« Avec toi est la Sagesse qui connaît tes œuvres, qui était là quand tu faisais l'orbe des terres et qui sait ce qui est agréable à tes yeux et ce qui est conforme à tes commandements » (Sg 9,9) : c'est ce mystérieux personnage de la Sagesse (Sophia) qui donne son nom au livre le plus récent de l'Ancien Testament, appelé aussi Sagesse de Salomon. Il fut composé à Alexandrie au tournant de l'ère chrétienne.
Le livre de la Sagesse reflète les préoccupations des Juifs de la Diaspora en Égypte et établit un dialogue entre la tradition juive et la culture grecque, dialogue qui élargit l'horizon culturel du peuple de l'Ancien Testament et l'ouvre à l'universalité de Dieu. En général il se situe dans le contexte égyptien et hellénistique de philosophies diverses (Sg 8,7 ; 9,15), de polythéisme païen (Sg 15,18), d'hédonisme et de luxure (Sg 2,6-9), en contrepoint d'une forme de persécution des Juifs fidèles par les Juifs apostats (Sg 2,12-20).
Le livre se compose de trois parties : la première (Sg 1-5), de caractère plutôt moral, propose la Sagesse comme source de bonheur et discute l'immortalité de l'âme ainsi que la rétribution du bien et du mal après la mort (Sg 1,1-5 ; 3,1-12). La deuxième section (Sg 6-9), spéculative, examine la nature de la Sagesse. La troisième partie (Sg 10-19) traite du parcours de la Sagesse à travers l'histoire du salut.
La Sagesse procède de Dieu (Sg 9,6) avec lequel elle entretient des relations privilégiées : vivre auprès de lui (Sg 8,3), s'asseoir à côté de son trône (Sg 9,4), connaître ses secrets (Sg 7,21). La révélation de la Sagesse atteint son sommet à la fin du chapitre 7, qui évoque la Sagesse en elle-même (Sg 7,22-24), dans sa relation avec Dieu (Sg 7,25s) et dans sa relation avec l'homme (Sg 7,27s).
La Sagesse est-elle un attribut de Dieu ou une personne ? Certes, l'auteur pourrait n'offrir ici qu'une personnification poétique de l'attribut divin de la Sagesse, mais à la lumière du Nouveau Testament, il est possible d’y voir esquissé le dévoilement du mystère de la Sainte Trinité. En effet, l'influence de la Sagesse de Salomon dans le Nouveau Testament est très profonde.
Enfin, la personnification de la Sagesse rejoint de nombreuses autres figures féminines dans la mémoire chrétienne, pour élaborer la théologie de la Mère de Dieu, inspirer de nombreux récits apocryphes et nourrir la piété mariale.
La première rédaction du livre de la Sagesse a été faite en grec. Quatre manuscrits en onciales le comportent, dans un texte en bon état, B (Vaticanus, 4e s.), S (Sinaïticus, 4e s.), A (Alexandrinus, 5e s.) et C (Codex Ephraemi rescriptus, 5e s.) ainsi que d'autres en minuscules.
La Vulgate a repris la version de la Vetus Latina.
Le livre de la Sagesse existe en arménien (5e s.) et en syriaque (7e s. syro-hexaplaire)
Le genre littéraire principal de la Sagesse de Salomon est l’éloge tel qu’il est défini dans les ouvrages des rhétoriciens antiques : , et .
Le Livre de la Sagesse s'enracine dans les structures et les outils de la culture hellénistique.
Il faut noter d’importantes analogies entre le livre de la Sagesse et des traités rhétoriques comme le premier Paradoxe des stoïciens de (106-43 av. J.-C.), Sur la noblesse de (20 av. J.-C. - 54 ap. J.-C.) ou Sur la clémence de (4 av. J.-C. - 65 ap. J.-C.).
Mais la réflexion avance avant tout sur des concepts bibliques que l'auteur approfondit grâce à sa connaissance de l'histoire d'Israël.
Cette attribution s'appuie sur la fiction littéraire de l'énonciateur royal et plein de sagesse.
Il s'agit probablement d'un auteur appartenant au judaïsme hellénisé, vivant peut-être à Alexandrie, ce qu'appuient les multiples allusions à l'Égypte et aux pratiques zoolâtriques.
Son vocabulaire et une allusion aux demandes d’égalité civique des Juifs alexandrins (Jn 19,6) comme son utilisation de la Septante permettent de le dater du 1er s. av. J.-C.
Le NT ne cite pas la Sagesse à proprement parler mais certaines comparaisons avec Paul et Jean permettent de constater une réelle influence de la Sagesse sur ces deux auteurs.
L'influence de la Sagesse sur Jean est peut-être encore plus profonde. En ce qui concerne les relations du Verbe avec le Père et avec les hommes, la Sagesse a frayé les voies à l'auteur du quatrième Évangile. Voici les rapprochements les plus suggestifs :
Enfin, écrits johanniques et Sagesse comprennent l'histoire du cosmos et de l'âme humaine de manière très semblable : lutte entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, et triomphe de la lumière malgré ses revers apparents.
Dans la tradition chrétienne les mêmes textes du livre sont presque toujours allégués pour leur portée doctrinale en christologie et en doctrine trinitaire, quelles que soient les Églises, les époques et les Pères. Les formules de Sg 7,25s seront souvent reprises par les Pères à propos du Christ, Verbe incarné.
Néanmoins pour trouver les premiers commentaires du livre dans son ensemble, il faut attendre :
Ils sont suivis par ceux de :
ICI COMMENCE LE LIVRE DE LA SAGESSE DE SALOMON
Aimez la justice vous qui jugez la terre
jugez du Seigneur avec loyauté
et cherchez-le en simplicité de cœur
parce qu'il est trouvé par ceux qui ne le tentent pas
et il se révèle à ceux qui ont foi en lui.
Les pensées perverses, en effet, séparent de Dieu
et, mise à l'épreuve, la puissance confond les insensés.
La sagesse n’entre pas dans une âme malveillante
ni n’habite dans un corps assujetti au péché :
le saint esprit de l'éducation, en effet, fuit la dissimulation
il se soustrait aux cogitations qui sont sans intelligence
et il tombe malade quand survient l'iniquité.
Bienveillant, en effet, est l'esprit de la sagesse
et il ne libèrera pas le mal-dit de ses propres lèvres
puisque de ses reins Dieu est le témoin,
de son cœur le scrutateur véritable
et de sa langue l'auditeur ;
puisque l’esprit du Seigneur a rempli le cercle des terres
et que lui, qui contient tout, a la connaissance de la voix.
C'est pourquoi celui qui dit des propos injustes ne peut se cacher
et le jugement qui sanctionne ne passera pas à côté de lui.
Il l y aura, en effet, interrogatoire sur les pensées de l’impie
la rumeur de ses discours arrivera jusqu’au Seigneur
pour la sanction de ses iniquités
parce qu'une oreille de jalousie entend tout
et le brouhaha des murmures ne sera pas caché.
Gardez-vous donc du murmure qui ne sert de rien
et de la médisance préservez votre langue
parce que le propos qui reste dans l'ombre ne se perdra pas dans le vide
mais la bouche qui ment tue l’âme !
Ne jalousez pas la mort dans l'égarement de votre vie
et ne vous procurez pas la perdition par les œuvres de vos mains !
Du moment que Dieu n’a pas fait la mort
il ne se réjouit pas non plus de la perdition des vivants.
Car c'est pour qu'elles existent qu'il a créé toutes choses
et pour qu'elles puissent être sauvées, les nations de l'orbe des terres !
Et il n’y a en elles aucun poison d'anéantissement
ni de règne des enfers sur terre.
La justice, en effet, est immortelle.
Or les impies, des mains et des paroles, l'ont appelée :
la prenant pour une amie, ils sont partis à la dérive
et ils ont pris un engagement envers elle
parce qu'ils [en] sont [bel et bien] passibles, eux qui relèvent d'elle.
Car ils se sont dit, ne réfléchissant pas avec droiture :
— Courte et pleine de chagrin est notre vie
et il n’y a pas de rafraîchissement à la fin d'un être humain
il n'est personne dont on sache qu'il fût revenu des Enfers.
Parce que nous sommes nés du néant
et après cela nous serons comme si nous n’avions pas été !
Parce que c'est une fumée qui a été soufflée dans nos narines
et le discours, des étincelles pour mettre en branle notre cœur.
Parce que, [celle-ci] éteinte, le corps sera cendre
et l’esprit se dissipera comme l’air léger.
Notre vie passera comme une trace de nuée
elle se dissoudra comme un brouillard
mis en fuite par les rayons du soleil
et alourdi par sa chaleur.
Notre nom tombera dans l’oubli avec le temps
et personne n'aura mémoire de nos œuvres.
Car notre temps est le passage d’une ombre
et notre fin n'a pas de retour
parce qu'elle est scellée et nul ne reviendra.
Venez donc, jouissons des biens qui sont
usons de la créature rapidement comme dans la jeunesse.
emplissons-nous de vin précieux et de parfums
et ne laissons pas passer la fleur du temps.
Couronnons-nous de roses avant qu’elles ne se flétrissent.
Qu'il n'y ait aucune prairie outre laquelle passerait notre luxure.
Laissons partout des signes de notre joie
parce que telle est notre part, tel est notre sort.
Opprimons le juste pauvre
n’épargnons pas la veuve
et ne révérons pas les cheveux blancs d'un temps long du vieillard.
Que notre force soit la loi de la justice
car ce qui est infirme est accusé d'être inutile.
Tendons donc une embuscade au juste puisqu’il nous est inutile
qu’il est contraire à nos œuvres
qu’il nous reproche nos péchés quant à la loi
et décrie contre nous nos péchés quant à notre éducation.
Il prétend posséder la connaissance de Dieu
et se nomme fils de Dieu.
Il est devenu pour nous pour la condamnation de nos pensées
il est pesant pour nous même de le voir
parce que sa vie est dissemblable aux autres
et ses voies sont inchangées.
Il nous considère comme une chose altérée
il s'écarte de nos voies comme d'immondices
il préfère les derniers [temps] des justes
et se glorifie d’avoir Dieu pour père.
Voyons donc si ses propos sont vrais
et expérimentons ce qu’il lui arrivera
et nous connaîtrons ce que seront ses derniers [temps].
Car s'il est le vrai fils de Dieu, il le soutiendra et le délivrera de la main des adversaires.
Interrogeons-le par l'outrage et le supplice
afin de connaître sa révérence
et d'éprouver sa patience.
Condamnons-le à une mort très honteuse
car il y aura un regard pour lui d'après ses propos.
Voilà ce qu'ils ont pensé mais ils se sont trompés
car leur malice les a aveuglés.
et ils ne connaissaient pas les mystères de Dieu
ni n’espéraient de rémunération pour la justice
ni ne jugeaient qu'il y avait une récompense des âmes saintes.
Parce que Dieu a créé l’homme inexterminable
et il l’a fait à l’image de sa propre ressemblance.
C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le cercle des terres
ils l'imiteront, ceux qui lui appartiennent.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu
et le supplice de la mort ne les touchera pas.
Aux yeux des insensés ils paraissent être morts :
leur sortie est tenue pour une affliction
et le chemin où ils s'engagent loin de nous pour une dévastation
mais eux sont en paix.
Même si, à la vue des hommes, ils ont souffert des supplices
leur espérance est pleine d’immortalité :
après avoir reçu de petites corrections
ils recevront de grands bienfaits
parce que Dieu les a tentés
et les a trouvés dignes de lui !
Comme l’or au creuset il les a éprouvés
et tel un holocauste il les a agréés pour hostie
et en son temps viendra leur rétribution :
ils brilleront et comme des étincelles courront à travers le roseau,
ils jugeront les nations et domineront sur les peuples
et le Seigneur régnera sur eux à perpétuité.
Ceux qui ont mis en lui leur confiance comprendront la vérité
les fidèles se reposeront sur lui avec dilection
parce que présent et paix sont pour ses élus !
Quant aux impies, ils auront un châtiment selon ce qu'ils ont cogité
eux qui ont méprisé le juste et se sont éloignés du Seigneur
(car qui rejette la sagesse et la discipline est malheureux !) :
vaine est leur espérance, leurs efforts sont infructueux
et inutiles leurs œuvres ;
leurs femmes sont insensées
leurs fils, très mauvais
et maudite leur postérité !
Dès lors, heureuse la stérile non contaminée
qui n'a pas connu le pieu comme un délit :
elle aura son fruit à la rétribution des âmes !
Et heureux l’impuissant qui n'a pas de ses mains commis la faute
ni cogité d'obscénités devant Dieu
car lui seront donnés un présent de choix pour sa foi
et dans le temple du Seigneur le sort le plus désirable
car des peines honnêtes glorieux est le fruit
et impérissable la racine de la sagesse !
Quant aux fils des adultères, ils seront inachevés
et la semence produite par un pieu effréné sera exterminée :
même si leur vie est longue, ils seront comptés pour rien
et sans honneur sera leur extrême vieillesse ;
même s’ils meurent assez promptement, ils n’auront pas d’espérance
ni de consolation au jour du verdict,
car d'une nation inique funestes sont les fins ...
Mieux vaut l'enfantement avec la gloire
car l'immortalité est en sa mémoire
parce qu'elle elle est connue de Dieu et des hommes.
Quand elle est présente on l’imite
quand elle est partie on la désire
couronnée dans l’éternité, elle triomphe
ayant remporté la victoire dans des combats sans souillure.
Mais la multitude féconde des impies sera inutile
et les rejetons bâtards ne donneront pas de racines profondes
et ne s’établira pas sur une base stable.
Et s'ils refleuriront pour un temps en rameaux
fixés faiblement ils seront ébranlés par le vent
et déracinés par la violence des vents.
Leurs rameaux seront brisés inachevés
leur fruit sera inutile
trop prématurés pour être mangés et aptes à rien.
Car tous les fils qui naissent d'illégalités
sont témoins du méfait contre leurs parents lors de leur interrogatoire.
Mais le juste, s'il meurt prématurément, sera en repos.
Car une vieillesse honorable n’est pas longue
ni celle qui se mesure au nombre des années
mais la pensée est pour les hommes les cheveux blancs
et l’âge de la vieillesse est une vie immaculée.
Devenu agréable à Dieu il a été aimé
et vivant parmi les pécheurs il a été transféré.
Il a été enlevé de peur que la malice n’altérât son intelligence
ou que la ruse ne trompât son âme.
Car la fascination de la frivolité obscurcit le bien
et l'inconstance de la concupiscence pervertit un esprit sans malice.
Accompli en peu de temps, il a rempli une longue carrière.
Car son âme était agréable au Seigneur
c’est pourquoi il s'est pressé de le conduire hors du milieu des iniquités.
Les peuples voyant et ne comprenant pas
ne se mettant pas ceci dans l’esprit
que la grâce de Dieu et la miséricorde sont pour ses saints
et la visite pour ses élus.
Mais le juste mort condamne les impies vivants
et la jeunesse si vite accomplie condamne la longue vie de l’injuste.
Car ils verront la fin du sage
et ils ne comprendront pas ce que Dieu a voulu à son sujet
ni pourquoi le Seigneur l’a mis en sûreté.
Ils verront et mépriseront
mais le Seigneur se rira d’eux
et après cela ils seront un cadavre sans honneur
ils seront parmi les morts dans l'outrage pour toujours
parce qu'il les brisera enorgueillis sans voix
il les ébranlera depuis leurs fondements
et ils seront dévastés jusqu’au plus haut [point]
ils gémiront
et leur mémoire périra.
Ils viendront craintifs à la pensée de leurs péchés
et leurs crimes se dressant devant eux les accuseront.
Alors les justes seront debout en grande assurance
en face de ceux qui les ont opprimés
et qui ont emporté ses labeurs.
À cette vue ils seront agités d’une peur horrible
ils seront stupéfaits devant l'apparition du salut inattendu.
Ils se diront entre eux en se repentant
et gémissant dans le serrement de leur esprit :
Voilà celui que nous tournions autrefois en dérision
et le but de nos outrages.
Nous insensés considérions sa vie comme une folie
et sa fin comme sans honneur.
Comment ont-ils été comptés parmi les fils de Dieu
et leur part est-elle parmi les saints ?
Nous avons donc erré, loin du chemin de la vérité
la lumière de la justice n’a pas brillé sur nous
et le soleil ne s’est pas levé sur nous.
Nous nous sommes fatigués sur la voie de l’iniquité et de la perdition
nous avons parcouru des voies difficiles
et nous n’avons pas connu la voie du Seigneur.
À quoi nous a servi l’orgueil
et quelle richesse la jactance nous a-t-elle apportée ?
Toutes ces choses ont passé comme une ombre
comme un message qui passe en courant
comme le navire qui fend les flots agités
dont ne peut trouver trace lorsqu'il est passé
ni chemin de la carène dans les flots
ou comme de l’oiseau qui vole dans l'air
on ne trouve aucun vestige de sa route
mais il y a seulement le son de ses ailes battant un vent léger
et déchirant l'air par la force du chemin
en agitant ses ailes, il vole à travers
et après cela on ne trouve aucune marque de son passage
c'est comme l’oiseau qui vole dans l'air,
on ne trouve aucun vestige de sa route
mais il y a seulement le son de ses ailes battant un vent léger
et déchirant l'air par la force du chemin
en agitant ses ailes, il vole à travers
et après cela on ne trouve aucune marque de son passage
ou comme lorsque les flèches ont été lancées vers le lieu visé
l’air déchiré se referme aussitôt
de sorte qu'on ignore son parcours
ainsi nous, nés aussitôt nous avons diparu
et nous n’avons à montrer aucun signe de vertu
et dans notre méchanceté nous nous sommes consumés.
Ils dirent de telles paroles et péchèrent.
Parce que l’espoir de l’impie est comme la bâle que le vent emporte
comme l'écume légère que disperse l'ouragan
comme la fumée qu'un souffle dissipe
comme le souvenir de l’hôte d’un jour qu'on oublie.
Mais les justes vivent pour l'éternité
leur récompense est auprès du Seigneur
et le Très-Haut a souci d’eux.
C’est pourquoi ils recevront le royaume de gloire
et le diadème de beauté de la main du Seigneur
car il les protégera de sa droite
et les défendra de son bras.
Il saisira son zèle comme armure
et il armera la création pour la vengeance des ennemis.
Il revêtira comme cuirasse la justice
et prendra pour casque un jugement sincère.
Il se saisira de l'équité inexpugnable comme d'un bouclier.
Il aiguisera son inexorable colère comme une lance
et le cercle des terres combattra avec lui contre les insensés.
Les traits bien dirigés des éclairs partiront
et ils seront chassés du sein des nuages comme d’un arc bien bandé
et se lanceront sur le lieu fixé.
Sa colère rocailleuse lancera une masse de grêlons
l’eau de la mer bouillonnera contre eux
et les fleuves se précipiteront inexorablement.
Le souffle de la puissance s’élèvera contre eux
et les dispersera comme une tempête
et ainsi l’iniquité réduira toute la terre en un désert
et la méchanceté renversera les trônes des puissants.
La Sagesse est meilleure que la force
et l'homme prudent plus que le puissant
Écoutez donc, ô rois, et comprenez
Écoutez l’instruction, juges des confins de la terre.
Prêtez l’oreille, vous qui dominez sur les multitudes
qui vous complaisez dans les foules de nations
puisque c'est par le Seigneur que vous a été donnée la puissance
et la vertu par le Très-Haut
qui examinera vos œuvres
et sondera vos pensées ;
puisque alors que vous étiez les ministres de sa royauté à lui vous n’avez pas jugé avec droiture
ni gardé la loi de la justice
ni marché selon la volonté de Dieu :
épouvantable ! soudain il apparaîtra pour vous
puisqu'un jugement inexorable s’exerce sur ceux qui commandent.
Au chétif, en effet, on pardonne par miséricorde
mais les puissants subiront puissamment des châtiments :
en effet, il ne reculera devant la position de personne, le Seigneur
ni n'aura égard à la grandeur de quiconque
puisque le petit et le grand, c'est lui-même qui les a faits
et qu'il a également cure de tous.
Mais les vigoureux seront soumis à une torture plus vigoureuse.
C’est donc à vous, rois, que s’adressent mes propos
afin que vous appreniez la sagesse et que vous ne tombiez pas.
Ceux qui observent justement les choses justes seront reconnus justes
et ceux qui les auront apprises trouveront quoi répondre.
Convoitez mes propos
désirez-les et vous aurez l’instruction.
La sagesse est brillante, qui ne flétrit jamais,
elle est facilement vue par ceux qui l’aiment
et trouvée par ceux qui la cherchent.
Elle prévient ceux qui la convoitent et se montre à eux la première.
Celui qui veillera dès la lumière pour elle n’aura pas de peine
il la trouvera en effet assise à sa porte.
Donc penser à elle, c’est l'achèvement de l'intelligence
et celui qui veille à cause d’elle sera rapidement tranquille
elle-même va de tous côtés chercher ceux qui sont dignes d’elle
et se montre à eux de manière joyeuse dans leurs voies
et vient à leur rencontre en toute prescience.
En effet son commencement est le désir d’instruction le plus véritable.
Or le soin de l’instruction est amour
l’amour est l'observance de ses lois
l'observance des lois est affermissement de l'incorruptibilité
et l’incorruptibilité fait être proche de Dieu.
Ainsi le désir de la sagesse conduit au royaume éternel.
Si donc, rois des peuples, vous vous complaisez dans les trônes et les insignes
aimez la sagesse afin de régner dans l'éternité.
Mais ce qu’est la sagesse et comment elle est née, je vais l’exposer
je ne vous cacherai pas de mystères de Dieu
mais je suivrai sa trace depuis la naissance
je mettrai au grand jour sa connaissance
et je ne laisserai pas la vérité de côté.
Je ne ferai pas route avec celui qui est dévoré par l'envie
parce que celle-ci n’aura pas part à la sagesse.
Mais la multitude des sages est le salut du cercle des terres
et un roi sage la prospérité du peuple.
Recevez donc l’instruction par mes propos et vous en tirerez avantage.
Je suis moi-même un homme mortel semblable à tous,
de la descendance terrestre de celui qui le premier fut formé
et je fus façonné chair dans le sein d'une mère
pendant dix mois ayant coagulé dans le sang
par la semence de l’homme et le plaisir accompagnant le sommeil ;
moi aussi, une fois né, j’ai respiré l’air commun
je suis tombé sur la terre semblablement faite
et mon premier cri semblable à celui de tous, je l'émis en pleurant ;
j’ai été élevé dans des langes et [avec] grands soins
car personne, parmi les rois, n'a commencé par une autre naissance :
unique est donc pour tous l'entrée dans la vie et semblable la sortie.
C’est pourquoi j’ai prié et la prudence m’a été donnée
j’ai invoqué et l’esprit de la sagesse m'est venu :
je l’ai préférée aux royaumes et aux trônes
et j’ai tenu pour rien les richesses en comparaison d'elle ;
je ne lui ai pas comparé la pierre la plus précieuse
parce que tout l’or du monde n’est en comparaison d'elle qu’un peu de sable
et l’argent doit être compté pour de la boue à sa vue !
Plus que santé et beauté je l'ai aimée,
j’ai préféré la posséder plutôt que la lumière
parce que son flambeau est inextinguible !
Avec elle me sont venus en même temps tous les biens
même l'honneur sans mesure [passe] par ses mains :
et je me suis réjoui de tous ces biens
parce que celle qui les précédait était la sagesse,
j’ignorais pourtant qu’elle en fût la mère !
Elle que j'ai apprise sans arrière-pensée, je la transmets aussi sans jalousie
je n'en dissimule pas l'honneur :
elle est, en effet, trésor inépuisable pour les hommes
ceux qui en ont usé ont été rendus participants à l’amitié de Dieu
recommandés qu'ils étaient par les dons de l’instruction.
Que Dieu me donne de parler selon mon avis
et de concevoir des pensées dignes des dons reçus
parce que c’est lui le maître de la sagesse
et le correcteur des sages :
nous sommes en sa main, en effet, et nous et nos propos,
et toute sagesse et enseignement du savoir-faire !
C’est lui qui m’a donné la véritable science des êtres
pour me faire connaître la disposition du cercle des terres et les vertus des éléments
le commencement, la consommation et le milieu des temps
et leur préparation à tous,
les changements des mœurs et les divisions des saisons
les cycles de l'année et les positions des étoiles
les natures des animaux et les instincts des bêtes
la violence des vents et les raisonnements des hommes
les variétés des arbres et les vertus des racines :
tout ce qui est caché et inattendu je l’ai appris
car la sagesse ouvrière de toutes choses me l'a enseigné !
En elle, en effet, il y a un esprit intelligent, saint, unique, multiple
subtil, actif, pénétrant, sans souillure
résolu, doux, aimant le bien, sagace
qui n'empêche rien de faire le bien, bon pour les hommes
immuable, assuré, tranquille
tout-puissant, surveillant tout
pénétrant tous les esprits, les intelligents, les purs et les subtils ;
Car la sagesse est plus mobile que toutes choses mobiles
elle confine tout lieu et l'occupe à cause de sa pureté ;
elle est, en effet, vapeur de la puissance de Dieu
pure émanation de la splendeur du Dieu Tout-puissant :
c'est pourquoi rien de souillé ne peut coïncider avec elle
car elle est resplendissement de la lumière éternelle
miroir sans tache de la majesté de Dieu
et image de sa bonté !
Et puisqu'elle est unique elle peut tout :
restant en elle-même elle renouvelle tout,
se répand à travers les nations dans les âmes saintes,
et en fait des amis de Dieu et des prophètes :
en effet, Dieu n’aime personne
sinon celui qui habite avec la sagesse !
Car elle est plus belle que le soleil
et que la disposition des étoiles ;
elle l'emporte, en comparaison à la lumière,
car à celle-ci succède la nuit
mais la méchanceté ne vainc pas la sagesse !
En effet, la sagesse atteint d’un extrême à l’autre avec force
et dispose tout avec douceur.
Je l’aimai et la recherchai depuis ma jeunesse
je cherchai à la conduire chez moi comme mon épouse
et je devins un amoureux de sa beauté.
Elle glorifie sa noble origine, vivant avec Dieu
et le Seigneur de toutes choses l’aime.
Car c’est elle qui enseigne la science de Dieu
et qui choisit ses œuvres.
Si la richesse est un bien désirable dans la vie
quoi de plus opulent que la sagesse qui opère toutes choses ?
Si c'est l'intelligence qui opère
qui mieux qu'elle est l’ouvrière de tout ce qui existe ?
Si l'on aime la justice
ses labeurs possèdent des grandes vertus
elle enseigne la tempérance et la sagesse et la justice et la force
ce qu’il y a de plus utile aux hommes dans la vie.
Si l'on désire l'étendue de la science
elle sait le passé et conjecture l’avenir
elle sait les subtilités des propos et les solutions des énigmes
elle sait les signes et les prodiges avant qu'ils n'adviennent
et les événements des temps et des siècles.
J'ai donc décidé de la conduire chez moi pour qu'elle vive avec moi
sachant qu’elle me ferait part de tout bien
et serait une consolation dans mes soucis et mon chagrin.
Par elle j’aurai de la gloire auprès des foules
et, jeune, de l’honneur auprès des vieillards.
On me trouvera pénétrant dans le jugement
et en présence des puissants je serai admiré
et les faces des princes m'admireront.
Si je me tais, ils m'attendront
si je parle, ils me regarderont avec respect
si je prolonge mon discours, ils mettront la main sur leur bouche.
Par elle en outre j’obtiendrai l’immortalité
et je laisserai un souvenir éternel à ceux qui seront après moi.
Je gouvernerai les peuples
et les nations me seront soumises.
En entendant parler de moi des rois redoutables me craindront
je me montrerai bon au milieu du peuple et vaillant à la guerre.
Entrant dans ma maison je me reposerai auprès d’elle
car sa conversation n'a aucune amertume
ni son commerce aucun ennui
mais le contentement et la joie.
Méditant cela en moi-même et considérant en mon cœur
que l’immortalité est dans la méditation de la sagesse
et dans l'amitié avec elle une noble jouissance
et dans les œuvres de ses mains une renommée sans éclipse
et dans la compétition avec son langage la sagesse
et la célébrité dans la participation à ses discours
j’allais de tous côtés, cherchant comment je pourrais la prendre avec moi ...
J'étais un enfant à l'esprit vif, j'ai reçu du sort une âme bonne
et comme je devenais encore meilleur, j'accédai à un corps sans souillure ;
mais quand je sus que je ne puis être continent que si Dieu le donne
(et cela même était sagesse, de savoir de qui venait ce don)
j'allai au Seigneur, le suppliai et lui dis de toutes mes tripes :
Dieu des pères et Seigneur de ta miséricorde, toi qui as fait l’univers par ta parole
et qui par ta sagesse as établi l’homme
pour qu'il dominât les créatures que tu as faites
qu'il régît le cercle des terres dans l'équité et la justice
et qu'il rendît des jugements dans la droiture de l'âme
donne-moi la Sagesse qui est assise près de ton trône
et ne me rejette pas du nombre de tes enfants.
Parce que moi, je suis ton serviteur et le fils de ta servante
un homme faible et de courte durée
et peu capable de comprendre le jugement et les lois.
Et en effet si quelqu'un était parfait parmi les enfants des hommes
si ta sagesse lui manque, il sera compté pour rien.
Tu m'as choisi roi de ton peuple
et juge de tes fils et de tes filles.
Tu m'as dit de bâtir un temple sur ta montagne sainte
et un autel dans la cité où tu habites
imitation du saint tabernacle
que tu préparas dès l’origine.
Avec toi est la Sagesse qui connaît tes œuvres
qui était là quand tu faisais le cercle des terres
et qui sait ce qui est agréable à tes yeux
et ce qui est conforme à tes commandements.
Envoie-la depuis tes cieux très saints
envoie-la du trône de ta grandeur
afin qu'elle soit avec moi et qu'elle peine avec moi
et que je connaisse ce qui t'est agréable.
Car elle sait et comprend toutes choses
et elle me conduira avec tempérance dans mes œuvres
et me gardera par sa puissance.
Et ainsi mes œuvres te seront agréables
je dirigerai ton peuple avec justice
et je serai digne du trône de mon père.
Car quel homme peut connaître le dessein de Dieu
ou qui peut imaginer ce que veut le Seigneur ?
Car les pensées des hommes sont craintives
et nos intentions sont incertaines.
Car un corps qui se corrompt alourdit l’âme
et l'habitation terrestre pèse sur l’intelligence retournant des pensées nombreuses.
Nous imaginons avec difficulté ce qui est sur la terre
et nous trouvons avec peine ce qui est sous notre regard.
Qui donc a découvert ce qui est dans le ciel ?
Qui a connu ta pensée
si tu ne lui as pas donné la sagesse
et si tu n’as pas envoyé d’en haut ton esprit saint ?
Ainsi ont été rendus droits les chemins de ceux qui sont sur les terres
et les hommes ont appris ce qui te plaît
et ils ont été guéris par la sagesse.
C’est elle qui protégea celui qui a été formé le premier, le père du cercle des terres
quand il était le seul créé
elle le tira de sa faute
et lui donna la force de gouverner toute chose.
Comme il s'est éloigné d’elle, un injuste dans sa colère
périt par la colère de l'homicide de la fraternité.
Quand l'eau fit disparaître la terre à cause de lui, la sagesse [la] guérit de nouveau
dirigeant le juste sur un bois misérable.
Celle-ci, lorsque les nations étaient confondues dans la concorde de l'injustice
connut le juste et le conserva sans reproche devant Dieu
et le garda fort contre sa tendresse pour son fils.
Ce fut elle qui sauva du milieu des méchants qui étaient détruits le juste
qui s’enfuit loin du feu descendu sur la Pentapole.
En témoignage de son injustice cette terre désolée reste fumante
les arbres portent des fruits à des saisons infertiles Ven un temps incertain
mémorial d’une âme incrédule, une colonne de sel reste debout.
Ayant négligé la sagesse
non seulement ils sont tombés de sorte qu'ils n'ont pas connu le bien
mais ils ont laissé aux hommes la mémoire de leur folie
afin que ce en quoi ils ont péché ne puisse rester cacher.
Mais la sagesse a délivré des peines ceux qui la servent.
C’est elle qui conduisit par des voies droites, le juste fuyant la colère de son frère
lui montra le royaume de Dieu
et lui donna la science des choses saintes
elle l’enrichit dans ses labeurs
et fit fructifier ses labeurs.
Elle l’assista dans la perfidie de ses oppresseurs
et le rendit riche.
Elle garda contre ses ennemis
et le protégea contre les séducteurs
elle lui donna un rude combat pour qu'il vainquît
pour qu'il sache que la piété est plus puissante que tout.
Elle n’abandonna pas le juste vendu
mais le préserva des pécheurs
elle descendit avec lui dans la fosse
et ne le quitta pas dans les chaînes
jusqu’à ce qu’elle lui eut procuré le sceptre du royaume
et la puissance sur ceux qui l'opprimaient
elle convainquit de mensonge ceux qui l’avaient déshonoré
et lui donna une gloire éternelle.
Elle délivrera un peuple juste et une race sans reproche
des nations qui l’opprimaient
Elle entra dans l’âme du serviteur du Seigneur
et s'opposa à des rois redoutables par des prodiges et des signes.
Elle rendit aux pieux le salaire de leurs peines
elle les conduisit par une route merveilleuse
et devint pour eux un voile pendant le jour
et la lumière des étoiles pendant la nuit.
Elle leur fit traverser la mer Rouge
et les conduisit à travers les grandes eaux.
Elle submergea leurs ennemis
puis des profondeurs de l’abîme elle les retira.
C’est pourquoi les justes enlevèrent les dépouilles des impies
et chantèrent, Seigneur, ton saint nom
et louèrent de concert ta main victorieuse.
Car la sagesse ouvrit la bouche des muets
et rendit éloquente la langue des enfants.
Elle dirigea leurs œuvres par les mains d’un saint prophète.
Ils firent route à travers un désert qui n'était pas habité
et dressèrent leurs tentes dans des lieux secrets.
Ils résistèrent aux adversaires et repoussèrent les ennemis.
Ils eurent soif et t'invoquèrent
et l’eau leur fut donnée d’un rocher escarpé
et l'apaisement de la soif d'une pierre dure.
Car ce par quoi leurs ennemis souffrirent des châtiments
par cela-même, comme ils étaient dans le besoin, ils reçurent des bienfaits.
Au lieu de la source intarissable d’un fleuve tu as donné aux injustes du sang humain
et comme ils diminuaient en punition des enfants tués
tu leur as donné contre tout espoir une eau abondante
montrant par la soif qui fut alors
comment tu relevais les tiens et faisais mourir leurs adversaires.
Car quand ils furent éprouvés — quoique recevant une punition avec miséricorde —
ils surent comment recevaient des supplices les impies jugés dans la colère.
Tu as mis à l'épreuve les uns comme un père qui avertit
et tu as condamné les autres comme un roi sévère qui interroge.
Absents ou présents, ils furent également torturés.
Un double chagrin les saisit
et un gémissement au souvenir du passé.
Car quand ils apprirent que par leurs propres tourments
ceux-là tiraient des bienfaits, ils se souvinrent du Seigneur.
Car celui qu'autrefois jeté en cruelle exposition ils raillèrent
ils l’admirèrent à la fin des événements
ne faisant pas semblablement aux justes.
À cause des pensées extravagantes — leurs injustices —
par lesquelles égarés ils vénérèrent des reptiles muets et d'inutiles bestioles
tu leur envoyas une multitude de bêtes muettes en vengeance
pour qu'ils sachent que l’on est châtié par où l’on pèche.
Car il n’était pas impossible que ta main toute-puissante
qui avait créé le cercle des terres d’une matière invisible
envoyât contre eux une multitude d’ours ou des lions féroces
ou des bêtes pleines de fureur d'un genre nouveau et inconnues
expirant une vapeur enflammée
produisant une odeur de fumée
ou lançant par les yeux de terribles étincelles
dont non seulement le dommage [qu'elles causent] pouvait les anéantir
mais encore dont l'aspect par la frayeur pouvait les tuer.
Et, sans cela même, ils pouvaient être tués d'un seul souffle
poursuivis par leurs propres faits
et dispersés par le souffle de ta puissance.
Mais tu as tout disposé avec mesure, en nombre et avec poids.
Car déployer une grande force surabonde toujours pour toi seul
et qui résisterait à la puissance de ton bras ?
Le cercle des terres est devant toi comme le poids infime de la balance
comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre.
Mais tu as pitié de tous parce que tu peux tout
et tu dissimules les péchés des hommes en vue du repentir.
Car tu aimes tout ce qui existe
et tu ne ressens de dégoût pour rien de ce que tu as fait
car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas créée.
Et comment quelque chose subsisterait-il, si tu ne le voulais pas
ou ne se conserverait-il pas, si tu l'as appelé à l’existence ?
Mais tu épargnes tout parce que tout est à toi Seigneur ami de la vie.
Car ton esprit bon est en tous.
C’est pourquoi tu châties peu à peu ceux qui s'égarent
et les avertissant quant à ce en quoi ils péchent, tu les exhortes
afin que renonçant à leur méchanceté ils croient en toi Seigneur.
Car haïssant les anciens habitants de ta terre sainte
par ce qu'ils faisaient de détestables œuvres
par de sortilèges et de sacrifices injustes
les meurtriers sans miséricorde de fils
les dévoreurs de viscères humaines
et la dévoration de sang loin du milieu de tes mystères
les parents garants de vies sans défense
tu as voulu les détruire par la main de nos pères
afin que reçût une digne colonie d’enfants de Dieu
la terre la plus précieuse de toutes selon toi.
Cependant tu les as épargnés parce qu'ils étaient des hommes
et tu as envoyé, comme avant-coureurs de ton armée, des frelons
pour les exterminer peu à peu.
Non que tu n'étais pas capable, dans la guerre, de faire tomber ces impies sous la main des justes
ou de les exterminer d’un seul coup par des bêtes féroces ou par une parole brusque
mais punissant par degré tu leur donnais l'occasion du repentir
quoique n'ignorant pas que leur nation était perverse
que leur méchanceté était innée
et que leurs pensées ne pourraient changer dans l'éternité
car c’était une race maudite dès le commencement.
Ce n’est pas non plus par crainte de quelqu'un que tu donnais le pardon pour leurs péchés.
Car qui dira : — Qu’as-tu fait ?
Qui s’opposera à ton jugement ?
Qui viendra à ta vue en défenseur d'hommes injustes ?
Qui t'accusera de faire périr les nations que tu as faites ?
Car il n’y a pas d’autre Dieu que toi qui prends soin de tout
afin de montrer que tu n'as pas jugé injustement.
Il n’y a ni roi ni tyran devant ta face
qui puisse te demander des comptes quant à ceux que tu as fait périr.
Puisque donc tu es juste, tu gouvernes tout justement
celui-là aussi qui ne doit pas être puni, tu [le] condamnes
tu [l']estimes étranger à ta force.
Car ta force est le commencement de la justice
et du fait que tu es le Seigneur de tout
tu fais que tu épargnes tout.
C’est à ceux qui ne croient pas à l'accomplissement de ta force que tu montres ta force
et tu confonds l’audace en ceux qui la connaissent.
Toi, maître de la force, tu juges avec tranquilité
et tu nous gouvernes avec beaucoup d'indulgence
car pouvoir dépend de toi quand tu le veux.
Tu as appris à ton peuple par cette conduite
qu'il faut que le juste soit humain
et tu as fait à tes fils bonne espérance
de donner, en jugeant, l'occasion du repentir pour les péchés.
Car si les ennemis de tes serviteurs et ceux qui étaient dignes de mort
tu [les] as suppliciés avec tant de ménagement et sauvés
leur donnant temps et occasion
par lesquels ils pussent se convertir de leur méchanceté
avec quelle précision as-tu jugé tes fils
aux pères desquels tu as donné des serments et des alliances de bonnes promesses !
Quand tu nous donnes une correction donc
tu flagelles nos ennemis au multiple
pour que, quand nous jugeons, nous méditions ta bonté
et que, quand nous sommes jugés, nous espérions ta miséricorde.
C'est pourquoi, ceux qui ont vécu dans leur vie de manière injuste et insensée
tu leur as infligé de très grands tourments par ce qu'ils vénéraient.
Car ils erraient si loin dans les voies de l’erreur
qu’ils considéraient comme des dieux ceux qui sont inutiles parmi les animaux vivant comme des enfants sans raison.
Aussi comme à des enfants sans raison envoyé un jugement pour dérision
Mais ceux qui ne sont pas corrigés par les moqueries du reproche
expérimenteront un jugement digne de Dieu.
Car ils supportaient avec peine en ce qu'ils souffraient
ils s'indignaient, souffrant à cause d'eux
à cause de ceux qu’ils prenaient pour des dieux, comme ils étaient exterminés en eux
voyant celui qu’ils refusaient autrefois de connaître ils le reconnurent pour le Dieu véritable
c’est pourquoi le comble de la condamnation tomba sur eux.
Insensés par nature tous les hommes qui n'ont pas la connaissance de Dieu
et qui n’ont pas su, par les biens qui se voient, connaître celui qui est
ni, en considérant ses œuvres, n'ont reconnu qui était l'artisan.
Mais le feu, le vent, l’air rapide
le cercle des étoiles, l’eau en excès
le soleil et la lune, ils les ont tenus pour des dieux gouverneurs du cercle des terres.
Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces [créatures] pour des dieux
qu’ils sachent combien leur maître est plus beau
car c’est le géniteur même de la beauté qui les a toutes créées.
Et s’ils en admiraient la force et les œuvres
qu’ils en concluent combien est plus puissant celui qui les a formées.
Car à partir de la grandeur de la beauté et de la créature
leur créateur peut être vu de manière à être connu.
Mais cependant pour eux le reproche est petit
car ils s’égarent peut-être
en cherchant Dieu et en voulant le trouver.
Car s'appliquant à ses œuvres, ils le recherchent
et sont persuadés par l’apparence parce que ce qu’ils voient est beau.
Mais à nouveau on ne doit pas leur pardonner
car s’ils ont pu en savoir assez pour pouvoir conjecturer l'éternité
comment n’ont-ils pas trouvé plus facilement leur maître ?
Mais ils sont malheureux et leurs espoirs sont placées en des morts
ceux qui ont appelé dieux des ouvrages de la main des hommes
de l’or et de l’argent, objet d'art, des figures d’animaux
ou une pierre inutile, ouvrage d’une main antique.
Et si un artisan ouvrier coupe un arbre droit de la forêt
en ôte adroitement toute l’écorce
et ayant usé de son art fabrique un vase utile pour l’usage de la vie
les restes de son travail, il les brûle pour la préparation des aliments.
Le reste de cela, dont il ne fait aucun usage
le bois tordu et plein de nœuds
l'ayant pris, il le sculpte avec soin durant son loisir
et, avec l'habileté de l'art, le modèle
il le fait représenter une image d'homme.
Ou bien il le rend semblable à quelque animal
le peignant de vermillon et faisant sa couleur rouge de fucus
et recouvre d'enduit toutes les taches qui sont sur lui
et lui ayant fait une habitation digne
le plaçant dans le mur le fixant avec du fer
afin donc qu'il ne tombe pas, il veille sur lui
sachant qu'il ne peut pas s’aider lui-même
car c’est une image et il a besoin d’appui.
Mais faisant des vœux il le prie au sujet de ses biens, de ses enfants et de son mariage
il ne rougit pas de parler à ce qui n’a pas d’âme.
Pour la santé il supplie l'infirme
pour la vie il demande à ce qui est mort
pour le secours il invoque ce qui est tout à fait inutile
pour les voyages, il sollicite ce qui ne peut marcher.
Pour les profits, les entreprises, le succès de toute chose
il demande à ce qui est inutile en tout.
Tel autre encore qui se prépare à prendre la mer
et commence à voyager sur les flots en fureur
invoque un bois plus fragile que le bois qui le porte
car celui-ci, c’est le désir d'acquérir qui l’a inventé
et c’est l’artisan qui l’a construit par sa sagesse.
Mais, Père, c’est ta providence qui le gouverne
parce que tu as donné une route dans la mer
et un chemin très sûr dans les flots
montrant que tu peux sauver de tout péril pour que, même sans radeau, on avance.
Tu veux que les œuvres de ta sagesse ne soient pas inutiles
c'est pourquoi les hommes confient leur vie à un bois fragile
et traversant la mer sur un radeau, sont sauvés.
Car au commencement, alors que les géants orgueilleux périssaient
l’espérance du cercle des terres se réfugiant sur un radeau
laissa au siècle la semence de la génération, elle qui était gouvernée par ta main.
Car béni est le bois d'où naît la justice.
Mais maudite l’œuvre faite à la main, ainsi que celui qui l'a faite
celui-ci parce qu’il l’a fabriquée
celle-là parce que, quoiqu'elle fût fragile, elle a été appelée dieu
car Dieu hait également l’impie et son impiété
et ainsi ce qui est fait sera châtié avec celui qui a opéré.
C’est pourquoi aussi il n'y aura pas de visite pour les idoles des nations
parce que, créatures de Dieu, elles sont devenues une abomination
une tentation pour les âmes des hommes
une ratière pour les pieds des insensés.
La recherche des idoles fut le commencement de la fornication
et leur invention la corruption de la vie.
Il n’y en avait pas à l’origine et il n’y en aura pas toujours.
C’est la vanité des hommes qui est venue dans le cercle des terres
aussi leur fin prompte est arrêtée.
Car un père accablé par un deuil amer
ayant fait l’image d’un fils qui lui a été trop vite enlevé
et cet homme qui était alors mort
maintenant pour autant il commença à l'honorer comme un dieu
et il établit parmi ses serviteurs des rites et des sacrifices.
Puis le temps intervenant
la coutume inique grandissant
cette erreur fut observée comme une loi
et sur ordre des tyrans des représentations furent honorées.
Si les hommes ne pouvaient les honorer en face, parce qu’ils étaient trop loin
leur figure ayant été rapportée de loin
ils firent une image visible du roi qu'ils voulaient honorer
afin de vénérer l’absent avec leur sollicitude comme s’il eût été présent.
Et même ceux qui ne le connaissaient pas l’extraordinaire habileté de l’artisan les poussa à la dévotion à leur égard.
Car celui-ci voulant sans doute plaire au souverain
s'appliqua avec son art pour façonner la ressemblance en mieux.
Et la foule, séduite par l’élégance de l’œuvre
considéra celui qui naguère était honoré comme un homme comme un dieu.
Ce fut un piège pour la vie humaine
que les hommes, étant esclaves des affections ou des rois
donnassent à la pierre ou au bois le nom incommunicable.
Bientôt il ne leur suffit plus d’errer quant à la connaissance de Dieu
mais encore vivant dans la grande guerre de l'ignorance
ils appellent paix tant de si grands maux.
Célébrant des rites infanticides
faisant des sacrifices clandestins
ayant des veillées pleines de folie
ils n’ont plus gardé ni leurs vies ni leurs mariages purs.
L’un tue l’autre par jalousie, ou l’outrage par l’adultère.
Tout est mélangé :
sang, meurtre, vol et tromperie
corruption, incroyance, révolte et parjure
persécution des gens de biens
oubli du Seigneur
souillure des âmes
inversion de la naissance
inconstance des mariages
adultère et impudicité.
Car le culte des idoles sans nom
est la cause, le principe et la fin de tout mal.
Car soit en se réjouissant ils sont fous
soit ils prophétisent des mensonges
soit ils vivent injustement soit ils se parjurent rapidement.
Car s'étant fiés en des idoles qui sont sans vie
ayant fait de faux serments ils n'attendent pas de subir des dommages.
Mais chacun des deux [châtiments] les frappera
parce que, s’approchant des idoles, ils ont eu sur Dieu des pensées mauvaises
et qu’ils ont injustement fait par fourberie des faux serments, méprisant la piété.
Car ce n’est pas la force de ceux par qui ils ont juré
mais c’est la peine infigée aux pécheurs qui atteint toujours la prévarication des injustes.
Mais toi, ô notre Dieu, tu es bon et vrai
patient et gouvernant tout avec miséricorde.
Lors même que nous péchons, nous sommes à toi
connaissant ta puissance
et si nous ne péchons pas, nous savons que nous sommes comptés parmi les tiens.
Te connaître est la justice parfaite
et savoir ta justice et ta force est la racine de l’immortalité.
Car ni l’invention humaine d’un art mauvais ne nous a égarés
ni l'ombre de la peinture, travail sans fruit
représentation sculptée de diverses couleurs
dont l’aspect excite la concupiscence de l’insensé
et lui fait désirer la représentation inanimée d’une image morte.
Les amants du mal sont dignes d'avoir espérance en de tels [objets]
ceux qui les fabriquent, ceux qui les aiment, ceux qui les adorent.
En effet, le potier qui pétrit laborieusement la terre molle
façonne chacun des ustensiles pour notre usage
et de la même argile il modèle les ustensiles qui sont purs dans l'usage
et pareillement les ustensiles qui leur sont contraires
quel est l'emploi de ces ustensiles
c’est le potier qui est juge.
Et, par un travail, il façonne de la même argile un dieu vain
lui qui avait été fait de terre depuis peu
et retourne bientôt d’où il a été tiré
quand on lui demandera de restituer l'âme qu'il avait.
Pourtant il n'a cure de ce qu'il s’épuise
ni de ce que sa vie est courte
mais il rivalise avec ceux qui travaillent l’or et l’argent
il imite ceux qui travaillent l’airain
et met sa gloire à exécuter des choses inutiles.
Son cœur est de la cendre
son espérance est une terre inutile
et sa vie est plus vile que l’argile.
Parce qu'il méconnaît celui qui l’a fait
qui lui a inspiré une âme qui agit
et lui a insufflé un souffle vital.
Ils pensent que notre vie est un amusement
et la conduite de vie disposée pour le profit
et qu'il faut acquérir par tous les moyens, même le mal.
Car celui-là, plus que tous, sait qu'il pèche
lui qui, de la matière terreuse, façonne des objets fragiles et des idoles.
Mais ils sont tous insensés et plus malheureux que l’âme d’un petit enfant
les ennemis de ton peuple et ceux qui le dominent.
Parce qu'ils ont aussi considéré comme des dieux toutes les idoles des nations
dont la vue des yeux n'est pas pour voir
ni leurs narines pour respirer l’air
ni leurs oreilles pour entendre
ni les doigts de leurs mains pour toucher
et dont les pieds sont incapables de marcher.
Car c’est un homme qui les a faites
et c’est celui à qui on a prêté le souffle qui les a façonnées.
Il n’est pas d’homme qui puisse façonner un dieu semblable à lui
en effet, comme il est mortel, il produit de ses mains iniques une œuvre morte
car il vaut mieux que ceux qu’il adore
parce que, puisqu'il est mortel, il a vécu, mais eux jamais.
Ils adorent les animaux les plus odieux
car, comparés à eux stupidement, ils sont pires que les autres.
Mais à leur vue, l'on ne peut rien apercevoir de bon de ces animaux
ils échappent à la louange de Dieu et à sa bénédiction.
C’est pourquoi ils ont souffert de justes tourments par leurs semblables
et exterminés par une multitude de bêtes.
À la place de ces châtiments, tu as accordé des bienfaits à ton peuple
auxquels tu as donné leur désir de nourriture, c'est une saveur nouvelle
que tu leur as préparée à manger — une caille.
de sorte que les uns, désirant manger
à cause de ce qui leur a été montré et envoyé
prennent en aversion même leur appétit nécessaire
tandis que les autres, après une légère privation
auraient en partage une nourriture nouvelle.
Car il fallait qu’une mort sans échappatoire s'abattît sur ceux-là, ceux qui oppressent
et qu’il fût seulement montré aux autres comment leurs ennemis étaient exterminés.
En effet, lorsque la terrible fureur de bêtes sauvages arriva sur eux
et qu’ils périssaient sous la morsure de serpents tortueux
ta colère ne dura pas pour l'éternité.
Mais en vue de leur correction, ils furent troublés pour peu de temps
ayant un signe de salut, pour leur rappeler le précepte de ta loi.
Car qui se retournait était sauvé non par l’objet qu’il voyait
mais par toi, le sauveur de tous.
Et en cela tu as montré à nos ennemis
que tu es celui qui délivre de tout mal.
En effet, les morsures des sauterelles et des mouches les firent périr
et il ne se trouva pas de guérison pour leur vie
parce qu’ils méritaient d’être exterminés de cette manière.
Et tes fils, même les dents de serpents venimeux ne les vainquirent pas
car ta miséricorde, arrivant, les guérit.
C’est pour que tes paroles leur revinssent en mémoire qu’ils étaient éprouvés et promptement guéris
de peur que tombant dans un oubli profond il leur soit impossible de jouir de ton secours.
Ce ne fut ni une herbe, ni un émollient qui les guérit
mais ta parole, Seigneur, qui guérit tout.
Car toi, tu as puissance sur la vie et sur la mort
tu mènes aux portes de la mort et tu en ramènes.
L’homme tue par méchanceté son âme
mais quand l'esprit sortira il ne reviendra pas
et il ne rappelera pas l’âme qui a été reçue.
Mais il est impossible d’échapper à ta main.
Les impies qui prétendaient ne pas te connaître
ont été flagellés par la force de ton bras
ayant été tourmentés par des eaux extraordinaires, des grêlons et des pluies inexorables et consumés par le feu.
Ce qui était le plus extraordinaire, c’est que, dans l’eau qui éteint tout le feu n’était que plus ardent
car l’univers est le vengeur des justes.
Tantôt la flamme s’adoucissait
afin de ne pas consumer les animaux envoyés contre les impies
et afin que ceux-ci, à cette vue, sussent que c'est par un jugement de Dieu qu'ils souffraient cette persécution.
Tantôt elle brûlait au milieu même de l’eau au-delà de la force du feu
afin de détruire la nation d'une terre impie.
Au lieu de cela, tu as nourri ton peuple de la nourriture des anges
et tu leur as fourni du ciel, sans travail, un pain tout préparé
pouvant avoir en soi tout parfum agréable
et la suavité de toute saveur.
Car cette substance tienne montrait la douceur que tu as pour tes fils
et étant esclave de la volonté de chacun se changeait en ce que l'on voulait.
La neige et la glace soutenaient la force du feu et ne fondaient pas
afin qu’ils sussent que le feu brûlant dans la grêle et s'agitant dans la pluie détruisait les fruits des ennemis
celui-ci à nouveau, pour que les justes se nourrissent
oubliait même sa propre puissance.
Car la créature soumise à toi son auteur s'enflamme pour le châtiment contre les injustes
et devient plus douce pour procurer du bien à ceux qui se confient en toi.
C’est pourquoi, se pliant alors à tous ces changements elle était au service de ton don, qui nourrit tout
selon la volonté de ceux qui l'ont sollicité de toi.
afin que tes fils que tu as aimés, Seigneur
apprissent que ce ne sont pas les fruits de production qui nourrissent l'homme
mais que c’est ton discours qui conserve ceux qui croient en toi.
Car ce qui ne pouvait pas être détruit par le feu
fondait aussitôt, échauffé par le moindre rayon de soleil
afin qu'il fût connu de tous
qu’il faut devancer le soleil pour ta bénédiction
et te rencontrer au lever du jour.
Quant à l’ingrat, en effet, sa foi fondra comme la glace d’hiver
et disparaîtra comme une eau inutile.
Car tes jugements sont grands
et tes paroles inénarrables
c'est pourquoi les âmes sans instruction se sont égarées.
Car alors que les iniques s’étaient persuadés qu’ils pouvaient opprimer la nation sainte
enchaînés par les ténèbres et prisonniers d’une longue nuit
enfermés sous un toit, fuyant ta providence éternelle, ils gisaient.
Car alors qu’ils pensaient rester cachés avec leurs péchés secrets
sous le voile épais de l’oubli ils furent dispersés
terriblement épouvantés et excessivement troublés par étonnement.
L'antre qui les renfermait ne les préservait pas de la crainte
parce que le bruit qui descendait les troublait
et les personnages mornes qui leur apparaissaient les emplissaient d'épouvante.
Aucune force de feu ne pouvait donner de la lumière
et les flammes brillantes des astres ne pouvaient illuminer cette horrible nuit.
Leur apparaissait un feu soudain, effrayant
et effrayés de cette vision qu'ils ne voyaient plus
ils estimaient que ce qu'ils voyaient était plus terrible encore.
Les moqueries de l'art magique gisaient
ainsi que le reproche de sa gloire de sagesse avec outrage.
Ceux qui se faisaient forts de chasser de l'âme malade la terreur et le trouble
étaient malades eux-mêmes d’une peur ridicule.
Car, quoiqu’il n’y eût rien de terrible pour les troubler
effrayés par le passage des animaux et le sifflement des serpents et ils mouraient de frayeur
refusant de voir l'air auquel on ne pouvait en aucune manière échapper.
Car puisque la méchanceté est craintive, condamnée elle rend témoignage
pressée par sa conscience, elle présume toujours des maux.
La crainte, en effet, n’est pas autre chose que l’abandon des aides de la supposition, des secours de la réflexion.
L’espérance étant moindre intérieurement
on connaît d’autant plus la science de la cause qui présente le tourment.
Eux, pendant cette nuit vraiment impuissante venue du plus bas et du plus profond des enfers
endormis du même sommeil
étaient tantôt agités par la peur des monstres
tantôt abattus par la défaillance de leur âme
car une peur subite et inattendue était venue sur eux.
Puis si l'un d'eux tombait
il était retenu enfermé dans la prison sans verrous.
Car, si l'on était laboureur, berger ou ouvrier des rudes travaux de la campagne
l'on était soumis à l’inévitable nécessité
car tous étaient liés par une seule chaîne de ténèbres.
Le vent sifflant ou le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux épais
ou la force de l'eau courant vivement
ou le fracas brutal des pierres précipitées
ou la course invisible d'animaux jouant
ou la voix des bêtes très féroces hurlant
ou l’écho se répercutant dans les cavités des montagnes
les faisaient pâmer d’effroi.
Car le cercle des terres était éclairé d’une lumière brillante
et se livrait à des travaux sans entrave
sur eux seuls s’étendait une nuit pesante
image des ténèbres qui devaient survenir pour eux
donc ils étaient pour eux-mêmes plus lourds que les ténèbres.
Cependant il y avait une très grande lumière pour tes saints
— ils entendaient leur voix
et ne voyaient pas leur figure
ils les magnifiaient parce qu'eux-mêmes non plus n'ont pas souffert.
Et parce que, après avoir été auparavant lésés, ils n'étaient pas lésés, ils leur rendaient grâces
et leur demandaient ce don qu'il y eût une différence.
À la place de cela ils eurent une colonne ardente de feu comme guide dans une route inconnue
et tu leur donnas un soleil inoffensif de bonne hospitalité.
Car ceux-ci étaient dignes d’être privés de lumière et de souffrir la prison dans les ténèbres
ceux qui ont retenu captifs tes fils
par qui la lumière incorruptible de la loi devait être donnée au siècle.
Comme ils avaient résolu de faucher les petits enfants des justes
un enfant ayant aussi été exposé et sauvé
en punition tu leur as enlevé la multitude de leurs fils
et tu les as détruits tous ensemble dans une eau impétueuse.
Cette nuit avait été connue d’avance par nos parents
afin que, sachant bien à quels serments ils avaient cru, ils soient plus courageux.
Et ainsi ton peuple reçut
le salut des justes et l’extermination des injustes.
De même que tu as châtié les adversaires
de même tu nous as magnifiés en nous appelant à toi.
En effet, les justes enfants des bons sacrifiaient en secret
et établirent d’un commun accord cette loi de justice
que les saints recevraient semblablement les biens et les dangers
— chantant déjà les louanges au père.
Retentissait en écho la voix discordante des ennemis
et l’on entendait la plainte affligée sur les enfants qu’on pleurait.
L’esclave et le maître étaient punis de la même peine
et l’homme du peuple souffrait la même chose que le roi.
Ils avaient tous pareillement dans un seul genre de mort des morts innombrables
et les vivants ne suffisaient pas aux funérailles
parce que leur nation qui était fort noble avait été exterminée en un instant.
Ils avaient complètement refusé de croire à cause de leurs sortilèges
quand eut lieu l’extermination des premiers-nés
ils garantirent qu'ils étaient le peuple de Dieu.
Pendant qu’un profond silence enveloppait tout
et que la nuit était arrivée au milieu de sa course rapide
ton discours tout-puissant s’élança du haut du ciel, de son trône royal
guerrier impitoyable, au milieu de la terre funeste portant comme un glaive aigu ton irrévocable décret.
elle se tenait là, remplissant tout de mort
elle touchait au ciel et se tenait sur la terre.
Aussitôt des visions de songes effrayants les troublèrent
et des peurs inattendues survinrent.
Jetés par terre çà et là à demi-morts
ils révélaient la cause pour laquelle ils mouraient.
Car les songes qui les troublaient les en avaient prévenus
afin qu’ils ne mourussent pas sans savoir pourquoi ils souffraient des maux.
L’épreuve de la mort atteignit aussi les justes
et il y eut dans le désert un soulèvement de la multitude
mais ta colère ne dura pas longtemps.
Car un homme sans reproche se hâta de combattre pour eux
prenant le bouclier de son ministère, la prière
faisant connaître sa prière l’encens
il résista à la colère divine et mit un terme au fléau montrant qu’il était ton serviteur.
Il vainquit les troubles non par la force du corps ni par un armement de puissance
mais il dompta par la parole celui qui les châtiait
en rappelant les serments et les alliances des pères.
Lorsque déjà les morts étaient tombés en tas les uns sur les autres
il s’interposa, arrêta la charge
et coupa la route qui menait vers les vivants.
Car sur le vêtement de l'aube qu'il avait était tout le cercle des terres
sur les quatre rangées de pierres étaient sculptées les merveilles des pères
et sur le diadème de sa tête était inscrite ta magnificence.
Mais cela, devant cela, l'exterminateur se retira, il en fut effrayé
car la seule expérience de ta colère était suffisante.
Mais une colère sans miséricorde poursuit les impies jusqu’à la fin
car Dieu savait d’avance ce qu'ils feraient encore :
Qu’après s'être retournés pour s’en aller
et les avoir renvoyés avec grande instance
se repentant de leur acte ils les poursuivraient.
En effet, ils n’avaient pas encore achevé leurs deuils
et ils se lamentaient encore aux tombeaux des morts
qu’ils s’engagèrent dans un autre dessein de folie
et ceux qu’ils avaient fait s’éloigner en les suppliant
ils les poursuivirent comme des fugitifs.
Une digne nécessité les entraînait à cette fin
et leur apportait l'oubli de ce qui était arrivé
afin qu’ils subissent dans la pleine mesure le châtiment qui manquait à leurs tourments
et que ton peuple traversât admirablement
et, au contraire, qu'eux trouvassent une mort nouvelle.
Car la création tout entière selon son espèce fut modelée à nouveau depuis le début
obéissant à tes ordres
afin que tes enfants fussent conservés à l’abri de tout mal.
Ainsi on vit une nuée qui couvrait le camp de son ombre
là où il y avait auparavant de l’eau, l'apparition de la terre ferme
de la mer Rouge une route sans entrave
et une plaine verdoyante des profondeurs extrêmes.
Toute une nation y passa, qui était protégée par ta main
ayant sous les yeux de merveilleux prodiges.
Comme des chevaux broutaient
et comme des agneaux bondissaient
te magnifiant, Seigneur, toi qui les as délivrés
ils se rappelaient en effet ce qui s’était passé en leur séjour en pays étranger
comment, à la place de la naissance d'animaux, la terre avait produit des moustiques
et au lieu de poissons, le fleuve avait vomi une multitude de grenouilles.
Plus tard, ils virent encore une création d’oiseaux
lorsque, poussés par le désir, ils demandèrent une nourriture de festin
pour la satisfaction de leur désir des cailles montèrent de la mer.
Et les châtiments tombèrent sur les pécheurs
non sans pour signes précurseurs par la force des éclairs.
Il souffrirent justement selon leurs propres crimes
car ils avaient montré pour l'étranger une haine fort odieuse.
D’autres n’avaient pas voulu recevoir des gens qui étaient présents qui ne les connaissaient pas
d'autres avaient réduit en esclavage de bons hôtes.
Il y a plus, — car voici il y aura pour eux une visite
puisque qu’ils recevaient ces étrangers à contre-cœur
ceux-là, au contraire, ayant reçu avec joie
ceux qui avaient part aux mêmes droits
les accablèrent de cruelles souffrances.
Aussi furent-ils frappés de cécité comme ceux-là aux portes du juste
lorsque, enveloppés de ténèbres soudaines
chacun cherchait l’accès de sa porte.
Car les éléments permutaient entre eux
comme dans un instrument de musique le son de qualité change
mais tout conserve son propre son.
C’est ce qu'il est possible de conjecturer à partir de cette vue certaine elle-même.
Les animaux terrestres devenaient aquatiques
et ceux qui nagent passaient sur la terre.
Le feu dépassait dans l’eau sa propre puissance
et l’eau oubliait sa nature qui est d'éteindre.
D’autre part les flammes ne consumaient pas les chairs des animaux corruptibles qui allaient et venaient
et ne dissolvaient pas cette bonne nourriture qui était facile à dissoudre comme la glace.
En toutes choses, Seigneur, tu as magnifié ton peuple, tu l’as honoré
et tu ne l'as pas méprisé, l'assistant en tout temps et en tout lieu.
ICI FINIT LE LIVRE DE LA SAGESSE DE SALOMON