Lamentations

«— Ô vous tous qui passez par le chemin, contemplez et voyez s’il y a une douleur comme ma douleur, car elle m'a vendangée, comme le Seigneur a dit au jour de la colère de sa fureur. » Lm 1,12

Il est souvent difficile d'exprimer l'intensité de la douleur, mais dans le livre des Lamentations la plainte angoissée devient prière.

C’est le genre littéraire qui donne le titre à cette anthologie des cinq poèmes. Par leur forme (des monologues et dialogues internes) et par leur sujet (la souffrance), ils sont proches du livre de Job. Cependant, celui qui souffre est ici le peuple de Juda tout entier, personnifié comme « la Fille de Sion », qui reconnaît sa souffrance comme juste punition de ses fautes.

Les Lamentations expriment des émotions fortes : solitude, abandon, culpabilité, dégradation et honte. Les voix qui s'élèvent réclament l'attention, veulent être entendues et vues. Ces poèmes ne font cependant pas entendre un grand cri déraisonné : au contraire, le poète commence la reconstruction d'un monde brisé en organisant son discours selon l’ordre alphabétique hébreu. Tous les chapitres ont 22 versets commencés chacun par une lettre de l'alphabet (acrostiches alphabétiques, aleph, beth, gimel... à l'exception du c.5), le chapitre 3 en a trois fois 22 (aleph, aleph, alephbeth, beth, beth, etc.)

La souffrance d'un peuple, qu'elle soit due à des causes naturelles ou à des actions humaines, est fréquente dans l'histoire et se retrouve dans toutes les nations. La souffrance de Sion est particulière : ses causes sont bien connues (les Babyloniens ont détruit Jérusalem et exilé Juda), paradoxalement, pourtant le seul ennemi apostrophé dans ce livre est ... le Dieu d’Israël. En effet, c’est Lui le seul vrai maître de l’histoire. Cette conviction pousse le poète à crier vers le principal Responsable de son malheur, avec un grand espoir pour l’avenir (Lm 3,19-24).

Depuis l’antiquité, l’homme souffrant de Lm 3,1 et l’auteur du livre ont été identifiés avec Jérémie en larmes (Jr 7,29 ; 8,23 ; 13,17 ; 22,10). Le canon chrétien suit cette tradition en plaçant le livre des Lamentations directement après le livre de Jérémie. Le Nouveau Testament ne cite pas ce livre mais on trouvera la figure du Jérémie qui pleure la destruction de son peuple en Jésus qui déplore la destruction de Jérusalem (Lc 19,41-44). Dans la tradition juive les Lamentations sont lues au jour commémorant la destruction du Temple et pour cette raison, entrent dans la collection des Megillôt : les cinq « Rouleaux ». Dans la tradition chrétienne, les Lamentations se font entendre pendant les offices de la Semaine Sainte : les grands compositeurs ont émaillé l'histoire de la musique par des Leçons de Ténèbres toutes plus célèbres les unes que les autres. 

TEXTE

Critique textuelle

Les fragments retrouvés à Qumrân montrent que le texte hébreu massorétique n’est pas très différent du substrat antérieur. La version grecque est donc elle aussi très proche du texte massorétique.

Procédés littéraires caractéristiques

Les quatre premiers poèmes sont des acrostiches alphabétiques, le dernier avec ses 22 vers étant une pièce alphabétique, mais sans acrostiche. Il s'agit de faire débuter chaque strophe par une lettre de l'alphabet, dans l'ordre. Lm 3 représente une complexité plus aboutie car la même initiale débute chaque vers de la strophe, qui en contient trois (au Ps 119 (118), c'est appliqué aux huit vers des 22 strophes).

  • Le rythme de Lm 1-4 est celui d'un pentamètre à 3 + 2 accents, et la chute de la voix, au deuxième stique, insiste sur le malheur. Ce rythme est dominant, mais pas systématique.
  • Lm 5 est écrite en hexamètres à 3 + 3 accents, le plus habituel dans la poésie biblique.

Genres littéraires

Les Lamentations 1, 2 et 4 appartiennent au genre littéraire des complaintes de deuil, 3 est une lamentation personnelle, tandis que 5 est l'œuvre d'une communauté (c'est l'équivalent, dans la Vulgate, de la Prière de Jérémie).

CONTEXTE

Histoire et géographie

Après l'espoir du règne de Josias, le roi réformateur, sa mort en 609 à Megiddo ainsi que l'extension du pouvoir chaldéen après la chute de Ninive (612) annoncent une ère sombre. Nabuchodonosor assujettit la Palestine dès 605. Les révoltes du royaume de Juda, soutenu par l'Égypte, aboutissent aux deux chutes de Jérusalem, en 597 puis en 587, et à la déportation.

Auteur/s et datation

  • Attribution traditionnelle contestée : la Septante, et à sa suite toute la tradition, donne Jérémie pour auteur des Lamentations selon 2Ch 35,25 et le contenu qui correspond à cette époque. Mais les exégètes contemporains relèvent aussi certaines difficultés.
  • Hypothèse historique : on date leur composition d'après la chute de Jérusalem (587) en Palestine. Elles pourraient être l'œuvre d'un seul auteur, bien qu’il soit possible d’avoir affaire à des poèmes d’origines diverses.

RECEPTION

Canonicité

  • La Bible hébraïque intègre ce livre dans les Hagiographes et c'est un des cinq megillôt, les « rouleaux », puisqu'il est utilisé au jour du jeûne du 9 Av (le jeûne pour la destruction de Jérusalem).
  • Il est rangé après Jérémie dans la Bible grecque et la Vulgate, sous l'autorité de ce prophète.

Importance traditionnelle

Exégèse

Plusieurs interprétations sont dégagées par les Pères de l’Eglise pour les Lamentations.

  • Le sens historique est d’abord dévoilé par Origène et Olympiodore le Diacre (6e s.)
  • Ils dégagent ensuite le sens allégorique : la dévastation de Jérusalem représente celle de l’âme loin de Dieu. Théodoret de Cyr voit dans les Lamentations la révélation des maux innombrables provoqués par le péché.
  • Le sens christologique est lui aussi commenté : Olympiodore voit dans les souffrances de Jérémie la figure de celles de Jésus, tandis que la Résurrection est annoncée par Lm 3,58. Jérémie comme prophète du Sauveur est le thème le plus fréquent dont font mention: Justin le Martyr, Irénée, Origène, Eusèbe de Césarée, Cyrille de Jérusalem, Pseudo-Grégoire de Nysse, Constitutions apostoliques , Augustin.

Suivent les commentaires, entre autres, de :

  • Paschase Radbert (†865),
  • Guibert de Nogent (†1125), Hugues de Saint-Victor (†1141),
  • Nicolaus Clenardus (†1542), Johann Wild (Ferus) (†1554), Heitor Pinto (†1584), Jean Cinquarbres (†1587), Noël Taillepied (†1589), Pedro de Figueiro (†1592), Francesco Panigarola (†1594),
  • Antonio Agelli (†1608), Martin Antonio Delrio (†1608)
  • Johann David Michaelis (†1791).

Liturgie

  • Les Juifs récitent le livre des Lamentations au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple.
  • L'Église s'en sert pendant la Semaine Sainte pour rappeler le Calvaire, au moment de l’Office des Ténèbres, chaque matin.

Lamentations 1

Comment est-elle assise solitaire, la cité populeuse !

1

LAMENTATIONS         ALEPH. Comment est-elle assise solitaire, la cité populeuse ?

Elle est devenue comme une veuve, celle qui était grande parmi les nations,

la reine des provinces a été rendue tributaire !

2

BETH. Elle pleure et repleure dans la nuit, ses larmes sur ses joues

il n'y a personne qui la console parmi tous ses êtres chers 

tous ses amis l’ont repoussée et ils sont devenus ses ennemis.

3

GHIMEL. Juda s’en est allée en exil à cause de l'affliction et de la grande servitude.

Elle a habité parmi les nations sans trouver le repos

tous ses persécuteurs l’ont atteinte dans d’étroits défilés.

4

DALETH. Les chemins de Sion sont dans le deuil parce que nul ne vient plus à ses fêtes,

toutes ses portes sont en ruines, ses prêtres gémissent,

ses vierges sont négligées et elle-même est oppressée par l’amertume.

5

HÉ. Ses oppresseurs ont le dessus, ses ennemis prospèrent

car le Seigneur a parlé contre elle à cause de la multitude de ses offenses,

ses petits enfants ont été conduits en captivité devant l’oppresseur.

6

VAV. La fille de Sion a perdu toute sa beauté,

ses princes sont devenus  comme des bêliers ne trouvant pas de pâture,

et partirent sans force devant celui qui les poursuivait.

7

ZAÏN. Jérusalem s'est souvenue des jours de son affliction et de sa vie errante,

de tous ses biens désirables qu'elle avait eus depuis les jours anciens.

Lorsque que son peuple est tombé sous la main de l’oppresseur et que personne ne vint à son aide,

ses ennemis la virent et rirent de ses sabbats.

8

HETH. Jérusalem a multiplié ses péchés

c’est pourquoi elle est devenue une chose souillée, tous ceux qui l’honoraient la méprisent car ils ont vu sa nudité,

elle-même gémit et détourne la face.

9

TETH. Sa souillure apparaît sur ses pieds et elle ne songeait pas à sa fin

elle est tombée violemment et nul ne la console.

Vois, Seigneur ma misère car l’ennemi triomphe.

10

JOD. L’oppresseur a étendu la main sur tous ses trésors

car elle a vu entrer dans son sanctuaire les nations

auxquelles tu avais prescrit de ne pas entrer dans ton assemblée.

11

CAPH. Tout son peuple gémit et cherche du pain.

Ils ont donné leurs joyaux pour des aliments qui leur rendent la vie.

Vois, Seigneur, regarde combien je suis avilie.

12

LAMED. Ô vous tous qui passez par le chemin

contemplez et voyez s’il y a une douleur comme ma douleur car elle m'a vendangée

comme le Seigneur a dit au jour de la colère de sa fureur.

13

MEM. D’en haut il a lancé dans mes os un feu qui les dévore

il a étendu un filet devant mes pieds, il m’a fait reculer,

il m’a jetée dans la désolation, je languis tout le jour.

14

NUN. En sa main, le joug de mes iniquités pèse continuellement

elles se sont enroulées et appliquées à   mon cou

ma force est affaiblie : le Seigneur m’a livrée à une main dont je ne pourrai ressusciter.

15

SAMECH. Le Seigneur a enlevé tous les guerriers qui étaient au milieu de moi

il a appelé contre moi une armée pour écraser mes jeunes hommes

le Seigneur a foulé au pressoir pour la vierge, fille de Juda.

16

AÏN. C’est pour cela que je pleure, que mon œilrépand des larmes

car il est loin de moi le consolateur  qui me rendrait la vie

mes fils sont dans la désolation car l’ennemi l’emporte.

17

PHÉ. Sion a tendu les mains mais personne ne ll'a consolée

le Seigneur a mandé contre Jacob ses oppresseurs de toutes parts ;

Jérusalem est devenue au milieu d’eux comme une chose souillée.

18

TSADÉ. Le Seigneur est juste parce que je l'ai poussé à la colère

Oh ! écoutez tous, peuples, et voyez ma douleur

Mes vierges et mes jeunes gens sont allés en captivité.

19

QOPH. J’ai appelé mes amants, ils m’ont trompée

mes prêtres et mes anciens ont péri dans la ville

en cherchant de la nourriture pour ranimer leur vie.

20

RESCH. Regarde, Seigneur, quelle est mon angoisse ! Mes entrailles sont troublées

mon cœur est bouleversé au dedans de moi parce que j’ai été bien rebelle

au dehors l’épée a tué mes enfants et au dedans c’est comme   la mort.

21

SIN. Ils ont entendu car je gémis ; il n'y a personne qui me console.

Tous mes ennemis ont entendu mon malheur, ils se sont réjoui car toi tu as agi.

Tu as fait venir le jour de la consolation et ils seront semblables à moi.

22

THAU. Que toute leur méchanceté soit présente devant toi,

et traite-les comme tu m’as traitée à cause de toutes mes offenses

nombreux sont en effet mes gémissements  et mon cœur est malade.

Lamentations 2

Comment le Seigneur par colère a couvert Sion de nuages !

1

ALEPH. Comment le Seigneur, dans sa colère, a-t-il couvert d’un nuage la fille de Sion ?

Il a précipité du ciel sur la terre la magnificence d’Israël

et il ne s’est plus souvenu de son marchepied au jour de sa colère.

2

BETH. Le Seigneur a détruit et n'a épargné rien de ce qui était beau en  Jacob,

il a renversé dans sa fureur les remparts de la vierge de Juda 

il les a jetés par terre, il a profané sa royauté et ses princes.

3

GHIMEL. Dans l’ardeur de sa colère, il a brisé toute force d’Israël

il a retiré sa droite devant l’ennemi

il a allumé dans Jacob comme un feu ardent qui dévore de tous côtés.

4

DALETH. Il a bandé son arc comme un ennemi

il a renforcé sa droite comme un assaillant et il a tué tout ce qui était beau à voir,

dans la tente de la fille de Sion il a versé son courroux comme un feu.

5

HÉ. Le Seigneur a été comme un ennemi, il a détruit Israël,

détruit tous ses palais, abattu ses remparts ; 

il a amoncelé sur la fille de Sion douleur sur douleur.

6

VAV. Il a forcé son enclos, comme un jardin, il a détruit son sanctuaire.

Le Seigneur a fait oublier dans Sion solennités et sabbats

dans l’ardeur de sa colère, il a rejeté avec dédain le roi et le prêtre.

7

ZAÏN. Le Seigneur a pris en dégoût son autel, il a maudit son sanctuaire 

il a livré aux mains de l’ennemi les murs de ses palais 

On a poussé des cris dans la maison du Seigneur comme en un jour de fête.

8

HETH. Le Seigneur a médité de renverser les murs de la fille de Sion

il a étendu son cordeau et n’a pas retiré sa main qu’il ne les eût détruits

il a mis en deuil le mur et l’avant-mur, ensemble ils gisent.

9

TETH. Ses portes sont enfoncées en terre

il en a rompu, brisé les barres, ses rois et ses princes sont parmi les nations,

il n’y a plus de loi et même ses prophètes ne reçoivent plus de vision du Seigneur.

10

JOD. Ils sont assis par terre et se taisent, les anciens de la fille de Sion

ils ont versé de la poussière sur leur tête, ils sont vêtus de sacs.

Elles inclinent leur tête vers la terre, les vierges de Jérusalem.

11

CAPH. Mes yeux se sont consumés dans les larmes, mes entrailles sont troublées

mon foie se répand sur la terre, au sujet de la destruction de la fille de mon peuple,

tandis qu'enfants et nourrissons défaillent sur les places de la cité.

12

LAMED. À leurs mères ils demandent où il y a du blé et du vin

alors qu'ils tombent comme blessés sur les places de la ville

et rendent l’âme sur le sein de leur mère. 

13

MEM. À quoi te comparerai-je ou à quoi t'assimilerai-je, fille de Jérusalem ?

À quoi te rendrai-je égale afin que je te console, vierge, fille de Sion ?

Grand en effet comme la mer [est] ton brisement, qui te guérira ?

14

NUN. Tes prophètes virent pour toi faussetés et sottises

ils ne te découvraient pas ton iniquité pour te provoquer à la pénitence

mais ils virent pour toi faux asiles  et faux exils.   

15

SAMECH. À ta vue ils battent des mains ceux qui passent sur le chemin

ils sifflent et remuent la tête sur la fille de Jérusalem

Est-ce là cette ville que l'on disait d'une beauté parfaite, la joie de toute la terre ?

16

PHÉ. Ils ouvrent la bouche contre toi, tous tes ennemis

ils sifflent et grincent des dents, ils disent : — nous l’avons engloutie

C’est là le jour que nous attendions, nous y sommes arrivés, nous le voyons.

17

AÏN. Le Seigneur a exécuté ce qu’il avait résolu

il a accompli la parole qu’il avait résolue dès les jours anciens, il a détruit sans pitié.

Il a réjoui l’ennemi à tes dépens et il a exhaussé la force de tes oppresseurs.

18

TSADÉ. Leur cœur crie vers le Seigneur sur les murailles de la fille de Sion.

Laisse couler comme un torrent tes larmes jour et nuit

ne te donne aucune relâche et que la prunelle de tes yeux  n’ait point de repos.

19

QOPH. Lève-toi, pousse des cris pendant la nuit, au commencement des veilles !

Épanche ton cœur comme l’eau, devant la face du Seigneur !

Élève vers lui les mains pour la vie de tes petits enfants

qui défaillent de faim à l'entrée de tous les carrefours...

20

RESCH. Vois, Seigneur, et considère qui as-tu jamais traité ainsi ?

Se peut-il que des femmes mangent le fruit de leurs entrailles, les petits enfants de la taille d'une main ?

Que soient égorgés dans le sanctuaire du Seigneur prêtres et prophètes  ?

21

SIN. Sur le sol gisent dans les rues enfant et vieillard

mes vierges et mes jeunes hommes sont tombés par l’épée

tu as égorgé au jour de ta colère, tu as immolé sans pitié.

22

THAU. Tu as convoqué, comme à un jour de fête, mes terreurs de toutes parts,

Au jour de la colère du Seigneur il n’y en eut pas qui réchappât ou fuît

ceux que j’avais élevés et nourris, mon ennemi les a exterminés.

Lamentations 3

Je suis l’homme qui a vu l’affliction !

1

ALEPH. Je suis l’homme qui a vu l’affliction sous la verge de sa fureur.

2

Il m’a menacé et m’a fait marcher dans les ténèbres et non dans la lumière.

3

Contre moi seul il a tourné et retourné sa main tout le jour.

4

BETH. Il a fait viellir ma peau et ma chair , il a brisé mes os.

5

Il a bâti autour de moi et il m’a environné de fiel et de souffrance.  

6

Il m’a fait habiter dans les ténèbres comme les morts à jamais.

7

GHIMEL. Il m’a emmuré pour que je ne puisse sortir, il a alourdi mes chaînes.

8

Lors même que je crie et que j’appelle, il repousse ma prière.

9

Il m’a barré les chemins avec des pierres de taille, il a détruit mes sentiers.

10

DALETH. Il a été pour moi comme un ours aux aguets, un lion à l'affût.

11

Il a détruit mes sentiers et m’a mis en pièces, il m’a réduit à la désolation.

12

Il a bandé son arc et m’a placé comme but à ses flèches.

13

HÉ. Il a envoyé dans mes reins les traits  de son carquois.

14

Je suis devenu la risée de tout mon peuple, leur chanson tout le jour.

15

Il m’a rassasié d’amertume, il m’a enivré d’absinthe.

16

VAV. Il a brisé mes dents en quantité,     il m’a nourri de        cendre.

17

Et mon âme est repoussée,                j’ai oublié des bonnes choses.

18

Et j'ai dit : — Mon existence est finie, et je n’ai plus d’espérance dans le Seigneur.

19

ZAÏN. Souviens-toi de ma misère et de mon péché, de l’absinthe et du fiel.

20

Mon âme s’en souviendra sans cesse et elle s'effondrera en moi.

21

Voilà ce que je veux me rappeler en mon cœur, c’est pourquoi j’espérerai.

22

HETH. C’est une grâce du Seigneur que nous ne soyons pas anéantis parce que ses compassions  ne sont pas épuisées.

23

Elles se renouvellent chaque matin, grande est ta fidélité.

24

— Ma part c'est le Seigneur, a dit mon âme, c’est pourquoi j’espérerai en lui.

25

TETH. Bon est le Seigneur pour qui espère en lui, pour l’âme qui le cherche.

26

Il est bon d’attendre en silence la délivrance du Seigneur.

27

Il est bon pour l’homme de porter le joug dès sa jeunesse.

28

JOD. Il s'assiéra seul et il se taira quand il l'aura mis au-dessus de lui.

29

Qu’il mette sa bouche dans la poussière, peut-être y a-t-il de l’espérance.

30

Qu’il tende la joue à celui qui le frappe, qu’il se rassasie d’opprobres.

31

CAPH. Car le Seigneur ne rejette pas pour toujours,

32

Parce que s'il a affligé, il prendra pitié selon les largesses de sa miséricorde,

33

Car ce n’est pas de bon cœur qu’il a humilié et affligé les fils d'homme.

34

LAMED. Quand on foule aux pieds tous les captifs du pays,

35

Quand on fait fléchir le droit d’un homme à la face du Très-Haut,

36

Quand on fait tort à quelqu’un dans sa cause, le Seigneur ne le voit-il pas ?

37

MEM. Qui est celui qui a parlé pour que la chose soit sans que le Seigneur l’ait commandé ?

38

N’est-ce pas de la bouche du Très-Haut que viennent les maux et les biens ?

39

Pourquoi l’homme vivant murmurerait-il ? un homme à cause de ses péchés.

40

NUN. Examinons nos voies et scrutons-les, et retournons au Seigneur.

41

Élevons nos cœurs, avec nos mains, vers Dieu qui est au ciel.

42

Nous, nous avons agi injustement, nous avons provoqué ta colère, c'est pourquoi toi, tu es inexorable.

43

SAMECH. Tu t’es enveloppé dans ta colère et tu nous as poursuivis, tu as tué sans épargner.

44

Tu t’es enveloppé d’une nuée, afin que la prière ne passe point.

45

Tu as fait de moi un rejet et un rebut au milieu des peuples.

46

PHÉ. Ils ont ouvert la bouche contre nous, tous nos ennemis.

47

La frayeur et les chaînes ont été notre part, la dévastation et la ruine.

48

Mon œil se fond en un ruisseau de larmes, à cause de la ruine de la fille de mon peuple.

49

AÏN. Mon œil pleure et ne cesse pas parce qu’il n’y a pas de répit.

50

Jusqu’à ce que le Seigneur regarde et voie du haut des cieux.

51

Mon œil a ruiné ma vie à cause de toutes les filles de ma ville.

52

TSADÉ. Ils m'ont chassé comme un oiseau, mes ennemis sans cause.

53

Ils ont voulu jeter ma vie dans la fosse et ils ont posé une pierre sur moi.

54

Les eaux montaient au-dessus de ma tête, j'ai dit : — Je suis perdu.

55

QOPH. J’ai invoqué ton nom, Seigneur, de la fosse profonde.

56

Ma voix tu [l']as entendue, n'éloigne pas ton oreille à mon sanglot et clameurs.   

57

Tu t’es approché au jour où je t'ai invoqué et tu as dit : — Ne crains pas.

58

RESCH. Seigneur, tu as jugé la cause de mon âme, rédempteur de ma vie.

59

Tu as vu, Seigneur, l'injustice à mon égard , fais-moi justice.

60

Tu as vu toute leur fureur, leurs complots tous ensemble contre moi.

61

SIN. Tu as entendu leurs outrages, Seigneur, tous leurs complots contre moi,

62

Les propos s'élevant contre moi et leurs complots à mon égard tout le jour,

63

Quand ils s’asseyent ou qu’ils se lèvent, regarde, je suis l’objet de leurs chansons.

64

THAU. Tu leur rendras, Seigneur, à leur tour selon l’œuvre de leurs mains.

65

Tu leur donneras la dureté du cœur, ta malédiction.

66

Tu [les] poursuivras avec colère et tu les extermineras de dessous les cieux, Seigneur.  

Lamentations 4

Comment l’or s’est-il terni ?

1

ALEPH. Comment l’or s’est-il terni, comment sa couleur si pure s'est-elle changée ?

Les pierres du sanctuaire ont été dispersées au coin de toutes les rues.

2

BETH. Les fils de Sion, illustres et couverts d'or fin,

comment ont-ils été comptés pour des vases de terre, ouvrage des mains d’un potier ?

3

GHIMEL. Même les lamies dénudèrent leurs mamelles et allaitèrent leurs chiots.

La fille de mon peuple est cruelle comme l’autruche dans le désert.

4

DALETH. De soif, la langue du nourrisson s’attache à son palais,

Les petits enfants demandent du pain et il n'y a personne qui en rompe pour eux.

5

HÉ. Ceux qui se nourrissaient de mets délicats meurent dans les rues,

ceux qui mangeaient dans la soie, embrassent le fumier.

6

VAV. L’iniquité de la fille de mon peuple a été plus grande que le péché de Sodome

qui fut renversée en un instant, sans qu’aucune main ne se fût levée contre elle.

7

ZAÏN. Ses nazirs étaient plus blancs que neige, plus luisants que lait,

plus rubescents que l'ivoire ancien, plus beaux que le saphir.

8

HETH. Leur visage est plus noir que charbons et on ne les reconnaît plus dans les rues,

leur peau a collé à leurs os, sèche, elle est devenue comme du bois.

9

TETH. Il fit meilleur être tués par le glaive que massacrés par la famine

car les affamés dépérirent, dévorés par la stérilité de la terre.     

10

JOD. Des mains de femmes miséricordieuses ont fait cuire leurs enfants,

ils sont devenus leur nourriture dans le désastre de la fille de mon peuple.

11

CAPH. Le Seigneur a épuisé sa fureur, il a répandu l’ardeur de sa colère,

et a allumé dans Sion un feu qui en a dévoré les fondements.

12

LAMED. Ils ne croyaient pas, les rois de la terre, ni aucun des habitants du monde,

que l’adversaire et  l’ennemi entreraient dans les portes de Jérusalem.

13

MEM. C’est à cause des péchés de ses prophètes, des iniquités de ses prêtres,

qui répandaient dans son enceinte le sang des justes.

14

NUN. Ils erraient comme des aveugles dans les rues, souillés de sang,

de sorte qu’on ne pouvait toucher leurs vêtements.

15

SAMECH. — Écartez-vous souillés, leur criait-on. Écartez-vous, éloignez-vous, ne nous touchez pas.

De fait, ils se sont querellés et ont erré, ils ont dit parmi les nations qu’ils ne séjournera ni n'habitera parmi eux.

16

PHÉ. La face du Seigneur les a dispersés, il ne les regardera plus.

On ne respecta plus la figure des prêtres, on n'eut plus pitié des vieillards.

17

AÏN. Alors que nous avions subsisté jusque là, nos yeux défaillirent vers un secours vain pour nous

alors que nous étions en train de regarder, attentifs, vers une nation qui ne pouvait sauver.

18

TSADÉ. Nos pas ont glissé en marchant dans nos rues.

Notre fin approche, nos jours étaient accomplis parce que notre fin arrivait.

19

QOPH. Nos persécuteurs ont été plus rapides que les aigles du ciel.

Ils nous ont pourchassés sur les montagnes, ils nous ont dressé des embûches dans le désert.

20

RESCH. Le souffle de nos narines, le christ du Seigneur, a été pris par nos péchés,

lui dont nous disions : — Sous ton ombre, nous vivrons parmi les nations.

21

SIN. Réjouis-toi et sois dans l’allégresse, fille d’Édom, qui habite au pays de Hus.

À toi aussi passera la coupe, tu t’enivreras et tu te mettras à nu.

22

THAU. Ton iniquité a pris fin, fille de Sion, il ne t’enverra plus en captivité.

Il a visité ton iniquité, fille d’Édom, il a mis à découvert tes péchés.

Lamentations 5

Souviens-toi, Seigneur !

1

Souviens-toi, Seigneur, de ce qui nous est arrivé, regarde et vois notre opprobre.

2

Notre héritage a passé à des étrangers, nos maisons à des inconnus.

3

Nous sommes devenus orphelins, sans père, nos mères sont comme des veuves.

4

Nous avons bu notre eau à prix d’argent, nous n’avons eu de bois qu’en payant.

5

Nous étions menacés des carcans, aux épuisés on ne donnait aucun repos.  

6

À l'Égypte nous avons tendu la main, et aux Assyriens pour nous rassasier de pain.

7

Nos pères ont péché, ils ne sont plus, et nous, nous portons leurs iniquités.

8

Nos esclaves ont dominé, il n'y a personne qui nous rachète de leurs mains.

9

Nous rapportons notre pain au péril de notre vie devant l’épée dans le  désert.

10

Notre peau comme un four a été brûlée à cause de la tourmente de la faim.

11

Ils ont déshonoré les femmes dans Sion, les vierges dans les villes de Juda.

12

Des chefs ont été pendus de leur main, la face des vieillards n’a pas été respectée.

13

Des adolescents ont été abusés honteusement et  des enfants ont chancelé sous le bois.

14

Les vieillards ont déserté la porte, les jeunes gens leur musique.

15

La joie de nos cœurs a cessé, nos danses sont changées en deuil.

16

La couronne de notre tête est tombée, malheur à nous, parce que nous avons péché.

17

Voici pourquoi notre cœur est devenu malade, pourquoi nos yeux sont obscurcis.

18

C’est parce que la montagne de Sion est désolée, les chacals s’y promènent en liberté.

19

Mais toi, Seigneur, tu règneras éternellement, ton trône subsiste d’âge en âge.

20

Pourquoi nous oublierais-tu à jamais, nous abandonnerais-tu pour toute la durée de nos jours ?

21

Fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous reviendrons, renouvelle nos jours comme autrefois.

22

Car nous aurais-tu entièrement rejetés,  irrité contre nous sans mesure ?

ICI FINIT LE LIVRE DU PROPHÈTE JÉRÉMIE