« — Commande en me voyant que son courroux s’apaise / Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. / Les orages, les vents, les cieux te sont soumis, / Tourne enfin ta puissance contre nos ennemis » ( Esther, acte 1, sc. 4).
Le personnage d'Esther a inspiré d'innombrables dramatruges et artistes, tant le retournement providentiel de l'histoire dont elle est l'héroïne est spectaculaire : le peuple qui était voué à la destruction totale est finalement sauvé, et par l'intervention d'une simple femme ! Ce livre aborde la question de la Providence, exalte le courage et la détermination d'Esther et souligne l'importance de la communauté. La version hébraïque du livre d'Esther se distingue par le fait qu'aucun nom ou titre divin n'y est employé : Dieu n'y est même pas mentionné !
Le livre d'Esther, sans doute composé en hébreu au 2e ou 3e s. av. J.-C., nous est parvenu sous deux formes textuelles principales : le texte hébreu massorétique (M) qui comporte 10 chapitres, et le texte grec de la Septante (G), qui en a 16 : il ajoute des prières d'Esther, des réflexions plus profondes sur la Providence divine, et des détails supplémentaires sur les événements du récit. Dans sa version latine (V), dont vous lisez ici la traduction, saint Jérôme indique ces « ajouts » par les obèles.
Le livre d'Esther a une dimension politique : il met en scène une population juive parfaitement intégrée à la cour achéménide et à la société babylonienne : Mardochée est un juif de cour et sa nièce est reine. Même si le récit est une fiction, son auteur souligne cette intégration : rien, dans leurs coutumes, n'empêche les juifs d'agir en citoyens, politeuesthai, et les sources attestent largement la loyauté des communautés de la diaspora envers le pouvoir en place.
Comme dans le livre de Judith, cependant, l'intention du narrateur est de raconter un salut du peuple juif, l'histoire de sa délivrance par une femme. Un empereur perse, Assuérus (inspiré de Xerxès, 485-464 av. J.-C.), prend des décisions terribles, et son ministre, Haman, profite de la complaisance du roi pour mener une vendetta personnelle contre les Juifs en faisant promulguer un décret royal ordonnant leur destruction. La menace est écartée par deux Juifs, Esther et Mardochée. Leur influence et leur intervention permettent aux Juifs de prendre le dessus et de finalement faire condamner leurs ennemis.
Cette délivrance est commémorée par l'inauguration de la fête de Pourim, nom qui signifie : les Sorts (Est 9,26). Elle se célèbre les 14 et 15 du mois d'Adar (de la mi-février à la mi-mars), et est aujourd'hui l'une des plus populaires de l'année liturgique juive (cf. note BEST sur *litEst 9,20ss).
Le livre d'Esther n'est guère évoqué dans le Nouveau Testament même si la figure d'Esther qui sauve le peuple rappelle celle de Jésus sauveur. La tradition chrétienne la place au nombre des femmes de valeur dont le courage anticipe celui de la Mère de Jésus : les Anciens ont parfois lié le nom même d'Esther (du persan satara qui signifierait étoile) et l’invocation de la Vierge comme stella maris (étoile de la mer).
Le livre d'Esther existe sous deux formes, l'hébreu étant plus court que le grec. C’est le seul livre biblique du canon juif dont Qumrân n’ait pas livré de fragments. Il existe deux variantes pour le texte grec : le type commun de la Bible grecque et le type plus difficile de la recension de . La version grecque a plusieurs additions :
traduit ces ajouts à la suite du texte hébreu (Vulg. 10,4-16,24).
La structure du texte fait jouer un grand nombre de similitudes et de symétries. Comme dans les contes traditionnels, il faut noter des motifs récurrents comme celui du banquet qui donne le cadre de l’ouverture du récit (Est 1,3.5.9) et de sa clôture (Est 8,17 ; 9,17-22), mais signale aussi chaque moment clé de l’intrigue : la disgrâce de la reine Vashti, le sort des Juifs, la disgrâce de Haman. Ce thème du banquet est décliné de multiples manières : banquet royal (Est 1,3 ; 2,18), soupers intimes (Est 5,4.8), et réjouissances populaires (Est 8,17 ; 9,17).
Le récit lui oppose aussi le motif du jeûne : Haman boit (Est 3,15) quand les Juifs (Est 4,3) et Esther (Est 4,16) jeûnent et prient.
La majeure partie du livre (Est 1,1-9,19) peut se diviser ainsi :
La fin du livre (Est 9,20-32) se présente comme une compilation de documents qui attestent l'authenticité de la fête des Purim dont l'institution est attribuée à Esther et à Mardochée. L’éloge de ce dernier forme la fin du livre dans le texte hébreu (Est 10).
La constitution de l'intrigue, la violence des exécutions et des projets sont au service du sens religieux du livre. L'histoire d'Esther et Mardochée est très proche de celle de Joseph ou de Daniel : des héros persécutés qui triomphent et reçoivent les honneurs pour sauver leur peuple. On peut noter que, comme pour l'histoire de Joseph, Dieu n'est pas nommé dans le livre d'Esther - mais c'est bien lui dont la providence conduit les événements. Les personnages mettent bien en lui leur confiance (cf. Est 4,13-17 qui donne la clé du livre). Les additions grecques mettent en évidence ce caractère profondément religieux, et, selon plusieurs commentateurs, modifient le sens et la portée du texte hébraïque.
Le cadre historique du livre est assez solide et précis : la ville de Suse, les us et coutumes perses sont décrits avec netteté, et la description d'Assuérus (Xerxès translittéré en hébreu) correspond à celle qu'en donne .
On comprend assez mal, cependant, le décret porté contre les Juifs, qui n'est pas en cohérence avec la tolérance des décisions achéménides. Pose encore plus de problèmes le massacre de soixante-quinze mille Perses sans réaction. Par ailleurs, selon la chronologie du livre, l'épouse de Xerxès est Amestris, sans place laissée à Vasthi ou Esther. La longévité de Mardochée laisse perplexe, car il s'écoule plus de 150 ans entre son exil sous Nabuchodonosor (Est 2,6) et le règne de Xerxès.
La forme finale du livre atteste l'existence de la version grecque en 114 (ou 78) av. J.-C., version reçue par les Juifs d'Égypte pour authentifier la fête des Purim (10,3l). Certains commentateurs insistent sur le fait que rien ne permet de savoir si le texte hébraïque, dans la version actuelle, est véritablement antérieur au texte grec.
2M 15,36 révèle qu'en Palestine, en 160 av. J.-C., les Juifs fêtaient un « jour de Mardochée », ce qui laisse supposer que le livre d'Esther, ou tout au moins son histoire, étaient alors connus.
La composition du livre pourrait dater du deuxième quart du 2e s. av. J.-C. De fait, le contexte de persécution évoque davantage le règne d’Antiochus IV Epiphane que la politique de tolérance des souverains Achéménides (Est 3,8). L’auteur écrivit probablement en Mésopotamie.
Il est difficile d'avancer avec certitude le lien entre le livre et la fête des Purim : Est 9,20-32, d'un style différent, est peut-être une addition. Les origines de la fête semblent floues et on lui a peut-être adjoint le livre ultérieurement (2M 15,36 n'appelle pas Purim le « jour de Mardochée ») comme justification historique.
Le livre hébreu d'Esther suscite toujours des débats parmi les rabbins au 1er s. ap. J.-C., mais son utilisation dans la liturgie révèle l'importance de ce livre pour les Juifs.
Les sections grecques d'Esther sont deutérocanoniques et partagent une histoire commune avec Tobie et Judith. Le livre est traditionnellement lu depuis longtemps par les chrétiens, sous sa forme grecque.
Le silence de (†ca. 180) et d’ (†373), les réticences assez nettes d' (4e s.) et de (†390), et le souci de de ne pas mêler les sections grecques au texte hébreu n'ont pas affecté la foi de l'Église en l'inspiration du livre en son entier, qui était d'ailleurs d'abord lu en grec.
Les Pères des premiers siècles n’ont pas fait de commentaire suivi du livre mais l’ont souvent cité dans une lecture de type allégorique :
Des commentaires du livre d'Esther apparaissent à partir du 9e s. :
Suivent les commentaires, entre autres, de :
Esther, tragédie de († 1699) avec des chœurs de († 1733), fut commandée à l’auteur par Mme de Maintenon et fut représentée pour la première fois à Saint-Cyr en 1689. En choisissant ce thème biblique qui illustre le thème de la Providence divine, peut à la fois y exprimer sa piété profonde : « tout respire ici Dieu, la paix, la vérité » et se faire discrètement l’apologiste de la tolérance religieuse quelques années après la révocation par Louis XIV de l’édit de Nantes (1685).
Cette tragédie sert de base à l’oratorio Esther (1732) de († 1759), considéré comme le premier oratorio anglais.
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ICI COMMENCE LE LIVRE D'ESTHER
Aux jours d’Assuérus, qui régnait depuis l’Inde et jusqu’à l’Éthiopie, sur cent vingt-sept provinces,
comme il siégeait sur son trône royal,
Suse était la capitale de son royaume,
la troisième année de son règne,
il donna un immense banquet pour tous ses princes
et pour ses serviteurs, les plus forts parmi les Perses et les Mèdes,
pour les grands et les gouverneurs des provinces, en sa présence,
pour montrer les richesses de la gloire de son règne,
la grandeur et l'étalage de sa puissance, pendant nombre de jours
c'est-à-dire pendant cent quatre-vingts jours.
Lorsque s'achevèrent les jours du banquet,
il invita toute la population que l'on put trouver à Suse,
du plus grand au plus petit,
et il ordonna qu'un banquet de sept jours soit préparé à l'entrée du jardin et du bois,
qui avait été planté par la main et les soins royaux.
De tous côtés avaient été dressées des tentes de couleur azur, lin et hyacinthe,
maintenues par des cordes de lin et de pourpre,
lesquelles étaient passées dans des anneaux d'ivoire et fixées à des colonnes de marbres.
Des divans d'or et d'argent étaient disposés sur un sol pavé d'émeraude et de marbre de Paros,
qu'ornaient des motifs merveilleusement bigarrés.
Les invités buvaient dans des coupes d'or,
et les plats étaient apportés dans des vaisselles toujours diverses ;
le vin aussi, comme il était digne de la magnificence royale,
était servi en abondance et de la meilleure qualité.
Et il n'y avait personne pour forcer à boire qui ne le voulait pas,
mais le roi avait décidé de faire présider les tables par un seul de ses princes,
pour que chacun se servît comme il voulait.
La reine Vasthi également offrit un banquet aux femmes
dans le palais où le roi Assuérus avait coutume de demeurer.
Aussi, le septième jour, comme le roi était assez gai,
et qu'il était échauffé par le vin pur, après des excès de boisson, il ordonna à Maüman, Bazatha, Arbona, Bagatha, Abgatha, Zéthar et Carcas,
les sept eunuques qui servaient à table, à la vue du roi Assuérus,
d'introduire la reine Vasthi devant le roi,
portant le diadème sur sa tête,
pour montrer aux peuples et aux grands sa beauté, car elle était parfaitement belle.
Mais elle refusa et reçut avec mépris l'ordre de venir que le roi lui avait transmis par ses eunuques.
Aussi, le roi, irrité et enflammé d'une excessive fureur,
interrogea-t-il les sages qui, selon l'usage royal, l'assistaient toujours,
car il faisait tout sur le conseil de ces savants des lois et du droit ancestral.
Or les premiers et les plus proches de lui étaient
Carséna, Séthar, Admatha, Tharsis, Marès, Marsana' et Mamucan
sept princes des Perses et des Mèdes, qui voyaient la face du roi
et qui siégeaient d'ordinaire les premiers après lui :
— À quelle sentence la reine Vasthi est-elle soumise,
pour avoir refusé d'exécuter l'ordre du roi Assuérus transmis par les eunuques ?
Mamucan répondit, devant le roi et les premiers de la cour :
— Ce n’est pas seulement le roi que la reine Vasthi a offensé, mais aussi tous les princes et les peuples
qui sont dans toutes les provinces du roi Assuérus.
Car le propos de la reine se répandra auprès de toutes les femmes, si bien qu'elles mépriseront leurs maris et diront :
— Le roi Assuérus a ordonné à la reine Vasthi de venir auprès de lui et elle n'a pas voulu.
À son exemple, toutes les épouses des chefs des Perses et des Mèdes feront peu de cas des ordres de leurs maris.
Aussi l'indignation du roi est-elle légitime.
Si cela t'agrée, qu'un décret sorte de devant ta face
et qu'il soit écrit, selon la loi des Perses et des Mèdes
qu'il n'est pas permis de transgresser,
que dorénavant Vasthi ne pourra plus jamais entrer auprès de toi,
mais qu'une autre, meilleure qu'elle, recevra sa dignité de reine.
Que soit diffusé dans tout l'empire (qui est si vaste) de tes provinces ce décret,
afin que toutes les femmes, celles des plus grands comme des plus petits, rendent honneur à leurs maris.
Son conseil agréa au roi et aux princes,
et le roi fit selon le conseil de Mamucan.
Et il envoya des lettres à toutes les provinces de son royaume,
dans des langues et des écritures diverses, selon ce que chaque nation pouvait entendre et lire,
[déclarant] que les hommes seraient les premiers et les plus puissants dans leurs maisons,
et que cet [édit] était divulgué parmi tous les peuples.
Les choses s'étant passées de la sorte, après que l'indignation du roi Assuérus eut cessé de bouillonner,
il se rappela Vasthi, ce qu’elle avait fait et ce qu'elle avait subi.
Les jeunes gens du roi et ses serviteurs dirent :
— Qu’on cherche pour le roi des jeunes filles vierges et jolies ;
qu'on envoie inspecter dans toutes les provinces les jeunes filles, belles et vierges,
qu'on les ramène à la ville de Suse, dans la maison des femmes
sous la garde d'Égé, l'eunuque
préposé et gardien des femmes royales ;
qu'elles reçoivent parures féminines et tout ce qui nécessaire à leur usage.
Et la jeune fille, quelle qu'elle soit entre toutes, qui aura plu aux yeux du roi, qu'elle règne à la place de Vasthi !
Leur propos plut au roi, et il ordonna qu'il fût fait ainsi qu'ils lui avaient suggéré.
Il y avait à Suse, la cité, un homme juif du nom de Mardochée
fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Quis, de la descendance de Jamin,
qui avait été déporté de Jérusalem
au temps où Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait déporté Jéconias, roi de Juda,
qui fut le [père] nourricier de la fille de son frère, Édésse,
qui était appelée aussi d'un autre nom : « Esther »,
et qui avait perdu ses deux parents ;
elle était belle à l'excès et d'une grâce majestueuse ;
et à la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'adopta pour sa fille.
Et comme l'ordre du roi s'était répandu partout,
que, suivant sa directive, on amenait un grand nombre de jolies vierges à Suse,
et qu'elles étaient confiées à l'eunuque Égé,
Esther aussi, parmi les autres jeunes filles, lui fut confiée
pour être gardée au nombre des femmes.
Or elle lui plut et trouva assez grâce à ses yeux, pour qu'il lui dépêchât au plus vite la parure féminine,
lui attribuât son rang
et les sept plus belles jeunes filles de la maison du roi ;
et se mît à les parer et honorer, elle-même aussi bien que ses suivantes...
Mais elle ne voulut faire connaître ni son peuple ni sa patrie,
car Mardochée lui avait recommandé de garder le silence à ce sujet.
Il se promenait chaque jour devant l'entrée de la demeure
où les vierges élues étaient gardées,
ayant souci du sort d'Esther et voulant savoir ce qui lui arriverait...
Or comme était venu le temps pour chacune des jeunes filles à son tour d'entrer auprès du roi
ayant fait tout ce qu'il fallait pour leur mise en beauté féminine,
le douzième mois se déroulait seulement ainsi :
pendant six mois on les enduisait d'huile de myrte,
et pendant les six autres elles usaient de fards et d'aromates,
puis, entrant auprès du roi, elles recevaient tout ce qu'elles avaient pu réclamer pour être élégantes ;
et apprêtées comme il leur avait plu, elles passaient de l'appartement des femmes à la chambre du roi ;
et celle qui était entrée le soir en ressortait le matin
et, de là, elle était conduite dans des résidences secondaires
qui étaient sous l'autorité de l'eunuque Sasagazi qui était préposé aux concubines du roi ;
et elle n'avait aucun pouvoir de revenir près du roi
à moins que le roi ne l'eût voulu et ne lui eût enjoint de venir nommément.
Or, au moment venu, suivant l'ordre, se tenait le jour
où Esther, fille d'Abiaïl, frère de Mardochée, qui l'avait adoptée pour sa fille,
devait pénétrer près du roi.
Et elle ne demanda pour toilette de femme
que ce que voulut Égé, l'eunuque, gardien des vierges :
cela lui fut donné comme ornement.
Elle était en effet tout à fait séduisante, et par son incroyable beauté paraissait aux yeux de tous gracieuse et aimable.
Elle fut donc conduite dans la chambre du roi Assuérus lors du dixième mois, qui est appelé « Tebeth », en la septième année de son règne.
Et le roi l'aima plus que toutes les femmes
et elle emporta grâce et miséricorde devant lui plus que toutes les femmes,
et il posa le diadème royal sur sa tête et la fit reine à la place de Vasthi.
Il ordonna que l'on préparât un banquet magnifique,
pour tous ses princes et ses esclaves, pour célébrer l'union et le mariage avec Esther,
il accorda un repos dans toutes les provinces
et fit des largesses selon une magnificence princière.
Et alors que des vierges étaient cherchées et rassemblées une seconde fois,
Mardochée demeurait à la porte du roi.
Et Esther n’avait pas encore révélé sa patrie et son peuple, suivant son commandement,
car tout ce que celui-ci lui prescrivait, Esther l'observait,
et elle agissait ainsi en tout, comme elle en avait pris l'habitude, au temps où, alors toute petite, il l'avait nourrie.
En ce temps-là, donc, où Mardochée s'attardait au seuil de la porte du roi,
Bagathan et Tharès, deux eunuques du roi qui étaient portiers
et avaient charge du premier seuil du palais, se mirent en colère,
ils voulurent se dresser contre le roi et le tuer.
Mais cela n'échappa pas à Mardochée, et il l'annonça aussitôt à la reine Esther, et celle-ci au roi, au nom de Mardochée qui lui avait rapporté la chose.
On fit une enquête et on fit la découverte ;
chacun d'eux fut pendu à la potence.
On commanda de le rapporter dans les histoires et les annales en présence du roi.
Après cela, le roi Assuérus éleva Aman, fils d’Amadath,
qui était de la descendance d'Agag,
et plaça son siège au-dessus de tous les princes qu'il avait [autour de lui].
Tous les esclaves du roi, qui demeuraient aux portes du palais,
fléchissaient le genou et adoraient Aman,
car telle était la règle qu'avait fixée l'empereur.
Seul Mardochée ne fléchissait pas le genou et ne l'adorait pas.
Les esclaves du roi, qui se tenaient à la porte du palais, lui dirent :
— Pourquoi n'observes-tu pas les commandements du roi, contrairement aux autres ?
Comme ils lui disaient cela assez souvent et que lui ne les voulait pas entendre,
ils en informèrent Aman, désireux de savoir s'il persévérerait dans sa résolution
car il leur avait dit qu’il était juif.
Lorsqu'Aman eut entendu et vérifié par lui-même que Mardochée ne fléchissait pas le genou et ne se prosternait pas devant lui,
Aman s'en irrita fort.
Mais il tenait pour rien de porter la main Mardochée seul,
car il avait appris qu'il était du peuple juif
et il voulut plutôt faire périr toute la nation des Juifs qui étaient dans le royaume d’Assuérus.
Au premier mois dont le nom est nisan,
dans la douzième année du règne d’Assuérus, on jeta le sort dans une urne, devant Aman
[pour savoir] en quel jour et en quel mois la nation des Juifs devrait être tuée,
et le douzième mois en sortit, qui est appelé adar
Et Aman dit au roi Assuérus :
— Il y a un peuple, dispersé par toutes les provinces de ton royaume,
et qui s'est séparé de lui-même,
pratiquant de nouvelles lois et de nouveaux rites,
et qui plus est, méprisant les décrets du roi,
et tu sais très bien qu'il n'est pas dans l'intérêt de ton royaume qu'il s'enorgueillisse à force de licence.
S'il te paraît bon, décrète qu'il périsse ;
de mon côté, je ferai peser dix mille talents aux contrôleurs de ton trésor.
Le roi ôta l'anneau dont il se servait de sa main et le remit à Aman, fils d’Amadath, de la descendance d'Agag, l'ennemi des Juifs.
Et il lui dit : — Que l'argent que tu promets soit à toi,
du peuple, fais ce qui te paraît bon.
Les scribes du roi furent convoqués au premier mois, le mois de nisan, le treizième jour du mois,
et, sur l'ordre d'Aman, des lettres furent écrites au nom du roi Assuérus et signées de son sceau, à tous les satrapes du royaume
et aux juges des diverses provinces et nations,
afin que chacune des nations puisse les lire et les comprendre malgré la variété de leurs langues.
Elles furent envoyées par les coursiers du roi dans toutes les provinces du roi,
pour tuer et détruire tous les Juifs, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, aux nourrissons et aux femmes,
en un seul jour, le treizième du douzième mois, qu'on appelle adar,
et pour piller leurs biens.
Ce fut l'essentiel de la lettre,
pour que toutes les provinces en aient connaissance et se préparent au jour fixé.
Les courriers partirent en toute hâte, qui étaient envoyés pour accomplir l'ordre du roi.
L’édit fut aussitôt affiché dans Suse, alors que le roi et Aman célébraient un banquet,
et que tous ceux qui étaient dans la ville pleuraient.
Lorsque Mardochée eut appris cela, il déchira ses vêtements,
et il se revêtit d'un sac, et répandit des cendres sur sa tête,
et sur la place au milieu de la ville, il alla crier d'une voix forte,
montrant l'amertume de son âme.
Et portant sa lamentation, il alla jusqu'aux portes du palais,
car il n'était pas permis de paraître, vêtu d'un sac, dans la cour du roi.
Dans toutes les provinces, de même, dans toutes les villes et dans tous les lieux où était parvenu le cruel décret du roi,
il y avait parmi les Juifs une immense douleur,
jeûne, hurlements et pleurs,
et beaucoup se servaient du sac et de la cendre comme lit.
Les servantes d’Esther et ses eunuques vinrent et le lui rapportèrent,
et en l'entendant, elle fut bouleversée,
et elle envoya des vêtements pour que, ayant ôté son sac, il en soit revêtu,
mais il ne voulu pas les recevoir.
Ayant fait venir Athac, l'eunuque que le roi lui avait donné comme serviteur,
elle le chargea d'aller voir Mardochée et d'apprendre de lui pourquoi il agissait ainsi.
Et Athac sortit et alla voir Mardochée, qui se tenait sur la place de la ville, devant la porte du palais.
Il lui indiqua tout ce qui était arrivé :
comment Aman avait promis
de porter de l'argent dans les trésors du roi, pour l'exécution des Juifs.
Et il lui donna une copie de l’édit affiché dans Suse,
pour qu’il la montrât à la reine et l'engageât à paraître devant le roi,
et pour qu'elle le suppliât en faveur de son peuple.
Et il lui manda,
c'était sans aucun doute Mardochée à Esther,
d'entrer chez le roi et de le prier pour son peuple et pour sa patrie.
De retour, Athac fit connaître à Esther tout ce que Mardochée lui avait dit.
Et elle lui répondit et lui ordonna de dire à Mardochée :
— Tous les serviteurs du roi et toutes les provinces qui sont sous son commandement savent
que quiconque, homme ou femme, qui sera entré sans invitation dans la cour intérieure du roi,
sera tué sur le champ, sans aucun délai,
à moins que d'aventure le roi ne tende vers lui son sceptre d'or, en signe de clémence,
et qu'ainsi il puisse vivre.
Comment pourrai-je donc paraître chez le roi,
moi qu'il n'a pas appelée à lui depuis trente jours ?
Lorsque Mardochée entendit cela,
il fit dire en retour à Esther :
— Ne crois pas que tu sauveras seule ton âme
parce que tu es dans la maison du roi, à la différence de tous les Juifs.
Car si tu gardes le silence maintenant, en une autre occasion les Juifs seront sauvés,
et toi et la maison de ton père, vous périrez.
Et qui sait si ce n'est pas pour cela que tu es parvenue à la royauté, pour qu'en un tel temps, tu sois prête [à agir] ?
Et Esther fit dire en retour ces mots à Mardochée :
— Va, rassemble tous les Juifs que tu trouveras à Suse, et priez pour moi :
ne mangez pas, ni ne buvez, pendant trois jours et trois nuits.
Et moi, avec mes petites servantes, de même je jeûnerai,
et alors j’entrerai chez le roi, faisant contre la loi, sans y être appelée
et me livrant à la mort et au péril.
Et Mardochée s'en alla,
et fit tout ce qu'Esther lui avait ordonné.
Et au troisième jour Esther se revêtit de ses vêtements royaux,
et elle se tint dans la cour de la maison du palais,
qui se trouvait à l'intérieur en face de la basilique du roi,
et celui-ci était assis sur le trône dans le consistoire du palais,
en face de l’entrée de la maison.
Lorsqu'il vit la reine Esther se tenant debout,
elle plut à ses yeux,
et il tendit vers elle le sceptre d'or qu'il tenait dans la main,
et celle-ci, en s'approchant, embrassa l'extrémité de son sceptre.
Et le roi lui dit :
— Que veux-tu,
reine Esther,
et quelle est ta demande ?
Même si tu demandes la moitié du royaume, elle te sera donnée.
Elle répondit :
— S'il plaît au roi, je le prie de venir chez moi aujourd'hui, et Aman avec lui, au banquet que j'ai fait préparer.
Et aussitôt le roi : — Appelez promptement Aman, dit-il, pour qu'il obéisse à la volonté d'Esther.
Aussi le roi et Aman se rendirent au banquet que la reine avait fait préparer pour eux.
Le roi lui dit, après avoir bu du vin en abondance :
— Que demandes-tu qu'il te soit donné, et pour quelle cause m'adresses-tu ta requête ?
Même si tu demandes la moitié de mon royaume, tu l'obtiendras.
Esther lui répondit :
— Voici ma demande et voici ma prière :
Si j’ai trouvé grâce aux yeux du roi
et si le roi trouve bon de m'accorder ce que je requiers et d’accomplir ma demande,
que le roi vienne avec Aman au banquet que j'ai fait préparer pour eux,
et demain je ferai connaître ma volonté au roi.
Aman sortit ce jour-là joyeux et allègre,
et lorsqu'il vit Mardochée assis devant les portes du palais,
et que non seulement il ne s'était pas levé pour lui, mais qu'il n'avait pas même bougé de l'endroit où il était assis,
il en fut très indigné.
Et dissimulant sa colère, une fois de retour chez lui,
il appela à lui ses amis et Zarès, son épouse.
Aman leur exposa l'étendue de ses richesses et le grand nombre de ses fils,
et toute la gloire à laquelle le roi l'avait élevé, au-dessus de tous ses princes et de tous ses esclaves.
Après cela, il dit :
— La reine Esther elle-même n'a invité à son banquet personne d'autre que moi, avec le roi,
et chez elle, demain encore, je déjeunerai avec le roi.
Mais bien que j'aie toutes ces [faveurs], je penserai que je n'ai rien,
aussi longtemps que je verrai Mardochée le Juif, assis devant les portes royales.
Zarès, son épouse, et tous ses amis lui répondirent :
— Ordonne que l'on prépare une poutre de bois élevée, d'une hauteur de cinquante coudées,
et dis demain au roi qu'on y pende Mardochée.
Et ainsi tu iras joyeux, au banquet avec le roi.
Le conseil lui plut et il ordonna que l'on préparât une croix élevée.
Le roi passa cette nuit sans trouver le sommeil,
et il ordonna que lui fussent apportées les histoires et les annales des temps passés.
On en fit lecture en sa présence.
On arriva à l'endroit où il était écrit
comment Mardochée avait fait connaître le complot de Bagathan et Tharès, les eunuques
qui voulaient égorger le roi Assuérus.
Quand il eut entendu cela, le roi dit :
— Quelle part d'honneur et de récompense est donc échue à Mardochée, pour cette fidélité ?
Ses esclaves et ministres lui dirent :
— Il n'a rien reçu pour salaire.
Et le roi dit aussitôt : — Qui est dans la cour ?
C'était Aman qui était entré à l'intérieur, dans la cour de la maison du roi,
pour suggérer au roi qu'il ordonne de faire pendre Mardochée au bois qui avait été préparé pour lui.
Les esclaves répondirent : — Aman est dans la cour.
Et le roi dit : — Qu’il entre.
Et lorsqu'il fut entré, il lui dit :
— Que faut-il faire à l'homme que le roi veut honorer ?
Réfléchissant en son cœur, et pensant que le roi ne voulait honorer personne d'autre que lui,
Aman répondit :
— L’homme que le roi veut honorer
doit être revêtu des vêtements du roi,
monté sur un cheval de selle qui appartient au roi,
et recevoir le diadème du roi sur sa tête.
Que le premier des princes et des tyrans du roi tienne son cheval,
et, marchant sur la place de la ville, qu'il proclame et qu'il dise :
— Ainsi sera-t-il honoré l'homme que le roi aura voulu honorer.
Le roi lui dit : — Hâte-toi, prends la robe et le cheval,
et fais comme tu as dit pour Mardochée le Juif, qui est assis à la porte du palais.
Prends bien garde à ne rien omettre de ce que tu as dit.
Ainsi, Aman prit la robe et le cheval,
et il précédait Mardochée, vêtu et monté à cheval sur la place de la ville, et il proclamait :
— Il est parfaitement digne de cet honneur, l'homme que le roi aura voulu honorer.
Mardochée retourna à l'entrée du palais
et Aman se rendit chez lui en hâte, en pleurant, la tête couverte.
Et il raconta à Zarès, son épouse, et à ses amis tout ce qui lui était arrivé,
et les sages qu'il avait dans son conseil et son épouse lui répondirent :
— Si Mardochée, devant lequel tu as commencé de tomber, est de la semence des Juifs,
tu ne pourras pas lui résister, mais tu tomberas sous ses yeux.
Ils parlaient encore avec lui
quand les eunuques du roi arrivèrent, et le pressèrent de se rendre aussitôt au banquet qu’avait fait préparer la reine.
Le roi parut donc avec Aman, pour boire avec la reine.
Et le roi lui dit encore en ce second jour, après s'être échauffé dans le vin :
— Que demandes-tu Esther, qu'il te soit donné ?
Et que veux-tu qu'il soit fait ?
Même si tu demandes la moitié de mon royaume, tu l'obtiendras.
Et elle lui répondit :
— Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi, et si cela te plaît,
accorde-moi la vie, c'est ce que je demande
et mon peuple, c'est ce pour quoi je te prie.
Car nous avons été livrés, moi et mon peuple, pour être écrasés, égorgés, et périr.
Et plût au ciel que nous fussions vendus comme esclaves et comme servantes,
ce serait encore un mal supportable et je gémirais en silence,
mais maintenant, nous avons un ennemi dont la cruauté déborde sur le roi.
En réponse, le roi Assuérus lui dit :
— Qui est celui-là ? et quel est son pouvoir, pour qu'il ose agir ainsi ?
Esther dit :
— Notre ennemi et adversaire, c'est ce misérable Aman !
Entendant cela, aussitôt celui-ci se figea de stupeur,
ne pouvant soutenir le regard du roi et de la reine.
Le roi, en colère, se leva,
et quittant le lieu du banquet, il entra dans le jardin planté d'arbres.
Aman se leva aussi, pour demander à la reine Esther [de sauver] sa vie,
comprenant qu'auprès du roi, son malheur était décidé.
Lorsque le roi fut revenu du jardin planté de forêts et qu'il fut entré dans le lieu du banquet,
il trouva Aman effondré sur le lit où Esther était étendue, et dit :
— Et il veut encore faire violence à la reine, en ma présence et dans ma maison !
À peine cette parole était-elle sortie de la bouche du roi,
qu'aussitôt on couvrit le visage d'Aman.
Arbona, l’un des eunuques qui étaient au service du roi, dit :
— Voici le bois qu'il avait préparé pour Mardochée, qui a parlé pour [le bien] du roi,
il se dresse dans la maison d’Aman, à une hauteur de cinquante coudées.
Le roi lui dit : — Pendez-y-le !
Et Aman fut pendu au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée,
et la colère du roi s’apaisa.
Ce jour-là, le roi Assuérus donna à la reine Esther la maison d’Aman, l'ennemi des Juifs,
et Mardochée vint devant le roi
car Esther lui avait révélé qu'il était son oncle.
Le roi ôta l'anneau qu’il avait fait reprendre à Aman,
et le confia à Mardochée
et Esther établit Mardochée à la tête de sa propre maison.
Et comme elle n'était pas satisfaite, elle tomba aux pieds du roi,
elle pleura et lui parla, en le priant qu'il ordonne
de faire disparaître la méchanceté d'Aman l'Agagite
et des misérables machinations qu'il avait conçues contre les Juifs.
Et lui, selon la coutume, tendit de sa main le sceptre d'or
par lequel sera montré le signe de sa clémence,
et se relevant, elle se tint debout devant lui,
et dit :
— S'il plaît au roi, et si j'ai trouvé grâce devant ses yeux,
si ma supplication ne lui paraît pas contraire,
je t'implore pour que les anciennes lettres d'Aman, traître et ennemi des Juifs,
par lesquelles il avait prescrit qu'ils périssent, dans toutes les provinces du roi, soient corrigées par de nouvelles lettres.
Car comment pourrais-je supporter la mise à mort et le meurtre de mon peuple ?
Le roi Assuérus répondit à la reine Esther et au Juif Mardochée : — La maison d'Aman, j’ai l'ai donné à Esther et j'ai ordonné que lui-même fût attaché à la croix, pour avoir porté la main contre les Juifs.
Écrivez donc aux Juifs comme il vous plaira, au nom du roi,
en scellant la lettre avec mon anneau.
Car l'usage était que les missives, qui étaient envoyées au nom du roi, et scellées de son anneau,
personne n'osait s'y opposer.
Et les scribes et les copistes du roi ayant été appelés,
c'était alors le temps du troisième mois, qui est appelé « sivan»,
le vingt-troisième jour de ce mois, les lettres furent écrites,
selon ce qu’avait voulu Mardochée, aux Juifs et aux princes, aux procurateurs et aux juges
qui dirigeaient les cent vingt-sept provinces, de l’Inde jusqu'à l'Éthiopie,
à une province et à l'autre, à un peuple et à l'autre, selon sa langue et son écriture, et aux Juifs, afin qu'ils puissent les lire et les entendre.
Ces mêmes missives qui étaient envoyées au nom du roi furent scellées de son anneau,
et envoyées par les courriers de l'État qui, parcourant toutes les provinces, devancèrent les anciennes lettres par de nouvelles dépêches.
Le roi y enjoignit qu'on aille trouver les Juifs par toutes les villes,
et qu'on leur ordonne de se rassembler en un seul [corps], pour qu'ils défendent leur vie,
et qu'ils tuent et détruisent tous leurs ennemis, avec leurs femmes, leurs enfants et toutes leurs maisons,
et il fut établi, à travers toutes les provinces, un même jour de vengeance,
c'est-à-dire le treizième du douzième mois, adar.
On fit un résumé de la lettre, pour que dans toutes les terres et dans tous les peuples qui se trouvaient sous l'autorité d'Assuérus, on sache
que les Juifs se préparaient à tirer vengeance de leurs ennemis.
Les courriers rapides partirent, apportant les dépêches,
et l'édit du roi fut affiché à Suse.
Or Mardochée, sortant du palais et de devant le roi, resplendissait des vêtements royaux,
d'hyacinthe et d'air,
portant sur sa tête une couronne d'or,
et vêtu d'un manteau de soie et de pourpre,
et toute la ville exultait et était en joie.
Et pour les Juifs, une nouvelle lumière sembla se lever, joie, honneur et liesse.
Chez tous les peuples, villes et provinces, où les ordres du roi parvenaient,
joie prodigieuse, festins, banquets et jours de fête,
à tel point que nombre de gens d'autres nations et coutumes se joignirent à leur religion et à leurs rites,
car le nom juif les remplissait tous d'une grande terreur.
Anisi le douxième mois qu'on appelle adar, nous l'avons déjà dit,
le treizième jour, alors que se préparait le meutre de tous les Juifs,
et que leurs ennemis étaient avides de sang,
les Juifs, au contraire, commencèrent à être plus forts,
et à triompher de leurs adversaires.
Ils se rassemblèrent dans chaque ville, place forte et lieu,
pour porter la main sur leurs ennemis et persécuteurs,
et nul n'osa leur résister, car la crainte de leur grandeur avait pénétré tous les peuples.
Même les juges des provinces, les chefs et les procurateurs,
toute dignité qui était à la tête de lieux et de charges, élevaient les Juifs,
par crainte de Mardochée.
Ils savaient qu'il était prince du palais, et avait beaucoup de pouvoir,
et le bruit de son nom aussi croissait de jour en jour,
et il volait sur toutes les bouches.
Ainsi les Juifs frappèrent leurs ennemis d'un grand coup et les tuèrent,
leur rendant ce qu'ils s'étaient préparés à leur faire,
au point que même à Suse, ils tuèrent cinq cent hommes,
en plus de dix des fils d'Aman, l'Agagite, l'ennemi des Juifs, dont voici les noms :
Pharsandatha, Delphon, Phermestha
Phorata, Adalia, Aridatha
Éphermesta, Arisaï, Aridaï et Vaïzatha
et lorsqu'ils les eurent tués, ils ne voulurent pas prendre de butin sur leurs biens.
Et aussitôt, le nombre de ceux qui avaient été tués dans Suse, la capitale, fut rapporté au roi.
Et celui-ci dit à la reine : — Dans la ville de Suse, les Juifs ont tué cinq cent hommes
outre les dix fils d'Aman.
Quelle grandeur penses-tu qu'atteigne leur massacre, dans toutes les provinces ?
Que demandes-tu encore, et que veux-tu que j'ordonne de faire ?
Elle répondit :
— S'il plaît au roi, qu'on donne pouvoir aux Juifs de faire encore demain ce qu'ils ont fait aujourd'hui à Suse,
et qu'on pende au gibet les dix fils d'Aman.
Le roi ordonna de faire ainsi :
un décret fut aussitôt affiché dans Suse,
et les dix fils d'Aman furent pendus.
Et les Juifs s'étant rassemblés, le quatorzième jour du mois d’Adar,
on tua dans Suse trois cents hommes,
mais leurs biens ne furent pas pillés par eux.
Mais à travers toutes les provinces qui étaient soumises à la juridiction du roi,
les Juifs se tinrent droits pour défendre leur vie, tandis que leurs ennemis et leurs persécuteurs étaient tués,
dans une quantité telle que soixante-quinze mille morts furent comptés,
sans que nul ne touchât rien de leurs biens.
Le treizième jour du mois d'adar
fut pour tous le premier de l'extermination,
et le quatorzième jour ils cessèrent le massacre.
Ils en firent une fête solennelle,
en sorte qu'ils passaient tout ce temps, ensuite, en festins, joie et banquets.
Et ceux qui avaient perpétré le massacre dans la ville de Suse
s'appliquèrent au massacre le treizième et le quatorzième jours de ce même mois,
mais le quinzième jour, ils cessèrent de frapper,
et ils firent de ce même jour un jour sacré, de festins et de joie.
Mais les Juifs qui demeuraient dans des villages sans remparts et dans des maisons à la campagne
fixèrent le quatorzième jour du mois d'adar comme jour de banquets et de joie,
si bien qu'ils exultent en ce jour et s'envoient les uns aux autres des parts de festin et de nourriture.
Et ainsi, Mardochée écrivit tout cela, et après en avoir fait une lettre, il l'envoya à tous les Juifs
qui demeuraient dans toutes les provinces du roi,
à ceux qui étaient près comme à ceux qui étaient loin
afin qu'ils se donnent le quatorzième et le quinzième jours du mois d'adar pour fêtes,
et qu'à chaque nouvelle année, ils les célèbrent par des honneurs solennels,
parce qu'en ces jours-mêmes, les Juifs se vengèrent de leurs ennemis,
que le deuil et la tristesse se sont changés en gaieté et en réjouissance,
pour que ceux-ci fussent des jours de festin et de joie,
et qu'ils s'envoyassent les uns aux autres des parts des nourritures, et que de petits présents fussent donnés aux pauvres.
Les Juifs se donnèrent en rite solennel
tout ce qu’ils avaient en ce temps commencé de faire,
et ce que Mardochée avait commandé de faire dans ses lettres.
Car Aman, fils d'Amadath, de la souche d'Agag, ennemi et adversaire des Juifs,
avait médité le mal contre eux pour les tuer et les détruire,
et il avait jeté « phur », que l'on traduit dans notre langue par « sort ».
Puis Esther entra chez le roi,
suppliant que ses entreprises fussent empêchées par les lettres du roi,
et que le mal qu'il avait médité contre les Juifs, revînt sur sa tête.
Et enfin, ils l'attachèrent sur une croix lui et ses fils.
Et depuis ce temps-là, ces jours sont appelés Purim, c'est-à-dire, jours des Sorts
parce que le phur, c'est-à-dire le sort, avait été jeté dans l'urne
et tout ce qui s'est passé est conservé dans le rouleau d'une lettre, c'est-à-dire de ce livre.
Ils l'acceptèrent, et cela devint ensuite immuable.
Les Juifs se prescrivirent, pour eux et pour leur semence,
et pour tous ceux qui voudraient s'attacher à leur religion
de ne permettre à personne de passer ces deux jours sans la fête solennelle
que l'Écriture atteste, et que demandent les temps fixés
pour les années qui se suivent à l'infini.
Ce sont là des jours que jamais aucun oubli ne détruira,
et qu'à chaque génération célébreront toutes les provinces, sur toute la terre,
et il n'y a pas une seule ville où les jours des Purim, c'est-à-dire : « des Sorts », ne soient pas observés des Juifs
et de leur descendance, qui est liée par ces rites.
Et la reine Esther, fille d'Abiaïl, et le juif Mardochée écrivirent encore une seconde missive
pour qu'avec un entier dévouement, ce jour fût, à l'avenir, consacré par des fêtes solennelles.
Ils l'envoyèrent à tous les Juifs qui vivaient dans les cent vingt-sept provinces du roi Assuérus,
pour qu'ils aient la paix et reçoivent la vérité
en observant les jours des Sorts, et pour qu'ils les célèbrent avec joie, en leur temps,
comme l'avaient établi Mardochée et Esther,
et comme ils leur avaient prescrit, à eux et à leur semence,
d'observer les jeûnes, les cris, et les jours des Sorts,
Et toutes les choses qui sont contenues dans l’histoire de ce livre qui est appelé « Esther ».
Le roi Assuérus établit des tributs sur la terre entière et sur toutes les îles de la mer,
lui dont la puissance et le pouvoir et la dignité et la sublimité auxquelles il éleva Mardochée
sont écrits dans les livres des Mèdes et des Perses,
ainsi que la manière dont Mardochée devint second après le roi Assuérus
et grand parmi les Juifs, aimé de la multitude de ses frères
recherchant le bien de son peuple
et parlant pour le bonheur de sa semence.
J'AI TRADUIT FIDÈLEMENT CE QUI SE TROUVE DANS LE TEXTE HÉBREU. MAIS CE QUI SUIT, JE L'AI TROUVÉ ÉCRIT DANS L'ÉDITION COURANTE, OÙ IL EST CONTENU EN LANGUE GRECQUE ET EN CARACTÈRES GRECS. CEPENDANT IL Y AVAIT, APRÈS LA FIN DU LIVRE, LE CHAPITRE QUI SUIT, QUE NOUS AVONS MARQUÉ SELON NOTRE COUTUME D'UN OBÈLE, C'EST-A-DIRE D'UNE PETITE BROCHE.
÷ Alors Mardochée dit : — C’est Dieu qui a fait toutes ces choses !
÷ Je me souviens en effet du songe que j’ai eu à ce sujet
÷ rien de tout cela n’est resté sans accomplissement :
÷ la petite source qui devint un fleuve,
÷ et la lumière qui se fit, et le soleil et la masse d’eau.
÷ Le fleuve, c’est Esther, que le roi a prise pour femme et qu’il a faite reine.
÷ Les deux dragons, c’est moi et Aman.
÷ Les peuples qui s’étaient réunis, ce sont ceux qui s'efforcèrent de détruire le nom des Juifs
÷ et mon peuple, c’est Israël qui a crié vers Dieu et le Seigneur sauva son peuple
÷ et nous délivrera de tous nos malheurs ;
÷ il a fait de grands signes et des prodiges parmi les nations
÷ et il a préparé deux sorts :
÷ l'un pour le peuple de Dieu et l'autre pour toutes les nations.
÷ Chacun des deux sorts est arrivé, au jour marqué devant Dieu depuis ce temps-là, pour l'ensemble des peuples
÷ et le Seigneur s’est souvenu de son peuple, il a fait miséricorde à son héritage !
÷ Et l'on observera ces jours au mois d’adar, le quatorzième et le quinzième jour de ce même mois,
÷ rassemblés avec beaucoup de zèle et de joie en un unique concours de peuple
÷ pour toutes les générations à venir du peuple d'Israël !
11.1 ÷ La quatrième année du règne de Ptolémée et de Cléopâtre, Dosithée, qui se disait prêtre et de la race de Lévi, ainsi que Ptolémée son fils, apporta cette lettre des Phurim, qu’ils dirent être authentique et avoir été traduite par Lysimaque fils de Ptolémée, résidant à Jérusalem.
CE QUI SUIT ÉTAIT LE COMMENCEMENT DE L'ÉDITION COURANTE MAIS NE SE TROUVE NI DANS L'HÉBREU NI CHEZ AUCUN INTERPRÈTE
11.2. ÷ La deuxième année du règne d'Artaxerxès le Grand, le premier jour du mois de Nisan, Mardochée, fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Quis, de la tribu de Benjamin vit en songe
11.3. ÷ un Juif qui habitait la ville de Suse, grand homme, et parmi les premiers de la cour du roi.
11.4. ÷ Il était du nombre des captifs que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait emmenés de Jérusalem avec Jéconias, roi de Juda ;
11.5. ÷ et voici quel fut son songe : des voix, des tumultes, des tonnerres, des tremblements de terre et des perturbations se répandirent sur la terre.
11.6. ÷ Voici deux grands dragons prêts à se battre l'un contre l'autre,
11.7. ÷ et à leur clameur, toutes les nations s'excitèrent pour combattre la race des justes.
11.8. ÷ Et ce fut un jour de ténèbres et de séparation, de tribulation et de détresse, et de crainte sur la terre.
11.9. ÷ Et la race des justes était troublée par la peur de ses propres maux, et se préparait à la mort.
11.10. ÷ Ils clamèrent à Dieu, et comme ils criaient, une petite fontaine devint un très grand fleuve, et déborda en de nombreuses eaux.
11.11. ÷ La lumière et le soleil se levèrent, et les humbles furent exaltés, et ils dévorèrent les glorieux.
11.12. ÷ Lorsque Mardochée eut vu cela, et qu'il se leva de sa couche, il pensa à ce que Dieu ferait, et il le fixa dans son âme, désireux de savoir ce que ce songe devait signifier.
12.1 ÷ En ce temps-là, il demeurait à la cour du roi avec Gabatha et Thara, eunuques du roi, qui étaient portiers du palais.
12.2 ÷ Et comme il comprenait leurs desseins, et qu'il avait diligemment examiné leurs projets, il apprit qu'ils se préparaient à porter la main sur le roi Artaxerxès, et il en fit part au roi
12.3 ÷ qui les fit interroger tous les deux, et après qu'ils eurent confessé, il ordonna qu'ils soient mis à mort.
12.4 ÷ Le roi dressa un procès-verbal de ce qui s'était passé, et Mardochée mit aussi la mémoire de la chose par écrit.
12.5 ÷ Le roi lui ordonna de demeurer dans la cour du palais, et lui donna des présents pour cette information.
12.6 ÷ Mais Aman, fils d'Amadath le Bugite, était en grand honneur auprès du roi, et voulait nuire à Mardochée et à son peuple, à cause des deux eunuques du roi qui avaient été exécutés.
JUSQU'ICI L'AVANT-PROPOS
CE QUI SUIT AVAIT ÉTÉ MIS À L'ENDROIT DU ROULEAU OÙ IL EST ÉCRIT Et ils pillèrent leurs biens OU leurs richesses CE QUE NOUS AVONS TROUVÉ DANS LA SEULE ÉDITION COURANTE
13.1 ÷ Et voici un exemplaire de la lettre : Artaxerxès, grand roi qui règne de l'Inde à l'Éthiopie, aux princes et aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces qui sont soumises à son empire, salut.
13.2 ÷ Alors que je régnais sur de nombreuses nations et que j'avais placé le monde entier sous ma domination, je n'ai pas voulu abuser de la grandeur de mon pouvoir, mais j'ai gouverné mes sujets avec clémence et indulgence, afin qu'ils puissent vivre dans le repos, sans aucune terreur, et jouir de la paix, qui est désirée par tous les hommes.
13.3 ÷ Mais lorsque j'interrogeai mes conseillers sur la manière d'y parvenir, l'un d'eux, qui surpassait les autres en sagesse et en fidélité, et qui était le second après le roi, du nom d'Aman,
13.4 ÷ m'indiqua qu'il y avait un peuple dispersé dans le monde entier, qui usait de lois nouvelles, agissait contre les coutumes de toutes les nations, méprisait les commandements du roi, et violait par son opposition la concorde de toutes les nations.
13.5 ÷ C'est pourquoi, ayant appris cela, et voyant une nation se révolte contre tout le genre humain en usant de lois perverses, en allant contre nos commandements, et en troublant la paix et la concorde des provinces qui nous sont soumises,
13.6 ÷ nous avons ordonné que tous ceux qu'Aman, qui est chef de toutes les provinces, qui est second après le roi, et que nous honorons comme un père, aura désignés, soient exterminés par leurs ennemis, avec leurs femmes et leurs enfants, et que personne n'ait pitié d'eux, le quatorzième jour d'adar, du douzième mois de cette année, sans que personne en ait compassion ;
13.7 ÷ pour que ces néfastes hommes, descendant en enfer en un jour, puissent rendre à notre empire la paix qu'ils avaient troublée.
JUSQU'ICI L'EXEMPLAIRE DE LA LETTRE
CE QUI SUIT JE L'AI TROUVÉ ÉCRIT APRÈS L'ENDROIT OÙ SE LIT et Mardochée, s'en allant, fit tout ce que lui avait mandé Esther TOUTEFOIS CELA NE SE TROUVE NI DANS L'HÉBREU NI CHEZ AUCUN INTERPRÈTE
13.8. ÷ Mais Mardochée implora le Seigneur, se souvenant de toutes ses œuvres,
13.9 ÷ et dit : — Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont en ton pouvoir, et nul ne peut résister à ta volonté, si tu décides de sauver Israël.
13.10 ÷ Tu as fait le ciel et la terre, et tout ce qui est sous la voûte céleste.
13.11 ÷ Tu es le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister à ta majesté.
13.12 ÷ Tu connais tout, et tu sais que ce n'est ni par orgueil, ni par mépris, ni par désir de gloire, que j'ai refusé d'adorer l'orgueilleux Aman,
13.13 ÷ (car j'aurais volontiers, pour le salut d'Israël, embrassé les traces de ses pieds),
13.14 ÷ mais j'ai craint de transférer l'honneur de mon Dieu à un homme, et d'adorer quelqu'un d'autre que mon Dieu.
13.15 ÷ Maintenant donc, Seigneur, roi, Dieu d'Abraham, aie pitié de ton peuple, car nos ennemis veulent nous détruire et anéantir ton héritage.
13.16 ÷ Ne méprise pas ta part, que tu as rachetée d'Égypte pour toi.
13.17 ÷ Exauce ma supplication, et sois propice envers ton lot et ton héritage, et change notre deuil en joie, pour que, de notre vivant, nous louions ton nom, Seigneur, et ne ferme pas la bouche de ceux qui te louent.
13.18 ÷ Et tout Israël, dans un même esprit et une même supplication, cria au Seigneur, parce qu'une mort certaine les menaçait.
14.1 ÷ La reine Esther eut aussi recours au Seigneur, craignant le danger qui se présentait ;
14.2 ÷ et après avoir déposé ses vêtements royaux, elle revêtit des habits de pleurs et de deuil ; au lieu de divers onguents précieux, elle se couvrit la tête de cendres et de fumier, et elle humilia son corps par des jeûnes ; et tous les endroits où elle avait l'habitude de se réjouir auparavant, elle les remplit de ses cheveux arrachés.
14.3 ÷ Et elle suppliait le Seigneur, Dieu d'Israël, disant : — Mon Seigneur, qui seul es notre roi, aide-moi, moi qui suis abandonnée, et qui n'ai d'autre secours que toi.
14.4 ÷ Mon danger est dans mes mains.
14.5 ÷ J'ai appris de mon père que toi, Seigneur, tu as pris Israël d'entre toutes les nations, et nos pères d’entre tous leurs ancêtres, pour les posséder comme un héritage éternel, et tu leur as fait ce que tu avais promis.
14.6 ÷ Nous avons péché sous tes yeux, et c'est pourquoi tu nous as livrés entre les mains de nos ennemis ;
14.7 ÷ car nous avons honoré leurs dieux. Tu es juste, Seigneur.
14.8 ÷ Et maintenant ils ne se contentent pas de nous opprimer par une servitude des plus dures, mais attribuant la force de leurs mains à la puissance de leurs idoles,
14.9 ÷ ils veulent changer tes promesses, détruire ton héritage, fermer la bouche de ceux qui te louent, et éteindre la gloire de ton temple et de ton autel,
14.10 ÷ pour ouvrir la bouche des nations, pour louer la force des idoles, et pour glorifier à jamais un roi charnel.
14.11 ÷ Ne donne pas, Seigneur, ton sceptre à ceux qui ne sont rien, de peur qu'ils ne rient de notre ruine ; mais retourne leur conseil contre eux-mêmes, et détruis celui qui a commencé à se déchaîner contre nous.
14.12 ÷ Souviens-toi, Seigneur, et montre-toi à nous au temps de notre tribulation, et donne-moi la confiance, Seigneur, roi des dieux et de toute puissance :
14.13 ÷ mets dans ma bouche des paroles habiles en présence du lion, et dirige son cœur vers la haine de notre ennemi, pour que lui-même périsse, et tous les autres qui consentent à lui.
14.14 ÷ Mais délivre-nous par ta main, et aide-moi, moi qui n'ai pas d'autre secours que toi, Seigneur, qui as la connaissance de toutes choses.
14.15 ÷ et tu sais que je hais la gloire des impies, et que je déteste la couche des incirconcis et de tout étranger.
14.16 ÷ Tu connais ma nécessité : j'abhorre le signe de mon orgueil et de ma gloire, qui est sur ma tête aux jours de mon ostentation, et je le déteste comme un haillon menstruel, et je ne le porte pas aux jours de mon silence ;
14.17 ÷ et que je n'ai pas mangé à la table d'Aman, ni n’ai pris plaisir au banquet du roi, et je n'ai pas bu le vin des libations,
14.18 ÷ et que ta servante ne s'est jamais réjouie, depuis que j'ai été amenée ici jusqu'à ce jour, qu'en toi, Seigneur, Dieu d'Abraham.
14.19 ÷ Dieu, puissant entre tous, exauce la voix de ceux qui n'ont pas d'autre espoir, délivre-nous de la main des méchants, et délivre-moi de ma crainte.
CECI AUSSI, JE L'AI TROUVÉ AJOUTÉ DANS L'ÉDITION COURANTE
15.1 ÷ Et il lui commanda (sans doute, c'était Mardochée à Esther) d'aller auprès du roi, et de prier pour son peuple et pour sa patrie.
15.2 ÷ — Rappelle-toi, dit-il, les jours de ton humiliation, comment tu as été nourrie par ma main, parce qu'Aman, le second après le roi, a parlé contre nous jusqu'à la mort.
15.3 ÷ Invoque le Seigneur, parle pour nous au roi, et délivre-nous de la mort.
ET CELA AUSSI, QUI ÉTAIT PLACÉ AU-DESSOUS
15.4 ÷ Et le troisième jour, elle déposa les vêtements qu'elle portait, et s'entoura de sa gloire.
15.5 ÷ Et comme elle resplendissait dans ses habits royaux, après avoir invoqué Dieu, le guide et le sauveur de tous, elle prit avec elle deux servantes ;
15.6 ÷ et elle s'appuyait sur l'une d'elles, comme si, par délicatesse et par excès de tendresse, elle ne pouvait supporter son propre corps.
15.7 ÷ Et l'autre servante suivait sa maîtresse, portant sa traîne qui traînait par terre.
15.8 ÷ Elle cependant, avec son visage rose et ses yeux gracieux et brillants, cachait une âme pleine d'angoisse et une très grande crainte.
15.9 ÷ Elle entra, franchit toutes les portes en bon ordre, et se présenta devant le roi, assis sur son trône royal, couvert de ses vêtements royaux, étincelant d'or et de pierres précieuses, et terrible à voir.
15.10 ÷ Et quand il eut relevé son visage, et que de ses yeux brûlants il eut manifesté la colère de son cœur, la reine s'affaissa, son teint devint pâle, et elle reposa sa tête fatiguée sur sa servante.
15.11 ÷ Et Dieu changea l'esprit du roi en douceur, et tout en hâte et avec crainte, il sauta de son trône, et la tenant dans ses bras, jusqu'à ce qu'elle revienne à elle, il la caressa avec ces mots :
15.12 ÷ — Qu'y a-t-il, Esther ? Moi, je suis ton frère, ne crains rien.
15.13 ÷ Tu ne mourras pas, car cette loi n'est pas faite pour toi, mais pour tous les autres.
15.14 ÷ Approche donc, et touche le sceptre.
15.15 ÷ Et comme elle se taisait, il prit le sceptre d'or, le posa sur son cou, l'embrassa et dit : — Pourquoi ne me parles-tu pas ?
15.16 ÷ Elle répondit : — Je t'ai vu, mon seigneur, comme un ange de Dieu, et mon cœur a été troublé par la crainte de ta gloire
15.17 ÷ car toi, seigneur, tu es très admirable, et ton visage est plein de grâces !
15.18 ÷ Et comme elle parlait, elle tomba de nouveau, et fut presque évanouie.
15.19 ÷ Mais le roi fut troublé, et tous ses serviteurs la consolèrent.
EXEMPLAIRE DE LA LETTRE QUE LE ROI ARTAXERXÈS ENVOYA EN FAVEUR DES JUDÉENS À TOUTES LES PROVINCES DE SON ROYAUME, LEQUEL NE SE TROUVE PAS NON PLUS DANS LE ROULEAU EN HÉBREU
16.1 ÷ Le grand roi Artaxerxès, de l'Inde à l'Éthiopie, envoie ses salutations aux gouverneurs et aux princes de cent vingt-sept provinces qui obéissent à nos ordres.
16.2 ÷ Plusieurs ont abusé jusqu'à l'orgueil de la bonté des princes, et de l'honneur qui leur a été rendu ;
16.3 ÷ et non seulement s'efforcent-ils d'opprimer les sujets du roi, mais, ne supportant pas la gloire qui leur est donnée, ils tendent des pièges à ceux mêmes qui le leur ont accordée.
16.4 ÷ Ils ne se contentent pas de ne pas rendre grâce pour les bienfaits, et de violer en eux-mêmes les lois de l'humanité, mais ils pensent aussi pouvoir échapper à la justice de Dieu qui voit tout.
16.5 ÷ Et ils entrent dans une folie si grande qu'ils s'efforcent de miner par des mensonges ceux qui observent avec soin les fonctions qui leur sont confiées, et font toutes choses de manière à être dignes de la louange de tous les hommes,
16.6 ÷ tandis que, par une fraude astucieuse, ils trompent l'oreille des princes bien intentionnés, et jugent les autres d'après leur propre nature.
16.7 ÷ C'est ce que prouvent les récits anciens et les faits quotidiens, comment les bons desseins des rois sont corrompus par les mauvaises suggestions de certains hommes.
16.8 ÷ C'est pourquoi nous devons veiller à la paix de toutes les provinces.
16.9 ÷ Ne croyez pas non plus que, si nous ordonnons des choses différentes, ce soit par légèreté de notre âme, mais que nous prononçons des sentences selon la qualité et la nécessité des temps, comme l'exige le bien de la communauté.
16.10 ÷ Pour que vous compreniez mieux ce que nous disons, Aman, fils d'Amadath, Macédonien d'esprit et de pays, n'ayant rien du sang perse, mais dont la cruauté entache notre bonté, a été reçu par nous comme un étranger ;
16.11 ÷ et nous avons trouvé notre humanité si grande à son égard, qu'il a été appelé notre père, et que tous l'ont adoré comme le prochain homme après le roi :
16.12 ÷ Mais il s'est tellement enflé d'arrogance, qu'il a voulu nous priver de notre royaume et de notre vie.
16.13 ÷ Car, par des machinations nouvelles et inouïes, il a cherché à faire disparaître Mardochée, par la fidélité et les bons services duquel notre vie a été sauvée, et Esther, la compagne de notre royaume, avec toute leur nation
16.14 ÷ pensant qu'une fois qu'ils auraient été tués, il nous aurait tendu un piège dans notre solitude, et qu'il aurait transféré le royaume des Perses aux Macédoniens.
16.15 ÷ Mais nous avons constaté que les Judéens, qui ont été désignés pour être tués par le plus méchant des hommes, ne sont nullement coupables, et qu'au contraire, ils usent de lois justes,
16.16 ÷ et qu'ils sont les fils du Dieu le plus élevé et le plus grand, le Dieu toujours vivant, au bénéfice duquel le royaume a été donné à nos pères et à nous, et est conservé jusqu'à ce jour.
16.17 ÷ Sachez donc que les lettres qu'il a envoyées en notre nom sont nulles et inopérantes.
16.18 ÷ À cause de ce crime dont il a été l'instigateur, il a été pendu à des gibets devant les portes de cette ville, c'est-à-dire de Suse ; non pas nous, mais Dieu l'ayant traité comme il l'a mérité.
16.19 ÷ Cet édit, que nous envoyons maintenant, sera affiché dans toutes les villes, afin que les Juifs puissent suivre librement leurs propres lois.
16.20 ÷ Vous devrez leur prêter secours, afin qu'ils puissent tuer ceux qui se sont préparés à les tuer le treizième jour du douzième mois, appelé « adar ».
16.21 ÷ Car le Dieu tout-puissant a tourné pour eux ce jour de tristesse et de deuil en joie.
16.22 ÷ C'est pourquoi vous compterez aussi ce jour parmi les autres jours de fête, et vous le célébrerez avec toute la joie possible, afin qu'il soit aussi connu dans les temps à venir,
16.23 ÷ que tous ceux qui obéissent fidèlement aux Perses reçoivent une digne récompense pour leur fidélité, mais que ceux qui tendent des pièges contre le royaume périssent pour leurs crimes.
16.24 ÷ Et que toutes les provinces et les cités qui ne veulent pas participer à cette solennité périssent par le glaive et par le feu, et soient détruites de manière à être inaccessibles non seulement aux hommes, mais aussi aux bêtes, comme exemple de mépris et de désobéissance.
ICI FINIT LE LIVRE D'ESTHER