceux qui nous ont exilés
pour que toute la terre sache
que toi, tu es le Seigneur notre Dieu
et que ton nom a été invoqué sur Israël et sur sa lignée !
Regarde-nous, Seigneur, du haut de ta maison sainte
incline ton oreille et écoute.
Ouvre les yeux et vois :
ce ne sont pas les morts en enfer
dont le souffle a été pris à leurs entrailles
qui rendront honneur et justification au Seigneur
mais c'est l'âme attristée de la grandeur
qui marche courbée et chancelante
et les yeux languissants et l'âme affamée
qui te rendent gloire et justice, Seigneur ;
car ce n’est pas à cause des actes de justice de nos pères que nous répandons notre miséricorde
devant ton regard, Seigneur notre Dieu
mais parce que tu envoyé sur nous ta colère et ta fureur
selon ce que tu avais dit par la main de tes serviteurs les prophètes, disant :
— Ainsi parle le Seigneur :
— Inclinez votre épaule et votre cou
servez le roi de Babylone
et vous demeurerez sur la terre que j’ai donnée à vos pères.
Or, si vous n’écoutez pas la voix du Seigneur votre Dieu pour servir le roi de Babylone
je causerai la défection des cités de Juda et de l'extérieur de Jérusalem
et je vous ôterai la voix de joie et la voix d’allégresse
la voix du fiancé et la voix de la fiancée
et toute la terre sera sans trace de ses habitants.
Et ils n'ont pas écouté ta voix [qui disait] de servir le roi de Babylone
et tu as accompli tes paroles, que tu as dites par la main de tes serviteurs les prophètes
à savoir que les ossements de nos rois et les ossements de nos pères seraient transportés hors de leur emplacement.
Et voici, ils ont été jetés à la chaleur du soleil et au gel de la nuit
et ils sont morts dans de cruelles souffrances
par la faim, par le glaive et par l'expulsion.
Tu as établi le Temple dans lequel ton nom a été invoqué
comme il est en ce jour
à cause de la méchanceté de la maison d’Israël et de la maison de Juda.
Tu as agi envers nous, Seigneur notre Dieu, selon toute ta bonté
et selon toute ta compassion qui est grande
selon ce que tu as dit par la main de ton serviteur Moïse
au jour où tu lui as ordonné d’écrire ta Loi devant les fils d’Israël
en disant :
— Si vous n’obéissez pas à ma voix
cette grande et abondante ambition sera réduite à presque rien parmi les nations où je les disperserai :
je sais que le peuple ne m’écoutera pas
car c’est un peuple à la nuque dure
mais il reviendra vers son cœur dans la terre de sa captivité ;
ils sauront que je suis le Seigneur leur Dieu
et je leur donnerai un cœur et leurs oreilles entendront
ils me loueront dans la terre de leur captivité
et ils se souviendront de mon nom.
Ils renonceront à leur dos raide et à leurs méchancetés
parce qu’ils se souviendront de la route de leurs pères qui ont péché contre moi.
Je les rappellerai dans la terre que j’ai promise à leurs pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob
et ils en seront les maîtres
je les multiplierai et ils ne diminueront pas.
Je ferai avec eux une autre alliance éternelle
pour que je sois leur Dieu
et ils seront mon peuple
et je n'éloignerai plus mon peuple, les fils d'Israël, de la terre que je leur ai donnée.
Et maintenant Seigneur tout-puissant, Dieu d’Israël
une âme dans l’angoisse, et un esprit inquiet, crie vers toi.
Écoute, Seigneur, et prends pitié, parce que tu es un Dieu miséricordieux
et prends pitié de nous, parce que nous avons péché devant toi
car toi, tu sièges pour toujours et nous, nous allons périr pour l'éternité !
Seigneur tout-puissant, Dieu d’Israël
écoute maintenant la prière des morts d’Israël et des fils de ceux-là mêmes
qui ont péché devant toi et n’ont pas écouté la voix du Seigneur leur Dieu
(et les maux se sont collés à nous) :
ne te souviens pas des injustices de nos pères
mais souviens-toi de ta main et de ton nom en ce temps
parce que tu es le Seigneur notre Dieu
et nous te louerons, Seigneur
parce que c'est pour cela que tu as mis ta crainte dans nos cœurs
pour que nous invoquions ton nom et que nous te louions dans notre captivité
car nous renverserons l'injustice de nos pères qui ont péché devant toi.
Nous voici aujourd’hui dans notre captivité
où tu nous as dispersés pour l'outrage, pour la malédiction et pour le péché
selon toutes les injustices de nos pères qui se sont séparés de toi, Seigneur notre Dieu.
Écoute, Israël, les commandements de vie !
Prêtez l’oreille pour connaître la prudence !
Qu'y a-t-il, Israël ? Qu'y a-t-il pour que tu sois dans la terre des ennemis
que tu aies vieilli sur une terre étrangère
que tu aies été souillé avec les morts
que tu aies été compté parmi ceux qui sont descendus en enfer ?
Tu as abandonné la source de la sagesse.
Si tu avais marché dans la voie de Dieu, tu habiterais dans la paix éternelle.
Apprends où est la prudence
où est la force
où est l’intelligence
afin que tu saches en même temps où est la longue durée de la vie et la nourriture
où est la lumière des yeux et la paix.
Apprends où est la prudence
où est la force
où est l’intelligence
afin que tu saches en même temps où est la longue durée de la vie et la nourriture
où est la lumière des yeux et la paix.
Qui a trouvé son lieu et qui est entré dans ses trésors ?
Où sont les chefs des nations et ceux qui dominent les bêtes qui sont sur la terre ?
ceux qui se jouent des oiseaux du ciel ?
ceux qui travaillent l’argent et y mettent leur souci
et dont les œuvres ne sont pas découvertes ?
Ils ont été exterminés et sont descendus aux enfers
et d’autres se sont élevés à leur place.
Des jeunes gens ont vu la lumière et ont habité sur la terre
mais ils ont ignoré la voie de la connaissance
ils n’ont pas compris ses sentiers
et leurs fils ne l'ont pas saisie ;
elle s'est tenue loin de leur face.
Elle n'a pas été entendue dans la terre de Canaan
et elle n’a pas été vue dans Théman.
De même, les fils d’Agar qui cherchent la prudence qui vient de la terre
les marchands de Merra et de Théman
les fabulistes et ceux qui recherchent l'intelligence
n’ont pas connu la voie de la sagesse
et ne se sont pas souvenus de ses sentiers.
Ô Israël, qu’elle est grande la maison de Dieu !
Qu’il est vaste le lieu de sa possession !
Il est grand et n’a pas de bornes
il est élevé et immense.
Il y eut là ces fameux géants qui furent dès le commencement
de haute stature, savants dans la guerre.
Ce n’est pas eux que Dieu a choisis
et il ne leur a pas donné la voie de la connaissance ;
ils ont péri
parce qu’ils n’avaient pas la sagesse
et ils ont péri à cause de leur irréflexion.
Qui est monté au ciel, l'a saisie
et l’a fait descendre des nuées ?
Qui a traversé la mer, l’a trouvée
et l’a rapportée de préférence au meilleur or ?
Il n’est personne qui puisse connaître sa voie
ni qui cherche ses sentiers.
Mais celui qui sait toutes choses la connaît
il l'a découverte par sa prudence
lui qui a affermi la terre dans l'éternité
et l’a remplie de bétail et de quadrupèdes
lui qui envoie la lumière, et elle part
qui l’a appelée, et elle lui a obéi en tremblant.
Les étoiles ont donné de la lumière à leurs postes de garde et elles se sont réjouies
il les a appelées et elles ont dit : — Nous voici !
et elles ont brillé avec gaieté pour celui qui les a faites.
C’est notre Dieu
nul autre ne comptera contre lui.
Il a découvert chaque voie de la connaissance
et il l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël son bien-aimé.
Après cela il a été vu sur la terre
et il a vécu parmi les hommes.
Voici le livre des commandements de Dieu et la Loi qui subsiste pour l'éternité :
tous ceux qui s’y attacheront iront vers la vie
mais ceux qui l’auront abandonnée, vers la mort.
Reviens, ô Jacob, et saisis-la !
Marche sur sa route, vers sa splendeur, face à sa lumière.
Ne donne pas ta gloire à un autre ni ta dignité à une nation étrangère.
Heureux sommes-nous, ô Israël !
Car ce qui plaît à Dieu nous a été manifesté.
Prends courage, ô peuple de Dieu, souvenir d’Israël !
Vous n'avez pas été vendus aux nations pour la destruction
mais pour la colère : c'est parce que vous avez excité Dieu à la colère que vous avez été livrés à vos adversaires
car vous avez irrité celui qui vous a faits, le Dieu éternel
en offrant des sacrifices à des démons et non à Dieu.
Vous avez oublié celui qui vous a nourris
et vous avez attristé votre nourrice, Jérusalem
car elle a vu la colère de Dieu qui venait sur vous
et elle a dit : — Écoutez, voisines de Sion :
Dieu m’a envoyé un grand deuil
car j’ai vu la captivité de mon peuple
de mes fils et de mes filles
que l’Éternel a envoyée sur eux.
Je les ai nourris avec gaieté
et je les ai laissés partir dans les gémissements et le deuil.
Que nul ne se réjouisse de moi, veuve et délaissée par beaucoup !
J'ai été abandonnée à cause des péchés de mes fils
parce qu’ils se sont détournés de la Loi de Dieu ;
ils ont ignoré ses préceptes
et ils n'ont pas marché sur les voies des commandements de Dieu
ni sur les sentiers de sa vérité
quand ils se sont engagés dans ses préceptes.
Qu’elles viennent, les voisines de Sion
et qu’elles se souviennent de la captivité de mes fils et de mes filles
que l’Éternel a envoyée sur eux
car il a fait venir de loin une nation contre eux
une nation effrontée, et au langage étranger
et ils n'ont pas eu d'égard pour le vieillard
ni n'ont eu pitié des enfants ;
ils ont emmené les bien-aimés de la veuve
et ils l'ont laissée seule, privée de ses fils.
Et moi, comment puis-je vous secourir ?
En effet, celui qui a fait venir sur vous les maux
vous tirera lui-même des mains de vos ennemis.
Marchez, fils, marchez
car moi, on m'a laissée seule !
Je me suis dévêtue de la robe de la paix
je me suis revêtue du sac de la supplication
et je crierai vers le Très-Haut pendant mes jours.
Prenez courage, fils !
Criez au Seigneur
et il vous arrachera à la main des princes ennemis
car moi, j'ai espéré de l’Éternel votre salut
et la joie me vient de la part du Saint
pour la miséricorde qui vous viendra bientôt de l’Éternel notre sauveur.
Je vous ai laissés partir avec deuil et pleurs
mais Dieu vous ramènera à moi avec joie et gaieté pour toujours
car, de même que les voisines de Sion ont vu votre captivité
de même elles verront bientôt votre salut de la part de Dieu
qui vous viendra avec une grande gloire et une splendeur éternelle.
Fils, supportez avec patience la colère qui est venue sur vous ;
ton ennemi t'a poursuivi
mais bientôt tu verras sa ruine et tu monteras sur sa nuque.
Mes tendres [enfants] ont marché sur des voies escarpées
car ils ont été enlevés comme un troupeau pillé par des ennemis.
Prenez courage, fils, et criez vers Dieu !
Car votre souvenir restera chez celui qui vous conduit :
comme votre pensée a été de vous éloigner de Dieu
vous mettrez dix fois autant [d’ardeur] à le chercher en retournant vers lui
car celui qui a fait venir sur vous les maux
vous amènera en retour la gaieté éternelle avec votre salut.
Prends courage, Jérusalem
car il t'exhorte, celui qui t’a nommée !
Ils obéiront, les misérables qui t’ont maltraitée
et qui se sont réjouis de ta ruine !
Elles seront punies
les cités où tes fils auront été esclaves !
Elle sera punie, celle qui a reçu tes fils !
De même, en effet, qu’elle s’est réjouie de ta ruine
et qu’elle s'est égayée de ton malheur
de même elle s’attristera de sa propre désolation.
On lui retranchera la joie qu'elle tire de sa multitude
et sa félicité sera changée en deuil
car un feu viendra sur elle de la part de l’Éternel pour de longs jours
et elle sera habitée par des démons pour longtemps.
Regarde, Jérusalem, vers le levant
et vois la gaieté qui te vient de Dieu
car voici que viennent tes fils, ceux que tu as renvoyés çà et là
ils viennent, rassemblés du levant jusqu'au couchant, à la parole du Saint
se réjouissant dans la gloire de Dieu.
Dévêts-toi, Jérusalem, de la robe de ton deuil et de ton affliction
et revêts-toi de la dignité et de l'honneur de sa gloire, qui te vient de Dieu pour l'éternité.
Enveloppe-toi du manteau double de la justice qui vient de Dieu
et mets-toi sur la tête le bandeau de la gloire de l’Éternel
car Dieu montrera sa splendeur en toi à tout ce qui est sous le ciel.
Ton nom te sera donné par Dieu pour l'éternité :
« Paix de la justice et Gloire de la piété ».
Lève-toi, Jérusalem, tiens-toi sur la hauteur
regarde vers le levant
et vois tes fils rassemblés
du soleil levant jusqu'au couchant par la parole du Saint
se réjouissant de la mémoire de Dieu :
ils sont sortis de toi à pied emmenés par des ennemis
mais le Seigneur les ramènera vers toi portés avec honneur comme les fils d'un royaume
car Dieu a ordonné d’abaisser toute montagne élevée et les roches éternelles
et de combler les vallées pour les mettre au niveau de la terre
afin qu’Israël marche rapidement pour la gloire de Dieu.
Les forêts et tout bois à la bonne odeur ont ombragé Israël sur ordre de Dieu
car Dieu conduira Israël avec gaieté dans la lumière de sa majesté
avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui.
COPIE D'UNE LETTRE QUE JÉRÉMIE A ENVOYÉE AUX CAPTIFS DÉPORTÉS À BABYLONE PAR LE ROI DES BABYLONIENS POUR LEUR ANNONCER SELON CE QUI LUI AVAIT ÉTÉ ORDONNÉ PAR DIEU.
À cause des péchés par lesquels vous avez péché devant Dieu, vous allez être déportés, captifs à Babylone, par Nabuchodonosor, roi des Babyloniens.
C'est pourquoi, une fois entrés à Babylone, vous y resterez de nombreuses années, pendant longtemps même, jusqu’à sept générations ;
mais après cela, je vous en ferai sortir en paix.
Or, maintenant, vous allez voir à Babylone des dieux d’or, d'argent, de pierre et de bois, portés sur les épaules
et inspirant de la crainte aux nations.
Prenez donc garde à ne pas, vous aussi, devenir semblables aux étrangers dans vos actes
et à ne pas avoir de crainte, et à ce que la crainte ne s'empare pas de vous à cause d'eux ;
ainsi, en voyant une foule, derrière et devant, en adoration,
dites en vos cœurs :
— C’est toi qu’il faut adorer, Seigneur.
Mon ange est avec vous et j'examinerai moi-même vos âmes :
leur propre langue, qui a été polie par un artisan
et ces choses mêmes, qui ont été recouvertes d'or et d'argent, sont fausses et ne peuvent parler.
Comme pour une jeune fille qui aime la parure
ils ont pris de l’or et ils les ont fabriqués.
Certes, ils ont des couronnes d'or sur la tête, leurs dieux
mais les prêtres en dérobent l’or et l’argent
et ils le dépensent pour eux-mêmes ;
ils en donnent même aux prostituées, ils en parent les courtisanes
et une fois qu'ils en ont de nouveau reçu des courtisanes, ils parent leurs propres dieux !
Mais ceux-ci ne se préservent ni de la rouille, ni des vers.
Une fois qu'ils les auront revêtus d'un habit de pourpre
ils leur essuieront le visage à cause de la poussière de la maison
qui abonde parmi eux.
Mais [tel dieu] tient un sceptre comme un homme, comme le juge d'une région
lui qui ne tue pas celui qui pèche contre lui ;
il tient encore un glaive et une hache à la main
mais il ne se libère pas de la guerre ou des bandits :
de là, vous savez que ce ne sont pas des dieux
alors ne les craignez pas
car de même que l'instrument d'un homme, une fois brisé, devient inutile
ainsi en est-il de leurs dieux.
Quand ils sont établis dans une maison
leurs yeux sont pleins de la poussière qui vient des pieds de ceux qui entrent
et de même qu'on boucle les portes de celui qui a lésé un roi
ou de même qu'on met un mort au tombeau
ainsi les prêtres fortifient leurs huis par des serrures et des verrous
de peur qu'ils ne soient dépouillés par les bandits.
Ils leur allument des lampes, en très grand nombre même
et ils ne peuvent en voir aucune :
ils sont comme les poutres de la maison.
Et on dit que les serpents qui viennent de la terre lèchent leurs cœurs
tandis qu'ils les dévorent avec leurs propres vêtements, et ils ne le sentent pas !
Leurs faces deviennent noires par la fumée qui s'élève dans la maison.
Sur leur corps et sur leur tête voltigent les hiboux, les hirondelles
d'autres d'oiseaux et aussi les chats, de la même façon.
Par là vous saurez que ce ne sont pas des dieux
donc ne les craignez pas ;
même l'or qu'ils ont n'est que pour l'apparence :
à moins que quelqu'un en ôte la rouille, ils ne brilleront pas
car, même lorsqu’on les fondait, ils ne sentaient rien.
À tout prix ils ont été achetés
eux en qui il n’y a aucun souffle.
Dépourvus de pieds, ils sont portés sur les épaules
montrant aux hommes leur indignité
et même ceux qui les servent sont couverts de honte :
aussi, s'ils tombent à terre, ils ne se relèveront pas d'eux-mêmes
et si on ne le pose pas debout, [le dieu] ne se tiendra pas de lui-même ;
mais, comme à des morts, on leur apportera des présents.
Leurs offrandes, leurs propres prêtres les vendent et en tirent profit ;
de même leurs femmes, qui en prennent aussi, ne partagent rien ni avec l'infirme, ni avec le pauvre.
Leurs sacrifices, les femmes enceintes et celles qui ont leurs menstrues y touchent.
Sachant donc par cela que ce ne sont pas des dieux, ne les craignez pas.
D'où vient, en effet, qu'ils sont appelés « dieux » ?
Du fait que des femmes posent des offrandes devant ces dieux d’argent, d’or et de bois ?
Que dans leurs maisons les prêtres se tiennent sur leurs sièges
avec tuniques déchirées, têtes et barbes rasées
eux dont les têtes sont nues ?
Ils rugissent en criant face à leurs dieux, comme pendant le festin d'un mort.
Leurs prêtres leur enlèvent leur vêtement
et habillent leurs femmes et leurs enfants.
Qu’ils souffrent quelque mal de la part de quelqu'un ou quelque bien, ils ne pourront le rendre ;
ils ne peuvent ni établir un roi ni le renverser.
De même, ils ne peuvent ni donner des richesses, ni rendre le mal ;
si quelqu’un leur a fait un vœu et ne s’en est pas acquitté, ils ne le réclameront même pas ;
ils ne libèrent aucun homme de la mort et ils n’arracheront pas un homme très humble à un plus puissant.
Ils ne ramèneront pas un aveugle à la vue
ils ne libéreront pas un homme de la détresse.
La veuve, ils n'en auront pas pitié, et ils ne feront pas de bien à l’orphelin.
C'est aux pierres de la montagne que sont semblables leurs dieux de bois et de pierre, d'or et d'argent
et ceux qui les servent seront couverts de honte.
Comment donc croire ou dire que ce sont des dieux ?
Et encore, les Chaldéens eux-mêmes, quoi qu'ils ne les honorent pas
sont tels que, lorsqu'ils entendent qu'un muet ne peut parler
ils vont le présenter à Bel en lui demandant qu'il parle :
comme s'ils pouvaient sentir, ceux qui n'ont pas le mouvement !
Or même eux, quand ils auront compris, les abandonneront
car leurs dieux eux-mêmes n'ont pas de sens.
Les femmes, ceintes de cordes, s'asseoient sur les routes, brûlant des noyaux d'olives
et quand l’une d’elles, entraînée par un passant, a dormi [avec lui]
elle reproche à sa voisine de n’avoir pas été jugée digne comme elle aussi
et de n’avoir pas vu rompre sa corde.
Tout ce qui leur arrive est faux :
comment donc faudrait-il croire ou dire que ce sont des dieux ?
C'est par des artisans et des orfèvres qu'ils ont été fabriqués :
ils ne sauraient être rien d'autre que ce que les prêtres veulent qu’ils soient.
En outre, les orfèvres qui les font n’ont eux-mêmes pas longtemps à vivre :
comment donc les objets qu'ils ont fabriqués peuvent-ils être des dieux ?
Et ils n'ont laissé que mensonge et opprobre à la postérité
du coup, une fois survenus guerre et malheurs
les prêtres qui viennent après eux se demandent où se cacher avec ces [dieux].
Comment donc devrait-on croire que ce sont des dieux
eux qui ne se libèrent pas de la guerre
ni ne s'arrachent aux malheurs ?
Étant donné, en effet, qu'ils sont en bois, recouverts d'or et d’argent
le fait qu'ils sont faux sera plus tard connu par toutes les nations et les rois ;
et il a été rendu manifeste que ce ne sont pas des dieux, mais des ouvrages de mains d’hommes
et qu’il n’y a en eux aucune œuvre de dieu.
De là, il est donc reconnu que ce ne sont pas des dieux mais des œuvres de mains d'hommes
et qu'il n'y a aucune œuvre de Dieu en eux.
Ils n'érigent pas un roi sur un pays et ne donneront pas de pluie aux hommes.
Ils ne rendront pas non plus de jugement ni ne libéreront une région de l'injustice
car ils ne peuvent rien, comme des corneilles entre le ciel et la terre.
Et lorsque le feu aura pris sur la maison des dieux de bois, d'or et d'argent
leurs propres prêtres fuiront et se sauveront
mais eux, tels des poutres au milieu, seront consumés.
Et ils ne résisteront pas à un roi ni à une guerre :
comment donc devrait-on penser ou admettre que ce sont des dieux ?
Ils ne se libéreront ni des voleurs ni des bandits, les dieux de bois, de pierre, recouverts d’or et d'argent ;
ceux-là, qui sont plus forts qu'eux
leur enlèveront l’or, l'argent et le vêtement qui les couvraient, et s'en iront :
ils ne se portent même pas secours à eux-mêmes !
Aussi vaut-il mieux être un roi montrant sa force
ou un instrument utile dans la maison, dont se glorifiera celui qui le possèdera
que des faux dieux
ou bien une porte dans une maison, qui garde ce qui s’y trouve
que des faux dieux.
En effet, le soleil et la lune
tous les astres, comme ils donnent de l'éclat et sont envoyés dans notre intérêt, obéissent ;
de même encore l’éclair, lorsqu’il paraît, est remarqué
et le vent aussi souffle lui-même dans chaque région ;
les nuées, lorsque Dieu leur a ordonné de parcourir toute la terre
exécutent ce qui leur a été ordonné ;
le feu aussi, lorsqu'il est envoyé d’en haut pour consumer les montagnes et les forêts
fait ce qui lui a été commandé.
Mais ces choses, ni par les apparences, ni par les puissances, ne sont semblables à un seul d'entre eux.
De là, il ne faut ni penser ni dire que ce sont des dieux
puisqu’ils ne peuvent ni rendre un jugement, ni faire du bien aux hommes.
Sachant ainsi que ce ne sont pas des dieux
ne les craignez donc pas
car ils ne maudiront pas les rois ni ne les béniront
et même, ils ne font pas voir aux nations des signes dans le ciel ;
ils ne brillent pas comme le soleil et ils n'éclairent pas comme la lune.
Les bêtes valent mieux qu’eux
elles qui peuvent fuir sous un toit et se porter secours à elles-mêmes.
C'est pourquoi en aucune manière il n'est manifeste pour nous que ce sont des dieux ;
pour cette raison, ne les craignez pas
car de même que dans un champ de concombres un épouvantail ne garde rien
ainsi sont leurs dieux de bois, d’argent, et recouverts d’or.
De la même manière aussi, c'est à une aubépine dans un jardin, sur laquelle tout oiseau se pose
et également à un mort jeté dans les ténèbres
que ressemblent leurs dieux de bois, recouverts d’or et recouverts d’argent.
Par la pourpre aussi, et par le marbre qui, sur eux, sont rongés, vous saurez que ce ne sont pas des dieux :
à la fin, eux-mêmes sont dévorés
et la honte régnera dans la région.
Mieux vaut l’homme juste qui n’a pas d'idoles
car il sera loin des opprobres.
ICI FINIT LE LIVRE DE BARUCH