La persécution religieuse, la destruction des valeurs de sa propre culture menacées par une culture étrangère, le malheur d'avoir perdu parents, enfants ou frères et sœurs morts pour avoir défendu leur foi et les droits des pauvres, la condition de réfugié en pays étranger... sur tous ces maux qu'on croyait lointains et que l'actualité géopolitique a rendus présents jusque dans les pays « développés », le livre de Daniel peut projeter une certaine lumière.
Il a été écrit, en effet, en un temps de persécution et d'oppression religieuse qui menaçait le peuple d'Israël. Pouvant être daté des années 167-164 av. J.-C., ce texte centré sur un héros à la fois sage et visionnaire, et qui emprunte bien des traits aux récits de cour, veut soutenir les Juifs persécutés par Antiochus Epiphane. Pour ce faire, il développe un sens prophétique de l'histoire : l'espérance des derniers temps est au cœur du livre de Daniel (Dn 2,44 ; 3,33 ; 4,31 ; 7,14). La prophétie s'exerce sur des événements passés, présents et futurs car Dieu « alterne périodes et temps » (Dn 2,21) et embrasse tout dans son dessein unique (voir la note de synthèse BEST sur Éons, âges, mondes, univers ou siècles dans l’eschatologie juive). C'est là que réside le véritable sens de l'histoire : des épreuves analogues à celles des Juifs sous la persécution d'Antiochus sont infligées à Daniel et à ses compagnons, que ce soit à propos de la Loi (Dn 1) ou du culte au Dieu unique (Dn 3 et Dn 6). Leur triomphe pousse leurs ennemis à glorifier Dieu. Après le temps de la colère divine (Dn 8,19 ; 11,36), le temps de la Fin (Dn 8,17 ; 11,40) anéantira le persécuteur (Dn 8,25 ; 11,45), ce qui manifestera le début du Règne du « Fils d’homme» et des saints, qui n'aura pas de fin (Dn 7).
Rangé parmi les Écrits, non les Prophètes, par la tradition rabbinique, classé comme le dernier des Prophètes dans la Septante cependant, le livre est composite, un centre en araméen au cœur de compositions en hébreu. La version grecque y ajoute plusieurs passages que l'Église catholique a intégrés au canon, non sans les hésitations de saint Jérôme (dans la Vulgate, ces parties propres au grec sont signalées par les obèles en début de versets).
Son importance théologique est capitale. D'une part c'est, avec les livres de Tobie et d'Ezéchiel, un fondement de la doctrine sur les anges (voir la note de synthèse BEST sur Les anges dans les Écritures et la Tradition). Le secret de Dieu (Dn 2,18, etc. ; Dn 4,6) se révèle grâce aux messagers, aux anges, serviteurs de Dieu, comme le Royaume éternel. D'autre part, on y trouve aussi quelques versets essentiels à propos de la résurrection des morts, suivie du jugement pour l'éternité (Dn 12,2 ; voir la note de synthèse BEST sur les Croyances juives sur la vie dans l’au-delà au tournant de l’ère chrétienne). Le royaume à venir englobe tous les individus et toutes les nations (Dn 7,14), royaume des Saints (Dn 7,18), de Dieu (Dn 3,33 ; Dn 4,31), du Fils d'homme (Dn 7,13s). Enfin, si cette dernière figure semble perçue comme celle d'un chef, mais non comme le Messie de la race de David dans le livre de Daniel lui-même, cela n'empêche pas les évangélistes d'y faire allusion en rappelant la manière énigmatique dont Jésus se désigna comme Fils de l’homme.
Le texte massorétique est écrit en deux langues, l’hébreu (Dn 1,1-2,4a ; Dn 8-12) et l’araméen (Dn 2,4b–7). L’araméen est la langue de communication au Proche Orient, spécialement en Mésopotamie, à la fin de l’époque babylonienne, à l’époque perse et au début de la période hellénistique avant d’être remplacée par le grec.
La traduction grecque de la Septante comporte nombre de divergences avec celle de , qui reste très fidèle au texte massorétique (voir la note de synthèse BEST sur les RECENSIONS (histoire du texte biblique). La tradition chrétienne préfère de loin la version de à celle des Septante devenue plus rare. Ces versions grecques offrent certaines variantes courtes du texte massorétique, ainsi qu’un considérable matériau additionnel (cantiques de Dn 3 et la totalité de Dn 13-14).
Concernant le fond, on peut noter deux grandes parties dans le livre de Daniel.
A chaque fois, le récit met en évidence le triomphe de Daniel et de ses compagnons dans une épreuve touchant leur vie ou leur réputation, triomphe qui entraîne la glorification de Dieu par les païens eux-mêmes. Le récit se déroule à Babylone, sous Nabuchodonosor, Balthazar et Darius.
La narration est placée aussi en Babylonie, sous Balthazar, Darius le Mède et Cyrus roi de Perse.
Les versions grecque et latine donnent trois ajouts deutérocanoniques :
Dans le livre de Daniel, un changement se dévoile. Il ne s'agit plus en effet d'un prophète auprès des Juifs de son temps. Les récits de la première partie sont plus proches des histoires de Joseph dans la Genèse ou de Tobie dans le livre éponyme.
Dans la seconde partie, les visions énigmatiques sont un premier aperçu de la littérature Apocalyptique (littérature —) (déjà présente chez Ezéchiel).
Le héros de ce livre est appelé « Daniel » ou « Dan'el ». Il est présenté comme juste et sage par Ezéchiel (Ez 14,14-20 ; 28,3) et connu des poèmes de Râs Shamra au 14e s. av. J.-C. La cour chaldéenne de Babylonie est décrite avec un vocabulaire d'origine perse, mais il y a aussi des transcriptions du grec.
Dans les récits, on constate certaines inexactitudes : Balthazar, présenté dans le livre comme fils de Nabuchodonosor, est en réalité fils de Nabonide et n'a pas été roi. Les historiens ignorent un Darius le Mède (on s'attendrait à Darius le Perse) et la chronologie pose problème : les dates ne sont pas cohérentes entre elles ni avec les connaissances historiques.
Le nom de Daniel est un pseudonyme.
On date généralement la composition du livre grâce au Dn 11, où sont décrites les guerres des Séleucides et des Lagides, ainsi que le règne d'Antiochus Épiphane. En dépit du style prophétique, il ne s'agit pas ici du récit d'événements passés (vaticinium ex eventu). Vers la fin de Dn 11 les événements annoncés dans la vision ne correspondent plus aux événements historiques. Ce point suggère des années 167-164 av. J.-C. pour la composition. Cette datation est confirmée par l'absence de mention de Daniel dans d'autres livres : Siracide, qui écrit entre 200 et 175 av. J.-C., ne le cite pas dans l’éloge des prophètes d’Israël de Si 48-49). Au contraire Premier livre des Maccabées, écrit vers 100 av. J.-C., et le 3e livre des Oracles sibyllins, vers 140 av. J.-C., y font référence.
Certains estiment, étant donnée l'existence des deux ensembles récits et visions, que le livre de Daniel est une compilation de deux écrits. Mais plusieurs éléments tendent à prouver l'inverse.
Le chapitre 7 par exemple poursuit les récits à la troisième personne, dans une brève introduction, avant la vision à proprement parler - à la première personne - et la conclut à la troisième personne. Le livre alterne entre hébreu et araméen (Dn 2,4-7) sans explication valable. Ni la division stylistique ni la division linguistique ne recoupent la distinction du contenu.
Dn 7 fait un lien probant entre les deux parties. Dn 8 en effet le commente et Dn 2 lui est parallèle. Si la langue est la même entre les chapitres 2-4 et 7, c'est le style qui est commun au Dn 7 et aux Dn 8-12. On retrouve les mêmes personnages, Darius le Mède et Balthazar, dans les deux parties, mais aussi les mêmes usages littéraires, la même manière de penser, ce qui assure l'unité réelle du livre. L'auteur s'est appuyé sur plusieurs traditions des Juifs de la Diaspora orientale.
Le caractère récent du livre explique sa place dans la Bible hébraïque, où il fut accepté après que le canon des Prophètes fut établi. Néanmoins, dès la fin du 2e s. av. J.-C. une autorité est reconnue au livre de Daniel puisque 1M cite « l’abomination de la désolation » (1M 1,54 = Dn 9,27) et donne en exemple le courage des trois jeunes gens dans la fournaise (1M 2,59s = 3 Macc. 6,6s).
Daniel est l'accomplissement de la littérature apocalyptique dans l'Ancien Testament, et l'Apocalypse de Jean dans le Nouveau Testament lui fait pendant et l'accomplit. Les sceaux du livre en effet (Dn 12,4) ont été brisés (Ap 5-6), et les paroles sont révélées au grand jour puisque « le temps est proche » (Ap 22,10), où le Seigneur viendra (Ap 22,20 ; 1Co 16,22).
Jésus s'attribue le titre de Fils de l'homme pour souligner le caractère transcendant et spirituel de son messianisme (Mt 8,20). Le « Fils de l’homme» est un terme auto-référentiel pour Jésus.
On a trouvé, dans les manuscrits de la mer Morte, quelques fragments d'un cycle de Daniel, proche du livre canonique, dont une prière de Nabonide (parallèle à Dn 3,31-4,34), appelé là Nabuchodonosor.
Plusieurs interprétations en ont été données, comme celles de
Les commentaires sont assez nombreux :
En dehors des commentaires suivis, le livre a souvent été cité et expliqué par les Pères.
Le Moyen Âge nous fournit les grands commentaires :
A partir de la Renaissance, presque tous les exégètes catholiques et protestants commentent Daniel :
La liturgie catholique utilise aujourd’hui dans son lectionnaire la vision du Dn 7 pour la fête de la Transfiguration et pour celle du Christ-Roi.
Il exprime très bien le sens donné par les chrétiens à certaines scènes :
Daniel a beaucoup moins inspiré les musiciens, bien que l’oratorio biblique Le festin de Balthasar (1931) de s'en est inspiré.
ICI COMMENCE LE LIVRE DU PROPHÈTE DANIEL
La troisième année du règne de Joachim roi de Juda, Nabuchodonosor roi de Babylone vint à Jerusalem et l’assiégea.
Et le Seigneur livra en sa main Joachim roi de Juda
et une partie des vases de la maison de Dieu ;
il les emporta en terre de Sennaar dans la maison de son dieu
et les vases, il les déposa dans la maison du trésor de son dieu.
Le roi dit à Asfanaz, préposé de ses eunuques,
de faire venir quelques-uns des fils d’Israël issus tant de la semence royale que des tyrans
des enfants en qui ne fût aucune tache
d'une belle apparence, savants en toute sagesse
habiles en science, instruits en savoir
capables de se tenir dans le palais du roi
afin qu'on leur enseignât les lettres et la langue des Chaldéens.
Et le roi leur fixa pour chaque jour une ration
de ses mets et du vin dont il buvait lui-même
afin que, nourris pendant trois ans, ils se tinssent ensuite sous le regard du roi.
Il y eut donc parmi eux, d’entre les fils de Juda : Daniel, Ananie, Misaël et Azarias
et le préposé des eunuques leur imposa des noms :
à Daniel « Balthazar » et à Ananie « Sédrac », à Misaël « Misac » et à Azarias « Abdénago ».
Or, Daniel résolut dans son cœur
de ne pas être rendu impur par la table du roi ni par le vin de sa boisson
et il demanda au préposé des eunuques à ne pas en être souillé
et Dieu donna à Daniel grâce et miséricorde au regard du chef des eunuques.
Mais le chef des eunuques dit à Daniel :
— Moi, je crains mon seigneur le roi qui a fixé pour vous nourriture et boisson
car s'il voit vos visages trop maigres en comparaison des autres jeunes hommes de votre âge
vous condamnerez ma tête devant le roi !
Et Daniel dit à Malassar que le chef des eunuques avait établi
sur Daniel, Ananie, Misaël et Azarias :
— Mets-nous à l'épreuve, je t'en conjure, nous tes serviteurs, dix jours
et qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire :
examine notre mine et la mine des garçons qui mangent la nourriture royale
et selon ce que tu auras vu tu agiras avec tes serviteurs.
Ayant écouté ce discours c'est de cette manière
qu'il les mit à l'épreuve dix jours.
Or, après dix jours, ils apparurent avec meilleure mine et mieux en chair
que tous les garçons qui mangeaient la nourriture royale !
Dès lors, Malassar enlevait les mets et le vin, leur boisson, et leur donnait des légumes.
À ces garçons Dieu donna science, savoir en tout livre et sagesse
et à Daniel l'intelligence de toutes visions et tous songes.
Aussi, quand furent achevés les jours après lesquels le roi avait dit qu'ils seraient introduits
le préposé des eunuques les introduisit devant le regard de Nabuchodonosor ;
et comme le roi avait parlé avec eux, on ne trouva personne entre tous
tel que Daniel, Ananie, Misaël et Azarias
et ils se tinrent sous le regard du roi ;
et sur tout verbe de sagesse ou d’intelligence sur lequel le roi les consulta
il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins et mages
qui étaient dans l'ensemble son royaume.
Daniel resta jusqu’à la première année du roi Cyrus.
Dans la deuxième année du règne de Nabuchodonosor, Nabuchodonosor eut un songe ;
son esprit fut épouvanté et son songe lui échappa.
Le roi ordonna donc que fussent convoqués devins, mages, sorciers et Chaldéens pour révéler au roi son songe ;
et comme ils étaient arrivés ils se tinrent devant le roi.
Le roi leur dit :
— J’ai eu un songe et, l'esprit confus, j’ignore ce que j’ai pu voir.
Les Chaldéens répondirent au roi en syriaque : — Ô roi, vis pour l'éternité !
Raconte le songe à tes serviteurs et nous révélerons son interprétation.
En répondant le roi dit aux Chaldéens :
— Le propos du songe m’a échappé.
Si vous ne me révélez pas le songe et son interprétation
vous périrez et vos maisons seront confisquées !
Si au contraire vous me racontez le songe et son explication
ce sont des récompenses, des dons et un grand honneur que vous recevrez de moi ;
révélez-moi donc le songe et son interprétation !
Ils répondirent pour la deuxième fois et dirent :
— Que le roi dise le songe à ses serviteurs
et nous en donnerons l’interprétation.
Le roi répondit, il dit :
— Bien entendu, vous cherchez à gagner du temps
sachant que son objet s’est retiré loin de moi ...
Donc, si vous ne pouvez pas m'exposer le songe, il y a une seule sentence pour vous
parce que l'interprétation aussi, vous l'aurez forgée mensongère et pleine de tromperie
pour bavarder devant moi jusqu'à ce que le temps soit passé !
Par conséquent, racontez-moi le songe, pour que je sois sûr que l'interprétation que vous en donnez est vraie elle aussi.
Répondant alors, les Chaldéens dirent devant le roi :
— Il n’y a pas d’homme sur terre qui puisse accomplir ta parole, roi !
Personne parmi les rois, si grand et si puissant soit-il,
ne demande une chose pareille à aucun devin, magicien ni Chaldéen.
De fait, le discours que tu réclames, ô roi, c'est grave :
on ne trouvera personne qui puisse l'exposer au roi,
sinon les dieux dont la conversation n'est pas avec les hommes ...
À ces mots, le roi, en fureur et en grande colère
ordonna de faire périr tous les sages de Babylone.
La sentence ayant été publiée, les sages étaient mis à mort
et on cherchait Daniel ainsi que ses compagnons pour qu'ils périssent.
Alors Daniel s'informa sur la loi et la sentence
auprès d'Arioc, chef de l'armée du roi
qui était sorti pour mettre à mort les sages de Babylone.
Il interrogea celui qui avait reçu du roi le pouvoir :
pour quelle raison une sentence si cruelle était-elle sortie de la face du roi ?
Comme Arioc avait donc exposé la chose à Daniel,
Daniel entra et pria le roi
de lui accorder du temps pour exposer la solution au roi ;
et il entra dans sa maison
et à Ananie, Misaël et Azarias ses compagnons il exposa l'affaire
pour qu'ils demandent la miséricorde de la face du Dieu du ciel sur ce mystère
et que ne périssent pas Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone.
Alors à Daniel, par un songe durant la nuit, le mystère fut dévoilé ;
et Daniel bénit le Dieu du ciel
et prenant la parole il dit :
— Béni soit le nom du Seigneur depuis l'éternité et pour l'éternité
car la sagesse et la force sont à lui !
C’est lui qui change les temps et les âges
qui transfère et établit les règnes
qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui pénètrent le savoir ;
c’est lui qui révèle les choses profondes et cachées
qui sait ce qui est établi dans les ténèbres, et la lumière est avec lui.
C’est toi, Dieu de mes pères, a qui je confesse et que je loue
parce que tu m’as donné la sagesse et la force
et parce que maintenant tu m’as montré ce que nous t'avons demandé
parce que le discours du roi, tu nous l'as dévoilé !
Après cela Daniel, entré chez Arioc que le roi avait chargé de faire périr les sages de Babylone,
lui parla ainsi :
— Afin que les sages de Babylone tu ne les fasse pas périr,
introduis-moi sous le regard du roi et je détaillerai la solution au roi.
Alors Arioch en hâte introduisit Daniel devant le roi et lui dit :
— J’ai trouvé un homme parmi les fils de l'exil de Juda qui annoncera au roi la solution.
Le roi répondit et dit à Daniel dont le nom était Balthazar :
— Penses-tu vraiment que tu peux me révéler le songe que j’ai vu et son interprétation ?
Et, répondant, Daniel devant le roi dit :
— Le mystère sur lequel le roi interroge
sages, mages, devins et haruspices ne sont capables de le révéler au roi ;
Mais il est un Dieu dans le ciel dévoilant les mystères
qui t'a révélé, roi Nabuchodonosor,
ce qui arrivera dans les derniers temps.
Ton songe et les visions de ta tête sur ta couche sont de cette sorte.
Toi, roi, tu as commencé à réfléchir sur ta couche à ce qui serait ensuite
et celui qui dévoile les mystères t’a montré ce qui arrivera.
À moi non plus, ce n’est pas par la sagesse qui est en moi
plus qu'en tous les vivants que ce secret m’a été révélé
mais c’est pour que son interprétation en fût manifestée au roi
et que tu comprennes les cogitations de ton esprit.
Toi, roi, tu regardais et voici comme une statue imposante ;
cette statue grande et élevée en taille se dressait devant toi
et son regard était effrayant ;
la tête de cette statue était d’or fin
mais la poitrine et les bras d’argent
ensuite le ventre et les fémurs d'airain,
mais les tibias en fer ;
des pieds une partie était en fer l'autre d’argile.
Tu regardais ainsi jusqu’à ce qu’une pierre fut détachée sans que mains interviennent,
frappa la statue sur ses pieds en fer et en argile et les brisa.
Alors furent pareillement broyés fer, terre cuite, cuivre, argent et or
et presque réduits à la bale de l’aire où l'on bat le grain l'été ils furent emportés par le vent
et l'on ne les trouva plus nulle part ;
quant à la pierre qui avait frappé la statue elle devint une grande montagne et remplit toute la terre.
Voilà le songe ;
son interprétation aussi nous la dirons devant toi, roi.
Toi, tu es le roi des rois
et le Dieu du ciel t'a donné règne, force, pouvoir et gloire
et tous les lieux où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, il les a donnés dans ta main
et sous ton autorité il a établit toute chose : tu es donc la tête d’or.
Après toi s’élèvera un autre royaume moindre que toi
et un troisième royaume d’airain qui commandera à toute la terre ;
et il y aura un quatrième royaume semblable au fer ;
comme le fer brise et dompte tout
ainsi il brisera tout cela et le broiera.
Ensuite parce que tu as vu une partie des pieds et des orteils en argile de potier et une partie en fer,
il y aura un royaume divisé
qui cependant naîtra d’une plante de pied en fer ;
conformément à ce que tu as vu du fer mêlé à la terre cuite faite de boue
et comme tu as vu les orteils du pied en partie de fer et en partie d'argile
le royaume sera en partie robuste et en partie broyé ;
et parce que tu as vu le fer mêlé à la terre cuite faite de boue
ils seront certes mêlés à la semence humaine mais ils n'adhéreront pas l’un à l’autre
de même que le fer ne peut être mêlé à la terre cuite.
Dans les jours de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui jamais ne sera anéanti
et son royaume ne sera pas livré à un autre peuple ;
il broiera et viendra à bout de tous ces royaumes
et lui-même demeurera pour l'éternité
conformément à ce que tu as vu : une pierre fut détachée de la montagne sans que les mains interviennent
et brisa la terre cuite et le fer et l'airain et l’argent et l’or.
Dieu qui est grand a fait savoir au roi ce qui sera ensuite ;
vrai est le songe et fidèle son interprétation.
Alors le roi Nabuchodonosor tomba sur sa face, adora Daniel
et ordonna qu'on lui sacrifie des hosties et de l'encens.
Prenant donc la parole, le roi dit à Daniel :
— Vraiment votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, celui qui dévoile les mystères
puisque tu as pu découvrir ce secret !
Alors le roi éleva Daniel à un haut rang
et lui fit de nombreux et riches présents
il l'établit chef sur toute la province de Babylone
et préfet des magistrats sur tous les sages de Babylone.
49. Et Daniel demanda au roi
et il désigna sur les travaux de la province de Babylone
Sédrac, Misac et Abdénago ;
quant à lui, Daniel était dans les portes du roi.
Le roi Nabuchodonosor fit faire une statue en or
d'une hauteur de soixante coudées et d'une largeur de six coudées
et il la fit dresser dans la plaine de Dura de la province de Babylone ;
c'est pourquoi le roi Nabuchodonosor envoya rassembler satrapes, magistrats et juges
généraux, tyrans et préfets
et tous les chefs des territoires pour qu'ils se rendissent ensemble à la dédicace de la statue
qu’avait érigée le roi Nabuchodonosor.
Alors furent rassemblés satrapes magistrats et juges généraux, tyrans et notables qui avaient été établis dans leurs pouvoirs
et tous les chefs des territoires
pour qu’ils se rendissent ensemble à la dédicace de la statue
qu’avait fait ériger le roi Nabuchodonosor
et ils se tenaient sous le regard de la statue qu’avait élevée Nabuchodonosor.
Un héraut clamait d’une voix forte :
— À vous, peuples, tribus et langues, il est dit :
à l'heure où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte et de la cithare
de la sambuque, du psaltérion, de l'orchestre et des musiciens en tout genre
tombant à terre, adorez la statue en or qu'a dressée le roi Nabuchodonosor !
Mais si quelqu’un ne l’adore pas prosterné
à l’heure même il sera jeté dans la fournaise au feu ardent !
Après cela par conséquent, aussitôt que tous les peuples entendirent le son de la trompette, de la flûte et de la cithare
de la sambuque, du psaltérion, de l'orchestre et des musiciens en tout genre
tombant à terre tous les peuples, tribus et langues adorèrent la statue en or
qu’avait dressée le roi Nabuchodonosor.
Aussitôt et au moment même, s’approchant, des hommes chaldéens accusèrent les Juifs
et dirent au roi Nabuchodonosor :
— Roi, vis pour l'éternité !
Toi, roi, tu as fixé un décret
pour que tout homme qui aura entendu le son de la trompette, de la flûte et de la cithare
de la sambuque, du psaltérion, de l'orchestre et des musiciens en tout genre, se prosterne et adore la statue en or ;
et que si quelqu'un ne l'a pas adoré en se jetant à terre, il soit jeté dans la fournaise de feu ardent.
Il est donc des hommes juifs que tu as placés à la tête des activités du territoire de Babylone :
Sédrac, Misac et Abdénago.
Ces hommes ont méprisé, roi, ton décret :
tes dieux, ils ne les honorent pas et la statue en or que tu as érigée ils ne l’adorent pas !
Alors Nabuchodonosor dans sa rage et sa colère ordonna d’amener Sédrac, Misac et Abdénago
qui immédiatement furent amenés sous le regard du roi.
Et s’exprimant à haute voix le roi Nabuchodonosor leur dit :
— Vraiment, Sédrac, Misac et Abdénago
mes dieux, vous ne les honorez pas ? Et la statue en or que j’ai dressée, vous ne l’adorez pas ?
Maintenant donc, si vous êtes prêts, quelle que soit l'heure où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la cithare
de la sambuque, du psaltérion, de l'orchestre et des musiciens en tout genre
prosternez-vous et adorez la statue que j’ai fait faire
parce que si vous n'avez pas adoré à l'heure même vous serez dans la fournaise de feu ardent
et qui est Dieu pour vous arracher à ma main ?
En répondant Sédrac, Misac et Abdénago dirent au roi Nabuchodonosor :
— Nous ne devons pas te répondre sur ce point.
Voici en effet que notre Dieu, celui que nous honorons, peut nous arracher du brasier de feu ardent et de tes mains, roi, nous libérer ;
et même s'il ne le voulait pas, qu’il soit connu de toi, roi, que tes dieux, nous ne les honorons pas, et que la statue en or que tu as érigée, nous ne l'adorons pas !
Alors Nabuchodonosor fut rempli de rage et l’aspect de son visage fut altéré envers Sédrac, Misac et Abdénago ;
il ordonna qu'on enflamme la fournaise sept fois plus qu’on avait l'habitude de l'enflammer
et donna ordre aux hommes les plus forts de son armée de jeter Sédrac, Misach et Abdénago
dans la fournaise de feu ardent après leur avoir lié les pieds.
Et aussitôt ces hommes attachés ensemble avec leurs braies, tiares, chaussures et vêtements
furent jetés au milieu de la fournaise de feu ardent.
En effet l’ordre du roi était pressant et la fournaise avait été enflammée outre mesure ;
par suite ces hommes, qui avaient jeté Sédrac, Misac et Abdénago, la flamme du feu les tua.
Et ces trois hommes, c'est-à-dire
Sédrac, Misac et Abdénago
tombèrent au milieu du brasier de feu ardent, liés ensemble.
CE QUI SUIT, JE NE L’AI PAS TROUVÉ DANS LES ROULEAUX HÉBREUX.
÷ Et ils marchaient au milieu de la flamme
louant Dieu et bénissant le Seigneur.
÷ Et se tenant debout, Azarias pria ainsi
et ouvrant sa bouche au milieu du feu, il dit :
÷ — Tu es béni, Seigneur, Dieu de nos pères et digne de louange et glorieux est ton nom pour les siècles.
÷ Car tu es juste dans tout ce que tu as fait pour nous
et toutes tes œuvres sont vraies, tes voies sont droites et tous tes jugements sont vrais.
÷ En effet tu as rendu des jugements vrais
selon tout ce que tu as fait venir sur nous et sur la cité sainte, celle de nos pères, Jérusalem
parce que c’est dans la vérité et dans la justice que tu as fait venir tout cela, à cause de nos péchés.
÷ En effet nous avons péché et agi de façon inique en nous écartant de toi et nous avons commis des fautes en toutes choses.
÷ Et tes préceptes, nous ne les avons pas écoutés ni observés et nous n’avons pas agi selon ce que tu nous avais ordonné, afin que bien nous fût.
÷ Donc tout ce que tu as fait venir sur nous et tout ce que tu nous as fait c’est par un jugement vrai que tu l’as fait.
÷ Tu nous as livrés aux mains d'ennemis iniques,
les pires, et des prévaricateurs et à un un roi injuste, le pire par-delà toute la terre
÷ et maintenant nous ne pouvons ouvrir la bouche nous sommes la honte et l’opprobre pour tes serviteurs et ceux qui t'honorent.
÷ Nous te le demandons, à cause de ton nom, ne nous livre pas à perpétuité et ne révoque pas ton testament !
÷ Ne nous retire pas ta miséricorde, à cause d’Abraham ton bien-aimé, d’Isaac ton serviteur et d’Israël ton saint
÷ auxquels tu as parlé en t'engageant à multiplier leur descendance comme les étoiles du ciel
et comme le sable qui est sur le rivage de la mer.
÷ Car, Seigneur, nous sommes rabaissés plus que toutes les nations
et nous sommes humiliés sur toute la terre aujourd'hui à cause de nos péchés ;
÷ il n’y a plus en ce temps ni chef ni prophète ni général
ni holocauste ni sacrifice
ni oblation ni encens ni lieu pour les prémices devant toi
÷ pour que nous puissions trouver miséricorde ! Mais avec une âme contrite et un esprit d'humilité que nous soyons reçus
÷ comme parmi un holocauste de béliers et de taureaux,
ou parmi des milliers d'agneaux gras.
Qu’ainsi se fasse notre sacrifice sous ton regard aujourd’hui de sorte qu'il te plaise
parce qu'il n’y a pas de honte pour ceux qui se confient en toi.
÷ Maintenant, nous te suivons de tout cœur, nous te craignons et nous cherchons ta face ;
÷ ne nous couvre pas de honte mais fais-nous selon ta mansuétude
et selon l’abondance de ta miséricorde !
÷ Délivre-nous par tes prodiges et donne gloire à ton nom, Seigneur !
÷ Qu’ils soient remplis de honte tous ceux qui ont fait preuve envers tes serviteurs de mauvaises actions
qu'ils soient couverts de honte dans toute leur puissance et que leur force soit broyée ;
÷ qu’ils sachent que toi tu es le seul Seigneur Dieu, glorieux sur toute la surface de la terre !
÷ Et ils ne cessaient, les ministres du roi qui les avaient jetés là,
d'enflammer la fournaise avec du naphte, de l’étoupe, de la poix et des sarments.
÷ La flamme se déversait au-dessus de la fournaise sur quarante-neuf coudées ;
÷ elle jaillit et brûla ceux qu’elle rencontra près de la fournaise parmi les Chaldéens.
÷ Mais un ange descendit avec Azarias et ses compagnons dans la fournaise
et écarta la flamme de feu de la fournaise ;
÷ il rendit le milieu de la fournaise tel un vent de rosée soufflant
et le feu ne les toucha pas du tout
il ne les attrista pas et ne leur causa pas le moindre désagrément.
÷ Alors les trois reprenant comme d'une seule bouche louaient, glorifiaient et bénissaient Dieu dans la fournaise en disant :
÷ — Béni es-tu Seigneur Dieu de nos pères, digne de louange et exalté par-dessus tout pour les siècles !
Béni est le nom saint de ta gloire, digne de louange par-dessus tout et exalté par-dessus tout dans tous les siècles !
÷ Béni es-tu dans le temple saint de ta gloire, digne de louange par-dessus tout et glorieux par-dessus tout pour les siècles !
÷ Béni es-tu sur le trône de ton royaume, digne de louange par-dessus tout et exalté par-dessus tout pour les siècles !
÷ Tu es béni, toi qui contemples les abîmes et qui es assis sur les chérubins, digne d'être loué et exalté par-dessus tout pour les siècles.
÷ Béni es-tu dans le firmament du ciel, digne de louange et glorieux pour les siècles !
÷ Toutes les œuvres du Seigneur, Bénissez le Seigneur, louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Anges, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Cieux, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Toutes les eaux qui sont au-dessus des cieux, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Toutes les puissances du Seigneur, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Soleil et lune, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Etoiles du ciel, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Toute pluie et rosée, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Tous les souffles, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Feu et chaleur ardente, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Froid et chaleur ardente, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Rosées et givre, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Gel et froid, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
Bénissez, glaces et neiges, le Seigneur ;
÷ louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Nuits et jours, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Lumière et ténèbres, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Eclairs et nuages, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ La terre, qu'elle bénisse le Seigneur ; qu’elle le loue et l’exalte par-dessus tout pour les siècles !
÷ Montagnes et collines, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Toutes les plantes germant sur la terre, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Sources, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Mers et fleuves, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Baleines et tout ce qui se meut dans les eaux, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Tous les oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Toutes les bêtes et tous les troupeaux, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Fils des hommes, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Israël, bénis le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Prêtres du Seigneur, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Serviteurs du Seigneur, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Esprits et âmes des justes, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Saints et humbles de cœur, bénissez le Seigneur ; louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles !
÷ Ananie, Azarias et Misaël bénissez le Seigneur ! Louez-le et exaltez-le par-dessus tout pour les siècles
parce qu'ils nous a tirés de l'enfer et sauvés de la main de la mort ;
il nous a libérés du milieu de la flamme ardente et du milieu du feu il nous a tirés !
÷ Confessez le Seigneur parce qu'il est bon, parce qu'éternelle est sa miséricorde !
÷ Tous les pieux, bénissez le Seigneur, le Dieu des dieux ; louez-le et confessez-le, parce que sa miséricorde est pour tous les siècles !
JUSQU'ICI CELA NE SE TROUVE PAS EN HÉBREU ET CE QUE NOUS AVONS MIS A ÉTÉ TRADUIT DE L'ÉDITION DE THÉODOTION
Alors le roi Nabuchodonosor fut stupéfait ; il se leva en hâte et dit à ses notables :
— N’est-ce pas trois hommes que nous avons jeté au milieu du feu, entravés ?
Et en répondant, ils dirent au roi : — Cela est vrai, roi !
Il répondit et dit :
— Eh bien, moi, je vois quatre hommes libérés de leurs liens, marchant au milieu du feu ; et nulle trace de corruption n'est en eux !
L’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu.
Alors Nabuchodonosor s’approcha de la porte de la fournaise de feu ardent et dit :
— Sédrac, Misac et Abdénago serviteurs du Dieu Très-Haut, sortez et venez !
Et aussitôt Sédrac, Misac et Abdénago sortirent du milieu du feu.
S'étant rassemblés, les satrapes, les magistrats, les juges et les puissants du roi
contemplaient ces hommes
parce que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur leurs corps
la chevelure de leur tête n’avait pas été brûlée
leurs sarabaras n’avaient pas été altérées
et l’odeur du feu ne les traversait pas.
Éclatant Nabuchodonosor dit :
— Béni soit leur Dieu à savoir celui de Sédrac, Misac et Abdénago, qui a envoyé son ange et a soustrait ses serviteurs
parce qu'ils ont cru en lui et ont changé la parole du roi
et ont livré leur corps afin qu'ils ne servent
et n'adorent aucun dieu à l'exception de leur Dieu !
Par moi donc est établit ce décret :
que tout peuple, tribu et langue quelle qu’elle soit qui aura prononcé un blasphème
contre le Dieu de Sédrac, Misac et Abdénago périsse et que sa maison soit dévastée !
En effet il n’est pas d’autre Dieu qui puisse ainsi sauver.
Alors le roi promut Sédrac, Misac et Abdénago dans la province de Babylone.
Le roi Nabuchodonosor à tous les peuples, nations et langues qui habitent sur toute la terre : — Que la paix s'accroisse pour vous !
Signes et merveilles a faits envers moi le Dieu très-haut ;
j'ai donc jugé bon de proclamer
ses signes parce qu'ils sont grands
et ses merveilles parce qu'elles sont puissantes ; son règne est un règne éternel
et sa puissance subsiste de génération en génération.
Moi, Nabuchodonosor, j’étais tranquille dans ma maison
et florissant dans mon palais.
Je vis un songe et il m’épouvanta
et les pensées sur ma couche et les visions de ma tête me troublèrent.
Et par moi un décret fut établi
pour qu’on fît venir devant moi tous les sages de Babylone
et pour que l'interprétation du songe, ils me l'explicassent.
Alors entrèrent les devins, les magiciens, les Chaldéens et les haruspices
et le songe, je le racontai devant eux
mais son interprétation, ils ne me l'expliquèrent pas.
Enfin leur collègue Daniel, dont le nom est « Balthazar », selon le nom de mon dieu, qui a en lui l'esprit des dieux saints, se présenta devant moi, et je racontai le songe devant lui :
— Balthazar, chef des devins, comme moi je sais que l’esprit des dieux saints tu l'as en toi
et qu’aucun mystère n'est impossible pour toi
les visions de mes songes que j’ai vues et leur interprétation, raconte-les
et les visions de ma tête sur ma couche :
Je voyais, et voici un arbre au milieu de la terre et sa hauteur était grande ;
cet arbre grandit et devint fort, sa hauteur atteignait le ciel
et on le voyait jusqu'aux extrémités de toute la terre.
Son feuillage était très beau et ses fruits abondants,
sur lui il y avait de la nourriture pour tous
sous lui habitaient animaux et bêtes
dans ses branches demeuraient les oiseaux du ciel
et de lui se nourrissait toute chair.
Je voyais dans les visions de ma tête sur ma couche ;
et voici qu’un veillant, un saint, descendit du ciel.
Il cria avec force et dit ainsi :
— Abattez l’arbre et coupez ses branches
secouez son feuillage et dispersez ses fruits
que s'enfuient les bêtes qui sont sous lui et les oiseau de ses branches.
Toutefois le germe de ses racines, en terre, laissez-le
et qu'il soit lié dans des chaînes de fer et d’airain, dans les herbes qui sont dehors.
Que, de la rosée du ciel, il soit trempé
et qu'avec les bêtes sa portion soit dans l’herbe de la terre.
Que son cœur d'homme soit changé, et qu’un cœur de bête lui soit donné
et que sept temps passent sur lui.
Sur un décret des veillants repose cette sentence,
c'est la parole et la demande des saints jusqu'à ce que les vivants sachent
que le Très-Haut domine sur la royaume des hommes
qu'il donnera à qui il lui plaire, et qu'il y établira l'homme le plus humble.
Ce songe, je l’ai vu, moi, le roi Nabuchodonosor
toi donc, Balthazar, l'interprétation, raconte-la rapidement
parce que tous les sages de mon royaume ne peuvent me dire l'interprétation
mais toi, tu peux, parce que l’esprit des dieux saints est en toi.
Alors Daniel, dont le nom est Balthazar, commença à penser en lui-même, silencieux, pendant près d'une heure
et ses pensées le troublaient.
Répondant, le roi dit : — Balthazar, que le songe et son interprétation ne te troublent pas !
Balthazar répondit et dit : — Mon seigneur, que le songe soit pour tes ennemis
et son interprétation pour tes adversaires.
L’arbre que tu as vu sublime et robuste
dont la hauteur atteignait au ciel et qu’on voyait de toute la terre
dont le feuillage était très beau et les fruits abondants
où il y avait de la nourriture pour tous
sous lequel habitaient les animaux des champs et dans les branches duquel demeuraient les oiseaux du ciel
c’est toi, ô roi, qui es devenu grand et fort
car ta grandeur s’est accrue et a atteint le ciel,
et ta puissance les extrémités de la terre.
Le roi a vu un veillant et un saint qui descendait du ciel et disait :
— Abattez l’arbre et détruisez-le
toutefois le germe de ses racines, en terre, laissez-le
qu'on le lie avec du fer et de l'airain, parmi l'herbe du dehors,
qu'on l'arrose de la rosée du ciel, et qu'il soit nourri par les bêtes, jusqu'à ce que sept temps soient passés sur lui.
Voici l'interprétation de la sentence du Très-Haut
qui parvint à mon seigneur le roi :
Ils te chasseront loin des hommes, et parmi les bêtes sauvages sera ta demeure :
de l'herbe, comme un bœuf, tu mangeras et de la rosée du ciel, tu seras mouillé
et sept temps passeront sur toi
jusqu’à ce que tu saches que le Très-Haut domine sur le royaume des hommes et qu'il le donne à quiconque il veut.
Et si on a ordonné de laisser la souche de ses racines, c'est-à-dire de l’arbre
c’est que ta royauté te demeurera après que tu aies reconnu que la puissance est céleste.
Que mon conseil te soit agréable, ô roi,
et rachète tes péchés par l'aumône
et tes iniquités par la miséricorde envers les pauvres
peut-être te pardonnera-t-il tes fautes.
Toutes ces choses arrivèrent sur Nabuchodonosor le roi.
Au terme de douze mois, dans le palais de Babylone, il se promenait
et le roi répondit et dit :
— N’est-ce pas Babylone la grande que moi j’ai bâtie comme siège du royaume
par la force de ma puissance et la gloire de mon excellence ?
Alors que la parole était encore dans la bouche du roi, une voix descendit du ciel :
— À toi, roi Nabuchodonosor, il est dit : — Ton règne passera loin de toi,
et d'entre les hommes, ils te chasseront et avec les bêtes sauvages sera ta demeure
de l'herbe, comme un bœuf, tu mangeras
et sept temps passeront sur toi
jusqu’à ce que tu saches que le Très-Haut domine sur le royaume des hommes
et qu'il le donne à quiconque il veut.
À la même heure, la parole s’accomplit sur Nabuchodonosor
et d'entre les hommes il fut chassé
de l’herbe comme un bœuf il mangea
et de la rosée du ciel son corps fut trempé
jusqu’à ce que ses cheveux crussent comme les plumes des aigles, et ses ongles comme ceux des oiseaux.
Après la fin des jours, moi, Nabuchodonosor, mes yeux vers le ciel je levai et mon sens revint à moi.
Le Très-Haut, je le bénis, et je louai et glorifiai celui qui vit éternellement,
parce que sa domination est une domination éternelle
et son règne subsiste de génération en génération.
Tous les habitants de la terre sont réduits à rien devant lui
car il agit selon sa volonté,
tant à l'égard des armées du ciel qu'à l'égard des habitants de la terre ;
et il n’y a personne pour résister à sa main et lui dire : — Pourquoi as-tu fait cela ?
En ce temps, mon sens revint à moi
et je parvins à l'honneur et à la splendeur de mon royaume
ma forme revint à moi
mes dignitaires et mes magistrats me rappelèrent
et je fus rétabli dans mon royaume
et une plus grande majesté me fut donnée.
Maintenant donc, moi, Nabuchodonosor, je loue, j’exalte et je glorifie le roi du ciel
parce que toutes ses œuvres sont vraies et ses voies de vrais jugements
et qui peut humilier ceux qui marchent dans l'orgueil.
Balthazar le roi fit un grand festin à mille de ses dignitaires
et chacun buvait selon son âge.
Déjà ivre, il ordonna d'apporter les vases d’or et d’argent
que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés
du temple qui fut à Jérusalem
afin qu'y bussent le roi et ses dignitaires
ses femmes et ses concubines :
alors on apporta les vases d’or
qu'il avait enlevés du temple qui avait été à Jérusalem
et ils y burent, le roi et ses dignitaires ses femmes et ses concubines ;
ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d’or et d’argent, et d’airain, de fer, de bois et de pierre...
À la même heure apparurent les doigts comme d'une main d'homme
qui écrivaient, en face du candélabre, sur la surface de la muraille du palais royal
et le roi apercevait les articulations de la main qui écrivait.
Alors le roi changea de visage, ses pensées le troublaient
son système rénal commençait à s'effondrer
et ses genoux s'entrechoquaient l’un contre l’autre.
Le roi réclama avec force qu’on fît venir magiciens, Chaldéens et haruspices
et le roi vaticinant dit aux sages de Babylone :
— Quiconque aura lu cette écriture et m'aura rendu sa signification manifeste
sera revêtu de pourpre, portera chaîne d’or au cou
et il sera le troisième en mon royaume !
Alors tous les sages du roi entrèrent
mais ils ne purent ni lire l'écriture
ni en expliquer la signification au roi.
Le roi Balthazar en fut fortement troublé
il changea de visage
et ses dignitaires aussi étaient troublés.
Or la reine, devant la chose qui était arrivée au roi et à ses dignitaires,
s'introduisit dans la maison du festin
et vaticinant dit :
— Ô roi, vis éternellement !
Que tes pensées ne te troublent pas, et que ton visage ne change pas !
Il y a un homme dans ton royaume qui a en lui l’esprit des dieux saints
et aux jours de ton père, science et sagesse furent découvertes en lui.
Et d'ailleurs le roi Nabuchodonosor ton père
l’a institué chef des magiciens, des enchanteurs, des Chaldéens et des haruspices
— ton propre père, dis-je, ô roi ! —
parce qu’un esprit, une prudence et une intelligence plus puissants,
ainsi que la faculté d'interpréter les songes, de percer les secrets et de délier les choses liées furent découvertes en lui,
c'est-à-dire : en ce Daniel à qui le roi imposa le nom de « Balthazar ».
Maintenant donc, qu'on appelle Daniel : lui, il exposera la signification !
Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit à Daniel :
— C'est bien toi Daniel, des fils de la captivité de Juda que le roi, mon père, a amenés de Judée ?
J’ai entendu dire de toi que tu as l’esprit des dieux,
qu’une science, une intelligence et une sagesse extraordinaires se trouvent en toi.
On a introduit en ma présence les sages et les magiciens
pour lire l'écriture que voici et m’en expliquer l'interprétation
mais ils n’ont pas été capables de me faire connaître le sens de ce message ;
mais ensuite moi, j’ai entendu dire de toi que tu peux interpréter ce qui est obscur et délier les choses liées :
donc si tu es capable de lire l'écriture et de m’en expliquer l'interprétation
tu seras revêtu de pourpre, porteras chaîne d’or au cou
et tu seras le troisième prince de mon royaume !
Répondant à cela, Daniel dit devant le roi :
— Tes présents, qu'ils soient pour toi-même, et donne à un autre les dons de ta maison !
Mais l'écriture, je vais la lire pour toi, ô roi,
et je vais t'en montrer l'interprétation :
ô roi, le Dieu Très-Haut donna la royauté et la grandeur, la gloire et l'honneur
à Nabuchodonosor, ton père ;
et à cause de la grandeur qu’il lui avait donnée
tous peuples, tribus et langues tremblaient et le craignaient ;
il tuait qui il voulait et il frappait qui il voulait,
il élevait qui il voulait et il humiliait qui il voulait...
Mais quand son cœur fut élevé et que son esprit fut endurci jusqu’à l’arrogance
il fut déposé du trône de son règne et sa gloire lui fut ôtée ;
il fut chassé de la compagnie des enfants des hommes
et son cœur devint semblable à celui des bêtes,
sa demeure était avec les onagres :
il mangea de l'herbe comme un bœuf
et la rosée du ciel trempa son corps
jusqu’à ce qu’il eût appris que le Dieu Très-haut a la puissance sur le royaume des hommes
et qu’il y élève qui il lui plaît !
Toi non plus, son fils Balthazar, tu n’as pas humilié ton cœur, quoique tu aies su toutes ces choses,
mais tu t’es élevé contre le Seigneur du ciel :
on a apporté devant toi les vases de sa maison
et toi, tes dignitaires, tes femmes et tes concubines
vous y avez bu du vin !
Les dieux d’argent et d’or, d’airain, de fer, de bois et de pierre
qui ne voient, ni n’entendent, ni ne connaissent rien, tu les as loués
et le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies, tu ne l’as pas glorifié :
c'est pour cette raison que d'auprès de lui a été envoyée l'articulation de la main qui a écrit ce qui est tracé !
Or telle est l'inscription qui a été disposée :
« Mané, Théqel, Farès »
et ceci est l'interprétation du message :
« Mané » Dieu a compté ton règne et y a mis fin
« Théqel » tu as été pesé dans les balances et trouvé trop léger
« Farès » ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses !
Alors comme le roi l'ordonnait, Daniel fut revêtu de pourpre, une chaîne d’or lui fut mise au cou
et il fut proclamé à son sujet qu’il exerçait le pouvoir en troisième dans le royaume.
Dans la nuit même fut tué Balthazar, le roi chaldéen
Et Darius le Mède lui succéda au royaume, âgé de soixante-deux ans.
Il plut à Darius et il établit sur le royaume cent vingt satrapes pour qu'ils soient dans tout son royaume.
Et au-dessus d’eux trois chefs, dont Daniel était l’un
pour que les satrapes leur rendissent compte et que le roi ne subît pas de désagrément.
Or Daniel surpassait tous les chefs et les satrapes
parce que l'esprit de Dieu était plus abondant en lui
et le roi pensait à l'établir sur tout le royaume.
Alors les chefs et les satrapes cherchèrent à trouver une occasion d'accuser Daniel auprès du roi
mais ils ne purent trouver ni motif ni soupçon, parce qu'il était fidèle, et qu'on ne trouva en lui ni faute ni soupçon.
Ces hommes dirent donc :
— Nous ne trouverons contre ce Daniel aucune occasion, sauf peut-être dans la loi de son Dieu.
Alors les chefs et les satrapes circonvinrent le roi et lui parlèrent ainsi :
— Darius, ô roi, vis éternellement !
Tous les chefs du royaume
les magistrats et les satrapes, les sénateurs et les juges ont tenu conseil
pour publier un décret impérial et un édit :
Que quiconque adressera à un dieu ou à un homme, pendant trente jours, une demande autre que celle qu'il t'adressera à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions.
Maintenant, ô roi, confirme la sentence et signe le décret
afin que la décision des Mèdes et des Perses ne soit pas modifié
et qu'il ne soit pas permis à quiconque de la prévariquer.
En conséquence, le roi Darius publia l'édit et l'établit.
Et lorsque Daniel sut cela, c'est-à-dire que la loi avait été instituée
il entra dans sa maison
et ouvrant les fenêtres de sa chambre haute du côté de Jérusalem,
trois fois par jour il fléchissait ses genoux, adorait et confessait devant son Dieu comme il avait coutume de le faire auparavant.
Alors ces hommes recherchèrent avec plus de soin et trouvèrent Daniel priant et suppliant son Dieu.
Ils allèrent et parlèrent au roi de l'édit :
— N'as-tu pas décrété que tout homme qui, pendant trente jours, prierait l'un des dieux ou des hommes, si ce n'est toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions ?
Ce à quoi le roi répondit :
— La parole est vraie, selon le décret des Mèdes et des Perses, qu'il n'est pas permis de prévariquer.
Alors ils répondirent et dirent devant le roi :
— Daniel, des fils de la captivité de Juda,
n’a eu cure de ta loi ni de l'édit que tu as institué,
au contraire : c'est trois fois par jour qu'il fait sa prière !
Ayant entendu ces paroles, le roi fut très affligé,
et il prit à cœur de délivrer Daniel ;
jusqu’au coucher du soleil il travailla à le sauver.
Mais ces hommes comprenant le roi, lui dirent :
— Sache, ô roi, que la loi des Mèdes et des Perses
est qu'aucun décret institué par le roi ne peut être changé.
Alors le roi ordonna et ils amenèrent Daniel
et le jetèrent dans la fosse aux lions.
Le roi dit à Daniel :
— Ton Dieu, que tu sers avec persévérance, c'est lui qui te délivrera !
On apporta une pierre et on la mit à l'entrée de la fosse
et le roi la scella de son anneau et de l’anneau de ses dignitaires
afin que rien ne pût être fait contre Daniel.
Et le roi s'en alla dans sa maison et se coucha sans prendre de repas ; on n'apporta pas de nourriture devant lui
et le sommeil le quitta.
Le roi se levant aux premières lueurs
se rendit en hâte à la fosse aux lions
et s'approchant de la fosse, il cria d’une voix triste à Daniel, et lui dit :
— Daniel, serviteur du Dieu vivant
ton Dieu que toi tu sers depuis longtemps, penses-tu, qu'il a pu te délivrer des lions ?
Et Daniel répondant au roi, dit : — Ô roi, vis pour l'éternité !
Mon Dieu a envoyé son ange
il a fermé la gueule des lions et ils ne m’ont fait aucun mal,
parce que devant lui la justice s'est été trouvée en moi, et devant toi, ô roi, je n'ai commis aucune faute.
Alors le roi éprouva pour lui une grande joie
et il ordonna de sortir Daniel de la fosse.
Daniel fut sorti de la fosse
et on ne trouva sur lui aucune blessure, parce qu’il avait cru en son Dieu.
Sur l’ordre du roi, on amena les hommes qui avaient accusé Daniel
et on les jeta dans la fosse aux lions
eux, leurs enfants et leurs femmes.
Ils n’avaient pas encore atteint le fond de la fosse
que les lions les attrapèrent et leur brisèrent tous les os.
Alors le roi Darius écrivit à tous les peuples, tribus et langues
qui habitent sur toute la terre : Que la paix vous soit donnée en abondance !
Par moi a été établi le décret que, dans tout mon empire et mon royaume,
les hommes redouteraient et craindraient le Dieu de Daniel.
Car il est le Dieu vivant et éternel pour les siècles ;
son régne ne sera jamais détruit
et sa puissance subsistera éternellement.
Lui même, libérateur et sauveur, fait des signes et des prodiges dans le ciel et sur la terre
lui qui a délivré Daniel de la griffe des lions.
Par la suite Daniel continua jusqu'au règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse.
La première année de Balthazar, roi de Babylone, Daniel vit un songe :
vision de sa tête sur sa couche.
Ensuite, écrivant le songe, il le ramassa en un court récit
et, résumant brièvement, il dit :
— Je voyais dans ma vision, de nuit,
et voici, les quatre vents du ciel battaient sur la grande mer
et quatre grandes bêtes montaient de la mer, différentes entre elles.
La première était comme une lionne et avait des ailes d’aigle :
je regardais jusqu’à ce que ses ailes furent arrachées et qu'elle fut soulevée de terre
que, sur des pieds, elle se tint debout comme un homme
et que son cœur lui fut donné.
Et voici une autre bête, semblable à un ours : elle se tint sur un côté,
il y avait trois rangées dans sa gueule et dans ses dents, et elles lui parlaient ainsi :
— Lève-toi ! dévore le plus grand nombre possible de chairs !
Après cela, je regardais
et voici, une autre, comme un léopard :
elle avait quatre ailes d’oiseau sur elle
et quatre têtes étaient sur la bête
et la domination lui fut donnée.
Après cela je regardais dans la vision de la nuit
et voici, une quatrième bête terrible, merveilleuse et extraordinairement forte
elle avait de grandes dents ferreuses
dévorant et broyant ainsi que piétinant de ses pattes le reste
mais elle était différente des autres bêtes
que j'avais vues avant elle et elle avait dix cornes.
Je considérais les cornes
et voici : une autre corne, courtaude, surgit d'entre elles
et trois des premières cornes furent arrachées de sa face
et voici, des yeux, comme des yeux d’homme, étaient sur cette corne, et une bouche babillant d'immenses choses.
Je regardais jusqu’à ce que des trônes eurent été placés
et que l'ancien des jours s’assit :
son vêtement était blanc comme neige
et les cheveux de sa tête étaient comme une laine pure ;
son trône était des flammes de feu,
ses roues, un feu ardent ;
un fleuve enflammé et impétueux sortait de sa face
mille milliers le servaient
et dix mille de centaines de milliers se tenaient près de lui...
Le tribunal siégeait et des livres furent ouverts.
Je regardais alors, à cause du timbre des paroles grandioses que cette corne vociférait
et je vis que la bête avait été tuée, et que son corps périssait et qu'il était livré pour être consumé par le feu ;
des autres bêtes aussi, la puissance avait été ôtée
et des temps de vie leur furent assignés pour un temps et un temps.
Je regardais donc dans la vision de la nuit
et voici : avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme arrivait
il parvint jusqu’à l'ancien des jours
et on l'offrit à son regard ;
et il lui donna la puissance, la gloire et le règne
et tous les peuples, les tribus et les langues le serviront ;
sa puissance est une puissance éternelle qui ne sera pas enlevée
et son règne est tel qu'il ne sera pas affaibli.
Mon esprit fut pris d'effroi : moi, Daniel, je fus terrifié par ces choses
et les visions de ma tête me bouleversèrent.
Je m’approchai vers l’un de ceux qui se tenaient là
je lui demandai la vérité sur tout cela
et lui me dit l'interprétation des paroles et m'instruisit.
Ces quatre bêtes grandes sont
quatre royaumes qui s'élèveront de la terre
mais ils recevront le royaume, les saints du Dieu Très-Haut
et ils posséderont le royaume pour le siècle, pour le siècle des siècles.
Après cela je voulus m'enquérir attentivement de la quatrième bête
parce qu'elle était fortement différente de toutes les autres, et terrible à l'extrême
ses dents et griffes étaient ferreuses
elle dévorait et broyait et piétinait de ses pieds les restes
et sur les dix cornes qu'il avait sur la tête
et sur l’autre qui s’élevait
devant laquelle trois cornes tombèrent
sur cette corne qui avait des yeux et une bouche proférant de grandes choses et qui était plus grande que les autres.
Je regardais, et voici, cette corne faisait la guerre contre des saints et l’emportait sur eux,
jusqu’à ce que l'ancien des jours vint et donna le jugement aux saints du Très Haut ;
et que le temps vienne et que les saints obtiennent le royaume.
Et ainsi dit-il : — La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre
qui sera plus grand que tous les royaumes,
dévorera la terre tout entière,
la piétinera et broiera.
Plus tard les dix cornes de ce royaume seront dix rois
et un autre jaillira après eux
et il sera plus puissant que les premiers
et il humiliera trois rois.
Et il prononcera des mots contre le Suprême
et il harassera les saints du Très-Haut
et pensera qu'il peut changer saisons et lois
et ils seront livrés en sa main jusqu’à un temps et des temps et une moitié de temps.
Et il y aura un jugement, pour que la domination lui soit retirée,
qu'elle soit écrasée et disparaisse jusqu'à la fin
et que royaume, domination et grandeur du royaume qui est sous le ciel tout entier
soient donnés au peuple des saints du Très-Haut
dont le royaume est un royaume sempiternel ;
et tous les rois le serviront et lui obéiront.
Jusqu'ici : fin de l'histoire.
Moi, Daniel, j'étais grandement troublé par mes pensées et ma complexion fut altérée en moi
mais je gardai l'histoire en mon cœur.
La troisième année du règne du roi Balthazar, une vision m’apparut,
à moi, Daniel, après celle que j'avais vue au commencement.
Je vis dans ma vision, comme j'étais à Suse, la forteresse, qui est dans Élam, la cité,
je vis d'ailleurs dans la vision que j'étais à l'entrée d'Ulaï.
Et je levai les yeux et je vis
et voici, un bélier seul se tenant devant le marais, ses cornes s'élevant
et l’une était plus élevée que l’autre tout en s'accroissant. Ensuite
je vis le bélier battant des cornes
vers l’occident, vers l'aquilon et vers le midi : aucune bête ne pouvait lui tenir tête
ni se libérer de sa main
et il fit à sa guise et fut glorifié.
Et moi, je cherchais à comprendre
mais voici qu'un bouc à chèvres venait de l'occident sur la face de la terre entière
et il ne touchait pas terre
le bouc avait une corne ostensible entre ses yeux.
Et il vint jusqu'au bélier, le cornu,
que j’avais vu debout devant la porte
et il le chargea dans l'élan de sa force.
Et comme il s’approchait près du bélier,
il s'enragea contre lui, et frappa le bélier
et brisa ses deux cornes, sans que le bélier pût se tenir devant lui
et comme il l'avait jeté par terre, il le piétina, et il n'y avait personne qui pût libérer le bélier de sa main.
Puis le bouc à chèvres fut magnifié outre mesure
et, comme il avait grandi, la grande corne fut brisée, et quatre cornes poussèrent par dessous celle-ci, aux quatre vents du ciel.
Or de l’une d’entre elles sortit une corne modique, et elle s'éleva
contre le midi, contre l’orient et contre la force armée,
et elle fut exaltée jusqu’à l'armée du ciel
et elle jeta bas une partie de l'armée et des étoiles et les piétina ;
et elle fut exaltée jusqu’au chef de l’armée
et elle lui enleva le sacrifice perpétuel
et jeta bas le lieu de sa sanctification !
Le coup de force contre le sacrifice perpétuel fut permis en raison des péchés :
et la vérité fut couchée à terre :
la corne le fera et elle prospérera !
Et j’entendis un des saints qui parlait
et un saint dit à un autre qui parlait (je ne sais pas qui) :
— Jusqu’à quand la vision : le sacrifice perpétuel, et le péché de désolation qui est arrivé,
et le sanctuaire et le courage seront-ils foulés aux pieds ?
Et il lui dit : — Du soir au matin, deux mille trois cents jours,
alors le sanctuaire sera purifié.
Or il arriva, tandis que moi, Daniel, je voyais la vision, et que je recherchais l'intelligence,
voici : se tint en face de moi comme une silhouette d’homme
et j’entendis la voix d’un homme entre Ulaï et il cria et dit :
— Gabriel, fais comprendre à cette personne la vision.
Et il vint et se tint tout contre le lieu où je me tenais
et comme il était arrivé, stupéfié je m'écroulai sur la face.
Et il me dit : — Comprends, fils d'homme
que la vision s'accomplira au temps de la fin.
Et comme il me parlait, je défaillis face à terre
et il me toucha et me plaça à mon poste.
Et il me dit :
— Moi je te montrerai ce qui arrivera au bout de la malédiction
parce que le temps a son terme.
Le bélier que tu as vu avec des cornes,
est le roi des Mèdes et des Perses
ensuite le bouc à chèvres, c’est le roi des Grecs
et la grande corne qui était entre ses yeux, c’est le premier roi.
Or, quand elle fut brisée, il s'en éleva quatre à sa place : quatre rois de sa nation s'élèveront, mais non avec sa force.
Et après leur règne, quand les iniquités auront grandi
il s'élèvera un roi au visage impudent, et qui comprendra les énigmes.
Et sa puissance s'affermira, mais non par sa propre force
il dévastera tout, il prospérera, il fera plus qu'on ne peut croire ;
il tuera les plus coriaces et le peuple des saints,
selon sa volonté ;
la ruse sera dirigée par sa main,
il magnifiera son cœur
et dans l'abondance de toutes choses abattra des multitudes ;
enfin il se dressera contre le prince des princes et sera broyé sans l'intervention d'aucune main.
Et la vision du soir et du matin qui fut racontée, elle est vraie.
Donc toi, scelle la vision, parce qu'elle s'accomplira dans plusieurs jours.
Et moi, Daniel, je faiblis et tombai malade quelques jours
et lorsque je me fus relevé, je m’occupai des affaires du roi.
Et j’étais stupéfait par la vision et il n'y avait personne pour l'interpréter.
La première année de Darius, fils d’Assuérus, de la semence des Mèdes
qui exerça le pouvoir sur le royaume des Chaldéens
la première année de son règne, moi, Daniel, je compris dans les livres le nombre des années
au sujet duquel advint une parole du Seigneur au prophète Jérémie
selon laquelle s'écouleraient soixante-dix années de désolation sur Jérusalem.
Et je tournai la face vers le Seigneur Dieu
pour demander et supplier par les jeûnes, le sac et la cendre ;
et je priai le Seigneur, mon Dieu, je fis confession et dis :
— Je t'en conjure, Seigneur, Dieu grand et redoutable
qui gardes l’alliance et la miséricorde pour ceux qui t'aiment et pour ceux qui gardent tes commandements
nous avons péché, nous avons commis l'iniquité
nous nous sommes conduits avec impiété, nous nous sommes éloignés, et détournés de tes commandements et jugements ;
nous n’avons pas obéi à tes esclaves les prophètes, qui en ton nom parlèrent
à nos rois, à nos princes
à nos pères et au peuple de la terre tout entier !
À toi, Seigneur, la justice, mais à nous la confusion au visage, comme c'est le cas aujourd’hui
pour l'homme de Juda, les habitants de Jérusalem et tout Israël
pour ceux qui sont proches et pour ceux qui sont loin
dans l'ensemble des terres où tu les as éjectés
à cause de leurs iniquités, par lesquelles ils ont péché contre toi
Seigneur !
À nous la confusion du visage, à nos rois, à nos princes, et à nos pères qui péchèrent ;
mais à toi, Seigneur notre Dieu, la miséricorde et la propitiation car nous nous sommes éloignés de toi
et n’avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu
pour marcher dans sa Loi,
celle qu’il a établit pour nous par ses esclaves les prophètes !
Et tout Israël, ils ont transgressé ta Loi
et ils se sont détournés pour ne pas écouter ta voix :
alors a suinté sur nous la malédiction, et l'exécration
qui est écrite dans le livre de Moïse
l'esclave de Dieu, parce que nous avons péché contre lui !
Et il a confirmé ses paroles, celles qu’il a prononcées sur nous et sur nos princes, ceux qui furent nos juges :
qu'ils feraient venir sur nous un grand malheur, tel qu'il n'en fut jamais sous aucun ciel,
pareil à celui qui est arrivé à Jérusalem :
comme il est écrit dans la Loi de Moïse
tout ce malheur est venu sur nous ;
et nous n’avons pas imploré ta face, Seigneur notre Dieu pour que nous pussions revenir de nos iniquités
et considérer ta vérité.
Et le Seigneur a veillé et l’a amenée jusque sur nous ;
juste est le Seigneur dans toutes ses œuvres qu’il a faites
nous n’avons pas, en effet, écouté sa voix ...
Et maintenant, ô Seigneur notre Dieu qui tiras ton peuple de la terre d’Égypte d'une main puissante
et qui te fis le nom qui est le tien aujourd'hui :
nous avons péché, nous avons commis l'iniquité.
Seigneur, dans toute ta justice
que s'écartent, je t'en supplie, ta colère et ta furie,
de la cité qui est la tienne, Jérusalem, et de ta montagne sainte !
C'est en effet à cause de nos péchés et et des iniquités de nos pères
que Jérusalem et ton peuple sont en opprobre
pour tous ceux qui nous entourent.
Maintenant donc, exauce, ô notre Dieu, la prière de ton esclave et ses suppliques :
manifeste ta face sur ton sanctuaire qui a été déserté, fais-le pour toi-même !
Incline l'oreille, ô mon Dieu, et écoute
ouvre les yeux et vois notre désolation et la cité sur laquelle ton nom a été invoqué :
ce n'est pas, en effet, avec nos propres justifications que nous étalons nos suppliques devant ta face,
mais en espérant en tes nombreuses miséricordes !
Écoute, Seigneur, apaise-toi, Seigneur, prête attention et agis
ne tarde pas, pour toi-même, mon Dieu,
parce que ton nom a été invoqué sur ta cité et sur ton peuple !
Et comme j'étais encore en train de parler, prier et confesser mes péchés et les péchés de mon peuple Israël
pour étaler mes supplications sous le regard de mon Dieu,
devant la sainte montagne de mon Dieu,
moi parlant encore en prière
voici, l'homme Gabriel que j’avais vu en vision au commencement,
volant prestement, me toucha au moment du sacrifice vespéral.
Et il m'instruisit et me parla et dit :
— Daniel maintenant je suis sorti pour t'instruire et que tu comprennes.
Depuis le début de tes supplications une parole est sortie
et moi, je suis venu pour te l'indiquer
parce que tu es un homme de désirs :
prête attention à la parole et comprends la vision !
Soixante-dix semaines ont été abrégées sur ton peuple et sur ta ville sainte
pour que s'achève la prévarication et que trouve sa fin le péché
et que soit détruite l’iniquité et que soit apportée une justice éternelle
et que soient accomplis la vision et le prophète
et que soit oint le saint des saints.
Sache donc et prête attention :
depuis la sortie d’une parole ordonnant d'édifier Jérusalem jusqu'au christ chef
[il faudra] sept semaines, puis il y aura soixante-deux semaines
et elle sera de nouveau édifiée, place et murs, dans l'angoisse des temps.
Et après soixante-deux semaines, le christ sera tué et réduit à rien
et la cité et le sanctuaire, un peuple avec le chef qui viendra les détruira
et sa fin sera une dévastation, et après la fin de la guerre a été établie la désolation.
Puis il consolida une alliance avec un grand nombre pour une seule semaine
et au milieu de la semaine le sacrifice et l'oblation cesseront
et dans le temple il y aura l'abomination de la désolation
et jusqu'à la consommation ultime, la désolation demeurera.
Dans la troisième année de Cyrus, roi des Perses,
un verbe fut révélé à Daniel, surnommé « Balthazar »
(à la fois un verbe vrai et une grande force)
et il comprit la parole
(en effet, il faut de l'intelligence dans la vision).
— En ces jours-là, moi, Daniel, je me lamentais à longueur de jours, trois semaines.
De pain désirable, point ne mangeai,
ni chair ni vin n'entrèrent en ma bouche,
non plus que je ne fus oint d'onguent, jusqu'à ce que
ne fussent accomplis les jours des trois semaines...
Le vingt-quatrième jour du premier mois
j’étais au bord du grand fleuve qui est le Tigre
je levai les yeux et je vis
et voici : un homme vêtu de lin
et ses reins étaient ceints d’or très pur
et son corps comme un chrysolithe
son visage comme l’aspect de l’éclair
ses yeux comme des torches de feu
ses bras et les parties au-dessous, jusqu'aux pieds, comme l'aspect de l’airain ardent
et le son de ses paroles comme le son d’une multitude.
Moi seul, Daniel, je vis la vision ;
quant aux hommes qui étaient avec moi, ils ne virent pas
mais une frayeur irrépressible fondit sur eux et ils s’enfuirent pour se cacher.
Et moi, laissé seul, je vis cette grande vision
il ne resta plus d'énergie en moi,
même mon propre aspect s'altéra en moi,
je m'évanouis et ne conservai aucune force.
J’entendis la voix de ses paroles
et en entendant
je me jetai, consterné, sur ma face,
mon visage collait à la terre...
Et voici, une main me toucha
et me redressa sur les genoux et sur les articulations des mains
et me dit : — Daniel, homme de désirs
comprends les paroles que je t'adresse et tiens toi droit : c'est maintenant, en effet, que je suis envoyé vers toi !
Et comme il avait tenu ce propos je me tins debout, tremblant.
Il me dit : — Ne crains pas, Daniel
car dès le premier jour où tu as disposé ton cœur à comprendre
au point de t'affliger sous le regard de ton Dieu
tes paroles ont été exaucées
et moi, je suis venu à cause de tes propos !
Mais le prince du royaume des Perses m'a résisté vingt et un jours
et voici, Michel, l'un des premiers princes, est venu à mon aide
et moi, je suis demeuré là auprès du roi des Perses.
Mais je suis venu pour t'apprendre ce qui doit arriver à ton peuple dans les derniers jours
car il y a encore une vision pour ces jours.
Et comme il me parlait ainsi,
j'abaissais ma tête contre terre et je me tus.
Et voici, comme la figure d'un fils d'homme toucha mes lèvres ;
et, ouvrant la bouche, je parlai et dis à celui qui se tenait en face de moi :
— Mon seigneur, dans la vision, mes jointures se sont désunies et il n'est resté en moi aucune force.
Et comment le serviteur de mon Seigneur pourra-t-il parler avec mon Seigneur ?
En effet, il n'est resté en moi aucune force et d'ailleurs mon souffle est coupé.
Et de nouveau donc, comme la vision d'un homme me toucha
et me fortifia
et il dit :
— N'aie crainte, homme bien aimé, paix à toi,
conforte-toi et sois fort !
Et alors qu’il parlait avec moi, je me renforçai et je dis :
— Parle, ô mon Seigneur, puisque c'est toi qui m’as fortifié.
Il me dit : — Est-ce que tu sais pourquoi je suis venu à toi ?
Maintenant je vais m'en retourner pour combattre le prince des Perses.
Comme d'ailleurs je m'en allais, le prince des Grecs apparut en chemin.
Néanmoins je vais t'annoncer ce qui a été exprimé dans les écrits de la vérité
et personne n'est mon assistant en toutes ces choses, sinon Michel, votre prince.
Et moi, à partir de la première année de Darius le Mède, je me tenais auprès de lui pour qu'il fût soutenu et fortifié.
Et maintenant je vais te déclarer la vérité :
— Voici, trois rois se lèveront alors en Perse
et le quatrième sera enrichi de biens immenses dépassant tous les autres
et quand il sera revigoré par ses richesses
il soulèvera tout le monde contre le royaume de Grèce.
Puis un roi vaillant s'élèvera, et dominera avec une grande puissance
et fera ce qui lui plaira.
Quand il se sera élevé, son royaume sera broyé
et réparti aux quatre vents du ciel
mais non pas au profit de sa postérité, ni selon la puissance avec laquelle il a régné. Car son royaume se déchirera, même parmi des étrangers, ceux-là exceptés.
Et le roi du Midi sera renforcé et l'un de ses princes le surpassera
et il dominera par la domination : grande, en effet, sera sa domination.
Et après la fin des années ils feront une alliance,
et la fille du roi du Midi viendra au roi de l'aquilon pour faire amitié
et elle ne prévaudra pas par la force du bras
et sa semence ne subsistera pas
et elle sera livrée, ainsi que ceux qui l’ont amenée,
ses adolescents et ceux qui l'ont soutenue en ces temps.
Et une plante poussera du germe de sa racine, et elle viendra avec une armée
et elle s'avancera dans la province du roi de l'aquilon
et elle abusera d'eux et elle l'emportera.
Et au-delà, leurs dieux, leurs statuettes
ainsi que leurs vases précieux d’argent et d’or, il les emmènera captifs en Égypte :
lui-même prévaudra contre le roi de l'aquilon.
Et le roi du Midi entrera dans le royaume et retournera dans sa terre.
Mais ses fils seront défiés et rassembleront une multitude de très nombreuses armées
et elle viendra, à la hâte comme une inondation,
et se retournera s'excitera et engagera sa force.
Et, défié, le roi du Midi sortira
et combattra contre le roi de l'aquilon
et il préparera une multitude immense
et cette multitude sera livrée par sa main.
Et il saisira la multitude, et son cœur s’exaltera
et il en abattra plusieurs milliers mais il ne l'emportera pas.
Car le roi de l'aquilon
fera demi-tour
et préparera une multitude bien plus nombreuse que la première
et, à la fin des temps et des années, il viendra se hâtant avec une grande armée et d'énormes ressources.
En ces temps-là beaucoup s’insurgeront contre le roi du Midi :
aussi les fils des prévaricateurs de ton peuple
se révolteront pour accomplir la vision et ils tomberont.
Et le roi de l'aquilon viendra, formera une butte
et prendra des villes très fortifiées
et les bras du Midi ne tiendront pas
et ses élus s'élèveront pour résister mais la force n'y sera pas.
Et, venant sur lui, il fera selon qu'il lui plaira, et nul ne tiendra face à lui
et il se tiendra dans une terre glorieuse, et il sera détruit par sa main.
Il disposera sa face à venir avec la puissance de tout son royaume
et il agira de bonne foi apparente avec lui
et il lui donnera une fille des femmes pour perdre cela
mais elle ne restera absolument pas et ne sera pas à lui.
Puis il tournera sa face vers les îles et en prendra beaucoup
et il mettra un terme à l'opprobre du prince
et son opprobre se retournera contre lui.
Et il tournera sa face vers l'empire de son pays
puis il chancellera, tombera, et sera introuvable.
Puis il se tiendra à sa place un être des plus vils, indigne de la majesté royale,
et en quelques jours il sera broyé, non dans la fureur ni au combat.
Et se tiendra à sa place un homme méprisé, à qui on n'accordera pas l'honneur royal,
et il viendra en tapinois et il s’emparera du royaume par la tromperie.
Et les bras du combattant seront combattus en face de lui et seront broyés
ainsi que le chef de l'alliance.
Après s'être lié d'amitié avec lui, il usera de tromperie
il se lèvera et aura le dessus avec peu de gens.
Il entrera dans les villes opulentes et riches
et il fera ce que ne firent ni ses pères ni les pères de ses pères :
leurs rapines, butins et richesses, il les dissipera
et contre les plus fortes places il formera des desseins
et cela pour un temps.
Sa force et son cœur seront excités contre le roi du Midi, à la tête d’une grande armée.
Et le roi du Midi sera provoqué à la guerre avec des renforts nombreux et très puissants
mais ils ne résisteront pas car on formera des complots contre lui.
Et ceux qui mangent le pain avec lui le briseront
et son armée sera accablée et beaucoup tomberont tués.
Les deux rois auront à cœur de faire le mal
et à une même table ils parleront le mensonge, et ils ne réussiront pas, parce que pour l'instant la fin est pour un autre temps.
Puis il retournera dans son pays avec de grandes richesses,
et, le cœur contre l’alliance sainte,
il agira et il retournera vers son pays.
Au temps marqué il reviendra et se présentera dans le Midi, mais elle ne sera pas comme à la première, cette dernière.
Et viendront contre lui des trirèmes et des Romains et il sera frappé
il s'en retournera et s'indignera contre l'alliance du sanctuaire
il agira, s'en retournera et ruminera contre ceux qui ont abandonné l'alliance du sanctuaire.
Et des bras armés se dresseront contre lui et pollueront le sanctuaire de la force
et enrayeront le sacrifice perpétuel et permettront l’abomination dans la désolation.
Et les impies à l'égard de l'alliance feindront trompeusement
mais le peuple connaissant son Dieu résistera et agira.
Les sages parmi le peuple enseigneront de nombreuses personnes
mais ils tomberont sous le glaive, dans la flamme, dans la captivité et le pillage des jours.
Et lorsqu'ils se seront écroulés, ils seront relevés par un petit secours et beaucoup se joindront à eux frauduleusement.
Et parmi ces savants il en trébuchera pour être épurés, élus et blanchis jusqu’au moment défini.
parce qu'il y aura encore un autre temps.
Le roi fera selon sa volonté
il sera exalté et magnifié contre tout dieu
et contre le Dieu des dieux il dira des énormités
et il commandera jusqu’à que soit consommée la colère, la décision est en effet exécutée.
Il ne considérera point le dieu de ses pères
et il sera dans la convoitise des femmes :
il n’aura souci d'aucun des dieux
car il s'élèvera contre toute chose,
mais il vénérera à sa place le dieu Maozim
(un dieu que ses pères n'ont point connu)
avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses et des objets précieux.
Il fera en sorte de protéger Maozim avec un dieu étranger qu'il a reconnu,
pour accroître sa gloire et lui donner de l'autorité sur la multitude,
et pour partager la terre gratuitement.
Et au temps fixé, le roi du Midi combattra contre lui. Et comme une tempête, viendra contre lui le roi de l'aquilon, avec des chars, des cavaliers et une flotte nombreuse.
Il entrera dans les terres, les écrasera et les traversera.
Il entrera dans la terre glorieuse et beaucoup tomberont. Ceux-ci seulement seront sauvés de sa main :
Edom et Moab et le premier des fils d’Ammon.
Il étendra sa main sur les terres et la terre d’Égypte n’y échappera pas.
Il se rendra maître des trésors d’or et d’argent et de toutes les choses précieuses de l’Égypte
il traversera aussi la Libye et l'Éthiopie.
Et une rumeur d'orient et de l'aquilon le troubleront
et il viendra avec une grande multitude pour écraser et exterminer nombre de gens.
Il plantera sa tente à Apedno entre les mers
vers la montagne illustre et sainte
puis il arrivera à son sommet et personne ne le secourra.
Mais en ce temps-là Michel
se lèvera, le grand prince qui se tient devant les fils de ton peuple
et il viendra un temps tel qu’il n'y en a pas eu
depuis que les nations commencèrent à exister jusqu’à ce temps-là.
Et en ce temps-là, sera sauvé quiconque
parmi ton peuple aura été trouvé inscrit dans le livre.
Et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre seront éveillés
les uns pour une vie éternelle, et les autres pour un opprobre tel qu'ils le voient à jamais ...
Or ceux qui auront été instruits étincelleront comme la splendeur du firmament
et ceux qui en instruisent beaucoup pour qu'ils deviennent justes seront comme des étoiles, pour les éternités, perpétuelles !
Et toi Daniel, conclus les paroles et scelle le livre jusqu’au temps du décret.
Beaucoup erreront et la connaissance sera multiple.
Et j'ai vu, moi Daniel, et voilà, comme deux autres hommes qui se tenaient là
l’un d'ici sur une rive du fleuve, et l’autre de là-bas sur l’autre rive du fleuve.
ll parla à l’homme vêtu de lin qui se tenait au-dessus des eaux du fleuve :
— Quand sera la fin de ces prodiges ?
Et j’entendis l’homme vêtu de lin qui se tenait au-dessus des eaux du fleuve
comme il avait levé la main droite et la main gauche vers les cieux
et avait juré par celui qui vit éternellement
que dans un temps de temps et la moitié d'un temps
quand aura été achevée la dispersion de la main du peuple sanctifié
alors s’accompliront toutes ces choses.
Et moi, j’entendis et ne compris pas
et je dis : — Mon seigneur, qu'y aura-t-il après ces choses ?
Il dit : — Va, Daniel, car les paroles sont fermées et scellées jusqu’au temps fixé.
Beaucoup seront purifiés, blanchis et éprouvés comme le feu
et les impies agiront avec impiété et aucun impie ne comprendra, mais les instruits comprendront.
Depuis le temps où aura été interrompu le sacrifice perpétuel
et dressée l’abomination dans la désolation :
mille deux cent quatre-vingt-dix jours.
Heureux celui qui attend et parvient jusqu’à mille trois cent trente-cinq jours !
Toi, va jusqu'au terme fixé et tu te reposeras,
tu tiendras ferme dans ta destinée à la fin des jours.
JUSQU'ICI NOUS AVONS LU DANIEL DANS UN ROULEAU EN HÉBREU — TOUT CE QUI SUIT JUSQU'À LA FIN A ÉTÉ TRADUIT DE L'ÉDITION DE THÉODOTION.
÷ Il y avait un homme demeurant à Babylone et son nom était « Joachim » ;
÷ il prit une femme nommée « Susanna », fille de Helkias,
très belle et craignant le Seigneur
÷ car ses parents, comme ils étaient justes,
avaient instruit leur fille selon la loi de Moïse.
÷ Or Joachim était fortement riche
et il avait un parc adjacent à sa maison ;
et les Juifs affluaient vers lui
parce qu’il était le plus honorable de tous.
÷ Cette année-là, deux anciens furent nommés juges
et le Seigneur dit : « — L’iniquité est sortie de Babylone
par des anciens juges qui paraissaient diriger le peuple. »
÷ Ils fréquentaient la maison de Joachim
et tous ceux qui avaient quelque affaire à juger venaient vers eux.
÷ Or, quand le peuple fut parti à midi,
Susanne entra et se promena dans le verger de son mari.
÷ Et les deux vieillards la voyaient chaque jour entrer et se promener
et ils furent enflammés de désir pour elle.
÷ Et ils pervertirent leur esprit
et détournèrent leurs yeux
pour ne pas voir le ciel
et ne pas se souvenir des justes jugements.
÷ Ils étaient donc tous deux blessés d’amour pour elle
mais ils ne se découvrirent pas mutuellement leur peine
÷ car ils rougissaient de découvrir leur passion
voulant coucher avec elle.
÷ Et ils veillaient attentivement chaque jour pour la voir
et l’un dit à l’autre :
÷ — Allons chez nous parce que c’est l’heure du déjeuner.
Et étant sortis ils se séparèrent.
÷ S'étant retournés, ils arrivèrent tous deux au même endroit
et s'interrogeant l'un l'autre sur la cause de leur désir,
ils confessèrent leur passion ; puis ils convinrent d'un temps
où ils pourraient la trouver seule.
÷ Or il arriva que, alors qu'ils observaient un jour convenable,
elle entra comme la veille et l'avant-veille
avec seulement deux jeunes filles
et voulut se baigner dans le verger,
car il faisait chaud.
÷ Il n’y avait là personne excepté les deux vieillards cachés
qui la contemplaient.
÷ Elle dit alors aux jeunes filles : — Apportez-moi de l’huile et des onguents
et fermez les portes du verger afin que je me baigne.
÷ Et elles firent comme elle l'avait commandé,
elles fermèrent les portes du verger et sortirent par la porte de derrière pour aller chercher ce qu'elle leur avait ordonné
et elles ne savaient pas que les vieillards étaient cachés à l'intérieur.
÷ Or, dès que les jeunes filles furent sorties
les deux vieillards se levèrent et accoururent vers elle et dirent :
÷ — Voici que les portes du verger sont fermées
personne ne nous voit et nous sommes amoureux de toi
c'est pourquoi donne-nous ton assentiment et joins-toi à nous.
÷ Et si tu ne veux pas, nous témoignerons contre toi qu’un jeune homme était avec toi
et que c’est pour cette raison que tu as envoyé les jeunes filles loin de toi.
÷ Susanne soupira et dit : — Je suis accablée de toutes parts ;
car si je fais cette chose, c'est la mort pour moi et si je ne la fais pas, je n'échapperai pas de vos mains.
÷ Mais il est meilleur pour moi de tomber entre vos mains sans avoir agi
que de pécher en présence du Seigneur.
÷ Et Susanne s'écria d'une grande voix
et les vieillards s'écrièrent aussi contre elle.
÷ Et l'un courut et ouvrit les portes du verger.
÷ Quand les serviteurs de la maison entendirent le cri dans le verger,
ils se précipitèrent par la porte de derrière pour voir ce que c'était.
÷ Mais après que les vieillards eurent parlé
les serviteurs rougirent de honte
parce que jamais une telle parole n'avait été dite de Susanne.
Et le lendemain arriva.
÷ Et alors que le peuple était venu auprès de Joachim, son mari,
les deux vieillards vinrent aussi
pleins de mauvais desseins contre Susanne pour la faire mourir.
÷ Et ils dirent devant le peuple :
— Envoyez chercher Susanne fille de Helkias qui est la femme de Joachim.
Et ils envoyèrent aussitôt.
÷ Et elle vint avec ses parents et ses fils et tous ses proches.
÷ Or Susanne était très délicate et d'une belle apparence.
÷ Mais ces hommes iniques ordonnèrent que son visage fût découvert (car elle était couverte), afin qu'ils fussent au moins satisfaits de sa beauté.
÷ Et les siens pleuraient ainsi que tous ceux qui l'avait connue.
÷ Les deux vieillards se levant au milieu du peuple
mirent leurs mains sur sa tête.
÷ En pleurant, elle regarda vers le ciel
car son cœur avait confiance dans le Seigneur.
÷ Et les vieillards dirent : — Comme nous nous promenions seuls dans le verger
elle est entrée avec deux jeunes filles, elle a fermé les portes du verger et renvoyé les jeunes filles.
÷ Et un jeune homme qui était caché est venu vers elle et a couché avec elle.
÷ Nous qui étions dans un coin du verger,
voyant cette iniquité, nous avons couru vers eux, et nous les avons vus l'un contre l'autre s'unir.
÷ Mais nous n’avons pas pu le prendre,
parce qu’il était plus fort que nous
et qu'ayant ouvert les portes il s’est échappé.
÷ Quant à elle, lorsque nous l'avons prise,
nous lui avons demandé qui était ce jeune homme
et elle n’a pas voulu nous le dire.
De cette chose nous sommes témoins.
÷ Et la multitude les crut en tant qu'anciens et juges du peuple
et ils la condamnèrent à mort.
÷ Mais Susanne cria d'une voix forte et dit :
— Dieu éternel qui connais ce qui est caché et qui sais toutes choses avant qu’elles n’arrivent,
÷ tu sais toi qu’ils ont porté contre moi un faux témoignage
et voici que je meurs alors que je n'ai rien fait de ce
qu’ils ont malicieusement médité contre moi...
÷ Et le Seigneur exauça sa voix.
÷ Et comme on la conduisait à la mort
Dieu éveilla l’esprit saint d’un jeune enfant du nom de Daniel.
÷ Et il cria d'une voix forte : — Je suis pur du sang de celle-ci !
÷ Tout le peuple se tourna vers lui et dit :
— Quelle est cette parole que tu dis ?
÷ Et alors qu'il se tenait au milieu d’eux il dit :
— Êtes-vous si insensés, fils d’Israël, que, sans examen ni connaissance de la verité,
vous ayez condamné une fille d'Israël !
÷ Retournez au tribunal car ils ont porté un faux témoignage contre elle.
÷ Alors le peuple retourna en hâte
et les anciens lui dirent : — Viens et assis-toi au milieu de nous
et montre-nous, car Dieu t'a donné l'honneur de la vieillesse.
÷ Et Daniel leur dit :
— Séparez-les loin l’un de l’autre et je les jugerai.
÷ Quand donc ils furent séparés l’un de l’autre
il appela l'un d'eux et lui dit :
— Toi qui as vieilli dans les mauvais jours, voici que tes péchés, que tu as commis autrefois, sont révélés
÷ en rendant des jugements injustes
en opprimant les innocents et relâchant les coupables
alors que le Seigneur a dit : « — Tu ne tueras pas l’innocent et le juste. »
÷ Maintenant donc si tu l’as vue, dis sous quel arbre tu les as vus parler ensemble.
Et il dit : — Sous un lentisque.
÷ Mais Daniel dit : — Justement tu as menti contre ta propre tête,
car voici que l’ange de Dieu ayant reçu la sentence te fendra par le milieu.
÷ Et après l’avoir renvoyé il ordonna d’amener l’autre
et il lui dit : — Semence de Canaan et non de Juda
la beauté d’une femme t’a trompé et le désir a perverti ton cœur !
÷ C’est ainsi que vous en agissiez avec les filles d’Israël
et elles ayant peur vous parlaient ;
mais une fille de Juda n’a pas supporté votre iniquité.
Maintenant dis-moi donc sous quel arbre tu les as surpris en train de se parler.
Et il dit : — Sous un chêne.
÷ Mais Daniel lui dit : — Justement toi aussi tu as menti contre ta propre tête,
car l’ange du Seigneur attend tenant un glaive pour te couper par le milieu afin de te tuer.
÷ Alors toute l’assemblée cria d'une voix forte et ils bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.
÷ Puis ils s’élevèrent contre les deux vieillards (car Daniel les avait convaincus par leur propre bouche qu'ils avaient porté un faux témoignage),
et ils les traitèrent selon le mal qu'ils avaient fait à leur prochain,
÷ afin d'agir selon la loi de Moïse, et ils les mirent à mort
et le sang innocent fut sauvé ce jour-là.
÷ Et Helkias et sa femme louèrent Dieu pour leur fille Susanne
avec Joachim son mari et tous ses proches
parce qu’il ne s’était trouvé en elle rien de honteux.
÷ Et Daniel devint grand devant le peuple depuis ce jour et dans la suite.
÷ Et le roi Astyage fut réuni à ses pères
et Cyrus le Perse reçut son royaume.
÷ Et Daniel était un convive du roi et il était honoré plus que tous ses amis.
÷ Il y avait aussi chez les Babyloniens une idole du nom de Bel, pour laquelle on dépensait chaque jour douze artabes de fleur de farine et quarante brebis
et six amphores de vin.
÷ Le roi aussi la vénérait et il allait chaque jour l’adorer
mais Daniel adorait son Dieu
et le roi lui dit : — Pourquoi n'adores-tu pas Bel ?
÷ Et répondant il lui dit :
— Parce que je ne vénère pas des idoles faites de main d’homme mais le Dieu vivant
qui a créé le ciel et la terre et a pouvoir sur toute chair.
÷ Et le roi lui dit :
— Bel ne te semble-t-il pas être un dieu vivant ?
Ne vois-tu pas tout ce qu’il mange et boit chaque jour ?
÷ Et Daniel dit en riant : — Ô roi, ne te trompe pas, car ce n'est que de l'argile au-dedans et de l'airain au-dehors, et il n'a jamais mangé.
÷ Et le roi irrité appela ses prêtres et leur dit :
— Si vous ne me dites pas qui est celui qui mange ces nourritures, vous mourrez !
÷ Mais si vous montrez que c’est Bel qui les mange
Daniel mourra parce qu’il a blasphémé contre Bel.
Et Daniel dit au roi : — Qu'il soit fait selon ta parole.
÷ Et il y avait soixante-dix prêtres de Bel, sans compter leurs femmes et leurs enfants.
Et le roi vint avec Daniel au temple de Bel.
÷ Et les prêtres de Bel dirent :
— Voici que nous sortons dehors
et toi, ô roi, mets les aliments et mélange le vin, ferme la porte et scelle-la de ton anneau.
÷ Et quand tu entreras au matin, si tu ne trouves pas que tout a été mangé par Bel, nous mourrons ou bien Daniel qui a menti contre nous.
÷ Ils étaient méprisants parce qu'ils avaient fait sous la table une entrée secrète
par laquelle ils s'introduisaient toujours et ils dévoraient le tout.
÷ Et il arriva donc lorsqu’ils furent sortis que le roi mit les aliments devant Bel.
Daniel commanda à ses serviteurs d’apporter de la cendre et il la passa au crible par tout le temple devant le roi
et étant sortis, ils fermèrent la porte, la scellant de l’anneau du roi et s’en allèrent.
÷ Or les prêtres entrèrent pendant la nuit selon leur coutume
avec leurs femmes et leurs fils et ils mangèrent et burent tout.
÷ Le roi se leva au point du jour et Daniel avec lui.
÷ Et le roi dit : — Les sceaux sont-ils intacts Daniel ? Celui-ci répondit : — Intacts, ô roi.
÷ Et aussitôt qu’ils eurent ouvert la porte, le roi regarda la table et s’écria d'une voix forte :
— Tu es grand ô Bel et il n’y a en toi aucune tromperie !
÷ Et Daniel rit et retint le roi afin qu’il n'avançât pas avant
et il dit : — Voici le sol, remarque de qui sont ces traces.
÷ Et le roi dit : — Je vois des traces d’hommes et de femmes et d’enfants.
Et le roi en colère
÷ saisit alors les prêtres et leurs femmes et leurs enfants
et ils lui montrèrent les petites portes secrètes
par lesquelles ils entraient et consommaient ce qui était sur la table.
÷ Et le roi les tua donc et livra Bel au pouvoir de Daniel
qui le détruisit ainsi que son temple.
÷ Et il y avait un grand dragon dans ce lieu et les Babyloniens le vénéraient.
÷ Et le roi dit à Daniel : — Voici que maintenant tu ne peux pas dire que celui-ci n'est pas un dieu vivant ? Adore-le donc.
÷ Et Daniel dit : — J’adore le Seigneur mon Dieu parce que lui est le Dieu vivant.
÷ Mais toi, ô roi, donne-moi le pouvoir et je tuerai le dragon sans glaive ni bâton
et le roi dit : — Je te le donne.
÷ Daniel prit donc de la poix et de la graisse et des poils
et les fit cuire ensemble et en fit des masses
et il les jeta dans la gueule du dragon et le dragon creva.
Et il dit : — Voilà ce que vous vénériez.
÷ Et lorsque les Babyloniens l’apprirent, ils furent extrêmement indignés et s'étant rassemblés contre le roi ils dirent :
— Le roi est devenu juif
il a détruit Bel, tué le dragon et massacré les prêtres.
÷ Et alors qu'ils étaient venus vers le roi ils dirent :
— Livre-nous Daniel sinon nous te tuerons, toi et ta maison.
÷ Le roi vit donc qu’ils se jetaient sur lui avec violence
et poussé par la nécessité il leur livra Daniel.
÷ Et ils le jetèrent dans la fosse aux lions et il y demeura six jours.
÷ Dans la fosse il y avait sept lions et on leur donnait chaque jour deux corps et deux brebis
mais alors on ne les leur donna pas afin qu’ils dévorassent Daniel.
÷ Mais le prophète Habaquq était en Judée
et il avait cuisiné un bouillon et émietté du pain dans un pot
et il allait au champ pour fournir ses moissonneurs.
÷ Et l’ange du Seigneur dit à Habaquq :
— Porte le repas que tu tiens à Babylone pour Daniel qui est dans la fosse aux lions.
Et Habaquq dit : — Seigneur je n’ai jamais vu Babylone et je ne connais pas la fosse.
÷ Alors l’ange le prit par le haut de la tête et le porta par les cheveux de sa tête
et le mit à Babylone au-dessus de la fosse dans l'impétuosité de son esprit.
÷ Et Habaquq cria en disant :
— Daniel prends le repas que Dieu t’envoie.
÷ Et Daniel dit : — Tu t'es en effet souvenu de moi, ô Dieu, et tu n'as pas abandonné ceux qui t'aiment.
÷ Et se levant Daniel mangea.
Et l’ange du Seigneur remit aussitôt Habaquq en son lieu.
÷ Et le septième jour le roi vint donc pour pleurer Daniel
et il vint vers la fosse et regarda
et voici que Daniel était assis.
÷ Et le roi cria d'une voix forte disant :
— Tu es grand Seigneur Dieu de Daniel !
et il le fit sortir.
÷ Puis il envoya dedans tous ceux qui avaient été la cause de sa perte
et ils furent dévorés en un instant sous ses yeux.
ICI FINIT LE LIVRE DU PROPHÈTE DANIEL