« Elle frappa deux fois sur la nuque, et lui trancha la tête » (Jdt 13,10)... La scène, très visuelle, où Judith décapite le général assyrien dans sa tente, a inspiré de nombreux peintres (en particulier une toile célèbre de ).
Elle est relatée dans le livre qui a pris le nom de son héroïne, Judith. C'est un livre deutérocanonique, c'est-à-dire qu'il figure dans la Bible grecque (Septante) mais non dans la Bible hébraïque, ce qui peut surprendre car il raconte l'histoire de la délivrance du peuple juif par Dieu : Judith (= « la Juive » en hébreu) montre que Dieu sauve toujours son peuple de la main des oppresseurs.
L'histoire se déroule en Judée, au temps du roi Nabuchodonosor II de Babylone. Nabuchodonosor, en guerre contre les Mèdes, envoie son général Holopherne pour soumettre les peuples de l'ouest. Holopherne défait les Ammonites, les Moabites et les Édomites, et se dirige vers la Judée (Jdt 1,1-3,10). Il fait le siège de Béthulie (Jdt 4,1-7,32). Judith, une femme pieuse et courageuse, décide alors de sauver son peuple (Jdt 8,1-10,10). Elle se rend au camp assyrien, se fait passer pour une transfuge, et séduit Holopherne. Profitant de son ivresse, elle lui coupe la tête (Jdt 10,11-13,20). La mort d'Holopherne provoque la panique dans l'armée assyrienne. Les Assyriens se retirent de Judée, et la ville de Béthulie est sauvée (Jdt 14,1-16,25).
Le livre met en évidence la victoire du peuple de Dieu grâce à la prière et la détermination de Judith. L'héroïsme de Judith, en tant que femme forte et déterminée, défie les attentes culturelles de son époque : ce n'est pas la stratégie militaire ni la force qui l'emportent mais la main de Dieu et le courage de Judith. Dans la mémoire chrétienne, elle rejoint la cohorte des « femmes de valeur » comme Rahab, Esther et autre Noémie, dont l'héroïsme sauveur préfigure la foi totale de la Vierge Marie en son Fils...
Le livre nous est actuellement connu par plusieurs versions :
Plusieurs textes hébreux ayant circulé au Moyen Âge sont étroitement parallèles entre eux, ainsi qu'avec la Vulgate. La recherche actuelle postule qu'il n'y avait pas d'original sémitique au livre de Judith et que le texte a été élaboré directement en grec, dans le contexte de la crise maccabéenne. Les principaux arguments qui soutiennent cette position sont de types linguistique, narratologique, géographique (cf. infra) et culturel (cf. infra).
Il existe trois formes divergentes du texte grec.
Les versions latines (Vetus latina), dérivées du texte grec, sont plus longues que la Vulgate et divergent les unes des autres. La Vulgate donne un texte bien différent : pour ce livre, a probablement repris une traduction latine en l'arrangeant à l'aide d'une paraphrase araméenne. On y trouve un ajout faisant allusion à une fête commémorative de la victoire de Judith (Vulg Jdt 16,31).
Existent enfin des traductions en éthiopien, arménien et copte.
Deux parties sensiblement égales peuvent être distinguées :
Outre la conquête militaire, Holopherne est chargé d'établir le culte de Nabuchodonosor et de remplacer toute religion existante. C'est donc la destruction programmée du temple d'Israël (Jdt 3,8 ; 6,1-4). Un conflit religieux se noue alors, dans lequel Dieu se tient au côté du peuple Juif, ce qu'explique bien le discours d'Achior (Jdt 5,5-21). A cette assurance de l'invincibilité de la fidèle Israël, Holopherne répond par sa confiance dans le roi et dans la faiblesse d'Israël. Le siège de Béthulie se révèle comme l'épreuve de la foi en Dieu (Jdt 7).
Les incohérences historiques sont au service de la mise en relief du conflit religieux.
Holopherne, général de Nabuchodonosor, symbolise les puissances du mal, et Judith (en traduction "la juive") le parti de Dieu et du peuple juif. Malgré les menaces d'anéantissement, c'est ce dernier camp qui remporte la victoire. Ce livre est proche de ceux de Daniel, Ézéchiel et Joël, par la situation dans la plaine d'Esdrelon, près de la plaine d'Harmagedôn, lieu de la bataille eschatologique (Ap 16,16).
La victoire de Judith est celle de la fidélité et de la piété, du respect des règles de pureté. Le texte polémique aussi avec les rumeurs qui font des juifs un peuple à l'origine servile, et les dément. Ce texte est l'un des rares à mettre en scène un processus de conversion au judaïsme.
Le livre ouvre une perspective universaliste, puisque Jérusalem est sauvée par la victoire de Béthulie, en Samarie, que le judaïsme strict considère comme impie, c'est un Ammonite qui donne son sens au conflit, et finit par se convertir.
Le livre de Judith contient de nombreuses approximations historiques et géographiques.
Le récit daté du règne de « Nabuchodonosor, roi des Assyriens, qui régnait à Ninive » (Jdt 1,5) ; or Nabuchodonosor règne à Babylone et Ninive a été ruinée par son père Nabopolassar. Le livre sous-entend que les exilés sont déjà rentrés (Jdt 4,3 ; 5,19). Si Holopherne et Bagoas sont des noms perses, des coutumes grecques sont aussi mentionnées (Jdt 3,7s ; 15,13).
Le chemin emprunté par l'armée d'Holopherne (Jdt 2,21-28) est très étonnant. La plupart des noms de Samarie sont inconnus ou étranges, et Béthulie elle-même est introuvable.
Il est très difficile de dater précisément le livre et de lui attribuer un auteur. Les allusions aux coutumes grecques (par exemple, la manière de célébrer la victoire à Béthulie, qui suit un modèle hellénistique et non pas biblique) et les points de contact avec la théologie du Siracide (vers 200 av. J.-C.) nous invitent à dater le livre du milieu du 2e s. av. J.-C. Ces éléments nous conduisent d'autre part à le situer en Palestine, dans le contexte de la révolte des Maccabées qui engendre un regain d'ardeur nationale et religieuse contre Antiochus Epiphane. A partir d’un récit plus ancien, la visée illocutoire du texte serait de galvaniser le courage du peuple menacé et sa foi en l’aide indéfectible de Dieu.
Les Juifs ne parlent pas beaucoup du livre de Judith.
Le livre est cité par :
Les grands manuscrits grecs du 4e s. ap. J.-C. l'incluent tous. A travers eux s'affirme la tradition de l'Église orientale de langue grecque.
Cependant des doutes prennent naissance dans les Églises de Palestine et d'Asie Mineure, ce qu'atteste le silence du Canon de (†ca. 180). s'en fait l'écho puis (†386), (†390), (4ème s. ap. J.-C.) et (†403). En Occident (†367), (†410) et ne croient pas à la canonicité du livre de Judith (mais il le traduit et le cite alors qu'il n'est pas canonique pour les juifs). Encore faut-il préciser que , comme , se montre indécis.
Ces doutes cessent en Occident avec les (393) et (397), le décret de (qui reprend une décision du concile romain de 382), la lettre d'Innocent Ier à Exupère (405), et en Orient avec le de 692. Cette foi est réitérée dans les décrets des conciles catholiques généraux avec la liste adressée aux Jacobites par le (1441) et enfin la définition du (1546).
Le livre de Judith est d'une grande importance pour la reconstitution de l'élaboration des lois alimentaires dans le judaïsme antique : les aliments que Judith emporte sont ceux que, selon la Mishna, les juifs ne peuvent consommer s'ils ont été produits ou préparés par des non-juifs.
De nombreux Pères ont fait l’éloge de Judith :
Néanmoins ils n’ont pas commenté le livre de Judith. Les premiers commentateurs sont :
Plus tard, entre autres, se trouvent les commentaires particuliers de .
Commentaires généraux de la Bible de (†1613), (†1637), (†1655) (†1757).
Judith, par sa beauté et sa force de caractère, a été au long des siècles une source d’inspiration pour tous les arts.
ICI COMMENCE LE LIVRE DE JUDITH
Ainsi donc Arfaxad, roi des Mèdes, avait soumis à son empire beaucoup de nations
et il bâtit une ville très fortifiée, qu’il appela « Ecbatane ».
Il lui fit des murs en pierres de taille
d'une hauteur de soixante-dix coudées, d'une largeur de trente coudées ;
ses tours, en plus, il les éleva à une hauteur de cent coudées
de section carrée, chaque côté s'étendant en plus sur une largeur de vingt pieds
et il fit élever les portes en proportion de la hauteur des tours.
Il se glorifiait comme puissant de la puissance de son armée et de la gloire de ses chars.
Or, la douzième année de son règne,
Nabuchodonosor, roi des Assyriens,
qui régnait à Ninive, la grande ville, fit la guerre à Arfaxat
et le vainquit
dans la grande plaine appelée Ragaü
avec l’aide de ceux qui habitent près de l’Euphrate, du Tigre et du Jiadas, dans la plaine d’Érioch, le roi des Éliciens.
Alors fut exaltée la domination de Nabuchodonosor et son cœur s’éleva :
il envoya à tous ceux qui habitaient en Cilicie, à Damas et au Liban,
aux peuples du Carmel, de Quédar,
aux habitants de la Galilée, dans la grande plaine d’Esdrelon
à tous ceux qui étaient en Samarie au-delà du fleuve du Jourdain, jusqu’à Jérusalem, et dans tout le pays de Jessé,
partout où on pouvait parvenir jusqu’aux montagnes d’Éthiopie,
à tous ceux-là, Nabuchodonosor, roi d’Assyrie, envoya des messagers.
Et tous d’un commun accord opposèrent un refus :
ils les renvoyèrent les mains vides et les rabaissèrent sans honneur.
Alors le rois Nabuchodonosor entra dans une colère contre toute cette terre
et il jura par son royaume et son trône
qu'il se défendrait contre toutes ces régions.
La treizième année du roi Nabuchodonosor,
le vingt-deuxième jour du premier mois,
une parole fut donnée, dans la maison de Nabuchodonosor, roi d’Assyrie : qu'il se défendît.
Et il convoqua tous les anciens, tous ses chefs et ses guerriers
et il tint avec eux un conseil secret.
Il leur dit qu'il avait en lui-même pour dessein
de soumettre toute la terre à son empire.
Ce discours ayant été approuvé de tous
le roi Nabuchodonosor convoqua Holopherne, général en chef de son armée
et il lui dit :
— Mets-toi en marche contre tous les royaumes d’Occident
et principalement contre ceux qui ont méprisé mon ordre.
Mon œil n’épargnera aucun royaume, et tu me soumettras toutes les villes fortes.
Alors Holopherne appela les chefs et les officiers de l’armée des Assyriens
dénombra ses hommes pour l’expédition, comme le lui ordonnait le roi :
au nombre de cent vingt mille fantassins
et douze mille archers à cheval.
Il fit précéder toute son armée d’une multitude innombrable de chameaux
avec de quoi suffire largement aux troupes
et d’innombrables troupeaux de bœufs et troupeaux de moutons.
Il fit préparer sur son passage du blé de toute la Syrie.
Il prit de la maison du roi des sommes immenses d’or et d’argent.
Et il se mit en marche, lui et toute l’armée, avec les chariots, les cavaliers et les archers
qui couvraient la face de la terre comme des sauterelles.
Ayant franchi la frontière de l’Assyrie,
il arriva aux grandes montagnes d’Angé, qui sont à gauche de la Cilicie,
il pénétra dans toutes leurs forteresses
et s’empara de tous les retranchements.
Puis il emporta d’assaut la célèbre ville de Méluthe
et pilla tous les enfants de Tarse, ainsi que les enfants d’Ismaël
qui étaient en face du désert et au sud de la terre de Héléon.
Il passa l’Euphrate, entra en Mésopotamie
et força toutes les places fortes qui s'y trouvaient,
du torrent de Mambre jusqu’à atteindre la mer.
Et il s’empara de ses frontières depuis la Cilicie jusqu’au territoire de Japheth, qui s’étend vers le sud.
Il emmena captifs tous les fils de Madian, pilla toutes leurs richesses
et fit périr, passés par le glaive dévorant tous ceux qui lui résistèrent.
Il descendit ensuite dans les campagnes de Damas, au temps de la moisson,
brûla toutes les plantations et fit couper tous les arbres et toutes les vignes.
Et la terreur envers lui s’empara de tous les habitants de la terre.
Alors les rois et les princes de toutes villes et de tous pays,
c'est-à-dire de la Syrie Mésopotamienne, de la Syrie de Sobal, de la Libye et de la Cilicie,
envoyèrent leurs ambassadeurs,
qui se rendirent auprès d’Holopherne et dirent :
— Que cesse ta colère contre nous :
il vaut mieux que, vivants, nous servions Nabuchodonosor, le grand roi, et nous soumettions à toi
plutôt que, mourant avec notre ruine, vous-mêmes vous supportiez les dommages de de notre réduction en esclavage.
Toute ville à nous, toute possession,
toutes montagnes, collines et champs
troupeaux de bœufs, de brebis, de chèvres, de chevaux, de chameaux,
et tous nos biens et nos familles sont sous ton regard :
qu'ils soient tous sous ta loi !
Nous-mêmes, désormais, et nos enfants, nous sommes tes esclaves :
viens à nous en maître pacifique
et use de notre servitude comme il te plaira !
Holoferne descendit alors des montagnes avec ses cavaliers, en grande force,
et il se rendit maître de toutes les villes et de tous les habitants du pays.
Il prit de toutes les villes, pour en faire des auxiliaires, des hommes vaillants, recrues de choix pour la guerre.
Or, telle était la frayeur qui pesait sur ces provinces
que les habitants de toutes les villes,
magistrats et notables aussi bien que gens du peuple, sortaient à son approche au-devant de lui,
le recevant avec des couronnes et des flambeaux, et dansant au son des tambours et des flûtes.
Néanmoins, même par cette conduite, ils ne purent adoucir la férocité de son cœur.
Il détruisit en effet leurs villes et rasa leurs bois sacrés.
Car le roi Nabuchodonosor lui avait ordonné d’exterminer tous les dieux de la terre
afin de pouvoir lui-même, seul, être appelé « dieu » par [toutes] les nations qui pussent passer sous le joug par la puissance d'Holopherne.
Or, parcourant la Syrie de Sobal, toute l’Apamée et toute la Mésopotamie
il arriva chez les Iduméens dans le pays de Gabaa,
prit leurs villes
et s'arrêta là trente jours,
jours durant lesquels il fit rassembler toutes les troupes de son armée.
Les fils d’Israël qui habitaient dans la terre de Judée, apprenant ces choses
furent saisis d'une grande crainte à son aspect.
En outre, la terreur et l’horreur s'emparèrent de leurs sens
à l'idée qu'il fasse à Jérusalem et au Temple du Seigneur
ce qu'il avait fait aux autres villes et à leurs temples.
Et ils firent avertir dans toute la Samarie, par un circuit allant jusqu’à Jéricho,
et, par avance, ils prirent position aux sommets de toutes les montagnes.
Et ils entourèrent leurs bourgs de murailles et accumulèrent le blé en prévision de la lutte.
Le grand prêtre Éliachim écrivit aussi à tous ceux qui demeuraient en face d’Esdrelon
qui est en vue en face de la grande plaine qui est près de Dothaïn
et à tous ceux chez qui étaient les passages
pour qu'ils occupent les versants des montagnes par où l’on pouvait aller à Jérusalem,
et gardent les défilés qui pouvaient offrir un chemin vers les montagnes.
Et les fils d’Israël firent selon ce qu'avait disposé pour eux le prêtre du Seigneur Éliachim.
Et tout le peuple invoqua le Seigneur avec grande instance
et ils humilièrent leur âme par le jeûne et la prière, eux et leurs femmes.
Les prêtres se revêtirent de cilices
et les enfants se prosternèrent devant le Temple du Seigneur
et l’on couvrit d’un cilice l’autel du Seigneur.
Et d’un cœur unanime ils crièrent vers le Seigneur Dieu d’Israël, afin qu’il ne permît pas que leurs enfants devinssent proies
ni leurs femmes butin à partager
que leurs villes fussent détruites ni leur sanctuaire profané.
Alors Éliachim, le grand prêtre du Seigneur, parcourut tout le pays d’Israël
et il s’adressa à eux
en disant :
— Sachez que le Seigneur a entendu vos supplications,
si vous restez persévérants dans le jeûne et la prière en présence du Seigneur !
Souvenez-vous de Moïse, serviteur du Seigneur :
Amalec, confiant dans sa force et dans sa puissance, dans son armée,
dans ses boucliers, dans ses chars et dans ses défenses,
il le chassa, non en combattant avec le fer, mais en suppliant par de saintes prières.
Il en sera ainsi de tous les ennemis d’Israël, si vous persévérez dans l’œuvre que vous avez commencée.
À la suite de son exhortation, suppliant le Seigneur,
ils demeuraient en présence du Seigneur
si bien que même ceux qui venaient offrir des holocaustes au Seigneur
offraient leurs sacrifices au Seigneur les reins ceints de cilices
et la cendre sur la tête.
Et tous priaient Dieu de tout leur cœur, afin qu’il visitât son peuple Israël.
On annonça à Holopherne, chef de l’armée des Assyriens
que les fils d’Israël se préparaient à résister
et qu’ils avaient fermé les passages des montagnes.
Et il s'enflamma d'une colère extraordinaire, en une grande rage,
et il appela tous les princes de Moab et les chefs d’Ammon
et il leur dit :
— Dites-moi quel est ce peuple qui occupe les montagnes,
quelles sont leurs villes, quelle en est la force et l’importance,
quelle est leur puissance militaire, quel est leur nombre
et quel chef les commande.
Pourquoi eux, de tous ceux qui habitent l’Orient, nous ont-ils méprisés
et ne sont pas sortis au-devant de nous pour nous recevoir en paix ?
Alors Ahior, chef de tous les fils d’Ammon, lui dit en réponse :
— Si tu daignes m’écouter, mon seigneur, je dirai devant toi la vérité :
sur ce peuple qui habite dans les montagnes
et aucune parole fausse ne sortira de ma bouche.
Ce peuple est de la lignée des Chaldéens.
Il habita d’abord en Mésopotamie
parce qu’ils ne voulaient pas suivre les dieux de leurs pères
qui étaient dans la terre des Chaldéens.
Ayant donc abandonné les rites de leurs ancêtres
qui s'adressaient à une multitude de dieux,
ils adorèrent le seul Dieu du ciel
qui leur ordonna à la fois de sortir de leur pays et d’aller demeurer en Haran.
La famine ayant envahi toute la terre, ils descendirent en Égypte
et là, durant quatre cents ans, ils se multiplièrent tant que la troupe qu'ils formaient ne put plus être dénombrée.
Le roi d’Égypte les opprimant
et les réduisant en esclavage pour construire de ses villes de mortier et de brique,
ils invoquèrent le Seigneur, leur Dieu, et il frappa de différentes plaies tout le pays d’Égypte.
Les Égyptiens les ayant chassés de chez eux, et la plaie ayant cessé de les frapper
(quoi qu'ils eussent cherché à les recapturer
pour les réduire en esclavage de nouveau)
alors qu'ils les fuyaient, Dieu, du ciel, ouvrit devant eux la mer,
en sorte que les eaux devinrent solides comme une muraille de chaque côté,
et qu’ils passèrent en marchant à pied sec au fond de la mer
où, alors que les poursuivait l’innombrable armée des Égyptiens,
elle fut si bien recouverte sous les eaux qu’il n’en resta pas un seul pour raconter l'événement à la postérité.
Puis, sortis de la mer Rouge, ils allèrent vers les déserts du mont Sinaï
dans lesquels aucun homme ne put jamais s'établir, ni aucun fils d’homme se reposer.
Là les fontaines amères s'adoucirent pour qu'ils boivent
et durant quarante ans ils reçurent du ciel leur nourriture.
Partout où ils s’avancèrent sans arc ni flèche, bouclier ni épée,
leur Dieu combattit pour eux et remporta la victoire.
Et nul n’a jamais triomphé de ce peuple,
si ce n’est quand il s’est éloigné du service du Seigneur, son Dieu.
Mais toutes les fois qu'outre lui, leur Dieu, ils en ont adoré un autre,
ils ont été livrés au pillage, à l’épée et à l’opprobre.
Et à chaque fois qu’ils se sont repentis d’avoir abandonné le service de leur Dieu,
le Dieu du ciel leur a donné la force de résister à leurs ennemis.
Enfin ils ont vaincu les rois Cananéen, Jébuséen, Férézien
Héttéen, Évéen, Amorrhéen
et tous les puissants d’Ésebon
et ils ont pris possession de leurs terres et de leurs villes.
Tant qu’ils ne péchèrent pas en présence de leur Dieu le bonheur fut avec eux,
car leur Dieu hait l’iniquité.
En effet, avant ces dernières années mêmes, s’étant éloignés de la voie où Dieu leur avait commandé de marcher
ils furent anéantis dans les combats par de nombreuses nations
et beaucoup d’entre eux ont été emmenés captifs dans une terre étrangère.
Mais depuis peu, étant revenus à leur Dieu depuis la dispersion dont ils avaient été dispersés, ils se sont réunis
ils ont gravi toutes ces régions montagneuses, et de nouveau sont en possession de Jérusalem où sont leurs lieux saints.
Maintenant donc, mon seigneur, prends des informations :
s’il y a quelque iniquité de leur part devant leur Dieu
montons contre eux, car leur Dieu, les laissant, te les livrera certainement
et ils seront assujettis au joug de ta puissance.
Mais s'il n'y a pas d'offense de ce peuple devant son Dieu
nous ne pourrons pas tenir devant eux
car leur Dieu les défendra
et nous deviendrons un objet de moquerie pour toute la terre.
Lorsqu’Ahior eut cessé de parler
tous les grands d’Holopherne parlèrent avec colère, et
songeaient à le tuer, se disant les uns aux autres :
— Il se prend pour qui, à dire que les fils d’Israël puissent résister au roi Nabuchodonosor et à ses armées,
eux, des gens sans armes ni force ni connaissance de l’art de la guerre ?
Pour qu'Achior mesure son erreur, gravissons ces montagnes, nous,
et, une fois capturés les plus forts d’entre eux,
nous le passerons par l'épée avec eux !
afin que toute nation sache que Nabuchodonosor est le dieu de la terre
et qu’il n’y en a point d’autre que lui.
Lorsqu’ils eurent cessé de parler, Holopherne, transporté de fureur, dit à Ahior :
— Puisque tu prophétises en nous disant que le peuple d’Israël sera défendu par son Dieu,
pour que je te montre qu’il n’y a de dieu que Nabuchodonosor,
lorsque nous les aurons frappés tous comme un seul homme,
tu périras toi-même par l’épée des Assyriens
et tout Israël sera anéanti avec toi par la ruine.
Tu connaîtras ainsi que Nabuchodonosor est le maître de toute la terre.
Et alors l’épée de mes soldats traversera tes flancs,
tu tomberas percé parmi les blessés d’Israël
et tu ne respireras plus, jusqu’à ce que tu sois exterminé avec eux.
Si tu crois que ta prophétie est véritable,
que ton visage ne s'abatte pas !
Et que la pâleur qui couvre ta face s’éloigne de toi,
si tu t’imagines que mes paroles que tu viens d'entendre ne puissent s’accomplir.
Mais pour que tu saches bien que tu subiras cela avec eux
voici : dès ce moment te voilà associé à leur peuple
afin que, lorsqu'ils recevront de mon épée le châtiment qu'ils méritent
toi-même, tu tombes avec eux sous une même vengeance.
Alors Holopherne donna ordre à ses serviteurs de saisir Ahior
de le conduire vers Béthulie
et de le livrer aux mains des fils d’Israël.
Les serviteurs d’Holopherne, l'ayant pris, sortirent dans la plaine,
mais lorsqu’ils furent près de la montagne
les frondeurs sortirent contre eux.
Mais ils s'éloignèrent du côté de la montagne,
lièrent Ahior à un arbre par les mains et les pieds,
et revinrent vers leur maître.
Alors les fils d’Israël, descendant de Béthulie, vinrent à lui
et, l’ayant délié, ils l’amenèrent à Béthulie ; le plaçant au milieu du peuple,
ils lui demandèrent pour quelle raison les Assyriens l’avaient abandonné ainsi garrotté.
En ces jours-là, Ozias, fils de Micha, de la tribu de Siméon
et Carmi, nommé aussi Gothoniel, étaient les chefs en ce lieu
Ahior rapporta donc au milieu des anciens et en présence de tous
tout ce qu’il avait répondu aux questions d’Holopherne,
comment les gens d’Holopherne avaient voulu le tuer à cause de ce discours,
et comment Holopherne lui-même, en colère, avait pour cette raison ordonné qu’on le livrât aux Israélites :
afin qu'en même temps qu'il vaincrait les fils d’Israël
il fît périr en divers supplices Ahior lui-même,
puisqu'il avait dit que le Dieu du ciel était leur défenseur.
et, mêlant leurs gémissements et leurs larmes, ils répandirent d’un même cœur leurs prières devant le Seigneur
en disant :
— Seigneur, Dieu du ciel et de la terre, vois leur orgueil
et considère notre abaissement,
regarde la face de tes saints,
montre que tu n’abandonnes pas ceux qui mettent en toi leur confiance
et que tu abaisses ceux qui présument d’eux-mêmes et s’enorgueillissent de leur puissance.
Une fois les pleurs finis et la prière du peuple, au terme d'une journée complète,
ils consolèrent Ahior
en disant :
— Le Dieu de nos pères dont tu as proclamé la puissance
t’accordera cette récompense de voir plutôt leur ruine !
Et lorsque le Seigneur notre Dieu aura donné cette délivrance à ses serviteurs,
que Dieu soit encore avec toi au milieu de nous,
afin que, selon qu’il te plaira, tu vives avec nous, toi et tous les tiens.
Quand l’assemblée se fut séparée, Ozias le reçut dans sa maison et lui offrit un grand dîner.
Après avoir invité tous les prêtres ensemble, le jeûne étant passé, ils se remirent.
Puis tout le peuple se rassembla de nouveau et ils prièrent toute la nuit dans le sanctuaire,
implorant le secours du Dieu d’Israël.
Le lendemain, Holopherne donna l’ordre à ses troupes de monter contre Béthulie.
Les fantassins étaient cent vingt mille combattants, et les cavaliers vingt-deux mille
sans compter la préparation de ces hommes que la captivité avait occupés
et qui, de toute la jeunesse, avaient été amenés des provinces et des villes.
Tous ensemble se préparèrent au combat contre les fils d’Israël
et vinrent par le pied de la montagne jusqu’au sommet
qui regarde Dothaïn : ils campèrent depuis le lieu appelé Belma, jusqu’à Quelmon, qui est vis-à-vis d’Esdrelon.
Quand les fils d’Israël aperçurent leur multitude
ils se prosternèrent contre terre et, se couvrant la tête de cendres
priant tous ensemble le Dieu d’Israël de faire éclater sa miséricorde sur son peuple
puis, ayant pris leurs armes de guerre, ils occupèrent les lieux
qui forment un sentier au passage étroit entre les montagnes
et ils y faisaient la garde jour et nuit.
Or alors qu'il faisait une ronde alentour, Holopherne
découvrit qu'une fontaine, qui affluait, alimentait leur aqueduc
en dehors de la ville, du côté du midi, laquelle y conduisait ses eaux par un aqueduc
et il fit couper leur aqueduc.
Cependant il y avait, non loin des murs, des sources dont on avait vu les assiégés puiser l’eau à la dérobée
plutôt, ce semble, pour se réconforter que pour boire.
Mais les fils d’Ammon et de Moab vinrent trouver Holopherne, en disant :
— Les fils d’Israël n’ont confiance ni dans leurs lances ni dans leurs flèches
mais les montagnes les défendent
et les collines suspendues sur des précipices les protègent.
Afin donc que tu puisses triompher d’eux sans livrer bataille
place près des sources des gardes pour qu'ils n'y puisent pas ; tu les tueras ainsi sans glaive
ou bien, certainement à bout, ils rendront leur ville, ville dont ils pensent que, placée sur les montagnes, on ne peut la vaincre.
Ces paroles plurent à Holopherne et à tous ses officiers
et il fit mettre un poste de cent hommes autour de chaque fontaine.
Cette garde ayant été faite pendant vingt jours
toutes les citernes et les réservoirs d’eau furent à sec pour tous les habitants de Béthulie
de sorte qu’il ne restait pas dans la ville de quoi rassasier leur soif même un seul jour
car on distribuait chaque jour au peuple l’eau par mesure.
Alors tous les hommes et les femmes, les jeunes gens et les enfants se rassemblèrent auprès d’Ozias
et d’une commune voix
dirent :
— Que Dieu soit juge entre toi et nous
car tu as agi pour notre malheur en refusant de faire des propositions de paix aux Assyriens
et c’est pour cela que Dieu nous a livrés entre leurs mains.
C’est pourquoi il n’y a personne qui nous aide, alors que nous sommes anéantis dans la soif et dans une grande misère sous leurs regards.
Et maintenant, assemblez tous ceux qui sont dans la ville
afin que nous nous rendions tous volontairement aux gens d’Holopherne.
Car il vaut mieux que, captifs, nous bénissions Dieu, en vie, plutôt que de mourir et d’être en opprobre à toute chair
après avoir vu nos femmes et nos enfants périr sous nos yeux.
Nous prenons aujourd’hui à témoin le ciel et la terre, et le Dieu de nos pères, qui nous châtie selon nos péchés
pour que tu livres incessamment la ville entre les mains des soldats d’Holopherne
et que notre fin soit brève par le glaive dévorant
alors qu'elle s'accomplit plus lentement dans la sécheresse de la soif.
Lorsqu’ils eurent ainsi parlé
il se fit des lamentations et de grands cris dans toute l’assemblée ;
et tous, d’une voix, pendant de nombreuses heures, crièrent vers Dieu, en disant :
— Nous avons péché avec nos pères, nous avons agi injustement, nous avons commis l’iniquité.
Toi qui es miséricordieux, aie pitié de nous,
ou bien tire vengeance de nos crimes par ton châtiment
et ne livre pas ceux qui te reconnaissent à un peuple qui ne te connaît point
afin qu’on ne dise pas parmi les nations : — Où est leur Dieu ?
Et lorsque, fatigués par ces cris et épuisés par ces pleurs, ils se turent
alors Ozias se leva, baigné de larmes, et dit :
— Ayez bon courage, mes frères, et attendons pendant ces cinq jours la miséricorde du Seigneur.
Car peut-être mettra-t-il fin à sa colère
et donnera-t-il gloire à son nom.
Ces cinq jours passés, si le secours n’est pas venu,
nous ferons ce que vous avez dit.
Il advint, lorsqu'elle entendit cela, que Judith, une veuve
qui était fille de Mérari, fils d’Idox, fils de Joseph
fils d’Ozias, fils d’Élaï, fils de Jamnor
fils de Gédéon, fils de Rafoïn, fils d’Ahitob
fils de Mélquia, fils d’Énam, fils de Nathanie
fils de Salathiel, fils de Siméon, fils de Ruben
et son mari était Manassé
qui était mort au temps de la moisson de l’orge.
En effet, il surveillait ceux qui liaient les gerbes dans les champs
et la chaleur le frappa à la tête, et il mourut dans Béthulie, sa ville, et y fut inhumé avec ses pères.
Il y avait déjà trois ans et six mois que Judith était restée veuve.
Elle s’était fait, en haut de sa maison, une chambre retirée
où elle demeurait enfermée avec ses servantes.
Les reins couverts d’un cilice
elle jeûnait tous les jours de sa vie
excepté les jours de sabbat et de nouvelle lune et les fêtes de la maison d’Israël.
Elle était d'un aspect très élégant
et son mari lui avait laissé de grandes richesses, de nombreux serviteurs
et des domaines remplis de troupeaux de bœufs et de troupeaux de brebis.
Et elle, en cela, elle était en grande estime auprès de tous parce qu'elle craignait beaucoup le Seigneur
et il n’y avait personne qui dît d’elle une parole de blâme.
Elle, donc, lorsqu'elle entendit qu’Ozias avait promis
de livrer la ville passé le cinquième jour,
elle envoya chercher les prêtres Cabri et Carmi.
Ils se rendirent auprès d’elle, et elle leur dit :
— Comment Ozias a-t-il pu dire qu'il livrerait la ville aux Assyriens
si dans cinq jours il ne vous arrive pas de secours ?
Et qui êtes-vous, vous qui mettez le Seigneur à l’épreuve ?
Ce n’est pas là une parole qui attire la miséricorde mais plutôt qui excite la colère et allume la fureur.
Vous avez fixé au Seigneur le moment de sa compassion, et vous lui avez marqué un jour selon votre bon plaisir !
Mais parce que le Seigneur est patient, faisons pénitence de cette faute
et implorons son pardon par des larmes.
Car Dieu ne menace point ainsi, à la manière de l’homme
et il ne s’enflamme point de colère comme un fils d’homme.
Humilions donc nos âmes devant lui
et ayant mis en nous un esprit d’humilité, nous ses serviteurs
prions le Seigneur avec des larmes de nous faire sentir, en la manière qu’il lui plaira, les effets de sa miséricorde
afin que, comme notre coeur a été troublé par leur orgueil
ainsi même nous tirions gloire de notre humilité.
Car nous n’avons pas suivi les péchés de nos pères
qui ont abandonné leur Dieu et adoré des dieux étrangers.
C’est à cause de ce crime qu’ils ont été livrés au glaive, au pillage et au désordre causé par leurs ennemis ;
mais nous, nous ne connaissons pas d’autre Dieu que lui.
Attendons humblement sa consolation,
et il demandera notre sang lors du malheur de nos ennemis ;
il humiliera toutes les nations qui s’élèvent contre nous,
et il les rendra sans honneur, lui, le Seigneur notre Dieu.
Et maintenant, mes frères, puisque vous, qui êtes les prêtres dans le peuple de Dieu
et dont leur vie dépend de vous
relevez leurs cœurs par votre exhortation
pour qu’ils se souviennent que nos pères ont été éprouvés afin qu'ils vérifient
s’ils servaient véritablement leur Dieu,
ils doivent se rappeler comment notre père Abraham a été tenté,
et comment, éprouvé par beaucoup de tribulations, il est devenu un ami estimé de Dieu.
De même Isaac, de même Jacob
de même Moïse et tous ceux qui ont plu à Dieu
ont passé par beaucoup d’afflictions en demeurant fidèles.
Mais ceux qui n'ont pas accepté les épreuves avec la crainte du Seigneur et leur patience
et qui ont présenté leur blâme de réprobation à l'encontre du Seigneur
ils ont été exterminés par l’exterminateur, et ils ont péri par les serpents.
Et nous, ne nous vengeons donc pas à cause des maux que nous souffrons.
Mais estimant que ces tourments sont moindres que nos péchés
croyons qu'il nous sont arrivés comme les verges du Seigneur dont nous, ses serviteurs, sommes châtiés pour nous amender, et non pour notre perte.
Et Ozias et les anciens lui répondirent :
— Tout ce que tu as dit est vrai
et il n’y a aucun défaut dans tes paroles.
Maintenant donc, prie Dieu pour nous, car tu es une femme sainte et craignant Dieu.
Et Judith leur dit :
— Comme vous reconnaissez que ce que j’ai pu dire est de Dieu
éprouvez si ce que j’ai résolu de faire est aussi de Dieu
et priez que Dieu rende ferme mon dessein.
Vous vous tiendrez cette nuit à la porte, et je sortirai, avec ma compagne,
et priez afin que dans cinq jours, comme vous l’avez dit, le Seigneur regarde son peuple Israël.
Mais vous, je ne veux point que vous cherchiez à savoir mon action,
jusqu’à ce que je vous avertisse, qu’on ne fasse pas autre chose
qu'une prière pour moi au Seigneur notre Dieu.
Et Ozias, le prince de Juda, lui dit :
— Va en paix, et que le Seigneur soit avec toi pour tirer vengeance de nos ennemis !
Et revenant sur leurs pas, ils s’en allèrent.
Eux partis, Judith entra dans son oratoire
et, mettant un cilice, elle se mit de la cendre sur la tête
et elle se prosterna devant le Seigneur et appela le Seigneur, en disant :
— Seigneur, Dieu de mon père Siméon, qui lui as donné l’épée comme défense contre des étrangers
qui, dans leur impureté, s'étaient révélés comme violeurs
et avaient découvert la cuisse d'une vierge, dans sa confusion
et as livré leurs femmes en butin, leurs filles à l’esclavage
et toutes leurs dépouilles en partage à tes serviteurs brûlants de zèle pour ta cause
assiste-moi, je t'en prie, Seigneur, mon Dieu, moi qui suis veuve.
C’est toi en effet qui as opéré les actions anciennes, et qui as formé le dessein de celles qui ont suivi
et cela s'est accompli parce que toi-même l'as voulu.
Car toutes tes voies sont tracées d’avance
et tu as disposé tes jugements par ta prévision.
Regarde en ce moment le camp des Assyriens
comme tu as daigné alors regarder le camp des Égyptiens
lorsqu’ils poursuivaient les armes à la main tes serviteurs
se confiant dans leurs chars, dans leur cavalerie et dans la multitude de leurs combattants.
Mais tu as regardé leur camp, et les ténèbres les ont affaiblis.
L’abysse a retenu leurs pieds, et les eaux les ont engloutis.
Qu’il en soit de même, Seigneur, de ceux-ci
qui se confient dans leur multitude, dans leurs chars,
dans leurs javelots, dans leurs boucliers et dans leurs flèches, et qui sont fiers de leurs lances.
Ils ne savent pas que c’est toi qui es notre Dieu, toi qui dès le commencement terrassais les guerres
et dont le nom est Seigneur.
Lève ton bras, comme au commencement,
brise leur puissance par ta puissance,
que leur force tombe devant ta colère
eux qui se promettent de violer ton sanctuaire
de profaner le tabernacle de ton sacrifice
et d’abattre de leur épée les cornes de ton autel.
Fais, Seigneur, que son orgueil soit coupé par sa propre épée.
Qu’il se prenne aux lacs de son regard sur moi, et frappe-le par les paroles d'amour de mes lèvres.
Mets dans mon cœur de la fermeté pour que je le méprise
et de la force pour que je le détruise.
Ce sera en effet un souvenir de ton nom
qu’une main féminine l'abatte !
Car ta puissance, Seigneur, n’est pas dans le grand nombre
et ta volonté ne dépend pas de la force des chevaux ;
et dès le commencement les superbes ne t'ont pas plu
mais tu as toujours aimé la prière des humbles et des doux.
Dieu du ciel, créateur des eaux et Seigneur de toute la création
exauce-moi, malheureuse, qui te supplie
et qui mets ma confiance en ta miséricorde.
Souviens-toi, Seigneur, de ton alliance
donne la parole à ma bouche, fortifie mon dessein dans mon cœur
afin que ta maison demeure dans ta sainteté
et que toutes les nations reconnaissent que tu es Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que toi.
Or il advint que, lorsqu'elle eut fini de crier vers le Seigneur
elle se leva du lieu où elle était prosternée contre terre devant le Seigneur.
Elle appela sa servante
et descendant dans sa maison elle ôta son cilice
et se dépouilla des vêtements de son veuvage.
Elle se lava le corps, s’oignit de la myrrhe la plus fine,
partagea la chevelure de sa tête, mit le turban sur sa tête
se revêtit de ses vêtements de fête, mit des sandales à ses pieds
prit des bracelets, des lis, des pendants d’oreilles et des anneaux
et se para de tous ses ornements.
Le Seigneur lui donna encore de l'éclat
parce que tout cet ajustement reposait non sur la volupté
mais sur la vertu ;
et c’est pourquoi le Seigneur augmenta en elle cette beauté
de telle sorte qu’elle parût aux yeux de tous d’une grâce incomparable.
Puis elle fit prendre à sa servante une outre de vin, un vase d’huile, de la farine grillée
des fruits secs, du pain et du fromage, et elle partit.
Et, arrivant aux portes de la ville
elles trouvèrent Ozias et les anciens de la ville qui l’attendaient.
En la voyant, ils furent grandement ravis d’admiration pour sa beauté.
Cependant ils ne lui adressèrent aucune question, et la laissèrent passer, en disant :
— Que le Dieu de nos pères te donne sa grâce,
et qu’il affermisse par sa puissance tout dessein de ton cœur
afin que Jérusalem soit glorifiée à cause de toi
et que ton nom figure parmi ceux des saints et des justes.
Et ceux qui étaient présents répondirent tous d’une seule voix :
— Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il !
Et Judith franchit les portes, elle et sa servante, en priant le Seigneur.
Or il advint que, comme elle descendait la montagne, au lever du jour
les postes avancés des Assyriens la rencontrèrent
et l’arrêtèrent, en disant :
— D’où viens-tu, et où vas-tu ?
Elle répondit :
— Je suis une fille des Hébreux
et je me suis enfuie de leur vue
car j'ai reconnu ce qui adviendra, à savoir qu’ils seront livrés à votre pillage
parce que, vous méprisant, ils n’ont pas voulu se rendre à vous volontairement
pour trouver grâce devant vous.
Sur cette question, j’ai réfléchi en moi-même, en disant :
— Je me présenterai devant le prince Holopherne, pour lui découvrir leurs secrets
et lui indiquer par quel accès il pourra les prendre
sans perdre un seul homme de son armée.
Lorsque les hommes eurent entendu ses paroles, ils considérèrent son visage
et la surprise était dans leurs yeux
car ils admiraient beaucoup sa beauté.
— Tu as sauvé ta vie, lui dirent-ils
en prenant cette résolution de descendre vers notre seigneur.
Sache cela, que, lorsque tu paraîtras devant lui, il te traitera bien
et que tu seras très agréable à son cœur.
Puis ils la conduisirent à la tente d’Holopherne, en l’annonçant.
Dès qu’elle fut entrée en sa présence, Holopherne fut aussitôt ravi de sa vue.
Ses gardes lui dirent :
— Qui donc pourrait mépriser le peuple des Hébreux qui a de si belles femmes ?
N'est-ce pas de bon droit que, pour elles, nous devons combattre contre eux ?
Judith, voyant donc Holopherne assis sous un pavillon
qui était de pourpre, d’or, d’émeraudes
et orné de pierres précieuses
lorsqu'elle se tourna vers son visage, l’adora en se prosternant jusqu’à terre.
Et sur l’ordre de leur maître, les serviteurs d’Holopherne la relevèrent.
Alors Holopherne lui dit :
— Aie l'esprit tranquille et ne crains pas en ton cœur,
car moi, je n’ai jamais fait de mal à quiconque a voulu servir le roi Nabuchodonosor.
Si ton peuple ne m’avait pas méprisé,
je n’aurais pas levé ma lance contre lui.
Maintenant, dis-moi pourquoi tu t’es éloignée d’eux
et tu as voulu venir vers nous ?
Judith lui répondit :
— Accueille les paroles de ta servante,
car si tu suis les paroles de ta servante,
le Seigneur réalisera pleinement ses desseins sur toi,
car Nabuchodonosor, le roi de la terre, est vivant,
et elle est vivante, sa puissance qui est en toi, pour le châtiment de toutes les âmes égarées ;
car non seulement les hommes le servent grâce à toi,
mais les animaux mêmes des champs lui obéissent.
En effet, le zèle de ton esprit est annoncé à toutes les nations :
on révèle à toute génération
que dans tout son royaume toi seul es bon et puissant,
et ton gouvernement est vanté à toutes les provinces.
Et ce qu’a dit Ahior n'est pas inconnu,
et on n’ignore pas ce que tu as ordonné qu'il lui arrive.
Car il est certain que notre Dieu est tellement offensé par les péchés,
qu’il a fait annoncer à son peuple par ses prophètes qu’il allait les livrer à cause de ses péchés.
Et parce que les fils d’Israël savent qu’ils ont offensé leur Dieu,
une terreur envers toi est en eux.
En outre, même la famine les presse, et, à cause du manque d'eau, ils sont déjà à compter parmi les morts.
Ils ont même pris la résolution de tuer leur bétail et d’en boire le sang.
Et les choses consacrées au Seigneur, auxquelles Dieu leur a défendu de toucher,
en blé, vin et huile, ils ont décidé de les dépenser,
et veulent se nourrir de choses qu’ils ne devraient pas toucher de leurs mains.
Puisqu’ils agissent ainsi, donc, il est certain qu’ils seront livrés à la ruine.
Sachant cela, moi, ta servante, j’ai fui loin d’eux,
et le Seigneur m’a envoyée t’en informer.
Car moi, ta servante, je sers Dieu, maintenant même, auprès de toi ;
et ta servante sortira, et je prierai Dieu.
Et il me dira quand il leur revaudra leur péché,
et je viendrai te l’annoncer,
de sorte que je te conduirai jusqu'au milieu de Jérusalem,
et tu trouveras tout le peuple d’Israël comme des brebis qui n’ont pas de pasteur,
et pas même un seul ne récriminera contre toi.
Car cela m'a été dit par la providence de Dieu,
et comme Dieu est irrité contre eux,
moi-même, j’ai reçu mission de te les annoncer.
Tout ce discours plut à Holopherne et à ses serviteurs.
Ils admiraient sa sagesse
et se disaient les uns aux autres :
— Il n’existe pas sur la terre de femme semblable
pour la prestance, pour la beauté et pour la sagesse de ses discours.
Et Holopherne lui dit :
— Dieu a bien fait, lui qui t'envoie devant le peuple, pour que toi, tu le livres entre nos mains.
Comme ta promesse est bonne,
si ton Dieu fait cela pour moi, il sera aussi mon Dieu,
et toi, tu seras grande dans la maison de Nabuchodonosor,
et ton nom deviendra célèbre sur toute la terre.
Alors il ordonna qu'elle entre là où où étaient déposés ses trésors.
Il ordonna qu'elle y reste
et il régla ce qu’on devait lui donner de son banquet.
Judith lui dit en réponse :
— Je ne puis manger maintenant de ce que tu as commandé de me donner,
de peur qu'un malheur ne vienne sur moi. Je mangerai de ce que j’ai apporté pour moi.
Holopherne lui dit :
— Si ce que tu as apporté avec toi s'épuise, que ferons-nous pour toi ?
Et Judith lui dit :
— Mon seigneur, ton âme vit parce que ta servante n’aura pas consommé tout cela
avant que Dieu ait réalisé par ma main le dessein que j’ai formé.
Et ses serviteurs l’introduisirent dans la tente qu’il avait désignée.
Et lorsqu'elle entra, elle demanda qu’on lui accordât la faculté de sortir, la nuit et avant le jour, pour aller prier et invoquer le Seigneur.
Et il ordonna à ses serviteurs
qu'elle sorte et entre comme il lui plairait pendant trois jours pour adorer son Dieu.
Et elle sortait la nuit dans la vallée de Béthulie,
et se lavait dans une fontaine.
Et lorsqu’elle remontait, elle priait le Seigneur, Dieu d’Israël
de diriger sa voie pour la délivrance de son peuple.
Puis, rentrant, elle demeurait pure dans la tente
jusqu’à ce qu’elle prît sa nourriture vers le soir.
Le quatrième jour, il se trouva qu'Holopherne donna un festin à ses serviteurs,
et il dit à Bagoas, eunuque :
— Va, et persuade cette Juive
de consentir de bon cœur à habiter avec moi.
Le quatrième jour, il se trouva qu'Holopherne donna un festin à ses serviteurs,
et il dit à Bagoas, eunuque :
— Va, et persuade cette Juive
de consentir de bon cœur à habiter avec moi.
Car c'est une honte pour un homme, chez les Assyriens, qu’une femme se moque d'un homme
de manière à s'éloigner de lui en se refusant à lui.
Alors Bagoas entra chez Judith et lui dit :
— Que la bonne fille ne craigne point d'entrer chez mon seigneur,
pour être honorée en sa présence, pour manger avec lui et boire du vin avec joie.
— Qui suis-je, répondit Judith,
pour résister à mon seigneur ?
Tout ce qui est bon et excellent à ses yeux, je le ferai
— et tout ce qu’il préfère sera pour moi le meilleur, tous les jours de ma vie.
Et elle se leva et, s’étant parée de son vêtement,
elle entra et se présenta devant son visage.
Le cœur d’Holopherne fut agité,
parce qu’il brûlait de désir pour elle.
Et Holopherne lui dit :
— Bois maintenant et mets-toi à table avec joie, car tu as trouvé grâce devant moi.
Et Judith répondit :
— Je boirai, seigneur, car mon âme est plus honorée en ce jour qu’elle ne l’a été tous les jours de ma vie.
Et elle prit, mangea et but devant lui
ce que sa servante lui avait préparé.
Holopherne fut transporté de joie à cause d’elle,
et il but du vin à l’excès, plus qu’il n’en avait jamais bu dans sa vie.
Quand le soir fut venu,
ses serviteurs se hâtèrent vers leur abri
et Bagoas ferma les portes de la chambre, et s’en alla.
Tous étaient appesantis par le vin
et Judith restait seule dans la chambre.
Holopherne, quant à lui, était étendu sur le lit, endormi par une trop grande ivresse.
Judith dit à sa servante de se tenir dehors devant la chambre, et de faire le guet.
Judith se tint debout devant le lit, et pria avec des larmes,
remuant les lèvres en silence,
elle dit :
— Seigneur, Dieu d’Israël, fortifie-moi,
et regarde en ce moment l’œuvre de mes mains,
afin que, comme tu l'as promis, tu relèves ta ville de Jérusalem,
et que ce que j'ai projeté, croyant pouvoir le faire par toi, je l'achève.
Ayant dit ces paroles, elle s’approcha de la colonne qui était à la tête de son lit,
détacha son poignard qui y était suspendu, attaché, et
l’ayant tirée du fourreau, elle saisit les cheveux de sa tête et dit :
— Seigneur Dieu d'Israël, fortifie-moi à cette heure !
Et elle frappa deux fois sur la nuque, et lui trancha la tête.
Puis elle détacha le rideau des colonnes
et fit rouler son corps décapité
et peu après, elle sortit,
elle donna la tête d’Holopherne à sa servante,
et lui ordonna de l'emporter dans son sac.
Elles partirent ensuite toutes deux, selon leur coutume, comme pour aller prier,
et elles traversèrent le camp
puis, ayant contourné la vallée, elles arrivèrent à la porte de la ville.
Judith cria de loin aux gardiens des murailles :
— Ouvrez la porte, car Dieu est avec nous, et il a signalé sa puissance en faveur d’Israël.
Il advint que les hommes, ayant entendu ses paroles,
appelèrent les anciens de la ville.
Et tous accoururent vers elle, depuis le plus petit jusqu’au plus grand,
car ils avaient espéré en elle, qui n'était pas encore revenue.
Allumant des flambeaux,
ils se rassemblèrent tous autour d’elle.
Or, elle, montant sur un lieu élevé, commanda qu’on fit silence.
Et lorsque tous se furent tus,
Judith dit :
— Louez le Seigneur, notre Dieu, qui n’a point abandonné ceux qui espéraient en lui.
Par moi, sa servante, il a accompli ses promesses de miséricorde en faveur de la maison d’Israël,
et il a tué cette nuit par ma main l’ennemi de son peuple.
Et tirant du sac la tête d’Holopherne, elle la leur montra en disant :
— Voici la tête d’Holopherne, chef de l’armée des Assyriens,
et voici le rideau sous lequel il était couché dans son ivresse,
lorsque le Seigneur notre Dieu l’a frappé par la main d’une femme.
Et le Seigneur, lui, est vivant, car son ange m’a gardée
à mon départ d'ici, durant mon séjour là-bas, et à mon retour ici,
et le Seigneur n’a pas permis que moi, sa servante, je fusse souillée,
mais, sans tache de péché,
il m'a rappelée à vous, joyeuse de sa victoire, de ma fuite, de votre délivrance.
Reconnaissons-le tous, car il est bon, car sa miséricorde dure à jamais !
Tous, adorant le Seigneur, lui dirent :
— Le Seigneur t’a bénie dans sa force,
car par toi il a réduit à néant nos ennemis.
Ozias, le prince du peuple d’Israël, lui dit en outre :
— Ma fille, tu es bénie par le Seigneur, le Dieu très haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre.
Béni soit le Seigneur, qui a créé ciel et terre,
qui t'a conduite pour trancher la tête au plus grand de nos ennemis !
Il a en effet rendu aujourd’hui ton nom si glorieux,
que ta louange ne disparaîtra pas de la bouche des hommes,
qui se souviendront éternellement de la puissance du Seigneur,
car, en leur faveur, tu n’as pas épargné ta vie pour les souffrances et la détresse de ta race,
mais tu nous as sauvés de la ruine en présence de notre Dieu.
Et tout le peuple répondit : — Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il !
Ensuite on appela Ahior, qui vint, et elle lui dit :
— Le Dieu d’Israël, à qui tu as rendu ce témoignage qu’il tire vengeance de ses ennemis,
a frappé lui-même cette nuit, par ma main, le chef de tous les infidèles.
Et pour te convaincre qu’il en est ainsi,
voici la tête d’Holopherne qui, dans l’insolence de son orgueil, méprisait le Dieu d’Israël
et t’a menacé de mort, en disant :
— Lorsque le peuple d’Israël sera pris,
je te ferai percer le corps de l’épée.
A la vue de la tête d’Holopherne, Ahior
saisi d’horreur, tomba le visage contre terre, et son âme se troubla.
Lorsqu’il eut repris ses sens et fut revenu à lui,
il se prosterna aux pieds de Judith, l'adora et lui dit :
— Sois bénie de ton Dieu dans toutes les tentes de Jacob !
Parmi tous les peuples qui entendront ton nom,
le Dieu d’Israël sera glorifié à cause de toi.
Alors Judith dit à tout le peuple :
— Écoutez-moi, mes frères,
suspendez cette tête au haut de nos murailles.
Et ce sera ainsi : quand le soleil sera levé, que chacun prenne ses armes, puis sortez avec impétuosité,
non pour descendre vers le bas, mais comme pour faire une attaque.
Il faudra alors que les avant-postes s’enfuient vers leur général, afin de le réveiller pour le combat.
Et lorsque leurs chefs auront couru à la tente d’Holopherne
et qu’ils l'auront trouvé décapité, baigné dans son sang,
l’épouvante tombera sur eux.
Et lorsque vous les verrez fuir,
allez hardiment à leur poursuite,
car le Seigneur les écrasera sous vos pieds.
Alors Ahior, voyant la puissance qu’exerçait le Dieu d’Israël,
abandonnant le culte des nations, crut en Dieu,
circoncit la chair de son prépuce,
et fut incorporé au peuple d’Israël,
ainsi que toute la descendance de sa race, jusqu’au temps présent.
Or bientôt, quand le jour parut,
ils suspendirent en haut des murailles la tête d’Holopherne,
chaque homme prit ses armes,
et ils sortirent avec un grand tumulte et de grands cris.
Les avant-postes, s’en étant aperçus, coururent à la tente.
Ceux qui étaient dans la tente, venant et faisant du bruit à la porte de la chambre
pour l’éveiller provoquèrent à dessein du tumulte
afin qu’Holopherne fût tiré de son sommeil non par ceux qui devaient le réveiller, mais par ceux qui faisaient du bruit.
Car personne n’osait, ni en frappant, ni en entrant, ouvrir la porte de la chambre du héros des Assyriens.
Mais ses généraux, ses commandants
et tous les officiers de l’armée des Assyriens étant venus,
dirent aux chambellans :
— Entrez et éveillez-le,
car les rats sortis de leur trou
ont osé nous provoquer au combat.
Alors, Bagoas, étant entré dans la chambre, s’arrêta devant le rideau, et il frappa des mains,
car il s’imaginait qu'il dormait avec Judith.
Mais quand, prêtant l’oreille, il n’entendit aucun mouvement d’un homme couché,
il s’approcha au plus près du rideau
et, l’ayant levé, il aperçut le cadavre d’Holopherne
étendu par terre, sans tête, et baigné dans son sang.
Il jeta un grand cri, en pleurant, et déchira ses vêtements.
Et, étant entré dans la tente de Judith, il ne la trouva pas.
Il sortit en toute hâte vers le peuple
et dit :
— Une seule femme juive a mis la confusion dans la maison du roi Nabuchodonosor
car voici qu’Holopherne est étendu par terre, et sa tête n’est plus avec lui !
En entendant ces paroles, tous les princes de l’armée des Assyriens
déchirèrent leurs vêtements,
une crainte et une frayeur extrêmes s’emparèrent d’eux,
leurs esprits furent entièrement bouleversés
et une clameur indicible retentit au milieu de leur camp.
Lorsque toute l’armée eut appris qu’Holopherne avait eu la tête tranchée,
la raison et la prudence les fuirent,
et, n’écoutant que la peur et l’effroi, ils cherchèrent leur salut dans la fuite.
De la sorte, nul ne parlait à son voisin,
la tête basse et laissant là tout,
ils évitaient les Hébreux qu’ils avaient entendu venir sur eux en armes,
en s’enfuyant à travers champs et par les sentiers des montagnes.
Les fils d’Israël, les voyant fuir,
descendirent en sonnant de la trompette et en poussant de grands cris derrière eux.
Et comme les Assyriens, non rassemblés, prenaient la fuite en toute hâte,
les fils d’Israël, les poursuivant, réunis en un seul corps,
taillaient en pièces tous ceux qu’ils pouvaient atteindre.
Et Ozias envoya des messages dans toutes les villes et dans toutes les campagnes d’Israël.
Ainsi chaque région et chaque ville, envoyèrent, en armes, l’élite de leurs jeunes gens après eux,
et ils les poursuivirent avec le glaive dévorant
jusqu’à ce qu'ils arrivent à leur extrême frontière.
Ceux qui étaient restés à Béthulie
entrèrent dans le camp des Assyriens,
emportèrent le butin que les Assyriens avaient abandonné dans leur fuite,
et en revinrent tout chargés.
D’autre part, ceux qui, victorieux, retournèrent à Béthulie,
amenèrent avec eux tout ce qui leur avait appartenu,
si bien qu'on ne pouvait dénombrer les bestiaux, les animaux de trait et tout leur bagage,
en sorte que, tous, depuis le plus petit jusqu’au plus grand,
s’enrichirent de leurs dépouilles.
Joachim, le grand prêtre, vint de Jérusalem à Béthulie
avec tous ses anciens, pour voir Judith.
Lorsqu’elle sortit à son devant,
tous la bénirent d’une seule voix, en disant :
— Tu es la gloire de Jérusalem !
Tu es la joie d’Israël !
Tu es l’honneur de notre peuple.
Car tu as agi virilement, et ton cœur a été fort.
Parce que tu as aimé la chasteté
et que, après ton mari, tu n’en as pas connu un autre,
la main du Seigneur t’a revêtue de force,
et tu seras bénie éternellement.
Tout le peuple répondit : — Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il !
Trente jours suffirent à peine au peuple d’Israël pour recueillir les dépouilles des Assyriens.
Tout ce qu’on reconnut avoir appartenu en propre à Holopherne,
l’or et l’argent, les vêtements, les pierres précieuses et tous les objets divers,
on le donna à Judith, et tout cela lui fut abandonné par le peuple.
Et tout le peuple se réjouit, avec les femmes, les jeunes filles et les jeunes gens, au son des orgues et des cithares.
Alors Judith chanta ce cantique au Seigneur, en disant :
— Célébrez le Seigneur au son des tambourins,
chantez le Seigneur avec les cymbales,
modulez en son honneur un psaume nouveau,
exaltez et invoquez son nom.
Le Seigneur détruit les guerres, « le Seigneur » est son nom !
Il a dressé son camp au milieu de son peuple,
pour nous délivrer des mains de tous nos ennemis.
Assur est venu des montagnes, du côté de l’Aquilon, avec les myriades de ses exploits,
leur multitude arrêtait les torrents,
et leurs chevaux couvraient les vallées.
Il disait qu'il incendierait mon territoire,
immolerait par l’épée mes jeunes gens,
ferait de mes enfants un butin, de mes vierges des captives.
Mais le Seigneur tout-puissant lui a été défavorable ; il l’a livré aux mains d’une femme,
et elle l'a confondu.
Leur héros n’est point tombé sous les coups des jeunes gens,
et les fils de Titan ne l'ont pas frappé.
Mais Judith, la fille de Mérari, qui l’a renversé par la beauté de son visage.
Elle s’est en effet dépouillée des vêtements de veuvage,
elle s’est parée de vêtements de fête,
pour le triomphe des fils d’Israël
elle a oint son visage d'une huile parfumée,
elle a disposé sous le turban les boucles de sa chevelure pour le séduire.
Sa chaussure a ébloui ses yeux,
sa beauté a rendu son âme captive,
elle lui a tranché la tête avec l’épée.
Les Perses ont frémi de sa vaillance, les Mèdes de son audace,
le camp des Assyriens a retenti de hurlements,
quand se sont montrés les miens, modestes, desséchés par la soif.
Des fils de jeunes femmes les ont transpercés et les ont tués comme des enfants qui s’enfuient.
Ils ont péri dans le combat, devant la face du Seigneur mon Dieu.
Chantons un cantique au Seigneur,
chantons à notre Dieu un cantique nouveau :
Adonai, Seigneur, tu es grand, et magnifique dans ta puissance, et nul ne peut te surpasser.
Que toutes tes créatures te servent,
parce que tu as parlé, et tout a été fait ;
tu as envoyé ton esprit, et tout a été créé, et nul ne peut résister à ta voix.
Les montagnes, ainsi que les eaux, sont agitées sur leurs bases,
les pierres fondent comme la cire devant ta face
mais ceux qui te craignent seront grands devant toi en toutes choses.
Malheur à la nation qui s’élève contre mon peuple !
Car le Seigneur, le Tout-Puissant, se vengera d’eux,
il les visitera au jour du jugement
car il livrera leur chair au feu et aux vers,
afin qu’ils brûlent et qu’ils éprouvent ce supplice éternellement.
Après cela il advint, après la victoire, que tout le peuple se rendit à Jérusalem pour adorer le Seigneur
et, aussitôt qu’ils furent purifiés, ils offrirent tous les holocaustes et acquittèrent leurs vœux et leurs promesses.
Judith offrit en outre tous les bagages de guerre d’Holopherne, que le peuple lui avait données,
et le rideau qu’elle avait elle-même enlevé du lit, en anathème d’oubli.
Le peuple était dans l’allégresse en face du sanctuaire,
et la joie de cette victoire fut célébrée avec Judith pendant trois mois.
Ces jours de fête étant passés, chacun retourna dans sa maison ;
Judith fut honorée dans Béthulie,
et elle jouit d’un grand renom dans tout le pays d’Israël.
Joignant en effet au courage la chasteté,
de sorte qu'elle ne connut point d’homme de tous les jours de sa vie,
depuis la mort de Manassès, son mari.
Les jours de fête, elle paraissait avec une grande renommée.
Elle demeura cent cinq ans dans la maison de son mari
et donna la liberté à sa servante,
puis elle mourut et fut inhumée à Béthulie avec son mari,
et tout le peuple la pleura pendant sept jours.
Dans tout le cours de sa vie et après sa mort, il n’y eut personne,
pendant de longues années, qui troubla la paix d’Israël.
Le jour de fête en souvenir de cette victoire
est compté par les Hébreux au nombre des saints jours,
et il est célébré par les Juifs depuis ce temps-là jusqu’aujourd’hui.
ICI FINIT LE LIVRE DE JUDITH